S 5. — EFFETS IMMÉDIATS PRODUITS SUR L'HOTE PAR LA CUSCUTE
En général, l'introduction des suçoirs ne produit dans les Lissus nourriciers aucun effet anatomique marqué. Cependant quelques plantes se montrent sensibles à l’attaque des suçoirs; l'effet se traduit par un bourrelet cortical ou des excroissances corlicales dans les points de lésions haustoriales. Sur le pétiole de Pelargonium représenté par la fig. 8 (PL 1), attaqué par un jeune pied de C. Japonica au début de son installation parasitaire, on remarque un renflement assez marqué au point d'introduction des premiers suçoirs. L'effet est plus sensible encore sur des jeunes plants de Balsamine envahis par la même Cuscute (fig. 9, 10, 11, PI. 1); il se produit sur leurs tiges un gros bourrelet spiralé dans le sens des spires à suçoirs ; quelquefois même, sous l'influence de la prolifération des tissus provoquée par la lésion haustoriale, la tige est déviée de sa direction rectiligne (fig. 10, PI. 1). Enfin, l'effet est encore plus remarquable sur la branche de Cytise, envahie par la Cuscute du Japon, et dessinée sur la même Planche (fig. 20); d'épaisses excroissances et de gros bourrelets y sont provoqués par la blessure des suçoirs.
Le parenchyme cortical du jeune plant de Balsamine (fig. 10, PI. 1) est épais et tendre ; le cylindre central de son axe hypocotylé attaqué par les suçoirs offre peu d’éléments ligneux. Dans la branche de Cylise, au contraire, le cylindre central est formé d’un anneau ligneux très épais, le parenchyme cortical est étroit et assez résistant, de gros faisceaux de fibres lignifiées péricycliques se trouvent devant le liber, l’épiderme est pourvu d’une forte cuticule, et plusieurs couches de liège sont formées dans l’assise subérophellodermique. Donc, d’un côté une tige jeune et très tendre dont l'appareil ligneux est insignifiant ; de l’autre, une tige âgée ligneuse et très dure. On ne peut donc pas attribuer ces excroissances à la mollesse des tissus ou à leur jeunesse.
Dans la Balsamine, l’épiderme est tendre, le parenchyme cortical externe est formé de cellules plus petites que celles du parenchyme corlical interne et en voie de segmentation active; le parenchyme cortical interne est formé de grosses cellules irrégulières en voie de cloisonnement. Les suçoirs s'enfoncent avec facilité dans ce tissu,
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très mou, où leurs filaments s’épanouissent avec ampleur. Autour des lésions produites par le passage des éléments des suçoirs, les tissus corticaux acquièrent une intensité de segmentation plus grande que dans les autres régions. Les grosses cellules du parenchyme. cortical interne se cloisonnent abondamment dans tous les sens; il en est de même des cellules du parenchyme cortical externe ; de plus, dans cette région, s’établissent çà et là quelques pelits ares générateurs formant des îlots de cellules en files radiales.
Dans le Cylise, aux environs des points blessés, l’assise génératrice subéro-phellodermique prend une activité plus grande; il se produit peu de liège, mais de nombreuses couches de phelloderme. Le parenchyme cortical externe s'accroît par la segmentation, dans tous les sens, de ses cellules; le parenchyme cortical interne s'accroit, çà et là, en séries radiales de cellules, jusqu’à la ceinture péricyclique des îlots fibreux. |
Dans une touffe d'Ortie attaquée par le ©. Europæa, dans les touffes de Trèfle ou de Luzerne envahies par le ©. Gronovii ou le C. Epithymum, on trouve çà et là quelques-unes de ces excroissances corticales. Mais le fait n’est pas général, et il est difficile de saisir la cause de ce phénomène.
Cette prolifération des cellules corticales, en augmentant considérablement l'épaisseur de l'écorce, augmente ia longueur du chemin que les suçoirs ont à parcourir pour venir rejoindre les faisceaux libéro-ligneux de l'hôte. C’est donc pour la plante envahie un moyen de défense, mais peu efficace, car les suçoirs arrivent, malgré lui, à leur but.
Les arbres envahis par les grandes Cuscutes résistent généralement à leurs attaques; à peine çà et là quelques branches succombent-elles, soit à cause de leur jeunesse, soit par suite des blessures d’un trop grand nombre de suçoirs. Dès que les spires haustoriales anciennes se sont flétries el que les suçoirs ne fonctionnent plus, les blessures produites par ces derniers dans les lissus de la plante hospitalière se cicatrisent par le phénomène normal de la subérisation des plaies végétales. Tant que le suçoir est vivant et qu'il peut se manifester en lui quelque activité chimique de nutrition, aucune cicatrisation ne se produit dans la lésion qu'il a faite à l'hôte; dès qu'il est mort, au contraire, les tissus se subérissent autour du point lésé par lui, et la blessure ne
larde pas à être cicatrisée. Dans l'écorce des branches envahies plusieurs années auparavant, l’on retrouve sous l'emplacement des anciennes spires haustoriales les traces des suçoirs disparus, sous la forme de petits îlots de liège disposés en spirale.
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