‹ Recherches physiologiques sur la vie et la mortChapitre 76 sur 92 · K0TE · texte numérisé non relu

K0TE

Note [A]. DépnUion de la vte.

La vie, dit Bichâ!!, est l'ensemble des fonctions qui rèsisteiU à ia mort. Cçtte définition a été souvent critiquée. Nous ne connaissons pas de physiologiste qui Tait adoptée. (Test d'ailleurs le sort réservé à toutes les définitions où la vie est considérée d'une manière générale ou abstraite. Au point de Tue ontologique, la vie est, en effet, plus aisée à concevoir qu'à définir : aussi ne faut-il pas s'étonner que les physiologistes aient ou reculé devant la difficulté, ou échoué en voulant la résoudre. La définition de Bichat est loin de correspondre à l'idée que le mot vie fait naître dans notre esprit. Elle paraît même, au premier aspect, ne renfermer qu'une négation du contraire, en indiquant ce qu'elle n'est pas, plutôt que ce qu'elle est réellement. D'ailleurs, le fait énoncé est loin d'être exact, puisque, considérée dans l'individu, la mort est le terme vers lequel tous les êtres vivants sur la terre tendent irrésistiblement. N'a-t-on pas dit que la mort est le dernier phénomène de la vie? Pour mourir, il faut vivre ; bien plus : le moment suprême est encore marqué par des caractères essentiels à la vie.

Ce qui a droit de nous surprendre, c'est que, après avoir représenté la vie comme un ensemble de fonctions qui résistent à la mort, Bichat ait ajouté que l'enfance est l'âge où cette résistance est à son plus haut degré d'énergie. Ne devait-il pas se demander comment la mortalité est d'autant plus grande que les individus sont plus jeunes ? Cette affirmation de Bichat sert au moins à prouver, contre l'interprétation de M. Magendie, que, dans sa pensée, la vie n'est point un simple résultat de l'organisation . Si la vie est d'autant plus énergique et plus active que l'organisation est plus éloignée de l'époque de son complet développement, il faut en conclure que la vie est une force antérieure et supérieure à l'organisme individuel.

'fliais laissons là ces critiques superficielles. Quand il s'agit d'un physiologiste tel que Bichat, il faut aller au delà des apparences, et pénétrer la pensée qui s'y trouve réellement. Or cette pensée, qui est vitaliste, doit être prise en sérieuLt considératior:.

Qu'on le remarque bien : toute la définition de Bichat, com» plétée dans les lignes qui la suivent, se trouve dans ce mot : résister^ et dans ceux-ci : résister à l'effort des puissances exté"

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rieures qui tendent à détruire les corps vivants. Ces mots impliquent ridée d'une force distincte des influences physicochimiques, et dont Vensemble des fonctions est une maBifestation. C'est à cette idée que nous devons nous arrêter pour contester un des points ks plus importants de la doctrine physio logique de Bichdt.

Nous dirons donc : 1® que la notion de la force vitale, exprimée en ces termes, est une notion inexacte; car Pacte la plus général de la vie n'est point une résistancsy une réaction, une opposition; 2® que cette force agit sur les puissances eœtérieures^ moins en y résistant qu'en les faisant servir slxxx uns pom* lesquelles elle a été créée ; 3® que si, comme l'enseignent les géologues, le monde inorganique a précédé l'apparition des êtres organisés, s'il a été disposé de manière à leur offrir un milieu au sein duquel pussent s*accomplir les phénomènes de la vie, il faut se garder de confondre cette harmonie, si merveilleusement préétablie, avec un antagonisme qui en serait la négation; 4» que la vie n'est point en état de lutte permanente contre la nature extérieure, puisqu'elle est en état de formation continue, puisqu'elle assimile sans cesse par des opérations régulières et spéciales les éléments divers du monde inorganique.

Et en disant ces choses, nous donnons notre assentiment au principe même de la distinction des deux forces qui se trouve formellement énoncé dans la définition de Bichat.

