DU
compte, ils ont mis du sang en présence d'oxygène, en contact avec des éthers facilement saponifiables, par exemple salol ou benzoate de phényle qui, comme l’a montré Nencki, sont saponifiés avec mise en liberté de phénol par le ferment des glandes intestinales et ils ont vu qu'il n'y avait, sous l’action du sang, aucune saponification.
De plus, les auteurs ont cherché à se rendre compte si le mélange (sang et chyle) contenait des savons. Ils en ont isolé des savons, mais ils avouent que ceux-ci peuvent bien être ceux qui existent normalement dans le sang et dans le chyle. Un dosage précis pouvait seul trancher la question. Cohnstein et Michaëlis disent qu'ils n'ont pas pu avoir à cette époque plus de renseignements sur cette question, vu qu'ils n’avaient à leur disposition pour le dosage des savons que la méthode de Munk, à laquelle Noël Paton a adressé les justes critiques que nous avons signalées dans le chapitre premier.
Plus tard, en 1897-98, Cohnstein et Michaëlis ont repris et complèté leurs recherches sur la fonction lipolyüique du sang. Ils ont notamment éclairci les points suivants :
1° Influence de la (température sur la lipolyse. — La disparition de la graisse du sang ne s'effectue pas aussi rapidement à toutes les températures, sa vitesse est maxima à la température du corps, une température très haute ou très basse la ralentit et même l’arrête.
Voici quelques chiffres: elle est par expérience de
‘Arch. Phys. Pfl., t. LXIX, p. 76.
nat.
57,1 pour cent à 40 degrés, tandis qu’elle n’est que de 29,8 pour cent à 15 degrés en 24 heures.
2° La présence de l’oxygène est-elle nécessaire à la lipolyse ?
Cohnstein et Michaëlis ont essayé de remplacer le courant d'oxygène barbotant dans le sang par un courant d'un autre gaz inerte, par exemple d'hydrogène ; ils ont vu que dans ce cas, la disparition de la graisse est absolument nulle et que, par conséquent, la présence de l'oxygène est indispensable.
3° Est-il nécessaire de tenir compile des pertes de graisse dues à la hipolyse dans les dosages de graisse du sang ? Lorsqu'on emploie la méthode de Munk, que nous avons, M. Doyon et moi, évité d'employer, on laisse le sang se dessécher pendant plusieurs journées dans un dessiccateur. Il est facile de comprendre que, dans ces conditions, beaucoup de phénomènes biologiques, parmi lesquels la lipolyse, continuent à se passer dans le sang. Il ya donc, de ce chef, une cause d'erreur considérable dans les dosages de graisse du sang. Les auteurs concluent qu'il est nécessaire de l’'éviter, ce qui est réalisé autant que possible dans la méthode que nous avons suivie M. Doyon et moi,
Cohnstein et Michaëlis expliquent par cette perte de graisse, sous l’action des globules, pourquoi, en suivant la méthode de dosage de Munk, on n'arrive pas à observer d'augmentation dans la teneur en graisse lorsqu’on donne des corps gras à manger à un chien qui était à jeun. En effet, la Hipolyse étant proportionnelle à la quantité de graisse est plus considérable dans le sang d’un chien nourri à la graisse. |
er. pe
Ce qui le démontre bien, c’est que si l’on calcule la quantité de graisse contenue dans le sang d’un chien à jeun puis nourri à la graisse, en dosant la graisse d'abord dans le caillot, puis ensuite dans le sérum où nous savons qu'il ne se passe pas de lipolyse, on observe une augmentation dans le cas où l'animal a pris de la graisse.
Voici un exemple :
Chien à jeun Sang total 0,487 °/, de graisse Sérum Hot 0 — Chien après un repas de graisse Sang total 0,402°/, — Sérum DL eo), —
Comme on le voit, le sang total aurait la même teneur en graisse dans les deux cas tandis que le sérum seul serait devenu plus riche de moitié.
4° Les extraits de sang ont-ils une action lipolytique?
Cohnstein et Michaelis ont désséché du sang à 40 et à 100 degrés ; 1ls obtinrent les résultats suivants :
L'extrait de sang fait à 40 degrés possède un pouvoir lhipolytique.
L’extrait de sang fait à 100 degrés n’a aucune action sur la graisse. |
Résultat de la lipolyse.
Cohnstein et Michaelis, comme nous l'avons reproduit, ont établi que le produit de transformation des graisses par la lipolyse est un corps solide, mais ils n’ont pas pu savoir si ce ne serait pas des savons.
Ils ont alors repris cette question avec plus de soin,
en en se servant, sur les conseils du professeur Zuntz, de la dialyse.
Ils ont alors monté deux dialyseurs semblables et ils se sont assurés qu'ils laissaient passer dans le même temps des quantités équivalentes de substance solide. Ils ont alors fait dialyser deux portions d’un même mélange de sang et de chyle avant et après un séjour à l’étuve de vingt-quatre heures. Ils ont constaté que l'échantillon placé à l’étuve laissait passer beaucoup plus de substance dialysable que l’autre.
Ils en concluent que le séjour à l’étuve a donné naissance à une substance dialysable. Du reste, cette substance ne prend pas naissance si l’on remplace le sang par du sang chauffé à 100 degrés ou par du sérum : elle ne prend pas non plus naissance si on ajoute au sang un poison du protoplasma qui, on le sait, arrête Les actions diastasiques, par exemple l'acide prussique.
Le produit de la lipolyse est donc une substance soluble dans l’eau et dialysable, mais 1l est nécessaire de chercher si cette substance n’est pas produite seulement in vitro el si elle prend naissance dans le corps des animaux.
