‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 60 sur 68 · DU PRINCIPE CONSTITUTIF I)£ LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

DU PRINCIPE CONSTITUTIF I)£ LA SOCIÉTÉ

Que les esprits faibles ou les consciences timorées ne s'alarment pas de ce rapprochement entre les deux extrêmes de la société, la société domestique ou particulière, et la société chrétienne ou universelle, la famille et la religion, et entre les ministres des deux sociétés. Le plus sublime interprète des vérités de la religion, saint Paul, semble nous y préparer, lorsqu'il a employé cette locution extraordinaire, en parlant du seul sacrement de mariage : a C'est un grand sacrement, je le > dis en Jésus-Christ et en l'Église, o Et plus haut : a Jésus* D Christ est le chef de l'Église, comme l'homme est le chef de j> la femme. » Et l'Église aussi est appelée l'épouse de Jésus- Christ, la mère des chrétiens, qui les a conçus et engendrés; et Bossuet va plus loin encore, lorsque , parlant du plus haut mystère de la religion, il dit : « Qu'encore que la perception » du corps et du sang de V Homme- Dieu ne soit que momentai> née, le droit que nous avons de le recevoir est perpétuel et » semblable au droit sacré que l'on a Vun sur l'autre par le » mariage. »

Mais cet être prodigieux, intermédiaire entre Dieu et l'homme, et tenant de la nature de tous deux, ou plutôt l'un et l'autre ensemble, a-t-il toujours été ignoré du genre humain ? et une vérité si haute et si consolante est-elle restée cachée ^ans la société jusqu'à la naissance du christianisme ? Gardons-nous de le croire, et il suffit d'ouvrir les yeux pour retrouver une connaissance confuse de cette vérité dans les plus anciennes traditions des peuples, et Fattente expresse d'un médiateur ou envoyé, dans les doctrines les plus constantes, ou plutôt dans la vie entière du peuple de Dieu.

Qu'on veuille bien réfléchir à la marche que nous avons suivie ; et pour la rendre plus sensible par une comparaison, tout imparfaite qu'elle est , nous avons fait à peu près comme Christophe Colomb, qui, persuadé, parla configuration du globe terrestre et ses connaissances en astronomie et en physique, qu'il devait exister un autre hémisphère , le chercha et le découvrît. Et nous aussi , nous avons, à l'aide du raisonnement philosophique, pensé qu'il devait exister une société uni-* verselle, et nous l'avons cherchée et trouvée dans la religion chrétienne.

Ce ministre universel du pouvoir divin sur Tuniversalité des hommes, cet être intermédiaire, médius (car ces mots sont synonymes), et que la philosophie aurait pu traduire par médiateur, qui ne signifie aussi que moyen ou intermédiaire entre deux

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personnes, si la religion n'avait depuis longtemps consacré cette expression à son usage, ce ministre ou médiateur, les Livres saints nous disent qu'il fut annoncé à la première famille, mais sous les voiles du mystère; et si loin encore du temps où il devait paraître, il n'était pas nécessaire que la société en eût une connaissance plus développée. Elle le fat chez le peuple juif d'une manière plus explicite, et la foi en un médiateur, qu'il appelait le meuie, on F envoyé ^ fut en quelque sorte toute sa constitution. Il ne vivait que pour Fattendre, il l'attend encore même après qu'il est venu, et Ton peut dire qu'il est encore le peuple du meBsie, comme il était alors le peuple de Dieu^

Mais, si ce ministre universel doit, pour remplir sa double fonction, être à la fois Dieu et homme, renseignement figuratif de la religion judaïque doit lui attribuer le double caractère de divinité et d'humanité, de gloire et d'abaissement, d'obéissance à Dieu, d*autorité sur les hommes. Aussi , tantôt il est nommé le roi de gloire, tantôt l'homme de douleurs, tantôt le désiré des nations, tantôt le rebut du peuple ; dans un endroit il est. /e précepteur des gentils; dans un autre, V opprobre des hommes; celui-ci le voit rassemblant ses sujets des quatre par-lies du monde; celui-là le voit les pieds et les mains percés; l'un le voit sur le trône, l'autre sur la croix.

Mais c'est chez les chrétiens et dans leurs doctrines que tous les caractères de l'Homme-Dieu paraissent le plus à découvert et avec le plus d'évidence; et le nom de chrétiens que ses sectateurs reçoivent à Antioche, et le nom de christianisme donné à sa doctrine, et celui de chrétienté à la réunion des nations qui croient en lui, ont été tirés du nom de Christ ou d'Oint du Seig^Mur^fOit lequel la religion l'a désigné à nos respects.

C'est dans ce code sacré de la société chrétienne, dansFÉvangile, que l'on trouve les preuves de la mission et du caractère de ce ministre universel />ar qui tout a été fait, et rien n'a été fait sans lui. C'est là qu'on le voit égal a Dieuj et par conséquent Dieu lui-même, et dans sa naissance, sa vie et sa mort, soumis à toutes les infirmités de la nature humaine,, hors ses passions et ses vices; obéissant à Dieu, et obéissant jusqi^à la mort, au nom de qui tout genou fléchit au ciel et sur la terre, ai à. qui Dieu a donné les nations comme son héritage; le Roi des rois de la terre, Prinoept regum terres, eta.^ etc. U faudrait copier en entier les Livres saints, et nous trouverions dans tous, etàtoutes^lea Bagps^ L'application, à cammts^rc universel du

