DU PIIINCIPB CONSTITUTIF DE LA SOCIÉTÉ
laissons les sociétés politiques^ et ne nous occupons plus que du monothéisme^ ou de la monarchie religieuse.
Parce que le monothéisme^ ou la société de l'unité de Dieu, contient vérité ^ elle a dd être la première et doit être la dernière. Elle est V alpha eiV oméga de la religion; rien ne Ta précédée et rien ne la suit. La vérité a commencé l'éducation du genre humain, et elle doit la terminer.
Cette société peut être considérée dans trois états^ et ne peut exister dans aucun autre ; elle est, ou domestique et dans une famille, ou nationale chez un peuple , ou universelle dans le monde.
Nous Pavons vue^ cette religion, dans les familles patriarcales où elle était intérieure et domestique, dans son pouvoir, dans son ministre, dans son sujets dans son sacrifice, actûm essentielle de toute société.
Nous Tavons vue dans la nation juive, où elle était extérieure et nationale; nationale dans son pouvoir (carTunitéde Dieu n'était reconnue et n'avait un culte public que chez cette nation); nationale dans ses ministres, pris dans le corps de la nation; nationale dans ses sujets ou fidèles, qui étaient la nation tout entière; et nationale dans son sacrifice^ qui n'était offert que dans son temple et par son pontife. Mais où est ia religion universelle? Ici la religion chrétienne se présente se donnant à elle-même le titre d'universelle, ou de gatholioue, et elle se dit en efiet universelle dans son pouvoir, qui est rÊtre suprême , souverain seigneur de toutes les créatures; universelle dans ses sujets, qui sont l'universalité du genre humain : docete omnes génies; universelle dans son ministre, par qui tout a été fait , à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre, et devant qui tout genou doit fléchir, représenté par le vicaire visible qu'il a laissé sur la terre; universelle dans sa morale, qui est celle du genre humain ; universelle, enfin, dans son sacrifice, qui doit toujours, nous dit cette religion, être offert du couchant à l'aurore, pour le salut et la rédemption du genre humain.
J'examine cette religion, et je me demande si son existence dans le monde répond à la dignité et à l'universalité qu'elle s'attribue.
Je la vois depuis dix-huit cents ans toujours combattue ; et c'est là le caractère le plus certain de la vérité, et celui qui lui a été le plus souvent et le plus solennellement annoncé : combattue dans ses dogmes par l'erreur; dans ses
B30 DÉIIÛNSTHATION FHlLOSOPHIOra
préceptes^ par les passions ; dans ses conseik, par la mollesse ; toujours combattue et toujours triomphante; persécutée par le glaive, persécutée par le sopliisme, persécutée par le mépris, persécutée par rindifférence ; et toujours plus féconde, inspirant, suivant les temps et les lieux , le courage à ses martyrs, la science à ses docteurs, la pureté à ses vierges, raustérité à ses cénobites, le zèle de sa propagations à ses missionnaires 5 et l'enthousiasme de la charité môme au sexe le plus faible; inspirant enfin tous les dévouements et lous les sacrifices. Je la vois, de siècle en siède, défendue et pratiquée par les homn'.es les plus recommandables par leurs vertus, ou les plus célèbres par leur génie; et je ne parle pas das Augustin , des Thomas d'Aquin, des Bernard, des Bossuet, mais par les hommes qui tiennent le sceptre des sciences même profanes, par les Bacon, les Descartes, les Pascal, les Laibnitz, les Newton, les Euler, les Gh. Bonnet, les de Maistre, sans qu'aucun homme d'une haute considération mortàle ou d'un génie universellement reconnu soit entré en lice pour Fattaquer. Faut-il excepter le plus bel esprit de notre époque. Voltaire? mais ses plus graves objections ne sont que des bouffonneries (i). Les esprits superficiels n'ont pas vu que^ le sel du sarcasme consistant dans le contraste, plus l'objet est élevé et grave, plus la boufionnerie et le sarcasme sont piquants et faciles; et c'est ce qui fait qu'on ne peut parodier, et qu'on n'a jamais parodié que des tragédies. Elle a été attaquée de nos jours; elle l'est .peut-être encore par des littérateurs sans gé- Bîe, qui prennent leur ignorance pour des objections, et croient se grandir en attaquant ce qu'il y a de plus gvand.
Mais ce qui place la religion chrétienne hors de toute oom- -paraison avec toute autre doctrine, ce sont les peuples formés à son école; et si, comme le dît Condorcet, « la religion mabo- 3 métane retient les Turcs dans une incurable stupidité, » i ^fuoi attribueron&*nous les progrès, les lumières, la force toujours croissante des sociétés chrétiennes, même leurs vertus; car on y remarque les vices parce qu'ils sont rares, et par la même raison qu'on remarque les vertus chez les païens; à quoi attttibueronft-nouB cette inccxitestable supériorité, si co n'est à
'(i) Tmiler eS'badiBage Mca platentaâe usiiget sérisax et grava, est de Uteuffonnafie, du i^urlasque; ieU sosl ie F<r|pi7#.lraottlt,<le Scarron, et le poëme de Voltaire, qa*oii pourrait appeler la PucdU d'OrUanâ travestie. Traiter séneoseoient un sujet plaisant et frivole, c^est de la filaisanterie ; coanae le Lutrin de BoUeaa, et le V^i^4rt de QitasL
DU I&lliCI» CORBTITtTIV SZ VL «DOÉTÉ. 831
Finflueiioe toute-paissante de la religion chrétienBe^ qui anime le grand corps de la cbrétîeaté^ et de qui Ton peut dire :
Mens agitât molem et magno te corpere nUscetf
et il serait bien peu philosophe, celui qui croirait qu'un peuple peut s'élever à une haute perfection sous ^influence d'une fausse doctrine et de croyances religieuses désavouées par la raison.
Et il faut bien le dire, c'est à sa propre vertu, à la force de son principe intérieur, et presque malgré les gouvernements, que la religion doit sa force de vie et d'expansion, et que nous devons nous-mêmes ses bienfaits, ces bienfaits que, selon Montesquieu, «la nature humaine ne saurait assez reconnaître; s car quel secours lui ont prêté les gouvernements, ou plutôt quel appui n'ont-ils pas prêté à ses ennemis? Lorsque leur premier intérêt était de la défendre, et leur premier devoir de la propager, ils ont livré son enseignement et ses doctrines aux blasphèmes, aux sophismes de l'impiété, quelquefois les objets de son culte et la personne de ses ministres, aux fureurs populaires ; ils ont redouté son pouvoir, envahi ses propriétés, et se sont montrés jaloux de son influence; mais le châtiment n'a pas tardé à suivre la faute; et tous les gouvernements qui ont attenté à l'indépendance de la religion ont perdu leur propre indépendance, et sont tombés sous la souveraineté populaire : de ministres qu'ils étaient du pouvoir divin pour faire le bien, minister in bonuni^ comme dit saint Paul, ils sont devenus les ministres des caprices populaires, pour faire ou laisser faire des révolutions.
Aussi, si la religion peut encore régler les mœurs du particulier qui croit à son enseignement, à ses promesses, à ses menaces, les gouvernements, en l'abandonnant, ont fait qu'elle perd chaque jour de son influence pour assurer la tranquillité des États, le pouvoir légitime des rois, l'obéissance des peuples (i).
L'homme pri^é peut ne voir dans la religion que sa doctrine,
fî) Mmi la Térolatioii, potir déceavrir les amenrs -oa compUoes de loes <eftoyaMeft ineendies 4|ai désolèieiii qne^fites^mesde nos provlBoes, mk aami im^liè. à la «quête <éd VtmotàLé «ivile, un wumUmn^ e'efMn dire fulminé en chaire une OTcoamunteaiion contre cens qni n'4iimi«at pas révélé ^ la justice x» qu^ils pouvaient savoir. Ce mojen fut souvent emptoyé avec succès; mais alors on n^'avaH pas encore éteint dans l'esprlldes pev^le^ln f«i )i r««ioiité deb reSgioa.
&3S DÉMONSTEÀTIOlf PHlLOSOmom
sa morale, ses préceptes; Thomnie public, l'homme d'État, doit y voir son autorité sur les esprits, sa juste influence sur la législation, même politique, et cette force indestructible, qui fait que l'État qui s'appuie sur elle ne peut jamais UNnber.
11 me reste quelque chose à dire sur la manière dont j'ai considéré la religion.
La vérité de la religion chrétienne, considérée conune corps de doctrine et institution divine, est établie sur des preuves historiques et morales qui ont subjugué les meilleurs esprits, et ne laissent rien à désirer à ceux qui, de bonne foi, veulent s'instruire dans la science de la religion, la première de toutes les sciences, et ne prennent pas pour des objections leur ignorance ou leurs passions. Mais, en considérant la religion comme une société, j'ai pensé que ce point de vue nouveau peut-être pouvait of&ir, sinon des preuves nouvelles, au moins des inductions rationnelles et philosophiques qui pussent senir à établir d'une autre manière la vérité de ses dogmes ; non nova sed novè, dit saint Augustin. Je n'ai pas, je crois, à me Justifier de cette manière rationnelle de considérer la religion; car, outre que je la soumets sans aucune restriction au jugement souverain de l'Eglise, le plus docte interprète du christianisme nous avertit que notre foi doit être raisonnable, ratwnabile obsequium, et elle ne peut être raisonnable sans être raisonnée ; mais ce siècle de raisonnement raisonne la religion moins que toute aulre chose, et la juge avec une légèreté qu'il ne se permet pas sur le plus mince objet des recherches physiques, sur le pétale d'une fleur ou l'organisation d'un insecte... Je n'ai employé les preuves tirées de l'enseignement religieux et des Livres saints, que pour montrer que ce que j'ai voulu établir par le raisonnement se trouve confirmé par la doctrine et renseignement de la religion. J'ai cru que la religion, comme société, était soumise aux lois qui régissent toutes les sociétés, admirable harmonie, et qui est comme le sceau des œuvres du Créateur. Je n'ai pas prétendu expliquer la nature et le comment des mystères, mais en montrer la nécessité, en donner la raison ; et ce dernier mot m'avertit que la raison peut la chercher; que ce premier, et le plus important sujet des pensées humaines, n'est pas interdit à notre investigation; et enfin, au moment où la religion est le phis audacieusement attaquée, ou le plus honteusement délaissée, lorsque, sous le vain prétexte de l'ordre légal, on attente à ses droits les plus légitimes, et que le nom même de son divin fondateur ne peut pas sauver
BU PBINGIPE GONSTITUTIP DE U. SOGliTÉ. 533
de ]a haine de ses ennemis Tinsiitution qui lui est le plus spécialement consacrée^ j'ai cru qu'elle devait appeler à sa défense la philosophie comme un corps de réserve. Elle saura placer cet allié au rang qu'il doit occuper, et lui prescrire des bornes qu'il ne pourra pas franchir.
