IV. — L'INFLORESCENCE
L’inflorescence des Cuscutes, dont le type fondamental n’a pas élé encore défini, présente souvent une complication qu’on ne peut saisir, sans la connaissance que nous venons de faire, de la loi de ramification de ces plantes.
Le Cuscuta Timorensis est la seule espèce qui offre une inflorescence dite indéfinie ou indéterminée, c’est-à-dire dont l'axe floral est terminé par un bourgeon végétalif. Dans toutes les autres espèces, l’axe est terminé par une fleur ; l’inflorescence est, comme l’on dit quelquefois, définie ou déterminée. D’une manière générale, les fleurs sessiles ou plus ou moins pédicellées sont groupées en cymules, sur des grappes de formes variées, sur des épis, sur des corymbes ou des ombelles, ou bien, sont réunies en capiltules plus ou moins denses. L’inflorescence présente, en somme, comme forme, toutes les variétés depuis la grappe jusqu’au capitule.
Les inflorescences les plus larges appartiennent au groupe des grandes Cuscutes, aux Monostylées, qui croissent principalement en Asie ; les fleurs sont groupées en épis ou en grappes plus ou moins composées. Les Cuscutes de la section des Hétérostylées possédent des inflorescences plus ramassées, mais variées : ce sont des grappes courtes ou globuleuses, des corymbes ou des cymes ombelliformes. Quelques unes de ces espèces habitent l'Asie, mais la plupart sont américaines où océaniennes. Dans la section des Homostylées, l’inflorescence devient, peu à peu, de plus en plus compacte, et descend jusqu’au capitule. Quelques unes de ces espèces habitent
l'Asie Occidentale ou le Nord de l'Afrique, mais la plupart sont européennes.
J'ai étudié le mode de disposition des fleurs de presque toutes les espêces connues, et j'ai pu m'assurer ainsi que les diverses formes de l’inflorescence des Cuscutes appartiennent à un type fondamental unique. Je n’analyserai ici qu'un petit nombre de formes, qui établissent suffisamment les points principaux du passage de la forme large de la grappe à la forme compacte du capitule ; après quoi, je tàcherai de définir le type fondamental de l’inflorescence.
Ainsi qu’il est facile de le prévoir, l’inflorescence représente en raccourci les phénomènes généraux de la ramification axillaire, et c'est ce raccourcissement, plus où moins prononcé suivant les espèces, qui produit leurs inflorescences diverses. Afin de faciliter la description, j'emploierai pour désigner les branches florales des divers ordres, les mêmes lettres À, B, C, D... dont je me suis servi pour les rameaux axillaires.
J'étudierai l’inflorescence du C. Japonica parmi les Monostylées et des C. cuspidata, Africana, chlorocarpa, Gronovii, Arabica, planiflora et Europæa parmi les Distylées.
Cuscuta japonica. — Les fleurs de cette espèce sont groupées en grappes plus ou moins longues qui peuvent attendre parfois huit ou dix centimètres.
À l’époque de la floraison, lorsque les rameaux végétatifs font place aux rameaux floraux, il naît à l’aisselle de chaque écaille caulinaire, un groupe floral formé de plusieurs grappes ou rameaux floraux. Ces rameaux floraux naissent à l’aisselle de l’écaille, de la même manière que nous avons vu naître les rameaux végétalifs, de sortg que les divers rameaux du groupe floral peuvent, comme précédemment, se nommer À, B, C, D, E (flg. 21, I). Ces rameaux principaux donnent aussi naissance à des rameaux secondaires, a, b, c... toujours représentés par une simple fleur sessile. Ordinairement, seuls les trois premiers rameaux A, B, C, du groupe floral son bien constitués ; le rameau D est rudimentaire, et le rameau E, quand il existe, n’est représenté que par une fleur sessile. Les rameaux secondaires «&, b sont les seuls qui existent, à l’élat de fleurs sessiles, dans les groupes floraux les plus riches ; quelquefois le rameau & seulement est représenté, très souvent ils avortent
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tous deux ensemble. Dans les Monostylées autres que le C. Japonica je ne les ai jamais rencontrés. Tous les rameaux principaux du groupe floral vont en diminuant d'importance, à partir du premier, A.
