CHAPITRE XX
i>E IA nÉFOvam.
^événement qm, «n seinème siècle, dmaa la soeiété rdigieuse , porta le même désonlre 4ai» la.sœiéfté poEtiqoe, et
DU niiNGirfi GONSTiTirriF de la société. 519
établit à la fois la religion pre^y térienne et le gouvernement populaire; et tantôt le pregbytérianisme politique, ou la démocratie naquit au sein du presbytérianisme religieux , ou de la réforme , et tantôt le presbytérianisme religieux au sein du presbytérianisme politique.
Le lecteur n'a pas oublié que la différence essentielle et caractéristique que nous avons remarquée entre la monarchie royale et la démocratie^ est que, dans la première, les trois personnes sont distinctes Tune de Tautre^ et les deux premières homogènes et semblables par la perpétuité^ ou l'hérédité ; et que, dans la seconde , les trois personnes sont confondues en une seule, le peuple, actuellement ou éventuellement />otit;orr, ministre ei sujet.
Nous retrouverons les mêmes accidents dans la société religieuse, et les mêmes différences entre la religion catholique et les doctrines calvinistes.
Dans la société catholique, les trois personnes sont parfaitement distinctes Tune de l'autre, et le ministère, qui ne peut plus se confondre avec Téiat de simple fidèle, se perpétue par la consécration, qui est une sorte d^hérédité ou de filiation spirituelle.
Dans le presbytérianisme religieux, tel que Ta établi Calvin, chaque fidèle peut être le ministre du cuhe, et, effectivement, partout où manque ce ministre, qui n^est qu'un orateur ou un lecteur, le premier venu, plus ordinairement un ancien, le remplace. Non*seulement, chacun est ou peut être à lui-même le ministre de sa religion; mais chacun y est son pouvoir, son autorité, son législateur, puisque chacun peut, par son sens privé, interpréter à son gré le sens des divines Ecritures. Le calvinisme a donc rejeté toute hiérarchie, et chaque fidèle est A bien à lui-même son pouvoir religieux , que le calvinisme a fini par rejeter tout autre pouvoir. 11 a commencé par méconnaître Tautorité du vicaire de Jésus-Qirist, son représentât nsîtrie, et qu'il a traité d*anlechridt, et bientôt il a méconnu lésus-Cbrist lui-même, a n n'y a plus à Genève^ écrivait Vol- > taire, que quelques gredins qui croient encore au cùns^b- 3 siantiel. » De nos jours, le conseil supérieur a défendu aox • muàskeskf depnis longleraps accusés, même par J.4. Rousseau, d'être sociniens^ unitaires ou déistes (i J^ de traiter dans les
fi) le ne petn que renvoyer le lecteur II ce que dit de Veux actuel 4e la religion protestante le baron de Starck, ministre luthérien et premier
S20 DÉMONSTRATION PHILOSOFHIOTTE
chaires de la divinité de Jésus-Christ; et leurs fidèles sont, comme on le sait^ partagés sur celte croyance fondamentale.
Hais, comme la démocratie politique serait d'autant plus impraticable qu'elle appellerait plus de citoyens au pouvoir, et qu'il a fallu , malgré le principe de ce gouvemeaient, restreindre de mille manières le nombre de ceux qui peuvent prendre part aux délibérations politiques, de même, dans la démocratie religieuse, le grand nombre des autorités interprétantes jeta au commencement un si grand désordre et produisit un si grand nombre d'opinions différentes^ d'où sortirent des Sectes plus ou moins nombreuses , qui s'anathématîsaient mutuellement, qu'il devint indispensable de rétablir Tautorité qu'on avait nbolie comme une tyrannie. On essaya donc des consistoires et des synodes, et môme on multiplia les confetsùm de foi sans pouvoir s'accorder sur aucune, accord en effet tout à fait inconséquent au principe de la réforme et à la liberté du sens privé, et qui, à la place de l'autorité de l'Église, contre laquelle on s'était élevé, établissait la tyrannie de quelques théologiens, qui bientôt eux-mêmes se divisèrent, et la Hollande retentit des disputes acharnées des arminiens et des gomaristes, qui eurent tant d'influence sur l'état politique de ce pays (l).
Enfin, le calvinisme, déserteur de l'indépendance de la religion chrétienne, et cherchant partout une autorité qu'il ne trouvait pas en lui-même, se mit sous le joug du pouvoir civil, et, irréconciliable ennemi de la royauté, trouva le secret de l'affaiblir en se joignant à elle. C'est en mettant l'Église sous le joug du pouvoir civil que nos libéraux entendent la séparation du spirituel et du temporel, qu'ils ont si fort à cœur; mais alors il n^y aurait plus séparation entre Tun et l'autre, mais confusion
prédicatenr de la cour de Hesse d'Ârmstadt, un des hommes les plus savanU de TAIlemagne, dans un écrit qui fit beaucoup de bruit dans ce pays, sous le titre de Banquet de Théodule, et attira à Tauteur de nolentes persécutions de la part de ses coreligionnaires. Cet écrit a été induit et imprimé en 1818, sous le titre d'Entretiens philosophiques sur la réunion des différentes communions chrétiennes^ et se trouve cbex Adrien Le Clcre, rue Cassette, n« 29, près Saint^Sulpice. Voyez aosii ce que dit M. Tabbé Grégoire sur le même sujet dans son Histoire des sectes. .