Espérons cependant que, malgré les nuages qu'accumulent contre elle l'ignorance et les passions, cette grande lumière du inonde moral, ce soleil de justice, ne sera pas obscurci, et que, de toutes les recherches de ses défenseurs, comme de toutes les critiques de ses adversaires, sortira cette vérité de fait : Qi^il y a oubli de Dieu et oppression de V homme partout oh il n'y a pas connaissance, adoration et culte de Pffomme-Dieu, et tût ou tard il sera prouvé que les dogmes de la religion chrétienne sont conformes à la plus haute raison, ses préceptes à la plus pure morale, ses conseils à la plus sage politique.
MÉDITATIONS POUTIQUES
TIRÉES DE L'ÉTANGILE.
Le livre qui contient une doctrine toute d'humilité, d'abnégation, d'égalité, des préceptes de renoncement à soi-même et au monde, même le conseil de renoncer, pour de plus grands intérêts, à sa famille et à ses biens, commence par une et même par deux généalogies.
Le Fils de Dieu , venu sur la terre pour converser avec les hommes et être avec eux jusqu'à la fin des temps, est venu pour fonder entre eux et avec eux une société, dont il fut à toujours le législateur et le roi, a voulu naître fils de rois, et prouver même, par sa naissance temporelle, qu'il avait droit à régner sur le peuple de Dieu, sur les Juifs, seul peuple au monde qui eût conservé le dogme de Tunité de Dieu, dogme qu'il devait transmettre aux chrétiens, devenus eux-mêmes à bien plus juste titre le peuple de Dieu.
En effet, de ces deux généalogies, l'une, à ce qu'il parait, est la généalogie de l'homme, l'autre celle du roi, parce que le Sauveur, pour être vraiment homme et vraiment roi, voulait naître dans une famille juive et de la race légitime des rois.
Ainsi celle-ci commence à Abraham, père des Hébreux, continue par David, roi de la société hébraïque, et par Zorobabel, qui en fut le restaurateur; et après avoir rappelé la grande révolution politique de cette société , la captivité de Babylone , se termine à Marie, mère du Sauveur; l'autre, de l'homme, et où figurent aussi David et Zorobabel non comme rois, mais comme ancêtres, commence à Joseph , époux de Marie et père putatif de Jésus-Christ, et remonte à Adam, père commun de tous les honmies.
MÉDITATION» VaLITIQUES TOÉMS M l'ÉYÀNGILB.
Hais si IMeu, pour se foire hoimne^ et revêtir le corps de h noble créature faite à son image et à m renemblanee , Teut naître de la femme comme les autres hommes, il doit aussi naître en IMeu, et rejette loin de ce grand acte tout œ qui pourrait en souiHer la pureté; et si tout est humain dans sa naissance, tout est mystérieux et divin dans ce qui la précède.
Jésns-Christ consacre donc^ par son exemple, la loi première et fondamentale des familles et des Ktats, la loi de fai snccesaon héréditaire; et pour qui connaît rinfinence de la légialation chrétienne sur les idées, les sentiments, les mceurs des nations qui Tont reçue, il n'est pas douteux que Texemple donné par le Fils de Dieu même , du respect pour les droits héréditaires de la royauté, n'ait puissamment contribué à grarer plus avant, dans le cœur des peuples chrétiens, le sentiment profond et ineflhçable qui les attache à la race de leurs légitimes souverains ; et sans doute ce roi an berceau a couvert de sa protection, et rendu respectables à leurs peuples, des rois même encore dans le sein de leurs mères.
Saint Matthieu et saint Luc nous donnent la généalogie temporelle dn Sauveur comme homme et comme roi; plus tard saint Jean nous révélera sa génération éternelle comme Fib de Dieu. «Au commencement , était le Verbe , et le Vwbe » était en Dieu, et le Verbe était Dieu, etc.»
Les prophéties de V Ancien Testament, qui se rapportent à Jésus-Christ, sont une preuve incontestable de sa divinité, de sa venue sur la terre, et de sa mission; les Juifs en reconnaissent comme nous Tauthenticité, et les appliquent au Messie, qu'ils attendent encore , après qu'il est venu, avec «ne si déplorable obstination.
Mais les prophéties du Nùtwean Testament qui précédèrent, aooompagnèrent ou suivirent le naissance du Sauveur du monde, ne sont pas moins authentiques. Si tout était nvystère alors, tout est leçon aujourd'hui; et leur vérité, prouvée pour nous par les événements qui les ont suivies, et les faits qui sont sous nos yeux , a un caractère particulier, et j'ose dire poMtique, qu'il est important de faire observer.
Ainsi les saints personnages qui, au rapport des historiens saerés, entourèrent le berceau de Jésus-Christ, ou le reçurent k sa naissance, proclament à l'envi, et prédisent les merveilles de sa vie et les effets de sa venue. Ils annoncent «que, déitn ivée par lui de bi servitude de ferveur, les hommes le sert^ » roni es nsarclMnl devant h» dans la sainteté et la j«rti«ft} &
B36 MÉDITATIONS POLITIÛUIS
» sera appelé Emmanuel^ Dieu avec nous, Dieu sauveur de son » peuple.... le sein qui le portera sera béni; il apporte en nais- » sant gloire à Dieu et paix aux hommes vertueux.... C'est de » la plus petite ville de Juda que sortira celui qui doit ré^ le » peuple de Dieu.... celui qui est né pour être la ruioe et la » résurrection de plusieurs. Un saint vieillard n'aspire plus » qu'à mourir^ après avoir vu de ses yeux et tenu dans ses bras » le Sauveur^ celui que Dieu devait montrer au monde^ comme » la lumière qui devait éclairer les nations;... et ce Fils, en qui » Dieu avait mis toutes ses complaisances, devait plus tard, » comme il le dit lui-même, élevé sur une croix, attirer tout à » lui....»
Mais nous, après dix-huit siècles de la venue de Jésus-Christ sur la terre, et de la prédication de sa doctrine ; nous, qui en voyons les effets, même politiques, sur les nations qui le reconnaissent, et sur celles qui le rejettent, nous, témoins de la prospérité, ou, comme parle TÉvangile, de la résurrection des uns et de la mine ou de l'abrutissement des autres ; nous, qui voyons la force toujours croissante des nations chrétiennes, et le progrès de leurs connaissances, comparé à Tignorance et à la faiblesse des peuples idolâtres ou mahométans, l'ordre qui règne dans la législation, l'administration, la police des premières, et les désordres, les lois barbares, les coutumes tyranniques, les mœurs féroces ou dissolues qu'on remarque chez les autres; nous enfin, qui voyons la croix du Sauveur, devenue, si je puis ainsi parler, le couronnement de toutes les couronnes, Jésus-Christ, proclamé le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs dans le palais des rois, comme dans la cabane des bergers^ et devant qui tout genou doit fléchir, pouvonsnous ne pas reconnaître, à ces traits, l'accomplissement de tout ce que nous avons vu prédit; et eùi-il été possible de prédire à un faible enfant, né dans une étable, d'un père artisan et d'une mère ignorée , qui vécut pauvre et mourut sur une croix, de si glorieuses destinées?
Le Messie que les Juifs attendent, fùtril venu, conome ils l'espèrent, dans tout l'éclat de la puissance et de la gloire, auraitr il pu obtenir, de la part des peuples les plus éclairés, et même les seuls éclairés qu'il y ait au monde, plus de respect, d'obéissance et d'adoration? et ce conquérant spirituel n'a-t-îi pas réalisé tout ce que les Juifs attendent du conquérant matériel que, dans leurs idées chamelles, ils s'obstinent à demander? La religion chrétienne n'a pas détruit Tboamie, elle lui a laissé
TIBiES DB L'iVAV&ttl. 637
ses passions qui sont à la fois le vice de sa naissance et Texercice de son libre arbitre et de sa raison. Hais que de passions domptées par l'ascendant de la religion ! que de sacrifices faits à la vérité de sa doctrine! que de vertus dont elle est le principe, ignorées des hommes et connues de Dieu seul ! Mais la religion chrétienne, et c'est là son triomphe, a changé la société; elle a renouvelé la face de la terre; elle a amené à la connaissance de la vérité les peuples qui ont marché à la lumière; elle les a tirés des erreurs où ils étaient plongés, et où sont encore plongées les nations qui n'ont pas voulu la reconnaître. Tous les bons sentiments du cœur, toutes les grandes inspirations de l'esprit, toute la perfection morale des législations, tout ce qui est bon et élevé, devenu usuel en quelque sorte et général, d'individuel qu'il pouvait être chez quelques philosophes, est dû à son influence. Elle a dompté les passions des gouvernements et ôté les péchés du monde ^ la fureur des dévastations et des conquêtes, les sacrifices du sang humain, l'adoration des idoles, l'esclavage, les jeux sanglants de l'arène, la prostitution consacrée, la polygamie, l'exposition des enfants, etc., crimes qui sont tous à la porte de la société, et ne tarderaient pas à y reparaître, si la religion chrétienne en était bannie : «Nous n devons au christianisme, » dit Montesquieu, a et dans le gou- B yemement, un certain droit politique, et dans la guerre, un » certain droit des gens que la nature humaine ne saurait assez D reconnaître, d Nous lui devons bien plus, nous lui devons tout ce que nous sommes, nous, peuples chrétiens, entre tous les peuples de la terre; et, quand des esprits chagrins ou des ennemis de la religion lui reprochent avec amertume les vices de beaucoup de chrétiens qu'ils mettent en opposition avec les vertus de quelques païens, ils oublient qu^on ne remarque les vertus que chez les peuples vicieux, et les vices que chez les peuples vertueux; et, pour en citer un exemple, quel est aujourd'hui le général européen, même peu continent, qui se trouverait honoré qu'on citÂt de lui avec éloge un trait semblable à la continence de Scipion? L'ordre général subsiste malgré les désordres particuliers, partout où il y a des lois qui les proscrivent et des moyens qui les répriment. Que ceux qui parlent sans cesse de notre perfectibilité et des progrès de nos lumières, nient que les lois et les moyens de perfection se trouvent dans nos sociétés, ou qu'ils reconnaissent Tincontestable supériorité politique, morale, littéraire des nations chrétiennes sur toutes les autres, et s*il est vrai, comme l'a dit Condorcet
dtfM flM i^iMrt MT U$progrè$ie VtÊfnit hwamm ; «Qwkie» » lîgion mabométane condamne les Turcs à une încunbleitas pidité^ » on peut ajouter à une effroyable férocité ; conduons de cet aveu du philosophe, Finfluence de la religion sur lesloisy les mœurs et l'esprit d'un peuple, et reconnaissons que la religion est parfaite là où se trouvent les lois les phis sag^s, les mœurs les plus douces, la morale la plus pure, la sociabililé la plus aimable, la charité la plus généreuse, hi culture des arts la plus avancée, tous les fruits de l'esprit et du génie, i4>ut ce qui fait, en un mot, les charmes de la vie privée, Thonneur de la vie publique^ la force des familles et celle des États : et je ne crains pas d'avancer que, s'il s*était trouvé une seule erreur dans le système religieux d'un peuple, il y aurait eu quelque désordre dans son système moral; il aurait faibli dans quelque point de ses pensées et de ses sentiments, comme la santé des hommes, en apparence les plus robustes, souffrirait de qiielqne vice caché dans leur organisation.
