EXISTE-T-IL UNE LIPASE DANS LE SANG
La lipase serait une diastase supposée exister dans le sérum sanguin de l’homme et des animaux, qui aurait pour propriété de saponifier tous les éthers à acides organiques pouvant se trouver dans le sang: les corps gras n’échapperaient pas à son action. Ce serait donc un ferment jouant un rôle important dans l’utilisation des graisses du sang et dont l'étude devait nous intéresser: de plus, étant donné les polémiques que sa recherche a fait naître, nous croyons devoir présenter cette question avec quelques détails en citant les mémoires originaux pour mieux étaler la pensée des auteurs qui s’en sont occupés.
M. Hanriot, dans une série de notes et de mémoires publiés dans les Comptes rendus de l'Académie des Sciences (1896, t. CXXIIT, p. 753 et 833), dans les Comptes rendus de la Société de Biologie (1897, p. 124 et 377), a publié sa découverte d’une nouvelle diastase contenue dans le sérum, capable de saponifier la monobutyrine et à laquelle il donne le nom de lipase. Voici en quels termes il présente ses recherches dans les Archi-
ves de Physiologie (1898, p. 797).
« Dans un mémoire antérieur j'ai montré que nous emmagasi-
En 1e
nons à l'état de graisses la presque totalité des hydrates de carbone que nous ingérons; ces graisses constituent donc notre principale réserve d'éléments hydrocarbonés et, de fait, l'étude du quotient respiratoire nous montre qu'un animal au repos consomme principalement de la graisse.
Mais si l’on fait travailler cet animal d’une façon un peu soutenue, son quotient respiratoire s'élève, tend vers l'unité comme s'il brûlait des hydrates de carbone. Comme la glycérine et le sucre ont des formules assez rapprochées, Je me suis demandé si l'on ne pourrait pas expliquer l’élévation du quotient respiratoire pendant le travail, en admettant que seule la glycérine brûle, l'acide gras étant simplement mis en liberté. | : J'ai donc cherché à déterminer la proportion d'acide gras libre dans la graisse de deux animaux semblables dont l'un avait été sacrifié après une période de repos et l’autre après un long travail. Or, je me suis aperçu que, dans un cas comme dans l’autre, il était fort difficile de déterminer le point de saturation exact de la graisse; quand on croyait l'avoir atteint, au bout de quelques secondes, le mélange redevenait acide, et l’on pouvait continuer presque indéfiniment l'addition d’alcali sans arriver à saturer l'acide d'une façon définitive. D'autre part, le phénomène se produisait également dans un gaz inerte, il ne s'agissait donc pas d'une oxydation de la graisse, mais de son dédoublement par hydratation. |
Je reconnus, en outre, que la graisse qui a été fondueou purifiée par dissolution dans la benzine ne se comporte plus de même et je fus amené à supposer que les cellules graisseuses devaient renfermer un ferment capable de dédoubler les corps gras. en acides et glycérine. »
Pour étudier ce ferment, M. Hanriot a essayé son action sur un éther de la glycérine soluble dans l’eau, la monobutyrine C? H5 O — C# H7 O (OH}, dont l’emploi offre des avantages sur celui des graisses naturelles. En effet, celles-ci, par leur insolubilité dans l’eau, par
nr LE celle des acides gras qui résultent de leur dédoublement, ne permettent pas d'obtenir un titrage bien net, tandis que l'acide butyrique de la monobutyrine est soluble dans l’eau.
M. Hanriot décrit ensuite comme il suit sa technique opératoire.
« Ce réactif va nous permettre de rechercher la présence des ferments saponifiants de la façon suivante : la solution où nous voulons rechercher ce ferment sera additionnée de phtaléine et neutralisée exactement par le carbonate de Na, puis elle sera divisée en deux ; une moitié sera abandonnée à elle même et devra rester neutre, l’autre moitié sera additionnée de butyrine; elle devra s'acidifier au bout de peu de temps.
Je ferai remarquer que la constatation de ce ferment est basée exclusivement sur la mise en liberté d'acide butyrique.
Il est donc indispensable de s'assurer que l’acidification de la liqueur ne provient pas d'une autre cause, et c'est pour cela que: nous avons gardé une portion de la liqueur comme témoin.
J'ai alors essayé par ce procédé les divers tissus et humeurs de l'organisme, et voici les résultats que j'ai obtenus. |
Le sérum sanguin, le pancréas, le foie renferment beaucoup de ce ferment.
Les capsules surrénales, la rate en renterment fort peu ; enfin la lymphe, le muscle, le testicule, le corps thyroïde, etc. n'en renferment pour ainsi dire pas, |
Je reviendrai en détail tout à l'heure sur la distribution de la lipase dans l'organisme, mais auparavant nous allons caractériser ce ferment et étudier son action. Nous avons vu que le sérum sanguin en renferme abondamment ; dans tout ce qui va suivre, nous nous sérvirons habituellement d'un même échantillon de
sérum, celui du cheval, par exemple, »
M. Hanriot, étudiant l'action de la lipase, lui dé-
LD de couvre les propriétés caractéristiques d’un ferment soluble,
1° La lipase a une action presque indéfinie, ou tout au moins il y a disproportion énorme entre le poids de ferment mis en œuvre et le poids de substance décomposée:
2° Son action est entravée par la chaleur ;
3° Elle ne l’est pas par les divers antiseptiques ;
4° La lipase n’est pas dialysable.
Hanriot conclut de là que le sérum renferme un ferment soluble capable de dédoubler la monobutyrine, et c'est à lui qu'il donne le nom de lipase.
« J'ai vérifié, dit-il, que le sérum a la propriété de saponifier les graisses naturelles ainsi que les huiles, et je vais relater ici deux expériences faites dans un autre but, mais qui en donnent une confirmation éclatante.
= Pour d'autres recherches, j'ai dosé dans le sang ce qui existait de graisse ou d'acides gras libres à trois jours de distance, et voici ce que J'ai trouvé :
365 grammes de sang défibriné renfermaient 0,390 de corps neutres enlevables par l’éther et 0,190 d'acides gras. Trois jours après, une portion de sang identique contenait 0,131 de corps neutres et 0,457 d'acides gras,
Le résidu de corps neutres, saponifié par la potasse alcoolique a laissé un résidu de 0,120 non attaquable et formé de cholestérine.
On peut donc dire qu'au bout de trois jours toute la graisse a été saponifiée. »
M. Hanriot, voulant ensuite comparer les sérums des différents animaux au point de leur activité lipasique, définit l’activité lipasique de 1 centimètre cube de solution par le nombre de millionièmes de molécules d’acide butyrique mis en liberté pendant vingt minutes, à
la température de 25 degrés La lipase existe dans le sérum de tous les vertébrés en quantité fort variable.
Enfin M. Hanriot a établi, toujours en se basant sur la saponificalion de la monobutyrine, que la lipase préexiste dans le plasme sanguin, qu’elle ne provient donc pas de la destruction des globules blancs et qu’elle
est différente de la pancréaticolipase découverte par