Pour donner une définition de la vie, considérée d'une manière générale et abstraite, nous ne devons pas nous arrêter à Texariien des phénomènes propres aux individus qui vivent et meurent sous nos yeux. Si nous nous renfermoûs dans cet étroit horizon, le cai-actère général de la vie nous apparaîtia incomplet et insuffisant. Il consistera dans le fait circulaire d'assimilation et d'élimination qui a frappé Cuvier, et qu'il a introduit dans sa définition de la vie (1). Nous devons plutôt porter nos regards sur l'ensemMe des espèces végétales et ani-

(1) « Si, pour nous faire une idée juste de Tessence de la Yie, nous la considéffons dans les êtres où ses eflets sont les plus simples, nous nous apercevrons promptement qu'elle consiste dans la faculté qu*ont certaines combinaisons corporelles de durer pendant un temps et sous une forme déterminés, en altiranl sans cesse dans leur composition une partie des substances environnantes, et en rendant aux éléments des portions de leur propre substance.

maies qui se propagent dans le temps et dans Tespace. De ce point de vue^ la vie nous apparaît avec ses phénomènes les plus généraux, qui sont la conservation, dans les espèces, des types primordiaux, au moyen de la génération ;v't la producUoD, dans les individus, des éléments organiques correspondaot à ces types, au moyen de rassimilation. C'est ainsi que, tout en considérant la vie d'une manière générale et abstraite, le physiologiste échappe à Tontologie, en mettant en saillie les trois ordres de faits qui sont la manifestation la plus positive et h plus caractéristique de la vie, à savoir : la reproduction, le développement et la nutrition.

Est-il nécessaire, pour nous élever à la connaissance de la vie, d'en rechercher le principe dans Tunité, au-dessus de la sphère des espèces multiples qui existent par elle? Est>il nécessaire pour cela d^assimiler la vie, comme Font fait Burdach et quelques philosophes panihcistes, à une idée primordiale qui, se phénoménalisant progressivement, traverse les types divers dont se composent les règnes minéral, végétal et animal, pour se réaliser définitivement dans la conscience bumaloe, oii elle se dégage pour se réfléchir elle-môme et pour se contempler? Nous n'osons descendre à de telles profondeurs (i).

• La vie est donc un tourbillon plus ou moins rapide, plus ou moios compliqué, dont la direction est constante, et qui entrûne toujours les molécules de mêmes sortes, mais on les molécules individuelles entrent et d'où elles sortent eoDttnuellement, de manière que là /orme du corps vivant lui est plus essentielle que sa matière.

c Tant que ce mouvement subsiste, le corps où il s'exerce est vivant, il vit » RèoHB Aiviif AL. Introduction,

La définition de Cuvier, fondée sur la considération de la nutrition, qudque iucomplète qu'elle soit, est infiniment supérieure à celle de Béclard, qui défioit la vie, Vorganisme en aclion^ et la mort, Vorganisme en repos,

\i) • La vie est l'infini dans le fini, le tout dans la partie, l'unité dans la pluralité... Comme l'existence de l'univers tient à une cause spirituelle dont elle est la manifestation, a-nsi son image ou son reûet, l'organisme individuel, n'existe que par une virtualité idéale. Au commencement ce produit idéal n'apparaît pas encore comme individualité... La vie ne peut point apparaître tout à conp dans sa plénitude entière ; elle n'y arrive que peu à peu, puisqu'elle se mcaii2Ste dans le domaine du fini.... L'idée est le noyau de la vie... L'idée de lo fonction crée son organe pour se réaliser... La vie naît de ce que l'idéal se renferme dans les bornes du fini, et, à mesure qu'elle avance, elle devient de plus en plus spirituelle et moins réelle...; toute métamorphose exprime la liaison de la partie avec le tout, de sorte que le particulier, après être sorti du général, tend à prendre de plus en plus le caractère de la généralité... Comme la vie s'est plongée d'abord dans ii

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NcuB préférons nous arrêter à la tradition biblique, conûrméc par la science des géologues et des zoologistes. Or, cette tradition nous enseigne que la vie a été introduite dans le monde par la création successive des espèces végétales et animales et de l'espèce humaine.

Nous risquerons donc cette définition : La vie est cette force mystérieuse qui se récèle daris les êtres organisés par la production des germes, au moyen desquels les espèces se conservent indéfiniment, et par la production des éléments organiques. au moyen desquels les individus se développent et se conservent pendant une durée déterminée.

L'individu meurt, et la vie reste : telle est la pensée qu'il emportait de faire prévaloir.