(1) d On ne sait ce quils croient, ni ce qu^ils ne croient pas ; on ne sait » pas même ce qu'ils font semblant de croire. Leur seule manière d'éu- » blir leur foi, c'est d'atuquer celle des autres, » dit Jean-Jacques Rousseau des ministres calvinistes.
DU PRINCIPE CONSTITUTIF DE LA fiOGIÉTÉ. 531
de» deux. La turbulence et les orages des démocraties politiques ont pour cause les prétentions au pouvoir que chacun veut exercer^ et qu'il ne voit pas sans jalousie entre les mains de ceux qui le possèdent ^ et les variations infinies dés Églises protestantes n'ont pas un autre principe : chacun veut y interpréter le dogme à sa guise^ et veut foire prévaloir sa doctrine (i).
Le grand nombre de sectes différentes qui^ comme autant de rejetons 9 sortirent de cette tige trop féconde^ sont , je crois^ réduites aujourd'hui, dans les pays réformés^ à trente ou quarante^ qui chacune interprète la sainte Écriture à sa manière^ et entre lesquelles le méthodisme, sorte de calvinisme rigide, tient le premier rang : toutes ces sectes jouissent, en Angleterre
(1) Les protestants ont amèrement reproché k TÉgUsc catholique sa maxime Hors de l'Église point de salut; et ils ignorent que Calvin, au livre IV de ses Institutions, chap. 1«', § 28, dit : Extra hujus gremium nulia est speranda peccatorum remissio^ nulla salus, « Hors de son » sein, il n'y a à espérer ni rémission des péchés, ni salut. » En général, les protestants sont très-peu instruits de leur religion, et point du tout de la nôtre, et ils craignent de 8*instruire.
L*auleur protestant des Lettres confldentieHes au bibliothécaire Biester, savant luthérien, dit k la page 15 : « A proprement parler, il n*exi8te » plus d'église entre les protestants, si Ton comprend par ce mot û'égliêû » nne société de chrétiens réunis par la môme foi, par les mêmes prin- » dpes religieux et les mêmes moyens de salut ; ce n'est plus qu'une 9 masse dliommes dont ceux des classes les plus civilisées et les plus » instruites ont cessé d'avoir pour la plupart aucune liaison avec Luther, 9 Calvin, etc. La foule au contraire de ces mêmes hommes ne suit plus » que ces propres opinions, quelque fausses et erronées qu'elles puissent 9 être : ceux-ci regardent l'Ecriture sainte comme un simple véhicule, » dans lequel, pour Tamour des âmes pieuses peu échirées et bigott^ 9 ment attachées à la Bible, on est obligé d'envelopper la morale. En 9 dernière analyse, la plupart rejettent toute TEcriture sainte, toute 9 révélation, tous les dogmes du christianisme pour sacrifier au déisme, 9 ce demi-frère de l'athéisme. Si Luther et Calvin revenaient sur la 9 terre, dit l'abbé Grégoire dans son Histoire des sectes, ils seraient 9 trèSHSurpris de n'être pas de la religion de ceux qui ont emprunté 1» d'eux leurs dénominations. *
L'auteur cité plus haut dit : « Les prosélytes les plus zélés que puisse 9 avoir l'Église catholique se trouvent maintenant parmi les protestants, 9 soit philosophes, soit théologiens, qui font tous leurs efforts pour 9 détruire le christianisme. »
« Il importe beaucoup, » écrivait Luther h Mélanchthon, son fidèle disciple, 0 que la postérité ne s'aperçoive pas de nos dissensions ; car il 9 serait souverainement ridicule que nous, qui nous élevons contre Tuni- 9 vers enUer, nous soyons cependant, et dès l'origine de la réformaUon, 9 si désunis entre nous. » Epist. ad Melanchihon, fol. 143.
et en Hollande^ d'une liberté qnî passe dans ces piija pour QBe perfection de Tétat social^ mais qui faTorise singnûèremenf l-indifférence pour toutes les religions.
Le calvinisme, en détruisant Tunîté du pouvoir politique et du pouvoir religieux, n'épargna pas le pouvoir domestique. Comme toutes les sectes ennemies de la religion catholique (chose bien remarquable ! ) , il brisa le nœud conjugal en per> mettant à la femme de répudier son époux, et à l'époux de renvoyer sa femme, et il rétablit ainsi, par la faculté du divoree^ la polygamie qui n'était plus en pratique diez les peuples barbares. Le divorce, qui permet d'user des droits du mariage avec une femme du vivant de la première, est une polygamie au moins éventuelle, et c'est avec raison que Théodore de Bè» a intitulé un traité sur le divorce : De Polygamiâ, seu Divortiis. Il y a même cette différence à l'avantage de la polygamie , telle qu'elle est en usage dans l'Orient , qu'elle s'y pratique sans scandale et que le désordre ne se fait sentir que dans l'intérieur de la maison, au lieu que le divorce fait retentir les tribunaux et entretient le public de ses accusations et de ses débats.
