‹ Recherches philosophiques sue les premiers objects des connaissances morales: DémonstrationChapitre 65 sur 68 · DU CHRISTIANISME · texte numérisé non relu

DU CHRISTIANISME

C'est un prodige de désordre, môme apr^la révoliiHoD française, que la réimpression de tous les écrits impies, séditieux^ obscènes, qu'a produits le dernier siècle , et la publication de tous ceux du même genre que chaque jour ajoute à cette déplorable collection. Mais la révolution devait trouver un terme dans ses excès, et portait en elle-même , par l'horreur qu'elle inspirait, un remède aux maux qu'elle pouvait faire ; au lieu que le désordre que je signale, désordre nouveau dans la longue histoire de ceux qui ont affligé la société, corrompt l'esprit et le corps des peuples, sans alarmer leurs intérêts ou leurs afTections ; et il est aussi difficile d'assigner un terme à sa durée que des bornes à ses effets.

Près de trois millions de volumes d'impiétés, de révolte oa d'obscénités, publiés ou réimprimés en français et en espagnol (f ) depuis J 814 (2) ! et les écrits, les plus décriés, le>spli]5 méprisés , les plus complètement oubliés ! Si le monde entier entendait le français, il y aurait de quoi bouleverser le monde. Cette monarchie universelle de la langue française , qui a été si longtemps pour l'Europe une source de plaisirs innocents ou d'instruction, est devenue une véritable tyrannie dont elle doit essuyer les caprices et servir les fureurs. Cette communî-

(i) Pour avancer Tœuvre de la révolution espagnole, on avait établi sur nos Aronlières, en 1819, un graod bureau de traduction en espagnol def plus mauvais ouvrages français.

(2) Et depuis 1824 Jusqu'en 1830, que de milliers encore de livret dan» gereiu, séditieux et impies I

])£ LA GHBÉnSHSÊ XT W GBlOSTUlflSMB. Btt

«afion entre tous les peuples , taTit vantée par tes philosophea; n'aura abouti qu'à une communication de vices; et cela devait être : la santé ne se gagne pas par le contact; il n'y a que les maladies qur soient contagieuses.

On doit être peu surpris qu'il se soit trouvé des bommea pour préparer et répandre ces poisons. Us se rendent justice en se regardant eux-mêmes comme des machines , ni plus ni moins que les caractères qu'ils emploient ou les presses qu'ila font mouvoir; ils se croient dispensés de faire usage de leur conscience ou de leur raison^ et ils impriment la Bible eomine le Coran, et ^osswe/ comme Voltaire. Ils n'y voient que de Tar^ gent à gagner ; et les gouvernements, qui veulent aussi de l'argent, s'inquiètent assez peu de savoir comment leurs sujets le gagnent , pourvu qu'il leur en revienne une partie, et ils ne craignent pas d'allumer dans le cœur des peuples une cupidité dont ils leur donnent l'exemple, et qui est la source de tous les crimes. Au reste, comme le public ne demandait assuré^ ment pas cette étrange multiplicité d'œuvres compactes oa complètes, on peut croire qu'elle est commandée, et sans doute payée aux frais avancés des sociétés secrètes, et il ne serait pas impossible qu'elle eût quelque point de contact avec les spé*> culations des sociétés bibliques.

Hais ce qu'on ne saurait comprendre est la rage qui anime contre le christianisme les auteurs ou les éditeurs de ces écrits^ gens d'esprit pour la plupart, et qui doivent avoir fait quelque étude des objets qu'ils attaquent avec tant de passion. Cette haine contre le christianisme se manifeste par une aversion, oa peut dire spéciale, contre le catholicisme, qu'on n'appcUe plus ^e \e jésuitisme, puisque l'écrivain le plus souvent réimprimé sous tons les formats et à tous les prix, réimprimé pour la grande, la moyenne, la petite propriété, pour les chaumières, les estaminets et les cuisinières, est Voltaire^ l'enneoii» le plut acharné du christianisme , quelque nom qu'il porte, et autant du christianisme réformé que du christianisme romain. J'ad* mire, dans ces hommes de lettres, cette prodigieuse intrépi» dite de bonneopînion d'eux-mêmes, cette foi d'incrédulité qui leur persuade qu'ils ne peuvent pas se tromper, et que Voltaore, le premier des b^ux esprits, comme le plus superficiel de& philosophes et le plus passionné des écrivains, est infail* lible dans ses jugements, ou plutôt dans ses sarcasmes; car le ioBle settl,.dane une laatièBre auaai 9ave,.8araitaooablaatpeur

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des hommes à qui je suppose de la conscience et de l'amour pour leurs semblables et pour la vérité.

