DE L ÉDITEUR
vie intellectuelle et volontaire, à laquelle il n'appartient pas.
Bichat soulève, dans ce paragraphe, la question importante des expressions sentiiueiitales. Ces expressions involontaires qui sont fournies par la physionomie, par le regard, par l’accent, par le geste, réclament-elles pour se produire l'action intermédiaire du cerveau? Bichat, en parlant de l'influence des passions sur le cerveau par le cœur et les réactions sympathiques, semble d’abord répondre affirmativement à cette question; puis, quelques lignes plus loin, il formule son doute en termes fort précis. « Peut-être les organes internes, dit-il, n’agissent-ils pas sur les muscles volontaires par l'excitation intermédiaire du cerveau, mais par des communications nerveuses, directes; n’importe le comment. Ce n’est pas delà question tant agitée du mode des communications sympathiques qu'il s'agit ici. » Ce doute aujourd'hui est à peine possible. D’après de nombreuses recherches sur les faits de sensibilité et de mouvement i^ui persistent dans de jeunes animaux après l'ablation des hémisphères cérébraux, il est permis d'affirmer que les expressions sentimentales qui trahissent les émotions se produisent indépendamment du cerveau par la seule intervention de la centralité mésocéphalu-rachidicnne et des nerfs qui y prennent leur origine, du ncri facial, par exemple. L’expression sentimentale se rapporte à l’émotion, lorsqu’elle est involontaire; l’idée, isolée de l’émotion, ne saurait en être la source. Même lorsque l’expression sentimentale est simulée, lorsqu’elle est soumise à la volonté, comme chez les acteui's et les orateurs, elle prend encore sa source dans l’émotion. Les artistes qui n’ont pas la puissance de faire surgir en eux-mêmes les émotions qu'ils doivent exprimer ressemblent beaucoup à ces hommes, très-nombreux sur la scène du monde, dont les paroles et les expressions sentimentales ne s’accordent point. L’hypocrite le plus habile est toujours celui qui, possédant à quelques degrés le talent de l’artiste, fait surgir à volonté de passagères, mais réelles émotions.
Rappelons ici que les expressions sentimentales ne consistent pas seulement dans les mouvements; elles consistent encore dans des faits de circulation et de sécrétion, d’où les palpitations, la rougeur ou la pâleur de la face, les larmes, l’œü terne ou brillant, la sueur, le frisson, etc. Ces faits nous prouvent jusqu’à quel point les expressions sentimentales se con-
NOTES
fondent avec les modiQcations ap[)ortëes par les passions'dans les profondeurs de la vie organique.
D'après tout ce que nous venons de dire, il ne s'agit plus de savoir comment les passions modifient les actes de la vie animale ; il s’agit plutôt de savoir 1° comment l’émotion influence l’entendement et produit les expressions sentimentales; 2® comment les idées influencent les émotions et en déterminent les expressions. 11 s’agit, en d’autres termes, de saV^oir comment l’appareil psycho-cérébral et le système nerveux ganglionnaire s’iniluencent dans les passions. C’est, en effet, dans ces termes que doit être énoncée désormais la question posée par Bichat en tête de ce paragraphe.
Note [L]. Du centre épigastrique; il n’existe point dans le sens que les auteurs ont entendu.
Voici une question souvent agitée.. Le centre épigastrique est-il le siège des désirs, des sentiments et des passions 1 Nous répondrons : Non, il n’est point le siège des désirs, des Sentiments et des passions ; mais il est le foyer auquel viennent retentir sous forme d’émotions sentimentales, d’une part, les diverses conditions générales de l’organisme désignées sous le nom de penchants, et, de l’autre, les impressions et les idées affectives. Mais ce foyer n’est pas aisé à circonscrire anatomiquement, puisqu'il ne constitue point à proprement parler un appareil déterminé, spécial; il semble plutôt ne constituer qu’un appareil indéterminé et commun, de telle sorte que le retentissement émotif qui y a lieu n’offre aucun caractère bien distinct, si Vidée de la cause ou du but de l’émotion n’y apporte la précision qui y manque. On peut dire qu’un appareil émotif commun est affecté aux sentiments comme des appareils spéciaux sont affectés aux appétits, à la faim, à la soif, à l’anxiété respiratoire, à l’appétit vénérien, etc. Si les sentiments manquent d’un sens particulier propre à chacun d’eux, c’est parce que la plus grande part dans l’émotion sentimentale appartient à l’intelligence, qui doit y suppléer. Il n’en est pas de même des appétits. Ceux-ci ont un sens propre à chacun d’eux, parce que la plus grande part dans l’émotion sensuelle appartient à l’organisme, dont cette émotion révèle les besoins généraux.