FiG. 21. — Inflorescences de diverses Cuscutes; figures demi-schématiques. Les lettres À, B, C, D... désignent les branches florales d'ordres successifs, issues de l’aisselle de l’écaille caulinaire.
I. Inflorescence du ©, Japonica ; grandeur naturelle. Les écailles du rachis principal de la grappe sont insérées suivant la fraction 2/5, mais pour rendre plus facile la lecture de la figure, elles spnt dessinées dans un mème plan. II. Inflorescences du C. Gronovii ; gr. nat.
Le premier rameau floral À, porte un cerlain nombre d’écailles, rangées comme sur les branches végétatives, suivant le cycle 2/5. À l’aisselle de ces écailles, naissent, suivant la loi connue, des rameaux floraux secondaires, d'autant plus courts qu'ils sont situés plus près du sommet. Les premières écailles ne portent qu'un seul rameau représenté par une fleur sessile. Les écailles suivantes portent deux rameaux d'ordres À et B, représentés aussi par des fleurs sessiles. Les dernières écailles portent des rameaux plus développés, et celles qui sont siluées vers la base de la grappe porlent même les trois rameaux À, B, C: C est une simple fleur sessile; B est un très court rameau portant à l’aisselle de son unique écaille une seule fleur sessile d'ordre À ; A porte plusieurs écailles uniflores.
Il arrive quelquefois que le premier rameau A, du groupe floral, se développe en une branche végélative ordinaire où porlant à l’aisselle de ses écailles des groupes floraux pauciflores.
Le second rameau B, du groupe floral ne donne à l’aisselle de ses écailles qu'une ou deux fleurs sessiles. Le rameau C ne donne qu'une fleur sessile par écaille. Le rameau D est rudimentaire; il n’esi représenté que par une fleur, portant parfois sur son court pédicelle une ou deux écailles trôs petites avec une fleur rudimentaire à leur aisselle. Enfin, le rameau E n’est représenté que par une seule fleur sessile.
Les groupes floraux sont d’aulant mieux développés que la üge qui les porte est plus vigoureuse ou qu'ils sont plus rapprochés des spires haustoriales. Le groupe que je viens de décrire, schémalisé par la figure précitée, est l’un des plus complets. On voil, en résumé, qu'il représente en raccourci, mais d’une manière très nette. la ramification ordinaire de la tige. Autrement dit, il est formé de plusieurs rameaux principaux, issus successivement l’un de l’autre, et situés dans un même plan qui est le plan de symétrie de la tige et de la feuille rudimentaire; sur chaque rameau floral principal, la ramificalion secondaire suit la même loi mais se réduit de plus en plus, jusqu’à la simple fleur sessile.
Dans toutes les autres espèces du groupe des Monostylées la disposition florale est la même, rappelant toujours d’une manière très apparente la ramification axillaire de la tige. Seule la forme des grappes florales varie suivant les espèces et suivant que les fleurs sont sessiles ou pédicellées et ce serait sortir de mon sujet que de passer en revue ces formes diverses.
À partir des Monostylées, le mode général de la ramification subit dans l’inflorescence une réduction de plus en plus grande. Le rameau floral ne porte jamais un cycle complet 2/5 d'écailles, aussi la forme de l’inflorescence devient-elle tout de suite plus ramassée et offre-t-elle à partir de ce moment une grande diversité d’allures.
Cuscuta Cuspidata (fig. 22, II). — A l’aisselle de l'écaille caulinaire, croissent plusieurs branches florales décroissantes, situées dans le plan de symétrie de l’écaille et de la tige, et que nous pouvons désigner comme précédemment par les lettres A, B, C, D, E. Dans chacun de ces rameaux floraux pris isolément, le raccourcissement
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du mode de ramification devient de plus en plus considérable. Les plus gros de ces rameaux portent trois ou quatre écailles principales, assez rapprochées deux par deux, produisant à leur aisselle des rameaux secondaires, plus ou moins inégaux, et eux-mêmes inégalement ramifiés, donnant à la grappe l'aspect d’un panicule. Sur le premier rameau principal À, on reconnaît encore, dans les rameaux secondaires, l’arrangement normal ; on le reconnait aussi dans les plus gros groupes tertiaires.Les rameaux secondaires portent quelques écailles stériles ; de pareilles écailles stériles se trouvent aussi sur les pédicelles floraux, un peu au-dessous du calice; de