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appliquer à la pathogéaie et à la thér^utique. C’est dans ce but qu’il entreprit les autopsies nombreuses et les expériences cliniques qui occupèrent la dernière année de sa . vie. La mort le surprit au moment même où il méditait un système complet de médecine, fondé sur les données d’anatomie et de physiologie générales qu’il avait exposées dans ses immortels ouvrages.
Les principes étaint posés et les premières tentatives d’application ayant été faites en présence de jeunes confrères et d’élèves distingués, on pouvait espérer que cette grande et belle tâche serait accomplie après sa mort par . '• quelques-uns d’entre eux. Vain espoir! Elle est restée inachevée. Cette gloire n’était réservée h personne. Broussms, qui se glorifiait de suivre les traces de Bichat, se montra plutôt le disciple de l’Écossms Brown que du physiologiste français. Il en fut de môme des pathologistes italiens. Ceux-ci, au moins, proclamèrent sans hésiter leur véritable maître, le docteur Brown. Est-il possible, au fond, de reconnaître autre chose, dans Y irritabilité du célèbre professeur du Val-de-Grâce, quel’mciVaôiYiV^plus ou moins localisée du théoricien d’Édimbourg ? Une seule propriété vitale, l’irritabilité, servant à exprimer des faits entièrement différents, les faits d’intelligence, de volonté, de sensibilité,' de contractilité, de tonicité, de sympathie, etc.; une seule action organique, l’initation, dominant à la fois la psycho-' logie, la physiologie et la pathologie ; un seul ordre d’agents thérapeutiques, les débilitants, tendants à envahir toute la
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matière médicale ; une seule maladie, la phlegmasie gastrointestinale, présidant à toute la nosographie ; au-dessus de tout cela, une chimie vivante qui dissout et recompose tous les tissus, fait briller et disparaître tous les phénomènes... à ces signes peut-on reconnaître le fidèle et rigoureux interprète de la pensée de Bichat? Non assurément. A quelques égards, Broussîüs suivit les traces du créateur de Tanatomie générale : témoin sa distinction des différentes formes de l’irritation d’après la diversité des tissus et la diversité des réactions sympathiques propres à chacun d’eux. Mais quel est le pathologiste moderne dont la doctrine a pu se soustraire à l’influence des travaux de Bichat? Broussais a subi, dans ses théories pathologiques, le courant des idées développées par le physiologiste français, idées que, s’il faut l’en croire, J. Hunter aurait émises, avant Bichat lui-même, dans son Traité de T Inflammation. Il n’a fait, sous ce rapport, ni plus ni moins qu’un autre ; mais dans ce qu’il a fait il a imprimé le cachet de son génie propre ; et maintenant que la pathologie a secoué le joug de ses erreurs, rien ne nous empêche de reconnaître tous les services qu’il a rendus à la science. Nous ajouterons même que le moment est venu où, l’impartialité étant possible, ces services devraient être appréciés comme ils le méritent. Quoi qu’il en soit, l’œuvre de systématisation complète de la médecine, indiquée par Bichat, d’après le plan qu’il en avait conçu et d’après les données qu’il a émises, n'a point été continuée. Le sera-t-elle un jour? Nous ne le
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croyons point. Depuis l’instant où Bichat a fait briller une lumière nouvelle qui promettait d’éclairer les profondeurs de la science, bien d’autres points de vue se sont produits et de nouveaux horizons ont apparu. D’anciens principes ont été réhabilités, à la condition de subir l’alliance des faits récemment observés; le vitalisme a reconquis, en se réformant, son légitime empire; le rôle des humeurs a été mieux apprécié ; l’intervention des forces physico-chimiques a été moins dédaignée ; le caractère des diverses altérations anatomo-pathologiques a été l’objet de recherches moins systématiques. Ce qui eût été possible pour un esprit ébloui par la splendeur de ses propres découvertes ne saurait l’être aujourd’hui pour celui qui, envisageant ces découvertes sous un autre aspect, les regarderdt d’un œil moins enthousiaste, plus calme et plus impartial. L’éclectisme de notre temps s’accommoderait mal d’un système qu’une conception exclusive pourrait seule permettre de concevoir et d’édifier. La doctrine des propriétés de la fibre vivante, qui s’est substituée à la doctrine de la force vitale, et qui, tranchons le mot, a escamoté, à l’aide de quelques analogies de langage, le vitalisme de Bordeu, de Vicqd’Azyr, de Barthez, de Ghaussier, de Hallé, etc., poursuit néanmoins en Italie ses applications à la pathologie et à la thérapeutique ; c’est là, dans l’école du contra-stimulisme, qu'accomplit sa destinée le dynamisme solidiste, proclamé par Albert de Haller, conçu par Frédéric Hoffmann et déposé en germe dans la doctrine anticartésienne de Leibnitz.