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Le centre épigastrique ne saurait donc point cire circonscrit d’une manière précise. L’émotion y est d’ailleurs- très-obscure, au moins pour le plus grand noinbre des hommes. Mais cette obscurité même doit nous avertir qu’elle a lieu dans un foyer ganglionnaii e communiquant avec un ou plusieurs nerfs sensitifs et moteurs. Comme l'émotion sentimentale est en quelque sorte le phénomène intermédiaire entre les penchants dont elle révèle l’intensité et les idées dont elle constitue le caractère affectif, de même le foyer ganglionnaire, siège de l’émotion sentimentale, est l’appareil intermédiaire entre les conditions générales de l’organisme, source des penchants, et l’appareil psycho-cérébral, instrument de conception et d’éla-^ boralion des idées (1). Le plexus solaire du grand sympathique
( 1 ) Le pleins solaire doit être regardé comme un foyer général auquel Tiennent se rendre, en même temps que des SIels sensitifs et moteurs, des filets de « communication émanes de tous les petits plexus ou foyers partiels, hiérarchiquement disposés en série, communiquant entre eux et avec les diverses parties de la vie organique. Voici sur ce plexus, et en général sur le nerf grand sympathique, une note de Biehat qui a été omise dans le texte, et dont la véritable place est à la 6n de la page 50.
• Cet entrelacement nerveux, émané principalement du ganglion semi-lunaire, appartient à presque tout le système vasculaire abdaminal, dont il suit les diverses ramIQcalions. Il est, dans la manière de voir ordinaire, une des divisions du grand sympathique; mais il me semble que les idees des anatomistes sur ce nerf important sont très-peu conformes à ce qu'il est dans la nature.
v Tout le monde se le représente comme un cordon médullaire étendu depuis la fêle jusque dans la région sacrée, envoyant dans ce trajet diverses ramifications BU cou, à la poitrine et au bas-ventre, suivant dans ses- distributions une marche analogue à celle des nerfs de l’épine, et tirant son origine de ces nerf selon les uns, de ceux du cerveau suivant les autres. Quel que soit le nom sous lequel on le désigne, sympathique, intercostal, trisplanchnique, etc., la manière de l’envisager est toujours la même.
« Je crois que cette man'ière est entièrement fausse , qu’il n’existe réellement aucun nerf analogue à celui qu’on désigne par ces mots, que ce qu’on prend pour un nerf ii’cst qu’une suite de communications entre divers centres nerveux placés à düTérentes distances les unes des autres.
« Ces centres nerveux sont les ganglions. Disséminés dans les différentes régions, ils ont tous une aciion indépendante et isolée. Chacun est un foyer particulier qui envoie en divers sens une foule de ramifications, lesquelles portent dans leurs organes respectifs les irradiations de ce foyer dont elles s’échappent. Parmi ces ramifications, quelques-unes vont d’un ganglion à l’autre; et comme ces branches qui unissent les ganglions forment par leur ensemble une espèce de cordon continu, on a considéré ce cordon comme un uerf isolé ; mais ces branches ne sont que des communications, de simples anastomoses, et non un nerf analogue aux autres.
NOTES
représente parfaitement toutes les conditions propres à ce foyer intermédiaire entre la vie dite animale et la vie dite organique. Si le retentissement émotif a lieu dans la région épigastrique, c’est donc à ce plexus qu'il faut le rapporter.
• Cela est si vrai, que souvent ces communications sont interrompues. Il est des sujets, par exemple, où l’on trouve un intervalle très-distinct entre les portions pectorale et lombaire du ce que l'on appelle grand sympathique, qui semble coupé en cet endroit. J’ai vu aussi ce préfciiilu nerf cesser et renaître ensuite, soit aux lombes, soit dans la région sacrée. Qui ne sait que tantùt une seule branche, tantôt plusieurs passent d'un ganglion à l'autre, surtout entre le dernier cervical et le premier dorsal ; que le volume de ces branches varie singulièrement; qu'après avoir fourni une foule de divisions le sympathique est plus gros qu'avant d'en avoir distribué aucune?
■ Ces diverses considérations prouvent évidemment que les branches commu-
nicantes des ganglions ne supposent pas plus un nerf continu que les rameaux qui passent de chacune des paires cervicales, lombaires ou sacrées, aux deux paires qui lui sont supérieures et inférieures. En effet, malgré ces coinmunicalions, on considère chaque paire d’une manière séparée, on ne fait point un nerf de leur ensemble. ■ •
■ Il faut de môme envisager isolément chaque ganglion, et décrire les rameaux qui en naissent.
< D’après cela, je diviserai désormais dans mes descript'ions, où j’ai jusqu’ici suivi la marche ordinaire, les nerfs en deux grands systèmes, l’un émané du cerveau, l'autre des ganglions ; le premier est à centre unique, le second en a un grand nombre.
< J’examinerai d’abord les divisions du système cérébral ; je traiterai ensuite du système des ganglions, qu’on peut subdiviser en ceux de la tète, du cou, du thorax, de l'abdOmen et du bassin.