Je crois leur rendre service en leur donnant une nouvelle raison de douter de leur propre infaillibilité, dans une preu?e de la vérité du christianisme, qui, je crois, n'a encore été donnée par aucun de ses apologistes, qui peut-être ne pouvait pas être donnée avant que la chrétienté eût reçu tous ses développements, et que les religions ennemies eussent épuisé leur force d'expansion. Je réduis cette preuve à sa plus simple expression, pour laisser plus de facilité à la méditation, et plus de prise au souvenir.

a La chrétienté y considérée en général, est la plus forte et D môme la seule forte des sociétés politiques, parce que le » christianisme est la plus vraie et même la seule vraie desso- » ciétés religieuses, o

Je m'appuierai ici de l'autorité d'un des plus grands ennemis de la religion chrétienne, a La religion mahométane, » dit Condorcet, condamne les Turcs à une incurable stupi- » dite. » Or, qu'est-ce que le mahométisme? C'est la croyance que Mahomet, législateur des mahométans, est un prophète suscité de Dieu, et le mahométisme n'est pas autre chose. Et qu'est-ce que le christianisme? C'est la croyance que Jésus- Christ, législateur des chrétiens, est Dieu lui-même, et le christianisme esttout entier dans cette croyance. Mais si la croyance erronée que leur législateur est un prophète envoyé de Dieu, et par conséquent leur soumission aux lois et aux mœurs qall leur a données, ont pu condamner les Turcs à une incurable stupidité, dans quel état de barbarie et de stupidité n'aurait pas jeté ou n'aurait pas retenu les chrétiens. Terreur bien plus grave , si c'est une erreur, que leur législateur est un Dieut Car nous tenons de cette croyance nos habitudes morales, nos lois et nos mœurs, comme les Turcs tiennent les leurs delà doctrine de leur prophète ; et c'est raisonner conséquemment que de soutenir qu'une erreur bien plus grossière que celle des Turcs, aurait condamné les chrétiens à un état pire de barbarie, de stupidité, et par conséquent de faiblesse sociale, et que jamais une société n'aurait pu se former ni se développer comme la chrétienté s'est fonnée et développée, sous l'in^ fluence d'une erreur si monstrueuse, d'un foikleoient si ruineux.

Dira*t-on que nous en eussions été préservés par les arts et

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la philosophie? Mais les Arabes, frères et voisins des Turcs, ont cultivé la philosophie; mais eux-mêmes habitent la terre classique des arts, sont entourés de leurs chefs-d'œuvre, vivent au milieu du peuple qui a enfanté ces merveilles, et en a conservé le goût. Si les Germains, les Goths, les Vandales se sont établis dans les Gaules, en Espagne, en Italie, au milieu des Romains, les Turcomans et les Tartares, ancêtres des Turcs, se sont établis en Europe, au milieu des Grecs. Les Turcs ont comme nous la raison et Tintelligence, et toute cette philosophie, tous ces monuments des arts et ces exemples, on peut dire domestiques, de civilisation, n'obtiennent pas même un regard de leur stupidité : ce sont pour eux lettres closes et un livre fermé de sept sceaux.

Niera-t-on, pour affaiblir cette preuve, la force de stabilité et d'expansion de la chrétienté?. Ce serait fermer les yeux à la lumière. Qui douté que,' si la chrétienté réunissait ses forces que partagent de misérables rivalités de commerce et de déplorables dissensions de religion, elle ne soumit le rest« du monde à sa supériorité dans tous les genres, même à sa supériorité politique, même à ses doctrines?