Mais une fois que la réforme eut posé le principe de la polygamie éventuelle, elle ne put se retenir sur la pente oh elle s'était placée, et sept de ses plus fameux docteurs permirent, par acte devant notaire , au landgrave de Hesse, sur les motifs les plus honteux , d'épouser une seconde femme en continuant de vivre avec la première; toutefois en hommes prudfents, ils lui recommandèrent le secret sous le sceau de la confession qu'ils avaient abolie, sub sigillo confessionis; et cela, daas le temps que le Saint-Siège refusait de consentir au divorced'Henri VIII avec Catherine d'Aragon, et, quoi qu'en ait pu dire une politique mondaine, se résignait avec rai3on à perdre F Angleterre par son refus, plutôt que de perdre la ndigion par sa complaisance.
Les opinions les plus monstrueuses en morale devaientpauivre les erreurs sur le dogme, et le calvinisme enseigna Viruanissibilité de la justice, même après les plus grands crimes, une fiois qu'on a été justifié, parce que, disait-il, le médiateur, par la surabondance de ses mérites , n'a rien laissé à l'homme à mériter ; et il enseigna encore , comme une conséquence^ nnutilité des bonnes œu\Tes, qu'Amsdorf, disciple de Luther> ai même regardées comme dangereuses à cause de Torgueil qu'elles inspirent. Ces doctrines qui cooduiamt au fataliarae, el
BU pROfODK. fKHwnmmv m la. sogiété. 9f9
la feenité 4n dhroiee qai rétablit k polygamie, ont fait dire k Tun des plus grands génies qui aient paru, à Leibnitz, quoique lathérien, qoti\ y avait de granés rapports entîe les doctrines iHdMmétanes et les dootrines protestantes. Aussi Luther, ai» fori de la guerre des IVtfcs contre la maison d'Âtitriclie^ se* montfM-il leur partisan , et il ne voulait pas qu'on leur ri" sistât.
Le calvinisnie a porté aitteiote à la croyance de ^immortalité de rame et d'une vie future, en pvoserivant Tinvoeation des Soiats et les prières pour les morts; doctrine froide et cmelie^ qui rompt tout lien, tout commerce de sentiments et de secours, que les dogmes plus humaines et plus consolants de TEglise catholique établissent entre ceux qui vivent encore sur la terre et ceux qui n'y sont plus (i).
Le calvinisme, dit M. Hume dans son histoire d'Angleterre, a toujours montré une haine furieuse contre la religion catholique. Cette haine s'est manifestée à toates les époques par la destruction des objets du culte catholique et la persécution contre ses ministres. Cette haine dure encore, et s'est manifestée de nos jours par les mômes excès.
La réforme a établi une sorte de christianisme domestique, puisqu'elle n'a ni sacerdoce, ni autel, ni sacrifice, et que le père de famille, une Bible à la main, peut être le ministre de ce culte. L'erreur politique de certains législateurs est d'avoir voulu en faire une religion publique , et de l'avoir, en cette qoattlé, associée à l'État politique. Cette a«séciiiti<N» eoRtre nature et qui voulait réunir deux priodfies opposés, «n euMft domestique sans autel et sans sacrifiée , et un» sœiété publîqne et poUtiqne, a été, iadépendamiiaeiit des passions hu** aaîses, la cause de tous les troubles qui se soiil manifestes dans les États où elle s'est întroiduîte, €4 qui oot fait dire II Grotius, quoique protestant : « Ulncwmfue caé&kmtœ immluirê^ n imperia turèaverunt ." Partoo* où le calvinisme s'est inito- » diiil, il a troaUé ks Étaib. » Ces trevUes «"ont cessé, 6« philM n'oiÉété suspendus que lorsque^ette veUgion, abjMBt aa di^ité et sm indépendanee, s^est mise sous ie joug te pomoir civil; aolro enenr contre natnee, et qui a conféré am pouvoir laiqtw la supvéïaette ecelésiMticfiie^ »jet île nsdei
(I) Ce^esDÛani, saloa CalTJD, dans se» ImUMê^m^ ebap. v» 4U l# baron de Starck, « il est reçu depuis plus de treize cents ans dami l'Église de prier pour les morts : » mais dans la suite il n'a pas été plu^ enliarrassé de eei avea que de plttsienrt autres.
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pour les gens instruits, et d'indiflérence religieuse pour tous les autres.
La réforme, ouvrage, en Allemagne , de la cupidité des princes; en Angleterre, de Tamourd'un roi pour une mattresse; en France, du goût des nouveautés, la réforme a été révénement des temps modernes le plus funeste à la société, et la cause prochaine ou éloignée de toutes les révolutions qui, depuis le quinzième siècle, ont agité l'Europe, et de tontes les guerres qui lont ensanglantée ; et, si la société doit finir, je n'hésite pas à le regarder comme le jHremier coup de cloche de cette dernière catastrophe.