DE LA VIE ORGANIQUI
Les molécules nourricières passent donc presque directement du système circulatoire dans celui de la nutrition. Le travail général de l'assimilation est par conséquent bien plus simple, bien moins compliqué à cet âge que dans le suivant.
D'un autre côté, les fonctions qui décomposent habituellement nos organes, celles qui transmettent au dehors les substances devenues étrangères, nuisibles même à leur tissu, après en avoir formé partie, sont à cet âge dans une inactivité presque complète. L'exhalation pulmonaire, la sueur, la transpiration, n'ont point encore commencé dans leurs organes respectifs. Toutes les sécrétions, celles de la bile, de l'urine, de la salive, ne fournissent qu'une quantité de fluides très-petite en proportion de celle qu'elles doivent donner par la suite ; en sorte que la portion de sang qu'elles, ainsi que les exhalations, dépenseront dans l'adulte, refluent presque entièrement dans le système de la nutrition.
La vie organique du fœtus est donc remarquable, d'un côté par une extrême promptitude dans l'assimilation, promptitude qui dépend de ce que les fonctions concourant à ce travail général sont en très -petit nombre; de l'autre, par une extrême lenteur dans la désassimilation, lenteur qui dérive du peu d'action des diverses fonctions qui sont les agents de ce grand phénomène.
est également un organe simple, ne formant, malgré ses cloisons, qu'une même cavité ; tandis qu'il est double après la naissance. Les deux espèces desangse mêlent à cet âge, comme chez les reptiles, etc. Or, je prouverai plus bas que, dans Tenfant qui a respiré, ce mélange serait bientôt mortel, que le sang noir circulant dans les artères asphyxie très-promptement l'animal. D'où naît donc ceUe différence? On ne peut l'étudier dans le fœtus ; il faudra peut-être la chercher dans les grenouilles, les salamandres et autres reptiles qui peuvent, par leur organisation, être longtemps privés d'air sans périr, phénomène qui les rapproche encore des mammifères vivant dans le sein de leur mère. Ces recherches très-importantes laisseront încomplcte, tant qu'elles nous manqueront, Vhistoire de la teaçVtaUQu,
11 est facile, d'après les considérations précédentes, de concevoir la rapidité remarquable qui caractérise l'accroissement du fœtus, rapidité qui est en disproportion manifeste avec celle des autres âges. En efiTet, tandis que tout active la progression de la matière nutritive vers les parties qu'elle doit réparer, tout semble en même temps forcer cette matière, qui n'a presque pas d'émonctoires, à séjourner dans les parties.
Ajoutons à la grande simplicité de l'assimilation dans le fœtus, la grande activité des organes qui y concourent, activité qui dépend de la somme plus considérable de forces vitales qu'ils ont alors en partage. Toutes celles de l'économie semblent en elBFet se concentrer sur les deux systèmes, circulatoire et nutritif; ceux delà digestion, de la respiration, des sécrétions, de l'exhalation, n'étant que dans un exercice obscur, n'en jouissent qu'à un faible degré : ce qui est de moins dans ceux-ci est de plus dans les premiers.
Si nous observons maintenant que les organes de la vie animale, condamnés à une inaction nécessaire, ne sont le siège que d'une très-petite portion de forces vitales, dont le surplus reflue alors sur la vie organique, il sera tacile de concevoir que la presque totalité des forces qui , dans la suite, doivent se déployer généralement sur tous les systèmes, se trouve alors concentrée sur ceux qui servent à nourrir, à composer les parties diverses du fœtus, et que par conséquent tout se rapportant chez lui à la nutrition et à l'accroissement, ces fonctions doivent être marquées, à cet âge, par une énergie étrangère à tous les autres.
§ II. Développement de 1& y'vo organique après la naissance.
Sorti du sein de sa mère, le fœtus éprouve dans sa vie organique un accroissement remarquable; cette vie se complique davantage ; son étendue devient presque double; plusieurs fonctions qui n'existaient pas auparavant y
sont alors ajoutées ; celles qui exîstaîents'agrandissent. Or, dans cette révolution remarquable, on observé une loi tout opposée à celle qui préside au développement de la vie animale.
Les organes internes qui entrent alors en exercice, ou qui accroissent beaucoup leur action, n'ont besoin d'aucune éducation ; ils atteignent tout à coup une perfection à laquelle ceux de la vie animale ne par\'iennent que par l'habitude d'agir souvent. Un coup d'oeil rapide sur le développement de cette vie suffira pour nous en convaincre.
A la naissance, Ja digestion, la respiration, etc., une grande partie des.exhalations et des absorptions commencent tout à coup à s'exercer : or, après les premières inspirations et expirations, après l'élaborationdans l'estomac, du premier lait sucé par l'enfant, après que les exhalants du poumon et de la peau ont rejeté quelques portions de leurs fluides respectifs, les organes respiratoires, digestifs^ exhalants, jouent avec une facilité égale à celle qu'ils auront toujours.