Aussi est-ce la chrétieuté, victorieuse partout où elle porte ses armes, bienfaisante et salutaire, partout où elle porte ses doctrines, qui, certaine de posséder la science de la so<ûété, remplit, au milieu des peuples barbares ou sauvages, la noble fonction de les appeler à la connaissance de la vérité et à tous les bienfaits de la vie sociale.
Jésus- Christ veut naître dans une étable, il nait pauvre, et n'a autour de son berceau que les instruments de la vie agri* cole : c'est ainsi que commence l'homme, en naissant le plus pauvre des êtres , fût-il fils de roi; c'est ainsi , et par l'agriculture, que commence véritablement la société.
La première proclamation et, pour ainsi dire, le manifeste que le conquérant pacifique adresse aux peuples qu'il vient soumettre à son empire, est tout enti^ dans ces deux mots : Gloire à Dieu, et paix aux hommes fui ont la wdomté de fmrt le bien; là est tout le mystère de la société religieuse et de la société politique : Gloire à Dieu, en faisant reconnaître ses lois et adorer ses perfections, et en ne permettant pas que sa religion soit insultée, son culte profané, ses ministrei poursuivis et calomniés; paix aux bons, en les délivrant de l'oppressiou des méchants. Car, on n'entend rien au système de la société, si on ne la considère pas oonme la gueiie des bons contre les méchants, et nonnsetileadent contre les méchants ou les malfaiteurs qui attentent à la vie, à riioniieiir, h la propriété de rbomme privé, par Tbomickk^ la (
rinjMiice} makusontre les méchants, mille fois plus dangereux^ qui atienteat, par leurs écrits^ à ia sainteté de la religioo; par leurs complots et leurs iotri^es, à la tranquillité de^ Étals et à la légitimité du pouvoir suprême.
C'est donc le premier devoir d'un gouvernement chrétien de dcmoer la paix aux bons en déclarant la guerre aux méchants^ car le gouvernement qui fait grÀce aux méchants et les laisse <m paix, été aux bons tonte sécurité, et^ par conséquent, il n'a de faveur que pour les méchants, puisque les bons n'ont pas iiesoin de grâce et n'en demandent pas : il s'introduit dans les •gouvernements de fausses idées de clémence (et surtout dans noiro siècle tout matériel), à l'égard des crimes de la pensée, ^i ne tardent pas à produire des actions matériellement criainelies. Cette philanthropie qui s'apitoie sur les crimes des médiants bien plus que sur les malheurs des boas, ose s'appuyer même de la religion qui nous enseigne cependant que Dieu ne pardonne qu'au repentir, dont lui seul, qui sonde les €œurt et les reins, peut juger la sincérité; il se réserve à luîmème la justice pour la faire exercer par ses lieutenants sur la tente y et la religion eUennnême n'ordonne à l'homme de pardonaer qu'en prescrivaat à la société de punir (I). Les gouvernements ne refusent pas ia justice, mais trop souvent ils refusent le jugement, et cependant il n'y a pas de justice sans jugenaent Lorsque le Prophète-Roi demande à Dieu de ne pas le livrer à ses ennemis, il donne pour motif à ses miséricordes qull a rendu la justice et le jugement, fedjustitiam, etj'udi' ehan; et œ qu'on i^>pelle déni de J4&tice n'est jamais et ne pent être qu'un déni de jugement.
Toutes les legons de TÉwingile sont en action; les bei^ers tant appelés les prenûers à la crèche, ou plutôt au tràne du Sauveur, pour recevoir les salutaires influences -qui en émanent. Les rois viendront {dus tard. La religion chrétienne, deoirine de véri4és inconnues au inonde puen, doctrine de «aplîoiAé, de modestie» de tompéeanoe, d'abnégation de soi-
(i) Oa 8'Alfei>e ooatre le 4roit qu'a la aodété d'Infliger la pdae de mort, seule .garantie qui lui reste. Il y aurait plutôt li demander si elle a le droit, en rnfligeant II un coupable la peine des travaux fvrcis d perpé^ tuité, Ae ooDdmner un koraaM % vue we «atfière àe m^ÉÊÊmmes et de JÉiBOiwlr U. le TCt^sole oBtie dîspoiitiM de la toi, mais j'ai ipeiM à y seaaettre ma raison, La nature condamne llumune et tous les hommes ^ mourir, mais elle n'en condamne aucun li souffrir toute la vie sans espoir de soulagement; c*est par cette raison que les kâs^ent f lavMOMoapvMriiaaaMfrtsinrlaMidai '
840 iiiDiTÀTioiis Tounoun
méme^ de charité^ de sacrifice^ devait germer a?ec plus de facilité chez des hommes que Tobscurité de leur condition^ la modération de leurs désirs, les habitudes d'une vie pauvre et pénible^ disposaient davantage à ces vertus du cœur, et que le cœur seul peut comprendre; et ces hommes simples^ qui ne disputaient pas contre leurs pensées et contre leurs c(mvîctiotts, devaient aussi être plutôt frappés que des esprits orgueilleux des prodiges qui appuyaient la prédication de cette nouvelle doctrine : mais une fois qu'elle eut été répandue dans les familles, elle jeta un éclat qui fut aussi l'étoile qui y conduisit les conditions les plus élevées. Et la religion, après avoir commencé, comme tout commence dans la société, par la famille agricole, finit par pénétrer dans l'État et s'asseoir sur le trône des Césars. Une doctrine d'orgueil et de licence commence au contraire chez les grands, et descend jusque dans les dernières classes du peuple. La doctrine d'Epicure, reçue d'abord dans les premiers rangs de la société romaine, gagna rapidement les derniers. La philosophie de nos jours a conmiencé aussi diez les grands, même sur les trônes, et elle s'étend et pénètre jusque dans les chaumières : la doctrine d'Epicure p^dît Rome, et la philosophie moderne aurait déjà peridu l'Europe, si la religion chrétienne n'eût retardé ses progrès; mais, si la religion doit renaître, et la vérité a seule cette prérogative, elle renaîtra chez les rois, les bergers viendront plus tard...
Les parents de Jésus, encore enfant, le perdent un moment à la fête de Pftque, qui, de toute la Judée, appelait à Jérusalem la foule du peuple ; ils le retrouvent, après trois jours, dans le temple, écoutant les docteurs et les interrogeant.... Et c'est aussi dans l'Évangile et des ministres de la religion que les enfants chrétiens doivent recevoir leur première éducation. Ce sont les docteurs de la loi chrétienne qu'ils doivent écouter et interroger sur leurs devoirs. La mère du Sauveur ose lui faire un reproche d'avoir quitté ses parents et alarmé leur tendresse; et ce divin Enfant, reprenant son autorité, lui répond avec une sévérité apparente : a Et pourquoi me cherchez-vous? Ne sa- D vez-vous pas qu'il faut que je sois occupé au service de mon D Père? s Grande leçon, même politique, qui nous apprend à mettre au premier rang de nos devoirs ceux que nous imposent les fonctions publiques dont nous sommes revêtus, à préférer l'État même à nos familles, et à ne songer à nos intérêts personnels que lorsque les intérêts publics sont en sûreté. Et ne répëte-t-il pas la même leçon, lorsqu'il réprouve ceux qui.
tëbèes dk l'étargiub. 841
invités au festin du père de famille, s'excusent sur des affiôres ou occupations domestiques, sur le soin de leurs biens et même sur ceux d'un mariage? Ne nous recommande-i-il pas de ne pas regarder en arrière, après avoir mis la main à la charrue, et ne dit-il pas à celui qui lui demandait d'aller rendre à son père les derniers devoirs : o Laissez aux morts le soin d'ense* » velir les morts? d D'ailleurs, en servant la société publique, soit dans le ministère de la religion, soit dans la profession de la justice ou des armes, on défend la société domestique, puisque les familles sont renfermées dans l'État, et attendent de lui, et les lois qui règlent leurs rapports, et la protection de la force publique qui les maintient, et assure la vie, l'honneur, la propriété de leurs membres.
Jésus-Christ commence sa mission par la retraite, comme son précurseur l'avait commencée dans le désert.... Si les pensées ingénieuses, les systèmes hardis, les hommes à grands esprits faux, comme les appelle Bossuet, et trop souvent à grands attentats, naissent de l'agitation et du tumulte du monde et du choc de tous les intérêts et de toutes les passions; les fortes pensées, les grandes vertus, les grands et nobles caractères se mûrissent dans la retraite, et la politique ellemême en fournirait des exemples. Mais, pour l'homme qui n'est pas né pour vivre seul, la solitude a ses illusions et ses dangers, et le Sauveur du monde, qui, je ne saurais cesser de le répéter, met toutes ses leçons en actions, a voulu nous en donner l'exemple sur lui-même, dans toutes les situations où l'homme social puisse se trouver, en permettant au tentateur de l'approcher et de lui présenter les trois sources les plus fécondes des plus grands désordres, pour l'homme domestique, rhorame religieux, l'homme public, la cupidité, les illusions de la piété, l'ambition. <x Si vous êtes le fils de Dieu, dites que » ces pierres se changent en pain....» Et ne voudraient-ils pas aussi que les pierres se changeassent en pain, les gouvernements modernes qui ne voient dans leurs sujets que des producteurs et des consommateurs, et qui attachent tant d'importance au commerce, à l'industrie, aux arts qui nourrissent l'homme, qui les présentent aux peuples comme la source de toute prospérité, et allument dans tous les cœurs cette soif inextinguible de gain, qui produit tant d'injustices et tant de crimes? Sans doute il faut exciter le goût du travail et en honorer le succès; mais ce soin , digne d'une administration éclairée et bienfaisante, doit être contenu dans de justes bornes.