DU PRQIQM. OONSnTOnr DJB. hk. soaiÉTÉ. Klik

doulfle cafaeière que noua avons attribué aiinÛDisIère.de touia; société;

Cesi^ en.eSeif devant ses preiiûârs disciples >. qu'il légitime eit'quelqtte sorte acHLminialère divin. Il leur dit en. mille en^ droita qu'il ne fait pa» sa volonté, mai$ celle de son Père, qui l'a envoyé; qu^il m cherche passa gloire, mais celle de son Père;, que, ^il se glorifie lui-même, sa gloire n'est rien : o'est toujours son Père" qu'il prie pour eux; les paroles qu'il leur adresse ne, somt poêlesi siennes,. mais celles de son Père, Il ne parle jamais qu'au nom du pouvoir, il ra(^rte tout au pouvoir dont il est. le ministre; mais en même temps, accréditant son divin minis^ tère, il dit qu'on ne peut aller à son Père que par lia, ni le con^ naître sans le comuatre lui-même; que qui n'honore pas le mi* nistre, n'honorepas le pouvoir qm Ta envoyé, etc., etc.

Comme il devait être homme et fils de THomme, ainsi quli. le dit lui-môme^ il devait nattre^ vivre et mourir commehomme dans le temps et dans un lieu , et la domination universelle^ entendue par les Juifs dans un sens tout matériel, la domi* nation de ce ministre universel à. qui toute puissance avait été donnée au ciel et sur la terre, au nom de qui les rois eux-mêmes devaient régner, et les législateurs donner des lois- justes et sages, cette domination imiverselle ne fut. pas tout kfait ignorée des auteurs profanes', puisque nous lisons, dans Tacite et. dans Suétone, que c'était une opinion répandue en Orient, vers, le temps d'Auguste, qu'on ne serait pas longtemps à voir sortir. de la Judée ceux qui régneraient sur toute la terre , profecti e,Jiudasâ rerum potirentur, et, comme ces deux historiens, da style très-différent, rapportent cette prédiction absolu^ méat dans les mêmes termes, on peut croire que. ca sont, précisément ceux de Toiûnion populaire qui s'élait répaur due.

Jésus-Chrisi naquit donc sous le règne d'Auguste, vécut et mourut sous celui de Tibère : et, sans parler des prophéties, contenues dans. les. livres des Juifs, qui avaient annoncé sa. naissance,, sa via et sa mort, des figures qui avaient mis en. ai^tion.ces prophéties, d'un peuple tout entier qui Tattendait et qui l'attend encore,. de cet enchaînement merveilleux de la raligion des figures et da. la.religion des réalités, du judaîsma éi.àa christianisme,, des monuments contemporains qpi ra^ content sa naissance, sa vie et sa mort, .avec des circonstancesi qiii,ne pouvaient convenir q\i'A rHbnune-Dieu, toujours Dieu lor»|9'<U était* hommoi tou^çurs homme quoiq)i'il fût. Dieu;,

U6 DiMONSTftAiiOH nuLOsomoux

fans parler des traditions et des écrits de tous les âges subséquents qui continuent les récits de ses historiens^ et contiennent les actes faits en son nom par ses premiers disciples, le monument de tous le plus authentique, je veux dire la société qu'il a fondée, et qui existe sous nos yeux depuis dix-huit cents ans, place l'existence, la venue et la mission du ministre universel entre Dieu et les hommes, au plus haut degré de certitude historique qu^un événement puisse recevoir.

Il la fonde cette société, en laissant après lui un pouvoir visible, comme son vicaire et son représentant sur la terre, chef du ministère qu'il institue, en l'envoyant comme il a été lui-même envoyé, en l'envoyant enseigner toutes les nations. Il leur donne, à ces ministres, la puissance de lier et de délier; il les assure qu'il sera toujours avec eux jusqu*à la fin des temps, et que les erreurs et les passions ne prévaudront jamais contre la vérité qu'ils annoncent; il leur promet enfin comme le sceau de sa doctrine, et la preuve des vérités dont il leur confie la prédication , de cruelles persécutions , des combats continuels jusqu'à leur />r^rfire que ceux qui les feront mourir, croiront faire une œuvre agréable à Dieu, Jamais prédiction n'a été plus littéralement accomplie de nos jours; et, dans le royaume dont le souverain s'honore du titre de roi trèschrétien, la persécution du glaive et du mépris a été portée au delà de tous les excès; et, sans les promesses de son fondateur, la religion chrétienne aurait paru menacée d'une dcstniction totale.

Mais il manquait à la société , que le pouvoir divin avait fondée, le premier et le plus essentiel caractère de toute société, le sacrifice. Dans une société ou tout pouvoir, ministre, sujet, était universel, le sacrifice aussi ne pouvait être qu*universel; et si, comme nous l'avons dit, le sacrifice est le don de soi, que le ministre fait au pouvoir dans Vintérêt dujujet, quel pouvait être ce sacrifice, que celui du ministre universel se sacrifiant lui-même pour le salut de tous les* hommes, et expiant, par la vertu de son sacrifice, les péchés du monde, je veux dire les désordres de F idolâtrie, de l'immolation des victimes humaines, des jeux sanglants de l'arène , de l'esclavage, du divorce, de la polygamie, de l'exposition des enfants, que sa doctriue a abolie partout où elle a été annoncée, et chef tous les peuples qui l'ont reçue.

C'est en vertu de ce sacrifice que TRomme-Dieu est devenu sauveur, rédempteur, médiateur entre Dieu et les hommes,

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