Note [B]. Division de la vie en animale et organique,

La définition de la vie, étant fondée sur la considération des phénomènes communs à tous les êtres vivants, ne pouvait comprendre, dans l'énoncé de ces phénomènes, ni les faits de sensibilité et de locomotion qui sont propres aur animaux, ni les actes moraux et intellectuels qui sont propres à Thomme. A Terisemble de ces opérations distinctes qui concourent néanmoins à Taccomplissement des fonctions communes, Bichat a cru devoir donner le nom de vie animale, réservant à Ten semble de ces dernières le nom de vie organique (i). De là, cette fameuse division de la vie en animale et organique q^i triompha de toutes les critiques dont elle fut assaillie, et qui, aujour-

matière, pour acquérir un substratnm fini, sur lequel il lui fût possible ensuite (Tenter sa propre forme, celle d'âme : de même, celle-ci débute par être étroitement liée au corps, entourée d'une nuit obscure et plongée dans un sommeil profond... Hais le dé\eloppement a lieu d'une manière progressive. Elle devient âme, sentiment de la vie, instinct, entendement et volonté ; alors l'âme s'élève à son point culminant, elle a acquis la conscience de cette part d'in0ai qui fait sa propre et véritable essence. • Burdach, Trailé de Physiologie, trad. de M. Jourdan, t. iv, p. 149, 457; t. t, p. 492, 496, 500, 568.

C'est en vain que nous avons parcouru les neuf volumes dont cet ouvrage se compose, pour y trouver une définition de la vie mieux appropriée aux habitudes logiques de l'esprit et du langage français.

(1) n eût pu donner à cette vie le nom de vie végétative, pour mieux en distinguer les fonctions de celles de la vie animale. Plus tard on appela celle-ci vie

Ae relation, et celle-là vie de nutrition.

fnt Kons

dirai encoiv, maigre ces critiques, règne souYerainement dam renseignemenl classique de la physiologie.

Si par cette division, Bichat n'avait eu d^autre prétention que de coordonner les phénomènes de la vie, considérée diei les animaux, en les rangeant méthodiquement sous des noms différents, les attaques dont elle a été Tobjet ne sauraient toutes sVxpliquer ni se justifier. Mais Bichat a porté sa prétention plus haut : au lieu de se borner à signaler de simples différences, û a voulu poser d*infranchissables limites ; au lieu de se borner à déclarer que la vie, tout en ayant ses caractères essentiels dans les phénomènes généraux de reproduction, de développement et de nutrition, se complique chez les animaux de phénomènes particuliers de sensibilité et de mouvement, fl a voulu séparer les uns des autres d^une manière radicale et absolue. Et la vie, ainsi scindée en deux, perdit aux yeux de ia nouTx^Ue génération médicale ce caractère de force une et indivisible qui dirige et harmonie toutes les parties de Torganisme, queÙes qu^en soi^t d'ailleurs les fonctions spéciales. Uenœphale, la moelle épinière» les sens externes, les nerft sonsitifs et moteurs, les muscles volontaires, etc., qui, comme toutes les autres parties, subissent les lois de la vie commune, furent représentés comme les instruments d^une vie nouvelle, d^une vie qui se distingue de la première non-seulement par ses phénomènes, mais encore par sa nature.

Ce nVst pas tout : Terreur se montra sous un autre aspect. L^homme et les bêtes furent confondus dans le même domaine. Sous le chef de vie animale furent compris et les phénomènes propres aux bêtes et les actes propres à Thomme. Grand fut sans doute rembarras de Bichat, ainsi que nous le ferons voir dans une des notes suivantes, lorsque, après avoir énoncé les fonctions de la vie animale, il eut à y conformer ks actes de la vie humaine. Mais il passa outre, heureux d'éluder une difficulté qui se montrait insoluble et qui menaçait de Tarrêler.

Ainsi deux erreurs : dans Tune nous voyons une séparation absolue de deux manifestations d'une même force, et dans l'autre nous voyons une confusion inextricable de deux ordres de phénomènes tout à fait distincts. Bichat eût pu éviter la première en déclarant que sa division était plutôt artificielle ou nominale que naturelle ou réelle ; il eût pu éviter la se*

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conde en ajontant la TÎe humaine à ses deux vies organique et animale. Il n'évita ni Tune ni l'autre, se ménageant ainsi Toccasion d'orner son livre des plus ingénieuses explications que l'esprit de système ait jamais inspirées à un physiologiste.