Ils ont alors pris un chien, à jeun, auquel ils ont fait une fistule du canal thoracique, puis ils lui ont fait une injection de chyle, intraveineuse. Comme ils l'ont montré, dans ces conditions la graisse ne passe pas dans la lymphe, mais s'il se produit des substances dialysables par l’action lipolytique du sang, celles-ci vont passer dans la lymphe. Ce qui a été vérifié par une expérience qui a pour complément une nouvelle
— n'es expérience cruciale dans laquelle, au lieu d'injecter du chyle dans les veines du chien, on a injecté de la lymphe sans graisse et où il ne s’est pas produit la substance dialysable en question.
Cohnstein et Michaelis ne donnent aucun autre renseignement sur la nature de cette substance dialysable.
Les conclusions de Cohnstein et Michaelis n’ont pas toutes été acceptées sans contrôle et sans qu’on leur ait adressé plusieurs critiques. Æichard Weigert* de l'Université de Breslau, sous l'inspiration du professeur Rühmann, a repris cette question de la lipolyse à la solution de laquelle il a apporté de nouveaux matériaux. Weigert commence par critiquer la méthode de recherches que Cohnstein et Michaelis avouent eux-mêmes imparfaile, puisqu'en laissant sécher leur sang, 1ls ont constaté qu'il pouvait se produire des pertes de graisse allant jusqu'à 77 pour 100, et il ajoute qu'attribuer ces pertes à la hpolyse, c’est faire une hypothèse absolument gratuite, vu qu’on ne sait pas ce qui se passe dans la dessiccation du sang. Weigert ajoute ensuite que les analyses de Cohnstein et Michaelis ne sont pas assez précises, puisqu'ils n’ont, en général, pas tenu compte de la concentration du sang sous l’action du courant d’air, cause d’erreur dont ils se sont, euxmêmes, bien aperçus.
De plus, on ne voit nulle part que Cohnstein et Michaelis se soient préoccupés d'éviter la présence des
bactéries.
1 Arch. Pflüger, t, LXXXII, 1900, p. 86.
Enfin, 1l est nécessaire de prendre de plus grandes quantités de sang.
Weigert dit avoir introduit les perfectionnements suivants :
Il commençait à recevoir le sang en quantité consi-
dérable dans un vase où il plaçait du fluorure de sodium comme antiseptique et anticoagulant (1 gr. 5 pour 100 grammes de sang).
Dans les cas où 1l devait séparer les globules du plasma, 1l plaçait le sang oxalaté dans un réfrigérant à + 10 degrés pour arrêter les actions diastasiques et il purifiait les globules par centrifugation.
Quant au dosage de l'extrait éthéré, Weigert l’effectuait en suivant la méthode de Hoppe Seyler, telle que l’'employait Rôhmann.
Les acides solubles dans l’éther étaient dosés, car la solution aqueuse de leurs sels était saturée par SO“ H°? et reprise par l’éther. Les acides ainsi obtenus étaient pesés, puis dissous dans de l’alcool bien neutre et titrés à la phtaléine avec une solution alcoolique de potasse.
Weigert s’est occupé de voir ce que dévenait à l'étuve l'extrait éthéré du sang total, des globules et du plasma.
Deses expériences, il conclut que la substance soluble dans l’éther qui disparaît lorsqu'on place du sang à l’étuve, se trouve dans les globules et non dans le plasma. Or, les travaux de Hoppe-Seyler et de Abderhalden ont montré que les globules rouges ne contiennent pas de graisses. Weigert conclut de là que la substance soluble dans l’éther qui disparaît à l’étuve n’est pas de la graisse. Pour étayer cette affirmation,
il prend les résultats de Cohnstein et Michaelis, lesquels montrent que les graisses surajoutées au sang ne sont pas attaquées. De plus, ces auteurs, on se le rappelle, ont montré que lorsqu'on laisse du sang ou des mélanges de sang et de chyle à l’étuve, 1l n'apparaît pas de produit gazeux par suite de la lipolyse — le résidu sec ne change pas — CO? n'augmente pas, mais il se fait une substance soluble dans l’eau et dialysable. Cohnstein et Michaelis ajoutent que cette substance est peut-être un savon, mais qu'ils ne peuvent rien affirmer.
Ce que Weigert affirme, c’est qu’à l’étuve les acides solubles dans l’éther augmentent.
Ainsi, 200 centimètres cubes de sang contiennent en acides solubles dans l’éther :
gr.
Avant le séjour à l'étuye 121.2 144#%0% “o;020 Après — ù Erirlol iar0:0: 1010
128 grammes de globules rouges, avant . 0,064
100 — — après . 0,136
Ces acides seraient peut-être salifiés par les alcalis du sang, bien que cette augmentation du poids des acides soit difficile à concilier avec l'augmentation de l'alcalinité constatée par les titrages au tournesol.
Pour expliquer cette formation d’acides, Weigert! fait l'hypothèse qu’ils proviennent de la décomposition de la lécithine.
Hoppe Seyler* a montré que les globules rouges sont très riches en lécithine.
!Physiol. Chem., 1879, p. 399.
? Zeitsch. f. physiol. Chem., 1898, t. XXV, p. 188.
Oliie
Abderhalden a montré que 1000 grammes de globules renferment, chez le chien, 2 gr. 56 de lécithine, et 4 gr. 85 chez le cheval.
On pourrait alors concevoir une décomposition de la lécithine schématisée par l'équation.