B ne suffit pas de donner à des peeples ehrétsen dn pein et des spectacles, ptmem et eircenaesy canme fsînient les psiens ; il ne faut pas oublier cette eabtime léponse da Sauveur : a L'homme De vit pas seiriement de pain, maïs de toute pasole a qui sort de la boaclie de Dieu. » Car les paroles qui sortent de la bouche de Thomme, comme celles de nos sophistes, sont du poison et non pas du pain. La religion seule donne ce pain qui ne fait pas, si l'on veut, des peuples matériels, mais qui fait de grands peuples, des peuples forts, intelligents et dociles : et c'est surtout de ce pain dont le peuple a besoin et a £iim plus qu'on ne pense. Que les gouvememeuts n'oublient pas qu'ils ont rempli tous leurs devors envers les peuples, lorsqu'ils ont fait assez pour leurs besoins, peu pour Jeun plaisirs, et iout pour leurs vertus.
Après la tentation de la cupidité, la plus générale et la plus dangereuse vient des illusions de l'orgueil, oeUe même d'une piété exaltée qui se lance dans les routes les plus périlleitaes, et qui attend, dûs des entreprises extiuardinaires et mal concertées, des secours miraculeux : « Vous ne tenterez pas k » Seigneur, » dit le Sauveur , en vous écartant des voies con* nues, même quand ce serait pour la gloire de Dion, ei que vous seriez voa&-mème sur le faite du temple.
La dernière tentation est l'ambition , la pk» séduisaotB de toutes, parce qu'elle a sa source dans le principe lo plus élevé de la nature deThomme, dominateur universel de la lerre, et dans le penchant le plus irrésistible de son esprit : aussi le ten* tateur redouble d'efforts, et promet à celui qu'il cherche à connaître, le monde tout entier, si, en se prosternant, il veut l'adorer... Et ne se sont-elles pas prosternées devant tous les fantômes d'oi^ueii et de gloire, tantd'ambitioas^oirt nvagi le monde et foulé aux pieds les devoirs les plus sacrés et les droits les phn légitimes? a Retire-toi, dit le Seigneur nu malio a eqprit, car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et a ne serviras que lui seuL » £t cehn qui pouvait n'rwapleyfr que son autorité pour confondre le tentateur, renvoie à l'anlarîÉé de la loi éerùe, et donne ninsi le premier renempfe de s'y soumettre.
iésus-Ohrist honore de sa présence les noœs de €ana. Le mariage, chez les Juifs, n'était plus mpeeté; le dmree étai prononcé pour les causes les plus légères, et le lien conjogal était devenu plus aisé à rompre qu'à former. La bi de Jésus* ^^— r -mf- tlifrluninlinTlîmiiiiihln. fit flnfmilnnt liri n>aar rr
fue Dku i jamt, le ramèDe à la dignité de son origine. Ce chaDgement, plus miracuieux que celui de Teau en via^ pour qui connaît et apprécie la force du penchant le plus impé* tueux de nos coeurs et de nos sens, s'est tellement identifié avec nos idées et nos mœurs, que, là même où la dissolution du mariage est pennise> il est honteux (1) d'en user. C'est cependant au grand changement qui s'est opéré à cet' égard dans l'esprit des peuples chrétiens, que les femmes doivent leur existence domestique, la sécurité de leur état, leur dignité conjugale, leur bonheur maternel, et les deux sexes , Tavan* tage inappréciable de pouvoir vivre ensemble dans le monde, sans danger et sans scandale, bienfait immense, et le plus grand pas vers la civilisation que la religion ait fait faire à la société. *
Le suprême législateur a commencé par où tout cocumence, par fonder la société domestique; il va fonder la société pu* blique; il appelle des disciples, et le pouvoir institue des ministres.
Le divin Enfant avait appelé des bergers à le reconnaître; le roi des siècles appelle des pécheurs à le servir, pour noua montrer que la force du ministère ne tient pas à l'homme, BMtis à l'institution; et cette vérité est aussi pcrfitique que religîeiise.
Ce pouvoir a des ministres, bientôt il aura des sujets, ef la société sera parfaitement constituée; et n'est-ce pas dans la distinction de ces trois personnes, et dans leurs rapports mutuels, que se trouve la constitution universelle du monde moral et du monde politique? Ainsi, dans Tordre le plus élevé de Tintelligence, Dieu, les anges, qui sont les ministres de ses volontés, et les hommes; ainsi, dans la société religieuse, Jésus-Christ, les prAtres, les fidèles; ainsi, dans la société politâi|ue, le chef de l'Etat, les officiers, le peuple; ainsi, dans la famille, le père, la mère, les enfants; partout le pouvoir q«i commande, le ministre qui sert, le si^et qui obéit; tout pour le sujet; rien par lui. Leshommesnegouvementpas Tuoiven^
(1) Sur cette loi dn divorce, seul point sur lequel la révolution ait recalé, et dont nos lU>éninx r^^rettent si fort Taiiolition, ii est honteux qme des cbrélteni teqoir^nx des leçons des paieas. Tadte reparla que Pollion et Agrippa se disputant à qui donnerait une vestale k llkBpira, la fille de Pollion fut préférée parce que sa mère n*avait eu qu'un époui^ et celle d*Agrippa rejetée, parce qu'elle avait déshonoré sa funiUe p«r on dHvfce, çfWRS doaiHRi avani dmidio laiiinfiiMi^al*
5M lliBlTATI05S lOLITtOUSS
le fidèle ne gouverne pas l'Eglise ^ les enfants ne goiiTeroent pas la famille, le peuple ne doit pas gomerner l'Etat, et cependant, je le répète, tout, dans l'univers, se fait pour l'homme ; dans l'Eglise, pour les fidèles ; dans la famille, pour les enfants; dans l'Etat, pour les sujets. Là est la constitution naturelle et légitime des sociétés, légitimité de la société, bien différente de la légitimité d'une race régnante, qui n'est que sa durée et sa perpétuité.
La société, ainsi constituée, est la maison dont parle l'Evangile, bâtie sur la pierre ferme, que les vents et les orages ne peuvent renverser; tandis que celles qui sont constituées sur de vains systèmes de licence et d'orgueil, sont la maison bAtie sur le sable, et qui ne résistera ni aux vents ni aux eaux.
Jésus-Christm'a pas donné des lois positives à la société politique : il a mieux fait; il lui a donné des modèles; et c'est sur ces modèles que se sont formées les sociétés chrétiennes et la chrétienté tout entière.
Le Sauveur, qui s'était fait homme pour converser avec les hommes, appelle donc d'autres hommes pour les instruire; car il traite avec les hommes humainement , si je peux ainsi parler, et en leur faisant communiquer ses volontés par des organes semblables à eux , il les laisse dans le libre arbitre où il les a créés, ce libre arbitre sans lequel nous ne serions plus ceqoe nous sommes, et nous n'aurions pas la faculté de mMter oa de démériter, qui constitue la liberté de l'homme et sa dignité.
Jésus-Christ prend ses premiers disciples parmi des hommes simples et ignorants; et les savants d'alors n'étaient-ils pas plus ignorants encore dans la science de la société , et leur esprit préoccupé par l'orgueil, et leur cœur hvré à l'amour des richesses auraient-ils goûté la modestie, la simplicité, le désintéressement de la morale évangélique?
Ces pauvres pêcheurs n'ont que des filets, et ils n'hésitent pas à les quitter pour suivre Jésus-Christ. Plus tard les hommes quitteront des palais et même des trônes pour s'attacher à lai; mais leur heure n'était pas encore venue.
Et n'est-ce pas avec des hommes simples, avec des pAtres et des paysans, que la Suède, par son Gustave Wasa, que l'Angleterre, sous son Alfred, ont recouvré leur indépendance, que la Suisse a défendu ses montagnes, et la Vendée sa religion et son roi? Ce ne sera que par des hommes simples que le luxe n'a pas amollis, que les plaisirs et les arts n'ont pas corrompus, que de fausses doctrines n'ont pas pervertis > qu'une nation.
mÈBs DE l'étanole. B45
tombée dans la décrépitude, sera rajeunie. Les sociétés qui ont fini dans les boudoirs ne peuvent renaître que sous les tentes.
Obéissance à ceux qui ont droit et mission de commander, voilà le fondement de tout ordre et le premier moyen de tout succès; et les démocraties^ où tous veulent être égaux, ne sont nées que de Torgueilleuse faiblesse de ceux qui ne trouvent parmi eux tous aucun homme supérieur capable de les conduire, et, en attendant qu'il paraisse, réunissent leurs médiocrités, et s'attroupent pour gouverner.
Après avoir appelé ses ministres , Jésus-Christ leur apprend ce qu'ils sont et ce qu'ils doivent être, a Vous êtes, leur dit-il, » le sel de la terre. » Parce qu'ils doivent être au milieu du monde, comme cette substance incorruptible elle-même, et qui préserve les autres substances de la corruption. Leur vie doit être exemplaire, et comme une leçon continuelle et vivante de vertu et de perfection, a Vous êtes la lumière du monde; » parce qu'en effet, dans la doctrine dont ils sont les organes et les hérauts, se trouvent toutes les vérités qui éclairent le monde et doivent diriger les hommes dans le chemin de la vertu.
Les applications politiques se présentent en foule et entrent dans le jrian de ces réflexions. I.ies hommes élevés en dignité politique ne sont placés au-dessus des autres , que pour leur donner de plus haut l'exemple de toutes les vertus privées et publiques, et les éclairer de leurs lumières, a La lumière, nous » dit l'Evangile, ne doit pas rester sous le boisseau. » Ils sont aussi le sel du monde politique, au même sens que les ministres delà religion; mais si le sel ^affadit, comme le dit le Sauveur, 9 il n'est bon qu'à être jeté dehors et foulé aux pieds; n et n'y aurait-il pas eu dans la négligence, le luxe ou la mollesse des premières classes de la société, surtout dans leur penchant pour de nouvelles doctrines, et la protection qu'elles accordaient à leurs coryphées, quelque motif à l'accomplissement de l'anathème lancé par le Sauveur contre le sel qui s'affadit? et ces premières classes n'ont-elles pas été jetées dehors et foulées aux pieds?