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Ce dynamisme^ devant lequel succombèrent à la fois les principes des mécaniciens, ceux des chimistes et ceux des animistes, qui mit en péril le vitalisme lui-même, après avoir combattu, sous le même drapeau, ces trois communs adversaires, commanda à Timagination puissante de Browm, de Rasori et de Broussais. Il reçut une forme nouvelle, plus savante, plus précise et moins abstraite, par Bichat, qui, en Tenrichissant de ses découvertes sur les tissus élémentaires, en y introduisant sa doctrine des deux vies, et sa conception des deux espèces de sensibilité et de contractilité, en fut un des plus puissants propagateurs. On vit ainsi les plus beaux génies de la science médicale se réunir pour enseigner cette doctrine d’analyse et de décomposition qui, transformant la loi de l’imité vitale en un fait de relations sympathiques, devait aboutir à l’organicisme, après avoir substitué à la force de formation qui régit l’ensemble des phénomènes de la vie l’action isolée des tissus et des organes. Il est permis de croire que Bichat, avec la portée de son coup d’œil, la flexibilité de son talent et la marche rapide de ses conceptions, ne serait point resté dans les limites de cette théorie ontologique qui, expliquant les diversphénomènes physiologiques à l’aide d’une ou de plusieurs propriétés dites vitales, fait dépendre tous les phénomènes pathologiques de l’exaltation, de la diminution ou de l’altération de ces propriétés. Il les aurait certainement franchies, s’il n’avait été arrêté si brusquement dans le cours de ses travaux. Même en restant dans ces limites, il
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eût fait une œuvre supérieure û toutes celles qui ont été tentées dans cette direction. Cette pensée ajoute aux regrets que sa mwt prématurée n'a cessé d'inspirer aux amis de la science.
Ce fut en 1800 que Bichat, nommé, à vingt-neuf ans à peine, médecin adjoint de l'Hôtel-Dieu, conçut cette vaste pensée que ses biographes n'ont pas assez appréciée. L'anatomie pathologique et la thérapeutique devinrent ses études de prédilection. Il ouvrit six cents cadavres dans un seul hiver, afin de répandre dans ses leçons quelques lumières nouvelles sur l’histoire encore si obscure des altérations morbides. U expérimenta plifôieurs médicaments, les prenant un à un, afin d'en étudier les rapports avec les divers tissus, avec leurs propriétés et avec leurs réactions sympa-’ thiques. C’est à ce point de vue qu’il méditait une réforme’ complète de la matière médicale, oü, comme chacun sait,' régnent encore l'empirisme le plus grossier et la confusion la plus déplorable.
Tant de travaux et l'atmosphère impure qu'il se créait par ses préparations anatomiques, altérèrent sa santé. Quelques excès y contribuèrent peut-être ; car le laborieux physiologiste, l'infatigable écrivain trouvaR encore, au dire de ses contemporains, le temps d’abuser des plaisirs. Affaibli par de fréquentes affections gastriques, il inspirait déjà à ses amis de graves inquiétudes, lorsque le 6 juillet 1802,' il fit une chute en descendant l'escalier de l'Hêtel-Dieu. Cette chute détermina une exacerbation des troubles gas-
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triques, avec une tendance constante à l'assoupissement; des phénomènes ataxiques s’ajoutèrent à ces symptômes et durèrent jusqu’au 22. Il succomba après quatorze jours de maladie, durant lesquels Corvisart et Lepreux, médecins en chef de l’Hôtel-Dieu, lui avaient prodigué les soins les plus assidus. Il avait atteint sa trente et unième année.
La courte vie de Bichat avait été trop Men remplie pour que sa mort ne fut pas suivie d’un deuil général. Tous les professeurs et tous les élèves de l’Ecole de médecine se trouvèrent réunis autour de son cercueil. Son éloge fut prononcé par Hallé en présence de la Faculté de Paris ;
Sue consacra à sa mémoire la première séance de son cours de bibliographie médicale. Corvisart écrivit au Premies . ^Consul ces lignes mémorables : a Bichat vient de mourir sur un champ de bataille qui compte aussi plus d’une victime ; personne, en si peu de temps, n'a fait tarU de choses et aussi bien. » Le Premier Consul répondit à cette com>
» munication en donnant l’ordre d’élever à l’Hôtel -Dieu même, un monument en l’honneur de Desault et de Bichat. Associer ces deux noms, c’était doublement les glorifier.
a Les plus aimables qualités morales, dit Buisson, relevèrent dans la personne de Bichat l’éclat de son mérite. Jamais on ne vit plus de franchise et de candeur, plus de facilité à sacrifier ses opinions, lorsqu’on lui proposait une objection solide. Incapable de colère et d’impatience, il était aussi accessible dans un moment où un travail pénible