OBSERVATIONS GÉNÉRALES
Si; avant de passer à la société religieuse , nous jetons un coup d'oeil sur l'ensemble delà société civile dont nous venons d'analyser les différentes formes et les divers accidents y nous trouverons que toute la constitution de cette société^ soit domestique^ soit publique^ consiste dans la distinction ou la confusion des personnes sociales, et dans leur existence héréditaire ou viagère, fixe ou amovible.
Je dis la constitution, et non l'administration, choses qu'on confond aujourd'hui plus que jamais; car toutes les constitutions modernes et d'invention humaine ne sont que des formes plus ou moins heureuses d'administration, qui diffèrent de la constitution, ainsi que nous l'avons déjà dit, comme le régime
(1) Nous avons parlé, h propos des États-généraux, du clergé et de la noblesse. Qu^il nous soit permis d*opposer aux ignorants détracteurs de ces deux classes de citoyens, le sentiment d*un véritable homme d'État, de Bonaparte, rapporté par un homme dont ils ne récuseront pas rauto* rite : « Dans la campagne de France, a dit le général Foy, ^zns son fiistoire de la guerre de la péninsule^ t. I, p. 160, « aux premiers mois de 9 1814, Napoléon parlait II Troyes en Champagne avec un de ses géné- » raux de l'état des choses. Les ennemis, disait celui-ci, sont trop nom- » breux, nous ne pouvons en venir à bout avec nos soldats, qui tombent » chaque jour et qu'on ne remplace pas. Il faut que la France se lève... 9 Hé ! comment voulez-vous que la France se lève? interrompit avec vivacité 9 Napoléon ; il n'y a pas de clergé, il n'y a pas de noblesse, et j'ai tué la 9 liberté. » Napoléon croyait donc à l'utilité politique de ces deux ordres, non-seulement pour aiermir la liberté, mais pour la défense de l'Etat, oU iU formaient l'esprit public» de toutes les défenses la plus sûre.
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diffère du tempérament. Ainsi, pour ne nous occuper que de la constitution, dans la société domestique se trouvent les trois personnes pouvoir, ministre y sujet, parfaitement distinctes.
La famille est monogame ou polygame.
La société publique peut être aussi monocratique ou polycratique, c'est-à-dire monarchique ou populaire.
Dans la monarchie royale, le plus parfait desgouvemements^ parce qu'il est le plus naturel, et qu'il ressemble le plus à la famille, son élément, les trois personnes sont parfaitement distinctes, et le pouvoir et le ministre sont héréditaires, propriétaires, inamovibles, et par conséquent homogènes avec le pouvoir.
Dans la monarchie despotique, comme dans la monarchie élective, les trois personnes sont distinctes, mais non homogènes entre elles, puisque, dans la première, le pouvoir est héréditaire et le ministère amovible, à la volonté du pouvoir comme en Turquie et en Perse ; et que dans l'autre le pouvoir est viager et la noblesse ou le ministère héréditaire, comme autrefois en Pologne.
Dans la monarchie représentative ou constitutionnelle, il y a distinction même héréditaire de personnes et confusion de fonctions, puisque les trois personnes ont part au pouvoir^ mais en corps de sénat ou de peuple.
Les États populaires ou polycratiques sont démocratiques ou aristocratiques, et portent tous deux le nom de république.
Dans la démocratie proprement dite, il y a confusion de personnes, ou plutôt il n'y en a qu'une , le peuple souverain, alternativement pouvoir, ministre, sujet; et il n*y a ni héi-édité, ni fixité, mais une mobilité perpétuelle, et c'est ce qui en fait le plus orageux et par conséquent le plus imparfait des gouvernements.
Dans l'aristocratie proprement dite ou héréditaire, il n'y a que deux personnes dont l'une exerce héréditairement le pouvoir sur l'autre ; c'est comme nous l'avons déjà dit, une monarchie acéphale ou sans chef, et comme elle se rapproche davantage de la monarchie, elle participe aussi de sa stubilité.
Ici, je m'adresse aux esprits vraiment philosophiques, et je leur demande d'accorder une sérieuse attention à ce qui me reste à dire sur les personnes sociales.
Nous retrouvons le type et la preuve de leur existence distincte et de leurs différentes natures à la fois aux deux extrêmes de nos esprits, si je peux ainsi parler, et dans les