Après avoir appris à ses disciples ce qu'ils doivent êtrej leur maître leur enseigne ce qu'ils doivent faire, et leur annonce ce à quoi ils doivent s'atten(fre. Ils doivent apprendre aux hcHnmes que le royaume de Dieu approche, c'est-à-dire la manifestation de la vérité, et la fondation de la société chrétienne. Us doivent «uérir toutes les infiimités sans en être eux-mêmes atteints;
Btt «ÉIRànONB VOLfnOUBS
et les gnérisons ccrpoieUeft, que Jéstift-Cbrkl et ses disei^es opéraieiit^ Vêtaient que le signe et rannonee de la gnéraon des infirmités spirituelles, et de la plus déploraUe de toutes, de l'erreur; car, sous le règne de Tidolàlrie, le genre huflfiaîn était MOMrdy aveugle et muet y et ne pouvait ni entendre, ni voir, ai répandre la vérité. La récompense que leur maître leur annonce, pour tant de bienfaits et de travaux, est la perséeutton la plus déclarée, a Ils vous haïront, leur 'dit-îl, à cause de moi; ils » vous banniront, vous jetteront hors de leurs assemblées et m dans les prisons, et croiront, en vous mettant à mert, foire
a une œuvre agréable à Dieu » Noua avons vu toutes ses
prédictions littéralement accomplies, et nous avons vu aussi un grand nombre de ministres de la religion, fidèles à cette leçon de courage, qu'aucun autre législateur n'avait donnée. 0 Ne craignez pas ceux qui ne peuvent tuer que le corps. > Leçon de courage même politique, qui s'adresse aux ministres de la société politique, comme à ceux de la société religieuse. « Mais, ajoute le Sauveur, les cheveux de votre tète sont » eomplés, et il n'en tombera aucun sans la permission de a Dieu, d Jésus-Christ établit ainsi le fatum christianum, dont parle Leibnitz, qu'il oppose à la fatalité des pidfens et au fatalisme des mahométans, et qui consiste à agir avec sagesse, prudence et courage, et à se reposer du succès sur la iVovideuee.
Toutes ces leçons et tiHites ces psédictioos s'appliquent aux Bttuistres de la société politique, comme à ceux de la société religieuse , élevés au-dessus du peuple par leurs fonctions, pour lui donner l'exemple des vertus politiques, de la fidélité au pouvoir de l'Etat, et du dévouement à sa défense. La noblesse, ce sacerdoce de la royauté, après avoir, pendant b longue durée de la monarchie, sacrifié à sa défense son sang et ses biens, a, malgré les vices de quelques-uns de ses meml»efl^ mérité, par sa valeur et sa fidélité, l'estime et la eonsidératiai de TEurope; elle a été enveloppée dans la même proscription que les ministres de la religion, et rien n'a mieux prouvé, que cette communauté de persécutions, la similitude de leais fonctions et de leurs ministère.
Jéstts>Christ annonce à ses diseiploB qu'il est venu apportsr la guerre dans le nM>nde, et séparer ceux même que la natovs avait le plus étroitement unis. Jamins prédîctiuu ne fut plus Stléralement aeeomplie : et commeat ne l'auraiVelie pas étél Teste vente ialioduite dans k suende eat euf oppesilioB 1
niÉBs n i^ÉTAjmBB. B4f
saire avec tes enreon ccmtnires, mâme dans les arts et las adenees, et à combien plas forte f«8onl»TérUéBiQiaky quia ooR-seuIement les erreurs de Fesprii h conri»ttra, mais encore les passions du cœup? Les ignorants qui en ont pris occasion d'aconserla religion chrétienne d^inloli^Miee pourraient auast bien en accuser la critique littéraire et même les lois civiles et eriminelles. Tout ce qni est vnk en touà combat contre tout ce qui est faux. Cette guerre de la vérité contre Terreur a étd le iNrincipe de tous les troubles cpn agitent rEinrope depuis Ireia siècles; et dans ce moment, où la religion lutte dans le seiis de la société contre Fimpiété, la Glvétienté, portant la guerre au debors, est aux prises avec Tislamisme.
Cependant le divin maître réprime les mouvements d'orgueil et le désir de domination qu'avaient &it nattre dans quelquesuns de ses disciples la fonction d'enseigner et le pouvoir de guérir qu'il leur avait donnés^ et leur révèle le grand secret de leur ministère et de tout ministère. U leur apprend a que le 9 pouvoir n'est qu'un service^ que le Fils de Tbomme lui-même a n'est pas venu pour commander, mais pomr servir, et que le » plus grand entre eux ne doit être que le serviteur des 9 aub*es. » Certes, on ne s'étonnera pas que noua cherchions dans l'Evangile des maximes et des leçons applicables à la politique, si Ton remarque que, dans toutes les langues chrétiennes, les mots servir et seroiee désignent les plus hautes fonctions politiques, judiciaires et noîlitaires; cette locution vraie et touchante^ inconnue aux langues anciennes, a pasai de l'Evangile dans les nôtres, et le pouvoir le plus élevé de la société,, le chef visible de TEg&e, ne prend qva le titre de mrvitmtr des serviteurs de IHeu,
Les partisans rigides de Tégalité absolue ont cm ht trouver dtos les maximes de l'Evangile. Sans doute elle existe entre les êtres semblables. Tous les pères de famille entre eux, el tous les enfants entre eux aussi, considérés en cette quafilé, sont égaux, de même que dans la société reMgi euse les prêtres entre eux, et les fid^es aussi entre eux; et, dans la société politique, les hommes ayant aut(»ité et les sujets sont chacun égaux entre eux, considérés coome hommes et connae sujets* Mais^ considérés sous le rapport dtes fondiens, kscnfsnts ne aeitt pas les égaux despères^ les fenmies des maris, les prêtres des fidèles, les officiers des subordonnés, parce quil n'y a pas dfordre possible dans la société demesticpw ou publique, pas ; un atrtiet dfarti méumiqmm, sans lediathwtieaet
548 MÉDITÀTIORB PCOJTIQQBS
la hiérarchie des foactions; mais pour ceux qui ne regardeut pas comme un bonheur personnel des devoirs à remplir envers les autres; qui estimant les charges et les offices ce qu'ils sont, c'est-à-dire des fardeaux et des devoirs, onus, officium, dédaignent cet éclat extérieur qui impose au vulgaire, et pèsent tout au poids du sanctuaire; pour ceux-là, dis-je, le Sauveur du monde va bien plus loin que les partisans les plus outrés de l'égalité, puisque, loin de prêcher l'égalité entre les grands et les petits, il donne à ces derniers la supériorité, lorsqu'ai^ès avoir appris au monde que tout pouvoir n'est qu'un service, il demande a quel est le plus grand de celui qui sert ou de celui » qui est servi? » Et effectivement, tout, dans la famille, ne se rapporte-t-il pas à l'intérêt des enfants, et, dans la religion et l'Etat, au salut des fidèles et au bien-être des sujets?
Tous les pas du Sauveur du monde sont autant de leçons. D entre dans le temple, et, animé d'une sainte colère, en chasse les marchands qui y vendaient, et leur reproche de faire de la maison de prières un lieu d'avarice, et trop souvent de mensonge et de fraude. Ce n'était pas l'enceinte du temple matériel où l'usage permettait, comme il le permet encore aujourd'hui, autour de nos églises, la vente d'objets nécessaires, que Jésus-Christ regardait comme profanée; c'est la société chrétienne, véritable lieu saint, dont la monarchie est le parvis et la religion le sanctuaire, dont il voulait écarter la dangereuse influence de l'esprit mercantile, regardé de nos jours, par les gouvernements, comme la pierre angulaire de Tédifice; c'est contre cette cupidité efRrénée, source de tant crimes, d'injustices et de mauvaise foi; contre cette soif inextinguible des richesses qui absorbe toutes les facultés de l'esprit, tous les sentiments du cœur, tout le temps donné à l'homme dans d'autres vues, et qui élève dans la société la puissance de Targent, rivale de la puissance des lois et des mœurs, et y développe un esprit démocratique incompatible avec tous les gouvernements; c'est contre ces désoidres et ces dangers que Jésus-Christ veut nous prémunir, et il n'y a qu'à jeter les yeux sur l'Europe et sur le commerce lui-même, livré à l'agiotage et déshonoré par tant de faillites, et sur le trafic des malheureux Grecs, vendus par les Turcs comme esclaves, et tran^MVtés par des chrétiens, pour n'être pas étonné des paroles sévères de Jésus-Christ.
Enfin il parle lui-même au peuple, a Heureux, lui dii-0, les » pauvres d'esprit, » c'est-à-dire ceux dont l'esprit est asses
TIRÉES DE L'ÉYANOILE. 549
élevé pour croire tout ce qu'ils ne peuvent pas comprendre^ et se soumettre à l'autorité légitime de leurs pasteurs et de leurs maîtres; car la force de Tesprit consiste à en connaître les bornes. Fénelon^ rétractant publiquement ses erreurs, était un de ces pauvres d'esprit; et l'homme opulent prêt à se déticher de sa patrie, de sa famille et de ses biens, pour remplir ce qu'il croit devoir à son Dieu et à son roi, est] encore un de ces pauvres d'esprit : tandis que le pauvre qui caché sous des haillons un cœur gonflé d'avarice et de jalousie peut être un de ces riches maudits par l'Évangile.
a Heureux ceux qui sont doux, i> qui savent que le calme de l'âme est le moyen et le partage de la véritable force, et que, ce n'est qu'en se possédant soi-même, qu'on est capable de conduire les autres, et qu'on s'assure la possession tranquille de ses biens légitimes ! Heureux ceux qui font à la vertu les sacrifices même les plus pénibles à la nature, parce qu'ils en recevront, dans le témoignage de leur conscience, les plus abondantes consolations! a Heureux ceux qui ont faim et soif de la » justice; D heureuse la charité, la pureté du cœur, l'amour de la paix, vertus qu'on n'achète pas aux dépens de la justice , et qui nous donnent, sur les autres, l'empire de la raison et des bienfaits! trop heureux si nous souffrons persécution; si, en remplissant nos devoirs, nous sommes en butte à la haine des mé* chants! C'est ainsi qu'ont été traités trop souvent tous les hommes qui ont éclairé leurs semblables, et c'est partager leur gloire et leurs mérites, que de partager leurs souffrances...
