CI. Bernard
Voici, de plus, la conclusion générale de l’article de M. Hanriot :
Quel est le mécanisme de l’action de ce ferment? Rien ne nous permet de faire actuellement une supposition vraisemblable, mais ce qui est intéressant à noter, c'est que son action s'étend à la plupart des éthers ; c'est donc un réactif de la fonction éther. Seuls les éthers de divers acides minéraux : bromures, iodures azotates, sulfocyanates, se sont montrés inactifs, J'ai pu constater cette action même sur des éthers décomposés par l’eau, Avec les éthers éthyliques des premiers acides gras, on obtient une série intéressante.
Le nombre des molécules d'acide mises en liberté décroîtavec le poids moléculaire de l'acide.
C’est sans doute pour une raison analogue que la butyrine s'est montrée plus active que les graisses proprement dites.
Enfin, la sérolipase décompose aussi les éthers des phénols?, mais la réaction qui marche au début avec une grande intensité est rapidement arrêtée et ne reprend plus par neutralisation de la liqueur. Il est vraisemblable que c'est le phénol formé qui entrave son action.
C'est, je crois, le premier exemple d'un ferment soluble qui
porte son action, non pas sur un corps déterminé, mais sur une
{ CI. Bernard, Mémoire sur la Physiologie du Pancréas.
? Ce qui est contradictoire avec les expériences de Cohnstein et Michaelis, loe. cit.
A, Mo 4
EN fonction chimique, et ce sera un rapprochement de plus entre ces ferments de nature encore mal définie et les substances chi-
miques proprement dites.
Les affirmations de M. Hanriot au sujet de l’action de ce ferment étaient si nettes que l'on a admis pendant plusieurs années toutes les propriétés qu'il avait accordées à la lipase. Plusieurs thèses, notamment à la faculté de Médecine de Paris, ont été passées (th. de Clerc, décembre 1901) ayant pour sujet l'étude de la lipase dans les diverses affections.
Cependant, en janvier 1902, M. Arthus publia une critique des conclusions de M. Hanriot en restreignant
beaucoup l'importance de cette hpase.
N'ayant jamais pu obtenir le doublement des graisses neutres ordinaires (trioléine, tripalmitine, tristéarine) par cette diastase du sang, je substituerai au terme lipase le terme monobutyrinase, dont on ne saurait nier l'exactitude, puisque cette diastase agit
sans contestation possible sur la monobutyrine.
Dans la première partie de son article, M. Arthus cherche à établir que le ferment qui saponifie la monobutyrine est bien une diastase, qu'il n'est pas dialysable et qu'il est en circulation dans le sang, mais comme il n'a fait que vérifier en cela les conclusions de M. Hanriot et que la monobutyrinase n'a que peu à faire avec notre sujet, nous ninsisterons pas sur cette parte.
La suite de l'article de M. Arthus est, en effet, plus intéressante pour nous {Journal de Physiologie et de Pathologie générale, t. IV, 15 janvier 1902).
« J'aiadoptél'expression monobutyrinaseau lieu de l'expression
eee
lipase proposée par M. Hanriot, parce que je n'ai pu observer de transformation de graisses ordinaires par l’action du sérum sanguin.
L'opinion de M. Hanriot, à savoir qu'il s’agit là d'une véritable lipase, repose sur une expérience que nous avons citée (p. 52).
Il n'est pas possible, dit M. Arthus de juger de la valeur de cette expérience, car M. Hanriot ne donne aucune indication sur les conditions (aseptie, température, etc.) où elle a été faite, ni sur les méthodes d'analyses qu'il a employées. Cette unique expérience n’entraîne pas la conviction qu'il s’agit véritablement d'une lipase proprement dite ; il était nécessaire de faire des recherches sur l’action du sérum sur les graisses neutres ordinaires.
L'étude précise des diastases des graisses est difficile, car il faudrait pouvoir assurer le mélange intime de la diastase et de la graisse. Pour augmenter la surface de contact, il convient d'émulsionner les graisses, mais encore faut-il les émulsionner au moyen de substances incapables d'attaquer elles-mêmes les graisses ou d’altérer les diastases, ou d'empêcher l’action des diastases sur les graisses.
M. Arthus cite alors une expérience où il émulsionne de l'huile de pied de bœuf, bien neutre, par de la saponine, ajoute du NaFl, puis du sérum et chauffe à 40 degrés. Il attend jusqu’à un mois sans constater la formation d’acide libre.
Dès lors, M. Arthus conclut :
«Le sérum sanguin possède la propriété de décomposer la monobutyrine en glycérine et acide butyrique. La décomposition des huiles animales et végétales ordinaires, formées essentiellement de trioléine, de tripalmitine et de tristéarine, par cette diastase, n’a pu être observée dans les conditions expérimentales adoptées.
APR La
Préoccupés de l’étude des transformations que subissent les graisses dans le sang, M. Doyon et moi, devant les contradictions flagrantes des articles de M. Hanriot et de M. Arthus, avons cherché, par des expériences, à nous faire une opinion. La question qui nous intéressait était la suivante : Existe-t-il dans le sang un ferment capable de saponifier les graisses contenues naturellement dans ce sang ?
Oui, répondait en 1898 M. Hanriot, se fondant sur une expérience dans laquelle les acides gras du sang, abandonné à lui-même, augmentent en même temps que les graisses disparaissent. Oui, répond encore en 1902, M. Hanriot (sur la monobutyrinase de M. Arthus, Journal de Physiologie et Pathologie générale, 15 mars 1902) ; une preuve en est, c’est que le ferment du sérum sapomifie parfaitement les huiles neutres, contrairement à ce que M. Arthus avait annoncé.
