‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 50 sur 68 · DE L^ARISTOCRATIE · texte numérisé non relu

DE L^ARISTOCRATIE

Dans la monarchie royale^ nous avons vu les trois persofioes sociales parfaitement distinctes les unes des autres; dans la démocratie nous les avons trouvées confondues en une seule; dans l'aristocratie > nous en trouverons deux ^ les ministres et les sujets, la noblesse et le peuple.

L'aristocratie se rapproche donc davantage de la monarchie; elle participe même de sa force de conser\'ation et de stabilité, et elle est, à proprement parler^ une monarchie ûcépkale, ou sans chef; et c'est pour conserver une image plus complète de la monarchie^ qu'elle se donne un chef sous le nom de doge, de président, quelquefois de roi, comme en Pologne^ qui n'a que les vains honneurs de la souveraineté, et n'est que le premier sujet de cette aristocratie^ ou plutôt son premier esclave.

Il faut remarquer que cette classe de citoyens qui exerce exclusivement et collectivement le pouvoir^ réunie en un corps presque partout appelé sénat, perd le nom politique de noblesse pour prendre celui depatriciat; et, pour faire sentir en deux mots cette distinction, la noblesse sert le pouvoir, le Patricia t l'exerce^ et^ devenu roi, nomme des ministres, ou secrétaires d'État, pour les différentes parties de Tadministration.

Ce qui rapproche le plus l'aristocratie de la monarchie royale, est l'hérédité, que le patriciat a gardée pour lui et n'a pas accordée à son chef, de peur d'en faire un roi.

Mais, si l'aristocratie, pouvoir plus concentré, participe de la stabilité de la monarchie, en sa qualité de pouvoir collectif elle participe aussi des vices de la démocratie, dont elle ne se

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préserve que par la plus sévère surveillance. Plus forte et plus tranquille que la démocratie, elle Test moins que la monarchie^ et réunit plutôt les inconvénients des deux gouvernements que leurs avantages.

C'est rhérédité du pouvoir, qui fait la différence de l'ancienne aristocratie noble de Venise à iWistocratie bourgeoise de Genève, entre lesquelles J.-J. Rousseau n*en voit aucune, et certes avec quelque raison; car, si l'aristocratie proprement dite est une démocratie de nobleâ, oh peut dire que la démocratie est une aristocratie de bourgeois. Au reste, cette hérédité, qui n'existe pas de droit à Genève, y existe de fait, ou à peu près, puisque le pouvoir tend à s'y concentrer dans un certaiif nombre de familles, et que les enfants des membres du gouvernement de Genève ne retombent pas plus que ne le faisaient ceux des patriciens de Venise, dans la condition du peuple. Aussii les appellations d'honneur solit les mêmes dans les deux pays, et les aristocrates de Genève sont nmgnifiquèt seigneurs comme ceux de Venise. S'il y avait un lirre d'Or à Venise, où étaient inscrits les Seuls nobles Vénitiens, et si même les nobles de terre ferme étaient exclus des plus hauts emplois, il y avait à Genève^ et dans d'autres républiques de la Suisse, des distinctions entre les natifs^ lei natnrels^ les bourgeois, les paysans, etc., et conséquemment des privilèges et des exclusions , et toud ces goutemements s'appelaient^ les uns comme les autres, républiques, et l'étaient en effet.

Venise puissahte était tranquille, parce que, ainsi que nous Tavons dit^ sa constitution la rapprochait davantage de la tnonarchie, et que le pouvoir y était reconnu comme la {Propriété iiéréditaîre des anciennes familles fondatrices de cet État; et Genève, malgré l'exiguïté de son territoire, était bontinuellénient agitée» parce tiueU nature de ce gouterhemetit appelant au pouvoir, en général, tous les citoyens, cent qui en étaient exclus s'offensaient avec mison de l'inconséquetoice et de la dureté des lots qui avaient concentré le pouvoir dans un oei^ tain nombre de familles qui n'y avaient pas plus de droit que Ih autares.

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