IV. — CONTENU DES LATICIFÈRES. USAGES DES CUSCUTES
Les lalicifères, corticaux ou péricycliques, conservent pendant un temps de durée variable, mais, en général, assez court, leur corps protoplasmique avec les caractères que j'ai décrits plus haut. Peu à peu, des produits de sécrétion se déposent au sein du protoplasme et vont en s’accumulant de plus en plus (fig. 1, PL. xv). Au bout d’un certain temps, la masse protoplasmique a diminué
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considérablement de volume, et la masse principale du contenu du latici'ère est formée par des matériaux de dépôt; il arrive un moment où le protoplasme ne peut plus s’apercevoir ou est difficile à mettre en lumière. Dans les portions de lalicifère adulte les moins riches en contenu de sécrétion, on peut observer quelquefois contre la paroi, une couche plus ou moins desséchée de protoplasme renfermant quelques noyaux contraclés ; ce sont les débris du riche contenu protoplasmique primitif.
Les lalicifères corlicaux ou péricycliques contiennent à l’état adulle, principalement: des matières huileuses, un tannin et une subslance résineuse. Quelquefois cette résine forme des blocs cylindriques solides remplissant le laticifère, de couleur rouge-brun ou orange.
L’acide osmique colore en noir foncé le contenu des laticifères, le perchlorure de fer le colore en noirâtre ou brun très foncé. Ces deux réactifs permettent souvent, en colorant le lrajet de ces organes, de les observer facilement sur des coupes longitudinales, surlout lorsqu'ils ne se distinguent pas d'eux mêmes, grâce à l'absence ou à la pauvreté du contenu résineux et coloré.
L'acétate de cuivre qui colore d'ordinaire la résine en vertéméraude (réactif de Franchimont et d'Unverdorben), colore en brun foncé le contenu jaune-orange; la teinture d’Alkanna, le principal réaclif microchimique des résines et qui les colore généralement en rouge-brun, ne change pas la couleur du contenu solide d’une manière appréciable, même après deux jours. Au bout de ce temps, on aperçoit parfois, dans le tube, de petites gouttelettes très réfringentes, rouges, conslituées peut-être par une malière grasse colorée par le réaclif.
Ces lalicifères à contenu résineux se rencontrent dans toutes les Monostylées. On les trouve aussi dans les espèces des autres groupes, mais la résine y est en moins grande abondance ; en outre, beaucoup de laticifères ne renferment pas de résine, du moins à l’état solide, mais un liquide parfois peu coloré, ou un contenu granuleux clair et un peu jaunâtre, ou des corpuscules de formes irrégulières et de dimensions diverses.
Les cellules laticiféres des feuilles rudimentaires contiennent un gros noyausphérique au sein d’un protoplasme creusé de nombreuses vacuoles remplies d’une grande quantité de gouttes huileuses de toutes les grosseurs.
Il es! probable que ce sont surtout les laticifères qui contiennent les principes acts, de composition encore inconnue, des Cuscutes; aussi pour terminer ce chapitre je rappellerai les usages de ces plantes, simplement à litre de curiosité car ils n’ont plus de nos jours qu'un intérêt purement historique.
Au temps de la médecine primilive, lorsque toutes les plantes étaient officinales, Dioscorine (1) nous dit que l'Epithyme (C. EÆpithymum), qui croît en abondance en Cappadoce et en Pamphylie : « purge quand il est bu avec du miel; convient particulièrement auæ mélancoliques et aux venteux, quand on en prend un acétabul ou au moins quatre drachmes avec du miel, du sel, et un peu de vinaigre >. Parlant de la même plante, PuxE (Livre XXVI) donne, nalurellement, aux mêmes malades, l'ordonnance du vieux médecin grec.
La pharmacopée du Moyen-Age et de la Renaissance conserve le souvenir des verlus purgatives de la Cuscute, et un médecin du X VI'siècle (2), traducteur et commentateur de DioscoRIDE, complète en ces Lermes l’énuméralion des propriélés de la plante parasite: « L'Epilhyme estre une certaine fleur croissant dans le Thym, ha la même vertu que le Thym, mais ùÙ est valeureux en toutes choses. Il desseiche el échauffe au quatrième degrè ».
BAUHN (3) décrit assez longuement Les propriétés et les usages des Cuscutes qui croissent sur le Thym, l’Ortie et le Genêt. Il leur altribue des verlus nombreuses, variant suivant les plantes hospitalhères et en faisant principalement des remèdes pour les maladies des reins et du foie.
L'usage officinal de la Cuscute n’est pourtant pas partout abandonné. Quelques espèces, comme le C. racemosa, nommées au Brésil Sipo de Chumbo (4), figurent dans les pharmacies. Le suc de ces plantes est employé contre l'extinction de voix, les crachements de sang ; pour hâter la cicatrisation des plaies, la poudre de la plante sèche est répandue sur les blessures.
(1) Dioscorme. — De la matière médicinale. — Ch. CLIX, IV? Livre.
(2) Dioscoride.— Mis en français par MARTIN MATHEE, médecin. Lyon MDLXXX.
(3) BAUHIN. — Histori® universalis plantarum. — Ed. 1650, Tome III, p. 266.
(4) Dictionnaire français illustré et Encyclopédie universelle par DUPINEY DE VOREPIERRE. — 1879.
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