Certes, si Ton demande une preuve de la force respective des deux sociétés les plus puissantes qu'il y ait au monde, les sociétés chrétienne et mahométane, on la trouvera dans la lutte sanglante que soutient dans ce moment, contre toute la puissance des Ottomans, la fraction la plus faible et la plus délaissée de toute la chrétienté, ruinée par quatre cents ans d'oppression; et l'on dirait que la Providence l'a abandonnée à ses seules forces, pour laisser à la religion chrétienne tout l'honneur de,cette incomparable défense, et donner au monde une démonstration vivante de la force progressive d'une société fondée par quelques pauvres pêcheurs, écrasée dès sa naissance par trois siècles de persécutions sanglantes, et de la faiblesse radicale d'une autre société fondée par un habile et hardi conquérant, et illustrée depuis son apparition dans le monde par dix siècles de victoires. Ainsi dans le même temps, chose digne de remarque, il se fait deux grandes expériences dans le monde moral : l'ime en Orient, de la force du christianisme contre l'islamisme ; l'autre en Irlande, de la force du catholicisme contre la réforme.

Que l'on nie donc la force évidente de la chrétienté, ses progrès, ses lumières, ou que l'on reconnaisse qu'il y a un principe de vie et de durée qu'on ne trouve dans aucune autre

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société, et qu'il ne faut pas chercher aiUeimqiie daasseadoo trines. Et ne voLt-on pas se vérifia sur k'Europe chrélieiiiie, la plus petite partie du moùàe, et qui cefandaet le «tomiiie tout entier par Tascendant de ses lumières, de ses baaoMiSy de ses iatérêts, cette parole de son divin législateur à ses disciples : a Ne craignez rien de voire petit nomhre, parée qa'il a pfai à » mon Père de vous donner Tempiffe. »

Qu'oa n'oppose pas les Grecs et les Romains : oûauneat ont-ils vécu, cooinieat ont-ils fini? Roma a montré toute la force de la société paieane; maisynéoie au OMlÎMk de aea conquêtes^ elle n'a (ait de siècle en siècle que dcgépcpcr, et «va»» cer le moment de s<mi entière ruine. Sa religion a' était pas cette de la raison des hommes éclairés^ ni celle de te. conscience des hommes vertueux ; elle n'était la religion que des arts et des fêtes que le gouverneoseni avait liéa à la politique, eomnae lea combats de gladiaiteurs, les jeux du cirqua^ les poaleta sacrés et les augures.

Je le répète comme une vérité démontrée ps«r ma laîssii : a La chrétienté n'est la société politique te plas forte, qae 9 parce que le christianisme est la société religieuse la plus B vraie. » Un peuple dont la raisoe audrait été faussée sur un point aussi fondamental que la croyaace de la divinité de soa législateur, et q^i aurait altrilMié à un diea d^ lois et des mœurs qu'il n'aurait reçues que de Thomme, seiait dans le monde social comme ces malheureux, abuaés par ane îiée fixe et fausse, qu'on séquestre de te société de leurs sen^ Uables. Ce peuple aurait des accès de frénésie, mais il n^aueaîl jamais de véritable force, et seiait incapable de stabilité et de progrès. Aussi l'on ne peut assez s'étoonsr da l^inooncevabie présomption de ces hommes, qui, suc la foi da lauv props raison, et plus sauvent par l'inspiration de kuia passioas^ minent sourdement ou attaifueirt à fiarce oaverta k raligioa chrétienne, sans prévoir (il faut la cr<»re poar leur honneur) ce qui résulterait pour te société da sa destmictîsa, sans même voii; ce qui est déjà rénslté pour les gonv^esneaieBls de l'ébrantenaent qu'elle a reçu,, je. veia. disa ua affaiblisseiaent politiqua dont nous, na serions pas embanaasé da fiMuair les preuves.

Cependant, si les doctrinaa dHéMeanes- sont ks.aaat psia-» cîpe da la< fosce,. de.te dtwé0> des lunaèrea^ des:pH0rèades paugles QhnétiaMf.las gauvemeaiantB n'oati pas. de* devoir phis aaciéii d'JfttéréLpIua pwaaaat» quai oalai da tes

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doivent défendre la i-eligion, comme Thomme défend sa vie ; car la religion est Ykme de la société^ dont le gouvernement politique n'est que le corps. Ils doivent, pour les choses morales, en recevoir la direction comme les organes reçoivent la direction de la volonté, et ne font sans cette volonté que des mouvements automatiques; et les faiseurs de faux systèmes ne séparent avec tant de soin le religieux du civil , et la religion du gouvernement, que pour les ruiner plus sûrement l'un et l'autre.