La division de Bichat met donc en péril deux dogmes, le dogme physiologique de l'unité vitale et le dogme psychologique de la dualité humaine. Le dogme de Punité vitale étant réservé, la division proposée par Bichat devait néanmioins être généralement adopîée; car le dogme de la dualité humaine n'était point ce qui préoccupait ses plus ardents adversaires. Elle le fut, en effet, et il ne pouvait en être autrement. En vertu de quel principe aurait-on pu repousser victorieusement une division qui correspondait parfaitement aux idées et au langage de la plupart des philosophes et des physiologistes antérieurs à Bichat ou ses contemporains, aux yeux desquels l'homme était un animal? Considérée dansFanimal, cette division est, en effet, aussi exacte que celle des deux règnes dont elle contient l'expression. Les transitions ne sont pas plus aisées à déterminer entre le règne animal et le règne végétal qu'entre la vie animale et la vie végétale ou organique. De ce qu'il existe entre ces deux vies des fonctions intermédiaires, telles que la respiration, la mastication, la déglutition, etc., on ne doit pas en conclure que la division proposée, considérée d'une manière générale, ne soit conforme à l'observation, et suitout utile à l'exposition des phénomènes. Considérée dans l'homme, cette division devait être combattue : elle le fut par Buisson, neveu de Bichat. Quant aux autres physiologistes, ils se gardèrent bien de l'attaquer sous ce rapport. Certes, ce n'est pas de la part des savants qui, assimilant la vie de l'homme a la vie des bêtes, confondent la physiologie humaine avec la physiologie animale, que Bichat devait attendre les objections les plus sérieuses. L'opposition véritable devait s'élever dans le rang des médecins qui ne confondent point les actes moraux ot intellectuels de l'homme avec les faits d'impressionnabilité et d'innervation animales : ceux-là sent en possession d'un principe en vertu duquel la division de Bichat peut être reconnue inexacte et hardiment proclamée insuffisante et vicieuse. A leurs yeux, cette division n'a pas même la valeur d'une méthode artificielle d'exposition, puisqu'elle laisse dans Tombre les faits de volonté, d'intelligence et de sentiment qui

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cotisUtuent Pactivitë, la personnalité et la liberté de lliomme. La \ie, considérée en effet dans Thomme, ne présente passeo- 1 4uent Faspect végétatif et animal, elle présente encore Faspect moral et intellectuel; de là la division de la \ie humaine en nutritive, sensorio- motrice et spirituelle. Si la méthode scientifique admet les divisions fondées sur la différence des phénomènes les plus saillants, il est exact de dire que la vie est nutritive chez les plantes, nutritive et sensorio-motrice chez les animaux ; nutritive, animale et spirituelle chez Thomme.

Buisson (1), ayant pu, à Faide d'une analyse délicate, apprécier le rôle actif que Fintelligence humaine exerce dans la production des phénomènes regardés comme appartenant à la vie animale, a proposé pour Fhomme une division, où cellenn, entièrement subordonnée à la vie morale et intellectuelle, se confond avec elle sous le nom de vie active. Les phénomkies propres à la vie organique de Bichat y sont groupés, à quelques modifications près, sous le nom de vie nutritive.

Bichat est aux prises, dans sa division, avec une difficulté relative à la génération. Cette importante fonction, chez Fhomme, appartient à la fois à la vie nutritive, à la vie sensorio-mo- . trice et à la vie morale et intellectuelle; elle est d'ailleurs commune aux plantes, aux bètes et à Fespèce humaine. Il élude la difficulté en faisant obseiver que « la génération n'entre point dans la série des phénomènes des deux vies qui ont rapport à Findividu, tandis qu'elle ne regarde que Fespèce. » Nous pourrions faire observer, à notre tour, que plusieurs actes pi*opres à Fhomme n'entrent pas davantage dans la série desplUnomènes des deux vies qui ont rapport à Vindividu, puisqu'ils ne regardent que la société; mais nous ne rappelons ici ces paroles que pour insister sur Fimportance à attacher au phénomène de la génération, dans la définition de la vie, considérée d'une manière générale et abstraite.