Alors toutes les glandes qui dormaient, pour ainsi dire, qui ne versaient qu'une quantité très-petite de fluide, sont réveillées de leur assoupissement au moyen de l'excitation portée par différents corps à l'extrémité de leurs conduits excréteurs. Le passage dû lait à l'extrémité des canaux de Sténon et de Warton, du chyme au bout du cholédoque et du pancréatique, le contact de l'air sur l'oritice de l'urètre, etc., éveillent les glandes salivaires, le foie, le pancréas, le rein, etc. L'air sur la surface interne de la trachée -artère et des narines, les aliments sur celle des voies digestives, etc., agacent dans ces diff'érentes parties les glandes muqueuses, qui entrent en action.
Alors aussi commencent les excrétions qui jusque-là avaient été suspendues par le peu de fluide séparé par les glandes. Or, observez ces divers phénomènes, et vous les verrez s'exécuter tout de suite avec précision ; vous verrez
les divers organes qui y concourent n'avoir besoin d'aucune espèce d'éducation.
Pourquoi cette différence dans le développement des deux vies? Je ne le rechercherai pas: J'observerai seulement qbe, par la même raison qu'à l'époque de leur développement, les organes de la vie interne ne se perfectionnent po..nt par l'exercice et l'habitude ; qu'ils atteignent, en entrajit en activité, le degré de précision qu'ils auront toujours; chacun n'est point, parla suite, susceptible d'acquérir sur les autres un degré de supériorité; comme nous l'avons observé dans la vie animale.
Cependant, rien de plus commun que la prédominance d'un système de la vie organique sur les autres^systèmes : tantôt c'est l'appareil vasculaire, tantôt le pulmonaire, souvent l'ensemble des organes gastriques, le foie surtout, qui sont supérieurs aux autres pour leur action, et qui impriment même par là un caractère particulier au tempérament de l'individu. Mais ceci tient à une autre cause : c'est de l'organisation primitive, de la structure des parties, de leur contbrmation, que naît cette supériorité : elle n'est point le produit de l'exercice, comme dans la vie animale. Le tœtus dans le sein de sa mère, l'enfant en voyant le jour, présentent ce phénomène à un degré aussi réel, quoique moins apparent, que dans les ftges suivants.
De même l'affaiblissement d'un système des fonctions internes tient toujours ou à la constitution originaire, ou à quelques vices causés accidentellement par une affection morbifique qui use les ressorts organiques de ce système, ceux des autres restant intacts.
Telle est donc la grande différence des deux vies de l'animal, par rapport à l'inégalité de perfection de divers systèmes de fonctions dont chacune résulte; savoir, que dans l'une la prédominance ou l'infériorité d'un système relativement- aux autres tient presque toujours à l'activité ou à l'inertie plus grande de ce système, à l'habitude d'agir ou de ne pas agir; que dans l'autre, au contraire.
DE LA VIE ORGANIQUE. iOO
cette prédominance ou cette infériorité sont immédiatement liées à la texture des organes, et jamais à leur éducation.
Voilà pourquoi le tempérament physique et le caractère moral ne sont point susceptibles de changer par l'éducation qui modifie si prodigieusement les actes de la vie animale; car, comme nous Tavons vu, tous deux appartiennent à la vie organique.
Le caractère est, si je puis m'exprimer ainsi, laphysiononiie des passions; le tempérament est celle des fonction» internes : or, les unes et les autres étant toujours les mêmes, ayant une direction que l'habitude et Fexercice ne dérangent jamais, il est manifeste que le tempérament et le caractère doivent être aussi soustraits à Tempire de l'éducation. Elle peut modérer Tinfluence du second, perfectionner assez le jugement et la réflexion, pour rendre leur empire supérieur au sien, fortifier la vie animale, afin qu'elle résiste aux impulsions de l'organique. Mais vouloir par elle dénaturer le caractère, adoucir ou exalter les passions dont il est l'expression habituelle, agrandir ou resserrer leur sphère, c'est une entreprise analogue à celle d'un médecin qui essayerait d'élever ou d'abaisser de quelques degrés, et pour toute la vie, la force de contraction ordinaire au cœur dans Tétat dosante, de précipiter ou de ralentir habituellement le mouvement naturel aux artères, et qui est nécessaire à leur action, etc.
Nous observerions à ce médecin que la circulation, la respiration, etc., ne sont point sous le domaine de la volonté, qu'elles ne peuvent être modifiées par l'homme, sans passer à l'état maladif, etc. Faisons la même observation à ceux qui croient qu'on change le caractère et par là même les passions, puisque celles-ci sont un produit de l'action de tous les organes internes, ou qu'elles y ont au moins spécialement leur siège. [R]
\Ki