A deux grandes époques de Thistoire de la chrétienté , des sentiments opposés ont soulevé l'Europe et l'ont jetée hors de ses voies,

A la première, un sentiment d'amour pour le divin fondateur dn christianisme précipita l'Occident sur l'Orient et enfonta les croisades ; à la seconde , un sentiment tout opposé, longtemps déguisé sous des dehors spécieux de réforme, a fini, comme il devait finir, par une révolution où s'est montrée à découvert une haine aveugle et féroce contre la religion et ses ministres ; haine encore toute vivante, quoiqu'elle ait par prudence revêtu des formes moins brutales

Ces deux sentiments opposés partagent encore le monde : la société assiste au combat, et distraite qu'elle est par les arts, les plaisirs et les affaires, s'en amuse comme d'un spectacle, et les gouvernements incertains attendent l'issue et n'osent la décider. Mais, s'ils ne faisaient rien pour la rendre favorable, la nature des choses, qui n'est que l'ensemble des lois généïales qui gouvernent le monde , tiendrait en réserve quelque autre crise pour sauver la société, ou n'aurait, pour la laisser périr, qu'à Tabandonner à nos systèmes.

Cette proposition développée dans le Mémorial catholique dn mois de juin , « que la chrétienté n'est la plus forte et même » la seule forte des sociétés politiques, que parce que le chris-

> tianisme est la plus vraie et même la seule vraie des sociétés » religieuses, » a été combattue dans le Constitutionnel du 3 juillet dernier. Cependant cette proposition est tout à fait semblable à celle-ci, dont on ne pourrait, je crois, contester la Yérité : « Que l'homme qui a le plus d'ordre dans ses affaires,

> de régularité dans sa conduite, de poids et de considération

> dans le mondie , d'habileté et de succès dans tout ce qu'il » entreprend , est celui qui a la raison la plus droite, le juge-

> ment le pins sûr et le plus sain, la volonté la plus forte,

> Pintelligence bi plus éclairée. » Cette comparaison me parait

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exacte; et^ sans aucun doute, la religion est la nûson , llatelligence, Pâme en un mot du corps social.

Je n'ai pu répondre que bien tard au Constitutionnel; des devoirs publics à remplir ne m'en ont pas laissé le temps. D'abord, c'est bien moins à cause de ce qu'elle enseigne, que la religion mahométane condamne les Turcs à une incurable stupidité, qu'à cause de ce qu'elle n'enseigne pas; et c'est à la fois ce qu'elle contient de vrai et ce qui lui manque, qui explique la rapidité de ses progrès sur l'idolâtrie (car elle n'en a fait sur la chrétienté qu'en exterminant les chrétiens), et la barbarie où elle retient l'islamisme.

Trois choses constituent toute religion : le dogme, la morale et le culte; et pour le dire en passant, si la morale fait les individus ce qu'ils sont, les dogmes font les peuples; et je prie ceux qui seraient tentés de combattre cette proposition, de se donner la peine de l'examiner.

Le culte des Turcs consiste en prières et en ablutions; et ils ont, dans quelques occasions, un sacrifice d'animaux qu'ils tiennent des Juifs.

Leur morale est à peu près la nôtre : Mahomet l'avait puisée dans les livres des Juifs et dans ceux des chrétiens; et m^e, en adoptant les préceptes, il en a, sur quelques points outré les conseils.

La partie qu*on pourrait dire la plus sociale de la morale, celle qui, suivant nos beaux esprits, suffit sans dogmes relir gieux, et constitue toute la religion, l'amour du prochain, qu'ils appellent humanité et bienfaisance, n'est nulle part, à peine dans V Évangile, plus hautement et plus fréquemment recommandée que dans le Coran ; et les Turcs couvrent des maximes de leur prophète, les murs de leurs mosquées.

Ils pratiquent des œuvres privées de bienfaisance autant ou plus que nous, font jusqu'à des fondations d'ombrages et de fontaines pour reposer et désaltérer les voyageurs, et étendent leur bienfaisance même sur les animaux. La défense de l'homicidç, de l'adultère, du vol, de l'usure, du faux témoignage, est dans leur loi comme dans la nôtre. Us prient, et plus fréquemment que nous; ils ont des jeûnes, des pèlerinages, des mortifications, des vœux de pauvreté et de célibat; et leur religion pousse le précepte de la tempérance jusqu'à interdire l'usage du vin, dont la nôtre ne condamne que l'excès.

Le mahométisme, il est vrai, permet la polygamie ; mais elle est un luxe des gens riches, plutôt qu'une habitude natio-

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