• A la tète on trouve le lenticulaire, celui de Meckel, celui de la glande sublinguale, etc., etc. Quoique aucune communication ne lie oes divers centres, soit entre eux, soit avec le prétendu grand sympathique, leur description appartient cependant à celle des nerfs dont celui-ci est l’ensemble, puisque les communications ne sont que des dispositions accessoires à ce système de nerfs.
• Au coules trois ganglions cervicaux, quelquefois un autre sur le côté de la trachée artère, dans la poitrine les douze thorachiques, dans l'abdomen le semilunaire, les lombaires, etc./ dans le bassin les sacrés: voilà les divers centres dont il faut isolément examiner les ramifications, comme on considère celle du centre cérébral.
• Par exemple, je décrirai d'abord le ganglion semi-lunaire, comme on fait pour le cerveau. Puis j’examinerai ses branches, parmi lesquelles se place celle par laquelle il communique avec les ganglions thorachiques, c’est-à-dire le grand splanchnique, car c’est une expression très-impropre que celle qui désigne ce nerf comme donnant naissance au ganglion. De même, dans le cou et la tète, chaque ganglion sera d’abord décrit; puis je traiterai de ces branches, parmi lesquelles se trouvent celles de communication, la disposition étant à peu près commune pour les ganglions de la poitrine, du bassin et des lombes, etc., la description deviendra à peu près générale pour chaque région,
• Celle manière d’envisager les nerfs, en plaçant une démarcation sensible entre
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La disposition du plexus solaire, ses relations avec les yiscères thoraciques et abdominaux , expliquent parfaitement comment, ainsi que le dit Bichal, « le foie, le poumon, la rate, l’estomac, etc., tour à tour aftictés, forment tour à tour ce foyer épigastrique si célèbre dans les ouvrages modernes. » Cette disposition et ces relations expliquent, en d’autres termes, comment de nombreuses irradiations, disséminant
les deux grands systèmes^ présente ces systèmes tels qu’ils sont réellement dans h nature.
« Quel anatomiste n’a pas été frappé, en effet, des différences qui se trouTent entre les nerfs de Tua et de l’autre? Ceux du cerveau sont plus gros, moins nombreux, plus denses dans leur tissu. et|M)sés à des variétés assez peu fréquentes. Au contraire, ténuité extrême, nombre très-considérable surtout vers le plexus^ couleur grisâtre, mollesse de tissu remarquable, variétés extrêmement conimunes : voilà les caractères des nerfs venant des ganglions, si vous en exceptez ceux de communicatiou avec les nerfs cérébraux et quelques-uns de ceux qui-uoissent entre eux ces petits centres nerveux.
« D’ailleurs, cette division du système général des nerfs en deux autres secondaires s’accorde très-bien avec celle de la vie. On sait, en effet, que les fonctions externes, les sensations, la locomotion, la voix, sont sous la dépendance du système nerveux cérébral ; qu’au contraire la plupart des organes servant aux fouctioDS internes tirent des ganglions leurs nerfs, et avec eux le principe de leur action. On sait que la sensibilité et la cuntractilité animales naissent des premiers ; que là où les seconds se trouvent seuls il n’y a que la sensibilité et la contractilité organiques.
c J’ai dit ailleurs que le terme de cette espèce de sensibilité et rorigine de la contractilité correspondante, sont dans l’organe même où on les observe ; mais peut-être ce terme et cette origine sont-ils plus éloignés, et existent-ils dans le ganglion dont l’organe reçoit ses nerfs, comme le terme de la sensibilité animale et l’origine de la contractilité de même espèce se trouvent toujours dans le cerveau. Si cela est ainsi, comme les ganglions sont très-multipliés, on conçoit pourquoi les forces de la vie organique ne se rapportent point, ainsi que celles de la vie animale, à un centre commun.
• Il est manifeste, d’après ces considérations, qu’il n’existe point de nerf grand sympathique ; que ce qu'on désigne par ce mot n'est qu’un assemblage de petits systèmes nerveux à fonctions isolées, mais à branches communicantes*
c On conçoit donc ce qu’il faut penser des disputes des anatomistes sur l’origine de ce prétendu nerf fixé dans la sixième, la cinquième paires, etc., celles du cou, du dos, etc ...
« Plusieurs physiologistes ont eu sur les ganglions des idées analogues à celles que je viens de présenter, en considérant ces corps comme de petits cerveaux ; mais il est essentiel de réaliser ces vues dans la description, qui, telle qu’on la présente, donne une idée très-iuexacte et de ces centres nerveux et des nerfs qui en sortent.
« L’expression de brancha nerveuses donnant naissance à tel ou tel pangliouy etc., ressemble à celle par laquelle on désignerait le cerveau comme naissant des nerfs dont il est lui-même l’origiae. ■