I. — PHYSIOLOGIE
A. Aucune substance de la plante nourricière, à part, peut-être, le glucose, ne pénètre intégralement dans la plante parasite; la sélection des éléments nécessaires à la nutrition de cette dernière s'effectue à l’entrée même des suçoirs par un véritable phénomêne de digestion. Les suçoirs, en effet, sécrêtent des diastases qui s’épanchent dans la zone ambiante des tissus nourriciers, où elles effectuent un travail chimique d’assimilation par suite duquel les matériaux nutritifs utiles sont rendus absorbables ; ces matériaux, puisés ensuite par les suçoirs, sont conduits par eux dans le corps de la plante parasite où ils subissent l’élaboration spéciale qui donne naissance aux divers corps qui la caractérisent.
B. La mesure directe du glucose dans les divers hôtes et l’observation microchimique montrent que la végétation de la plante parasite est d'autant plus prospère que la plante nourricière est plus riche en matière sucrée. Le glucose de la plante nourricière apparait comme la source principale du carbone de la plante parasite ; si les réactions microchimiques, malgré l'illusion qu'elles produisent sur l'œil, ne peuvent nous permettre d'affirmer que le glucose remplissant les suçoirs est retiré directement des tissus hospitaliers, la grande quantité et la localisation de cette substance dans la plante parasite comme dans la plante nourricière montrent, du moins, qu’elle est le produit le plus abondant et le plus rapide du travail d'élaboration des suçoirs et qu’elle est formée aux dépens mêmes du sucre nourricier.
C. Lorsque la plante parasite vit sur un hôte qui lui agrée, on voit dans une région‘haustoriale, dès que la nutrition y est en pleine
SUR LES CUSGUTACÉES, 263
activité, s'emmagasiner une grande quantité d’amidon de réserve. Cet amidon contribue progressivement à la nutrition des régions supérieures qui croissent avec rapidité. Dans la région haustoriale la matière amylacée remplit le parenchyme cortical, les rayons médullaires, l’endoderme, la région péricyclique et la moelle périphérique. Il se dépose aussi de l’amidon de réserve dans les parties des tiges situées au-dessus de la région haustoriale, mais en moins grande quantité ; à mesure que l’on s'élève au-dessus de la région des suçoirs, il y a de moins en moins d’amidon dans les assises médianes du parenchyme cortical, dans les rayons médullaires et dans la moelle; le péricycle puis l’endoderme sont les dernières régions abandonnées par la matière amylacée ; vers le sommet de Ia tige, l'amidon disparaît complétement. À un niveau quelconque de la tige, lorsque l’amidon disparaît pour les besoins de la nutrition, il abandonne d’abord les assises médianes de l'écorce, puis la moelle, les rayons, le péricycle et enfin l’endoderme.
Le glucose existe dans toutes les régions de la tige parasite; très abondant dans les suçoirs, il suit généralement dans le reste de la tige une localisation inverse de celle de l’amidon.
Le tannin dont on constate la présence dans toutes les régions de la tige, même dans celles qui sont en voie de dépérissement, semble être plutôt un produit d'élimination ou de sécrétion qu’un substance utile à la nutrition.
D. A côté du sucre qui est pour la plante parasite un élément indispensable de prospérité, les plantes hospitalières contiennent souvent diverses substances: acides, essences, glucosides, alcaloïdes, etc., qui exercent sur la plante parasite une influence nuisible plus ou moins prononcée. Ces substances agissent par l’action retardatrice à divers degrés qu’elles exercent sur l'effet chimique des diastases sécrétées par les suçoirs, c’est-à-dire en produisant un ralentissement plus ou moins profond dans la fonction de nutrition de ces organes essentiels. De son côté, la plante parasite semble exercer contre ces influences délétères une action défensive qui, dans le cas de certains alcaloïdes, se traduit par une production abondante de matières huileuses dans les suçoirs.
L’affinité très diverse de la Cuscute pour les divers hôtes dépend donc de la résultante des influences combinées qui précèdent.
E. Cette affinité se traduit extérieurement, non seulement par une végétation plus ou moins puissante ou plus ou moins faible, mais encore par des phénomènes de coloration verte ou rouge.
Les Cuscutes présentent, en effet, des variations de coloration subordonnées aux conditions nutritives des plantes nourricières : la matière verte apparaît avec d'autant plus d’abondance que l'hôte est moins apte à nourrir la plante parasite; la matière rouge, au contraire, est d'autant plus répandue dans la plante parasite que celle-ci est mieux nourrie par l'hôte.
La couleur verte normale de la plante est produite par le verdissement plus ou moins intense des grains d’amidon de réserve ; 1l exisie cependant dans certaines régions de la plante quelques corpuscules chlorophylliens qui ont une originedifférenteetloimtaine, formés probablement par des leucites existant déjà dans l'embryon.
La malière colorante rouge est consliluée par un liquide coloré contenu dans les cellules périphériques. Cette matière colorante est la même dans toutes les espêces; chaque espèce possède une puissance propre de coloralion en même temps qu’une variabilité dans l'intensité de la coloration, due à la nutrition. Une radiation assez intense est favorable à la formation de la matière colorante.