Jésus-Christ, après avoir donné à la société de si hautes leçons, se rapporte lui-même à l'esprit de la loi primitive, qu'il n'est pas venu, dit-il, déttiùre, mais accofnplir, et dont sa doctrine n'est que le dernier développement; et lui-même assure que le ciel et la terre passeront, et que ses paroles ne passeront pas, parce que cette loi, expression des rapports les plus naturels, a précédé les temps, et doit leur survivre. Jésus- Christ montre ensuite ce que la loi de grâce ajoute à la loi judaïque, pour former un peuple spirituel, et développe luiniéme l'esprit de cette loi, dont les Juifs n'avaient que la lettre. La loi des Juifs condamnait l'homicide; la loi de grâce condamne même l'injure : Tune défendait l'adultère, l'autre en interdit jusqu'au désir. Loin de permettre la vengeance, si chère aux nations barbares, Jésus-Christ veut qu'on aime même ses ennemis, et qu'on fasse du bien à ceux qui nous persécutent et
550 MtoiTàTiQifs pounoiiB
nous haussent, ce qui s'applique même à ceux qui ont rantoritè en main, pour punir les crimes; car ils font du bien aux méchants même en les punissant, puisque, surrant la remarque de Pénelon, par le châtiment ils les remettent dans l'ordre, la première loi des êtres intelligents. Jésus-Christ, après avoir enseigné anx hommes, dans cette sublime instruction, le chemin de la perfection, finit par leur dire : « Soyez parfaits comme » votre Père céleste est parfait, » c'est-à-dire « peuples faits» ir à limage de l'Être suprême, réfléchissez-en la perfection du» » vos lois et dans vos mœurs, n
Ce sont cependant ces hautes leçons, que le monde n'avait pas entendues, hase de nos lois civiles et criminelles, qui ont fait les nations chrétiennes ce qu'elles sont; qui ont répanda cet esprit de charité, de bienfaisance, de sociabilité, de civilité même qui les distingue, et n'en fait, à beaucoup d'égards, qu'une seule famille, un peuple de frères même au milieu des rigueurs inévitables de la guerre qui fait encore que Tétranger (chez les premiers Latins synonyme d'ennemi) est partout accueilli comme dans sa propre patrie, et que les peuples chrétiens ne sont nulle part étrangers les uns aux autres. Trop heureux les gouvernements, s'ils connaissaient la dignité da nom chrétien, s'ils secondaient, autant qu'il est en eux, cette tendance à la perfection morale, qui est un des caractères da christianisme et nn précepte de sa doctrine ! s'ils employaient enfin à rendre les hommes meilleurs , tous les soins qu'ils prennent pour les rendre plus riches ! Heureux surtout, et mille fois heureux, s'ils pouvaient bannir de leui« États les scaadalas des doctrines impies et licencieuses que nous voyofis, pour notre malheur, répandues jusque dans les dernières classes avec tant d'audace et d'effronterie; scandales publics contra lesquels le Sauveur du monde, qui pardonne à la femme advl^ tère, qui ne brise pas le roseau à demi-cassé y qui n' éteint pas h miche qui fume encore, s'arme de tonte sa sévérité, en déclaruit qu'il vaudrait mieux être jeté dans la mer, une meule au ooo,. que de donner du scandale ! Ce scandale des écrits e^t le plos grave et le plus irréparable dont l'homme puisse se rendni' coupable; et lorsqu'on pense, avec Halebranche et Leibnit^ que toutes les vérités sont en Dieu, et que leur manifestaliM par les hommes est une sorte d'inspiration de lEsprit-Saint, m est tenté d'appliquer aux écrite dangereux tes paroles terribles de l'Évangite, que le péché contre ie Saint-Esprit ne i
IIBÉSS^ Itt L^tTAnGOB. 551
si dans ce monde ni dans Tautre; car ce crime est toujouts flagrant, et Ton peut dire que t'aateinr coupable est toujours mant, tant que son ouvrage existe dans le mondle.
Jésus-Christ, qui a opposé' les vertus modestes des chrétiens aux vertus fastueuses du pag^misme, ne veut pas que le culte qu'il demandé dé nous, consiste en beaucoup de paroles, mais qu'il soit principalement en actions, parce qu'il a voulu faire des hommes utiles à leurs semblables, et propres aux divers emplois de la société, et lui-môme en donne l'exemple. Tous ses pas sont marqués par des œuvres de bienfaisance, qui renferment toutes de hautes leçons; et partout il passe en faisant du bien. Parole touchante, qui nous apprend quelle est notre destination pendant le court passage de cette vie ! Les méchants passent aussi, mais en faisant du mal ; et malheureusement le mal qu'ils font, surtout par leurs écrits, ne passe pas avec eux.
Jésus-Christ ne parle à la raison des hommes encore enfants auxquels il s'adresse, qu'en revêtant ses leçons de p.iraboles familières, qui saisissent leur imagination, et qui sont toutes prises dans la plus utile et la plus morale de leurs professions, dans l'agriculture, ou les travaux et les soins du père de famille. Mais, comme il demande de nous des actions plutôt que des paroles, c'est à des actions qu'il veut qu'on le reconnaisse, ff Allez, » dit-il aux disciples de Jean, qui étaient venus l'iaterroger pour savoir si c^éiaii lui qui devait venir, ou s'iU devaient en attendre un autre ; a allez rapporter, non ce que o vous avez entendu, mais ce que vous avez vu, des guérisons p miraculeuses que je fais sur les intirmes, et qui ne sont que 9 l'annonce et le signe des guérisons que ma doctrine opérera 3 sur les peuples, et surtout rapportez que ma doctrine, bien » différente de cette superbe philosophie qui ne s'adresse » qu'aux beaux esprits et aux heureux du siècle, est annoncée 9 aux faibles et aux petits ! Pauperes evangelizantur. »
a Est-ce vous qui devez venir, ou devons-nous en attendre 0 un autre? » est-on tenté de demander à ces hommes extraordinaires, à ces apôtres de nouvelles doctrines qui s'élèvent au sein des révolutions, et que le vulgaire croit appelés à les terminer? Nous l'avons-nous-méme demandé à cet homme ftmeux qui a si longtemps disposé de nos destinées, et à cet écrivain célèbre qui a infatué tant d'esprits et suscité à la religion timt d'ennemis; et le chrétien éclairé même des lumières de là foi, qui a vu que l'un s'était fait uu nom par des gMerrea aangiantes sans moti&, et des entreprises gigantesques sans
55S XÉDITATIOlffS POLmouss
utilité; Tautre, par une haine désespérée de la religion, a jugé que ce n'étaient pas eux qui devaient affermir la société et eu guérir les infirmités^ et qu'il fallait attendre d'autres hommes et d'autres doctrines.
£t^ en effet, ce n'est ni à l'éclat des conquêtes, ni aux vastes entreprises, ni aux brillantes productions du bel esprit qu'il faut reconnaître les bienfaiteurs et les restaurateurs de la société. «Les païens, dit l'Évangile, recherchent toutes ces vaines » prospérités ; pour vous, cherchez premièrement le royaume D de Dieu et sa justice, c'est-à-dire faites fleurir la religion, et B rendez à vos peuples une justice sévère et impartiale, et tous » les autres biens vous seront donnés comme par sui*croit. » Car le bonheur même temporel des sociétés est une suite nécessaire de la fidélité des peuples aux lois naturelles de Tordre social, qui sont en même temps les lois divines émanées de l'auteur de tout ordre.
Aussi, le Sauveur du monde menace ces sociétés prétendues éclairées, auxquelles sa doctrine a été annoncée, et qui n'en ont pas retenu les fruits. « Si elle eût été annoncée, dit-il, aux » peuples les plus sauvages et les plus abrutis, ils en auraient » profité.» Et voilà qu'un jugement sévère sera prononcé contre les gouvernements qui ont laissé éteindre la foi. L'Europe serait-elle sous le poids de cet anathème qui a frappé, en Asie, en Afrique, tant de cités et de peuples autrefois heureux et libres sous l'empire du christianisme? et les maux sans nombre qu'elle a éprouvés, et les désordres secrets qui la travaillent, et celte vaste conspiration contre toute autorité rein gieuse et poUtique qu'on aperçoit partout et que nulle part on ne peut ou l'on ne veut saisir, et ces associations publiques ou occultes qui sapent à petit bruit les fondements de la société, ou en ruinent à force ouverte toutes les dépenses, et ces fausses doctrines qui la pénètrent dans tous les sens et l'enveloppent comme d'un vaste réseau, seraient-elles Finévitable châtiment réservé aux gouvernements qui ont souffert que l'erreur fût enseignée aussi ouvertement que la vérité? Et à combien d'hommes, qui se croient sages et éclairés, pourraient s'appliquer ces paroles que Jésus-Christ adresse à son Père : «Vous » avez caché ces vérités aux prudents du siècle, et vous les d avez révélées à ceux qui, dans la droiture de leurs intentions » et la simplicité de leurs cœurs, n'ont d'autre science que 9 celle que vous leur avez enseignée.» Et promulguant ensuite lui-même son autorité absolue sur la société : «Tout, dit-il»
tirAes db l'évàngub. B53
» m'a été donné par mon Père.... nul ne connaît Dieu et sa B loi que par son Fils et par ceux à qui son Fils les a révélées, » et cependant, malgré la sévérité de ma doctrine, mon joug ]> est doux et léger,» et il n'y a de vrai bonheur que pour les sociétés qui s'y soumettent.
Aussi, en môme temps que Jésus-Christ développe Tesprit de sa loi, il en adoucit la lettre; il dispense ses disciples de l'observation judaïque du Sabbat qui ne leur permettait pas d'arracher, en passant, quelques épis de blé pour apaiser leur faim; il leur enseigne, en guérissant les malades le jour du Sabbat, que les œuvres de bienfaisance, les fonctions publiques, quand elles sont nécessaires, sanctifient mieux que le repos le jour du Seigneur; a car, dit-il, je suis le maître du Sabbat, D et celui qui vous parle est plus auguste et plus saint que le D temple lui-même.»
On sait qu'à Londres, et généralement dans les pays protestants, on observe le repos du dimanche avec une rigidité judaïque (et ce n'est pas sur cela seul qu'on outre le conseil ou même le précepte, en se relâchant en même temps sur des points plus importants), tandis que dans les pays catholiques, beaucoup trop relâchés cependant sur cette pratique, les hommes même les plus zélés pour leur religion l'observent néanmoins avec moins de rigueur. Il faut prendre garde d'en rien conclure en faveur des uns et contre les autres; ceux*là obéissent en esclaves, ceux-ci en enfants; et à Genève, où l'autorité civile a défendu de traiter en chaire de la divinité de Jésus-Christ, on ne pouvait, du moins autrefois, entrer dans la ville ni en sortir pendant les offices du dimanche.
