‹ Recherches physiologiques et anatomiques sur les CuscutacéesChapitre 28 sur 57 · IT. — EXPLICATION DE LA STRUCTURE DE LA TIGE · texte numérisé non relu

IT. — EXPLICATION DE LA STRUCTURE DE LA TIGE

La feuille rudimentaire des Cuscutes, bien plus que toute autre région de leur système végétatif, nous montre d’une manière saisissante la marche régressive de ces végétaux, sous l'influence du parasitisme. La structure de cet organe présente, en effet, comme nous venons de le voir, des phases bien nettes de son atrophie graduelle, qui vont nous éclairer maintenant sur la structure de la tige.

Théoriquement, nous pouvons considérer la feuille ancestrale de la Cuscute comme une feuille plurinerviée à partir de la base, recevant de la tige d'assez nombreux faisceaux libéro-ligneux. Sous l'influence de la vie parasitaire, une réduction s’est opérée peu à peu dans le nombre des faisceaux, puis dans ces faisceaux eux-mêmes s’est effectué un avortement progressif. Dans les espèces, comme le C. Japonica et le C. exallata, qui ont conservé dans leur écaille les traces les plus considérables de l’organisation de la feuille primitive, nous avons vu entrer dans cette écaille un certain nombre de faisceaux. L'entrée de ces faisceaux, qui est progressive, commence, de chaque côté, par les faisceaux latéraux les plus extrêmes, etse termine par le faisceau médian. Ce faisceau foliaire médian existe dans la tige à l’état complet, c’est-à-dire avec son bois et son liber ; il est complet encore après sa pénétration dans l’écaille, mais sa partie vasculaire avorte après un court trajet. Les deux faisceaux latéraux principaux, c’est-à-dire ceux qui sont à droite et à gauche du faisceau médian, existent encore à l’état complet dans la tige, et c’est à leur entrée dans l’écaille qu'ils perdent leur bois. Quant aux autres faisceaux latéraux, ils entrent dans l’écaille à l'état exclusivement libérien, el ils nous donnent l'explication de ces faisceaux uniquement libériens, que l’on trouve, engrandnombre, entremêlés aux faisceaux complets, et dont l’origine élait encore inexpliquée.

La constitution du système libéro-ligneux de la tige de ces espèces les moins atrophiées, nous apparaît maintenant d’une manière très claire. Dans les faisceaux de ce système, destinés comme toujours aux feuilles, seuls ont conservé leur bois et leur liber, ceux qui sont appelés à devenir les faisceaux médians et les

deux faisceaux latéraux principaux des feuilles rudimentaires. Les faisceaux médians restent toujours complets dans la tige ; Jes deux faisceaux latéraux principaux perdent leur bois au nœud même où se trouve l’écaille à laquelle ils appartiennent. Quant aux autres faisceaux latéraux, leur bois est à jamais disparu dans la tige même, où ils ne se trouvent plus qu'à l'état libérien.

Cette atrophie graduelle des faisceaux encore existants dans la tige, serait suffisante pour nous autoriser à admettre que d’autres faisceaux ont complètement disparu sans laisser de trace ; mais nous avons, je crois, la preuve anatomique du fait. Nous avons vu, en effet, dans la phase de la plus grande activité cambiale, qu'il se forme çà et là des arcs générateurs assez longs, passant à travers les rayons interfasciculaires et réunissant les arcs intra-libériens. On a l'impression que ces arcs générateurs tendent à se réunir en une seule zone génératrice circulaire, sans pouvoir cependant y parvenir. Ce phénomène nous donne le souvenir d’un cercle primitif, serré, de faisceaux libéro-ligneux, formant, comme dans un très grand nombre de plantes, un anneau vasculaire et un anneau libérien continus. La zone génératrice, maintenant irrégulièrement disloquée, donnait donc primitivement naissance à un anneau libéro-ligneux épais, ou à un pachyte (1) suivant l'expression de VAN TIEGHEM.

Si maintenant, après les deux espèces précédentes, nous considérons les autres Monostylées, nous constatons une dégradation nouvelle et brusque du système libéro-ligneux de la tige. Dans les C. Lehmanniana, monogyna, Lupuliformis, etc., le nombre des faisceaux libéro-ligneux est moins considérable que dans les C. Japonica et exaltata ; 11 y a surtout bien moins de faisceaux exclusivement libériens. Dans ces espèces, un seul faisceau libéroligneux, le médian, pénètre dans l’écaille. Les deux faisceaux latéraux principaux, complets dans la tige, avortent en entier à l'entrée de l’écaille; les quelques autres faisceaux latéraux qui existent encore dans la tige, mais en petit nombre et à l’état libérien, avortent aussi à leur entrée dans l’écaille.

Dans les Distylées, le nombre des faisceaux caulinaires diminue encore brusquement. Dans quelques espèces comme les C. Americana, Chinensis, infleæu, lenuiflora, glomerata, etc, de la

Ü PAS \ ZEN D (1) De rauxÿo, épais, ou de nandrne, épaisseur.

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SUR LES CUSCUTACGÉES. 207

Section des Hétérostylées, des cylindres centraux de dix ou douze faisceaux ne se rencontrent que dans les tiges les plus vigoureuses ; il en est de même chez les Homostylées pour le C. Europæa. En général, dans ces espèces, le nombre des faisceaux s'élève très peu au-dessus de cinq, et souvent il ne dépasse pas cing; mais rarement il est inférieur à ce nombre, qui est en rapport, du reste, avec la fraction phyllotaxique 2/5, des écailles. Dans ces espèces, on rencontre encore des faisceaux exclusivement libériens, mais ils sont rares. Il n'y a plus guère dans la tige qne les faisceaux foliaires médians dont le bois avorte à l’entrée de l’écaille.

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