Comme nous aurons à critiquer les expériences de M. Hanriot, je vais les citer telles qu'il les présente lui-même.
Première expérience en 1898 :
« 365 grammes de sang défibriné renfermaient 0,390 de corps neutres enlevables par l’éther et 0,190 d'acides gras. Trois jours après une portion de sang identique contenant 0,131 de corps neutres et 0,457 d'acides gras. æ
Le résidu de corps neutres, saponifié par la potasse alcoolique a laissé un résidu de 0,120 non attaquable et formé de cholestérine, On peut donc dire qu’au bout de trois jours, toute la graisse a été saponifiée.
En lisant les chiffres donnés par M. Hanriot,on voit qu’ils ne sont nullement d’accord avec ceux donnés
= rte par Cohnstein et Michaelis, par Weigert ou par nousmêmes et que j'ai rapportés dans le chapitre précédent. Mais nous discuterons plus loin pour savoir qui de M. Hanriot ou de nous a raison.
Deuxième expérience, mars 1902. M. Hanriot dit :
« L'expérience de M. Arthus ne pouvait pas réussir, Il suffit de modifier les conditions pour qu’elle donne un résultat positif. Il faut opérer en présence d’un liquide alcalin et agiter fréquemment; on voit alors l’alcalinité du liquide diminuer par suite de l'acide gras mis en liberté dans la saponification de la graisse, J'ai répété plusieurs fois cette expérience avec l'huile de pied de bœuf et l'huile d'olive, qui sont les deux corps gras employés par M. Arthus. Elles ont fourni des résultats semblables, et je donne ici le détail d’une des expériences.
« ExPÉRIENCE. — 100 grammes d'huile de pied de bœuf sont agités avec 100 grammes de lessive de potasse concentrée, on agite l'émulsion qui se forme avec de l’éther; on décante celui-ci; on le distille et on soumet de nouveau le résidu à l’action de la potasse (cette seconde opération est même inutile, la graisse étant déjà neutre). L'éther est lavé plusieurs fois avec de l’eau, puis distillé, et le résidu chauffé à 120 degrés.
« D'autre part, on faitune solution de 5,72 de Coÿ Na°, 10 H? 0 dans 5oo centimètres cubes d’eau et on le stérilise. On y verse alors : gramme de l'huile préparée comme je l'ai dit et on agite fortement.
« L'huile s'émulsionne. On partage la solution en deux et on ajoute à une moitié 20 centimètres cubes de sérum stérile, puis on met à l'étuve à 25 degrés. De temps en temps, on prélève 10 centimètres cubes et on dose l'alcalinité. Dans le tableau suivant, elle est exprimée en nombre de gouttes d'acide acétique à 5 décigrammes par litre, nécessaires pour saturer les 10 centimètres cubes.
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ER
Huile Huile Au début sans sérum et sérum 1 heure après 5 55 2 —— 55 49 — 54 47 32 — 54 30 6o — 54 15
« Si l'on ajoute-encore 100 centimètres cubes de la solution de carbonate de soude, puisqu'on laisse agir le sérum pendant quarante-huit heures, toute l'huile est transformée en savon, et l'agitation avec de l’éther n’a plus enlevé d'huile, La solution acidifiée cède, au contraire, les acides gras à l'éther et ceux-ci ont pu être convertis en sels de soude, puis en sels de plomb,
dans lesquels l'oléate à été caractérisé par sa solubilité dans © l'éther. »
Critique des expériences de M. Hanriot par nos expériences personnelles
Voyons d'abord si les résultats que M. Hanriot publie en mars 1902 sont exacts, c’est-à-dire tâchons en faisant des expériences irréprochables de voir si le sang saponifie les huiles surajoutées artificiellement, nous verrons ensuite si le sang saponifie les graisses qu'il contient.
PREMIÈRE QUESTION. — Le sang saponifie-t-il les huiles surajoutées artificiellement.— Nous avons, M. Doyon etmoi, suiviexactement la technique indiquée par Hanriot. Nous faisons une solution avec 400 centimètres cubes d’eau et 100 centimètres cubes d’une solution de CO Na° 10 H°O à 5 gr. 52 par litre. Le
mélange est stérilisé, puis agité, avec 1 gramme d'huile
EN pe de pied de bœuf stérilisée et 20 centimètres cubes de sérum, Le flacon est mis à l’étuve à 35 degrés; à des intervalles déterminés, on titre à la phtaléine l’alcalinité du mélange, par le nombre de centimètres cubes d'une solution d'acide acétique à 1 gr. 8 par litre, nécessaire pour saturer le contenu total du flacon.
Les précautions antiseptiques nécessaires ont été prises avec la plus grande rigueur. L’affirmation de la stérilité ou de la contamination des échantüllons n'a été faite qu'après examen microscopique direct, et ensemencement ou cultures effectués, après le séjour à l’étuve, au laboratoire de M. le professeur Courmont avec l'aide de M. le Dr Lesieur, chef des travaux.
Voici nos résultats :
1° Les sérums dépourvus de microbes ne font pas diminuer l’alcalinité du mélange, carbonate de soude et huile.
Sérum de chien oblenu par centrifugation immédiate
du sang défibriné.
Point Alcalinité de départ après
de 24 heures
l’alcalin. à 35 degr.
Sérutn,. Carbonate =. ©. 1, 75 75 Sérum, carbonate, huile . . 71 71
Sérum de chien recueilli vingt-quatre heures après la coaqulalion.
Point Alcalinité de départ après de 24 heures l’alcalin. 35 degr.
Sérüm carbonate: . , =. …. 69 69
Sérum, carbonate, huile . . 66 66