L'hypocrisie des pharisiens fournit au Sauveur l'occasion de donner la plus haute et la plus importante leçon, même politique. Les tyrans de tous les âges ont dit : Divide et impera, divisez et régnez; et Jésus-Christ, pour établir dans le monde le royaume de la vérité et de la vertu, et, par conséquent, la véritable paix qui n'est autre chose que l'ordre : cette paix, dit-il ailleurs, qui surpasse tout sentiment, Jésus-Christ dit au contraire : «Tout royaume divisé en lui-même sera désolé.» Il faut prendre garde à cette expression divisé en lui-même : la guerre civile elle-même, ce fléau terrible des sociétés, ne divise pas le pouvoir en lui-même, puisque chaque parti le veut et le veut tout entier ; la division du pouvoir en lui-même est la division légale de l'unité de pouvoir, loi première, ou plutôt dogme fondamental de la société; tout royaume qui s'écartera'
Uê HÉBCDâXIÛRf fQLIUUUU
donc de cette unité de pouvoir sera désolé : désolé par les Cm» tions^ désolé pur les haines^ désolé par les «mbîtîons; il sera désolé et détruit, ciur deux ])OHvoirs forment deux sociétés toujours en guerre Tune contre Tautre, et une prospérité momentanée et toute matérielle n'empêchera pas sa mine totale.
Hais, après avoir menacé des derniers malheurs les sociétés sa le pouvoir est divisé, e'est-à-dire les sociétés en révolution, Jésiis-Chriat prescrit aux gouvernements des règles de prudence dans les remèdes qu'il faut apporter à cette diri&ion ; et il leur propose la belle parabole de l'ivraie jetée sur le bon grain par l'homme ennemi, pendant le sommeil du père de fitfiiille, et qui ne peut être arrachée sans perte pour le bon grain hii-méme. Et n'est-ce pas la vivante image de ces fausses doo* trines répandues dans la société pendant le sommeil des gouvernements, et que la violence ne pourrait peut-être extirper sans de dangereux déchirements? H fttai attendre leur maturité, et ces doctrines dont on ne pourrait assigner le commeneement, disparaissent insensiblement, sans qu'on puisse davantage en assigner la fin. Les ennemis de la religion, qui lui reprochent son intolérance, pourraient trouver dans cette parabole une belle et grande loçon de tolérance. Certes, si la violence du tnal en annonce la maturité et la.tenuinaison pro» obaine, on pourrait croire que ces fausses doctrines sont à is teille de :disparattre, et que le moment n'est pas éhrignéoù les gouvernements sentiront l'urgente et indispensable nécessité de mettre un frein à cette effroyable propagation de livres corvupteurs qui vont colporter dans toute l'Europe le poison dont ilS'Ssai remplis; alors, et alors seulement, la séparation de l^sraie-et du bon grain pourra se faire, et le pouvoir suprême de la asciété «coBunandera aux vents et à la mer, et il ae fera un frand 'Caime. » Mais il faut de la foi au pouvoir (Uvin, il 1^ faut aux pouvoirs légitimes en eux-^mêmes, et oeltte foi f suivant la promesse de l'Évangile, trœuporie Im nmnHffMs, et surmonte des obstacles qui paraissaient inasr* montables.
La parabole du grain de sénevé nous enseigne une autse Hérité de l'ordre politique, comme de l'ordre moral et religieux. C'est que tout ce qui est bon, utile, naturel, et qui est appelée une longue durée, a des eoaunenoenients faibles et iaaperçutj et poussedansla sociétédeprofoBdesraeioes, avant de s'élever au dehors et de porter .des feuiMes -et des fruits. Jmù com- QMuna l'l)ommsiluÎHnéme,aiu8i:ooaimeaoentoes.ebénesaécu*
tXBÉU BE L'ÉTANOIUI.
Mres ifttî bwiTcronl les vents et les orages, et ces grands fleuves qui porteront au loin la vie et l'abondance; ainsi a coinnienoé la monarchie française et la religion chrétienne elle^m^me. Les fausses doctrines, au contraire, politiques ou Mligieuses, quelquefois littéraires (i), s'annoncent avec fracas; ^les renversent tous les obstacles, brisent toutes les résistances, excitent, en paraissant, un enthousiasme que les 4iommes ignorants ou prévenus prennent pour de la conviction ; mais bientôt elles disparaissent comme un torrent grossi par l'orage, qui ne laisse après lui que dévasUtions et ravages. avfon compare les commencements de la réforme et ceux de la religion chrétienne, les commencements de la révolution et «eux de notre monarchie; et que sont devenues aujourd'hui «t la révolution désavouée par ses plus chauds partisans, «quoiqulls voulussent peut-être la recommencer, et la réforme abandonnée iwr ses meilleurs esprits, réduite, pour conserver «n reste de vie, à se faire faction politique, depuis qu'elle n'est plus une secte religieuse? Les premiers apôtres ou disciples de la révolution et de la réforme, avaient pris pour de la force ce qui n'était que de la violence, et par conséquent de la faiidesse; ils avaient pris l'Agitation de la fiè\Te qui tue la vie pour le mouvement qui Tentretient, et le délire des passions pour la conviction de la raison.
QueHe parabole plus admirable et plus féconde en grandes teçons même politiques, que. celle des talents, dont le maître •demandera compte aux serviteurs à qui il les aura confiés pour les faire valoirt Et remarquez que ce mot talent, employé dans l'Évangile comme signe monétaire, et qui chez les Juifs n'était ^qae cela, qui môme au propre n'a pas une autre signification, a passé dans ncylre langue et dans quelques autres pour l'expression de l'aptitude de l'esprit à faire quelque chose. Dieu ^ent donc que l'homme emploie les talents naturels, et acquis ide la manière la plus utile, pour ses semblables; mais il veut, pmt la même raison , ^que les gouvernements leur ouvrent la ^Garvièpe à laquelle ils «ont le plus propres ; car, si les gouvernemeaU «l'iOBiploiaot pas au semce du public les talents utiles, il s^en 4M>nve in plus grand nombre de dangereux, même de plus aciifa, fpA s'emploieront euxrmêoies au détriment de la société ; des esprits superficiels s'en scandalisent, et sont portés
(1) Qi^OD compare VadmiraUon dont le Cid k son apparition fut Tol^et, ^tetaatlaiiieavec leqnel Bmiam a été aocaenii.
856 MÉDITATIONS fOlCTIOOSS
à accuser la vertu d'indolence et de timidité. Ils ne voient pas que les méchants ne sont plus agissants, que parce qu'ils sont plus agités par les passions qui les dévorent, et qui ne leur permettent pas de rester en repos ni d'y laisser les autres.
Que d'applications politiques ne nous présente pas à nous. Français qui avons survécu à la révolution, la parabole des ouvriers tardifs, que le Père de famille fait travailler à sa vigne, et qui, venus à la dernière heure , ont reçu le même salure que ceux qui sont venus à la première? 1^ noblesse française, venue à la première heure de la monarchie, avait $upporté û poids du jour et de la chaleur, et rempli, pendant une longue suite de siècles, sa destination naturelle, celle de défendre la société au prix de ses biens et de son sang, soit dans la profession des lois, soit dans celle des armes; d'autres sont venus à la dernière heure et ont reçu le même salaire. C'est la suite inévitable des révolutions politiques. Quand elles se terminent^ les plus tard venus peuvent être les plus utiles; il y aurait de rinjusticc à se plaindre du Père de famille, qui n'a vu que les services et n'a pas tenu compte de la date.
Jésus-Christ adresse à saint Pierre une question toute politique , lorsqu'à propos du tribut qu'on vient exiger de lui, il lui demande si les rois de la terre lèvent le tribut sur les étrangers ou sur leurs sujets, a Sur les étrangers, i» lui dit l'Àpùtre, « les enfants sont donc libres? reprend le Sauveur ! » Ergo liberisunt filii; car il regarde les sujets du pouvoir comme SCS enfants. Ainsi le Sauveur du monde fait consister la liberté politique, celle du sujet ou du citoyen, dans la jouissance in- ^dépendante des biens qui servent à sa subsistance et à l'entretien de sa famille. Nous plaçons ailleurs la liberté; et en soumettant le sujet à des tributs presque toujours plus forts que ceux qu'on impose aux étrangers ou aux peuples conquis, nous appelons libertés publiques des contraintes en opposition avec la liberté individuelle, comme celle d'être forcément soldat, ou de prononcer sur la vie des citoyens sans études et malgré soi. Nous appelons libertés publiques , le droit donné à tous les citoyens indistinctement d'écrire sur la religion, la politique, la morale, les gouvernements, le public et les particuliers, sans aucun frein, et trop souvent sans aucunes connaissances.
Il ne faut pas conclure de la réponse de Jésus-Christ, que les gouvernements ne doivent pas établir des impôts sur leurs sujets, mais seulement qu'ils doivent user de ce droit avec une
TIRÉES BJE l'ÉYANOILB. 857
grande sobriété^ si toutefois il est po^ible de modérer les impôts là où les services publics, autrefois dotés en propriétés^ pèsent de tout leur poids sur le trésor public.
C'est encore une réponse toute politique que fait le Sauveur aux pharisiens, qui, pour le tenter, lui demandent s'il est permis ou non de payer le tribut à César; car les Juifs ne supportaient qu'avec peine la domination des Romains. Jésus- Christ se fait apporter une pièce de monnaie; il demande de qui sont l'inscription et l'image qu'on y remarque, et, sur la réponse des Juifs, qu'elles sont de César : a Rendeznionc, leur j> dit-il, à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à 9 Dieu. » Il semble que, dans ce passage, qu'on a souvent assez mal appliqué, on peut trouver la distinction du pouvoir de fait que Dieu permet quelquefois comme un châtiment, et du pouvoir de droit qu'il établit et qu'il consacre comme un bienfait , ou une nécessité de la société. Toute autorité qui marque de son empreinte la monnaie courante en garantit la loyauté, en punit l'altération, et protège, par cela seul, les propriétés de ceux qui sont forcés de la donner ou de la re* ccvoir pour les besoins de la vie. II est, en cela, toujours pourvoir protecteur, ne fût-il pas légitime, et les sujets, en lui payant l'impôt, ne font que rendre à César ce qui est à César, et ce que César leur a donné. Hais là se bornent nos rapports avec une autorité usurpée ; et il est des sentiments de respect, d'affection et d'obéissance, que nous devons réserver pour les* pouvoirs légitimes, qui sont les ministres de Dieu pour faire le bien, minister Dei in bonum : et en leur rendant en vue de Dieu ce que nous leur devons, nous rendons à Dieu ce qui est à Dieu. Cette explication me parait plus naturelle que celle qui voit, dans ce passage, une séparation totale entre la politique et la religion. La réponse du Sauveur, ainsi interprétée^ est même plus conséquente à la question qui lui est faite, et se renferme mieux dans les intentions et les termes de la demande que lui adressent les pharisiens. Il faut d'ailleurs observer que les Juifs, pour n'avoir pas voulu reconnaître leur roi légitime, avaient perdu, et pour toujours, le pouvoir politique.
Le Sauveur du monde , en enseignant à ses disciples les moyens de salut pour Thomme, leur indique en même temps les moyens de salut pour la société, o Mon royaume, dit-il, » soufl're violence, et ce sont les forts qui l'emportent, o Et le monde dit-il autre chose? Ne recommande-t-il pas comme
MS UAMTATKMIB fOLIlHIUW
premier moyen de saccès la force ée caraetèret Lt femeM dans les entreprises^ le eom^ge dans les dangers^ ne sontrib pas la première leçon qu'on donne aux hommes destinés aai emplois publics ; et, dans ce sens^ les royaumes de la terre ne aouffrent-'ils pas nolence comme le royaimfie du ciel ; et ne 8ont-ce pas les forts qai les gouvernent, et même qui doivesl les gouverner, parce qu'il n'y a psis de véritable force sans juslice et sans vtTtu?
Le Sauveur ne nous met4l pas sous les yeux, d'une manièie bien énergique, le retour et les suites de Tesprit inquiet des révolutions, que Ton n*a pas en le courage et la force det^ miner, lorsqu'il nous représente le fart armé, chassé, par oa plus fort que lui, des lieux où il s'est établi, mius qui, ne pouvant garder le repos, y revint avec sept autres esprits plus méchants que lui, c'est-à^ire avec un redoublement de fureur et de rage, et tourne contre la société tout ce qui aurait dû se^ vir à sa prospérité : invertit eam icopis mundatam, et omatemt Ne pourrions-nous pas trouva en Europe une application sensible de cette parabole; et cet esprit inquiet desrévololions , banni un moment de la société , n'y est4l pas revena plus méchant et plus pervers, et ne se sertril pas, pour lai nuire, de tout ce qu'il y trouve d'ordre, de force, de connaisaances et de richesses : mundatam et arnatamf
La vie du Sauveur du monde avait été , pour rhomme et pour la société, une leçon vivante et continuelle ; sa mort Icor laissera un grand exemple, et le dernier qu'ils puissent recevoir. Sa vie avait montré le pouvoir divin avec tous ses bienfaits; sa mort leur révélera tout ce qu'il y a d'injustice et de fureur dans le pouvoir humain et populaire ; et déjà le Sen- Teur, aux approches de cette dernière catastrophe, s'attendrit aur Jérusalem, et lui reproche de n'avoir pas connu ceux qsi étaient venus lui apporter des paroles de salut, et de les avoir persécutés et mis à mort; il lui prédit les malheurs prêts à fondre sur elle; et à combien d'autres Jérusalem régicides et déicides, ces terribles inrédictions et ces touchants reproches ne peuvent-ils pas être appliqués?
Cependant ce peuple, laissé à lui-même, accueille le Ssa- Veur, dans Jérusalem, par ses acclamations et ses bénédictions, et lui prodigue les témoignages les plus sincères de s<» adnaifation et de sa reconnaissance; mais, bientôt égaré par les suggestions de ses chefs et de ses docteurs, il l'accable d'outrages et demande sa mort. L^ Jnste, qui atmipoiêi en fmoB^
ffiBÉm TB ^iiÈnàsmM. fM
eu Nen, vendu per im de ses disciples^ renié par Taiitre, ûbta^ •donné de ions, est traîné de tribanal en tribunal jusqu'à celm da proconsnl romain, qui, convaincu de son innocence, ma» tremblant devant le peuple, n'ose l'absoudre , et le livre a« supplice. Ainsi, inconstance dti peuple, trahison des grancb, faiblesse des juges , abandon des amis, fureur des ennemis, tout ce qu'on a vu, tout ce qu'on verra dans toutes les révolutions , se retrouve dans ce grand exemple des destinées de la société. Cependant, du milieu de ces cris d'imprécations et de fureur , qui demandent le supplice du juste , s'échappent quelques mots sublimes , comme des éclairs qui percent une nuit obscure. Voilà t Homme, dit aux Juifs, en leur présentant Jésus, le gouverneur romain, ignorant également ce qu*il fait et ce qu'il veut dire. Voilà l'Homme/ mes regards se fixent sur cet homme; ses mains sont chargées de liens, soa iM!«ptre est un roseau, sa couronne un tissu d'éptnes, un manteau de ponrpre cache des plaies douloureuses. Oui, voiti f Homme y me dis-je à moi-même, et tous les hommes, voilà l'himianité ! Maître de l'univers, l'homme n'est pas maître de hii-méme ; roi de la nature , son sceptre a la fragilité du roseau, et sa couronne, la piqûre déchirante de l'épine. L'exté* rieur imposant de la dignité humaine ne cache que les fai- Uesses de l'humanité ou les infirmités de la nature! oui— 9oUàl*Hoffrmet...
Et nous aussi nous avons entendu les acclamations du peuple, ti bientôt après des cris de fureur et de mort. Nous avons vu les trahisons des grands, l'infidélité des amis, la rage des emietms, la faiblesse des juges; nous avons vu un homme, qu'un «atellite aveugle et féroce montrait à une populace en délire ^ en lui disant : Voilà votre voit... Nous avons vu des maina aufivstes chaigées d'i ndignes liens; nous avons vu un soeptie hrisé comme un roseau , une couronne qui n'a été iqu'uo tissu tfépines cruelles... Nous avons vu, sous la pourpre et l'éclat du trône, les chagrins lee plus cuisants, les outrages les pins tmiers, les tratlemenis les plus barbares... Mais, ô mon Dieul wtte nation en délire n'a pas dit , comme les Juifs, «iQue êon 9 temf retombe surnom et sur nosenfantsf,..
Le sacrifice se consomme^ le juste est attaché sur une croix, sur cette croix où, une fois élevé, i7 attirera tout à lui. Il meurt parce qu'il l'a voulu; il n*aurait eu, dit-il lui-même, pour teiompher de scia ennemis, qu'à prier son Père d'envoyer .des légions d'anges à aa.déféiMe. iMak, œ qu'il «e&iae paiir lui-
860 MÉBITATI0K8 lOUTIOUIs]
même, il le veut pour sa religion, pour la société qu'il a formée et dont il est le législateur et le roi; et, lorsqu'elle sera menacée par le plus terrible ennemi, par le mahométisme, il fera marcher à sa défense des légions d'envoyés (î), et l'Europe entière , à sa voix » se précipitera sur TAsie, parce que , s'il a chargé les ministres de sa religion de la prêcher, il a chargé les ministres de sa politique , les rois , du soin de la défendre. Tout est consommé y s'écrie-t-il en mourant; à celui-là seul par qui tout avait commencé , il appartenait de dire tout est fim. Et effectivement tout est fini pour la société, qui n'a plus à attendre d'autres leçons ni d'autres exemples, et qui doit, jusqu'à la fin des temps, vivre sur les leçons et les exemples du Sauveur du monde. Tout est fini pour Thomme, à qui nul autre nom que celui de Jésus n'a été donné pour être sauvé. Le règne des ombres et des figures , le règne de Terreur a passé, le règne des réalités et de la vérité commence , tout est cmsommé... Cependant , une dernière leçon, et la plus frappante de toutes, survit à la mort du Sauveur dont elle est la preuve la plus éclatante et le perpétuel témoignage : c'est l'état des Juifs.
Ce n'était pas à tous ces dehors obscurs et souffrants que le juif charnel pouvait reconnaître son libérateur , objet de sa longue attente. Aigri par ses malheurs, il voulait la puissance et non la sagesse, la domination de la force et non celle de la vérité; si ^quelques-uns croient en Jésus, la nation entière demande sa mort. Dans son aveugle fureur, elle se dévoue elle-même et dévoue ses enfants à la malédiction attachée an meurtre de THomme-Dieu. Et, dès cet instant (rapprochement terrible ! ), la nation entière est réprouvée. Sa ruine efiroyablei prédite par Jésus-Christ dans tous ses détails^ et arrivée soixantendix ans après sa mort , la prise de sa capitale, où périrent onze cent mille âmes , après un siège sans exemple, et la destruction de son temple , sont accompagnées de cttconstances surnaturelles, dont il faut lire les détails dans l'historien Josèphe , et le rapprochement dans Bossuet. Depuis ses dernières catastrophes, le peuple juif est dispersé dans tout l'univers , plus nombreux aujourd'hui qu'aux beaux jours de
(1) Ange signifle envoyé, a Fuit homo missus a Deo cui notnen erat Joannesj » dit le Pape en Thonneur de Jean Sobieski, roi de Pologne, après la levée du siège de Vienne ; comine un auure Pape ravait déjà dit de don Joan d'Autriche» après la baUiilede Lépaata.
TIRÉES DE l'ÉTAMGILE. 561
son existence politique; signe élevé au milieu de toutes les nations, mêlé à tous les peuples, il ne peut se confondre avec aucun d'eux, et, lorsque le temps amène insensiblement Tuniformité de mœurs et d'habitudes entre les divers peuples, il reste toujours seul , toujours étranger, partout empreint du caractère moral et physique dont sa religion et les événements Tout marqué; il semble toujours le voyageur (1) qui arrive des pays éloignés; il traverse les siècles et les nations, sans pouvoir se fixer à aucun temps ni à aucun lieu, seul peuple à qui la considération, propriété morale de l'homme, et la terre, sa propriété matérielle, soient refusées ; nation sans territoire^ peuple sans chef, société sans pouvoir , religion sans autels, sans prêtres et sans sacrifices, seul esclave au milieu de peuples libres, seul pauvre au milieu de nations propriétaires : sa religion fait son malheur, et il l'observe ; son erreur fait son crime, et il la chérit ; il a fait mourir son libérateur, et il l'attend...
(I) C^est cet état des Juifs qui a donné lieu 2i la fable populaire du Juif errant, dans lequel le peuple a personnifié la nation tout entière.