• Note [C]. Subdivision des deux vies, animale et orgamique, en deux ordres de fondions

Si la vie animale comprend, d'une part, les actes moraux et intellectuels de Fhomme, et de l'autre, les phénomènes de

(I) De la d visic'n la plia naturelle des phénomènes physiologiques^ in-8, iSOS

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sensibilité et de locomotion propres aux bêtes, il n*est pas aisé de concevoir comment elle se prête à une subdivision aussi simple que celle dont il s'agit ici. Bichat n'hésite pas. fl y a chei les animaux des impressions que les nerfs transmettent des sens au cerveau, et une réaction du cerveau que les nerfs transmettent aux organes locomoteurs. Or ces deux ordres de fonctions soni à la vie animale ce que Tassimilation et la désassimilation sont à la vie organique, en ce sens qu'il y a, dans Tune et dans l'autre, une action réciproque d'une circonférence à un centre et d'un centre à une circonrérence. Mais la vie humaine échappe à cet ingénieux arrangement : aussi voyez l'embarras où se trouve notre illustre théoricien. S'agitil de l'homme ou de la bête quand il trace les lignes suivantes : « L'animal, dit-il, est presque passif dans le premier ordre de fonctions (c'est-à-dire dans les sensations) ; il devient actif dans le second, qui résulte des actions successives du cerveau, où naît la volition à la suite des sensations, des nerfs qui transmettent cette volition, des organes locomoteurs et vocaux, agents de son exécution. Les corps extérieurs agissent sur l'animal par le premier ordre de fonctions; il réagit sur eux par le second. » On sait très-bien néanmoins que les actes de l'intelligence et les libres déterminations de la volonté, intermédiaires chez l'homme entre les sensations et les mouvements, peuvent être produits sans que la sensation les ait immédiatement précédés, et sans que la contraction musculaire doive nécessairement les suivre. Comment concevoir d'ailleurs cet animal presqtte passif dans les sensations, qui devient actif dans la volition, si cette volition est un résultat fatal d'opérations cérébrales déterminées par les sensations ? Bichat semble ne s'être pas douté qu'il est impossible de faire prévaloir en physiologie humaine le langage qui convient à la physiologie animale.

Plus loin, lorsque Bichat parlera du jugement, de la vertu, de la sagesse, etc., lorsqu'il parlera de l'àme intelligente et libre, etc., tiendra-t-il un langage mieux approprié à la physiologie humaine?... C'est ce que nous verrons bientôt; mais nous pouvons déjà pressentir rembarras où il va se trouver dans la suite de son exposition, pour avoir voulu embrasser dans une donnée générale des phénomènes tout à fait distincts.

Dichat mentionne le double mouvement qui s'exerce dans

la vio organique : l'un composant Têtre vivant, Fautre le décomposant sans cesse. Les êtres vivants tourneraient ainsi dam un cercle continuel, comme le font les corps bruts. La même loi circulaire pré. iderait ainsi à la succession des phénomènes physiologiques et à celle des phénomènes physiques. N*est-ce pas ici le cas de signaler la force sérielle ou de développement, en vertu de laquelle la composition l'emporte sur la décomposition, lorsqu'un germe fécondé traverse les types inférieurs, atteint celui des êtres dont il émane, croit et grandit pour subir les transformations successives que nous nommons Jes âges de la vie ? Cette force, qui se renouvelle en quelque sorte dans la génération, qui porte par excellence le caractère de vie, Bichat n'en fait point mention. La génération elle-même, sur laquelle il nous a dit dans le paragraphe précédent qu'il reviendrait dans le cours de son ouvrage, y ser^ complètement passée sous silence.

D'après ce que Bichat nous dit du double mouvement de composition ou de recomposition de l'animal, il paraîtrait que tous les tissus qui constituent nos organes se renouvellent au moyen de l'assimilation et de la désassimilation. Plusieurs physiologistes ont émis cette opinion; il en est même qui entera pouvoir fixer à sept années la durée nécessaire pour un entier renouvellement du corps. Mais rien n'est moins certain. La fameuse expérience de la coloration des os par la garance, reproduite en ces derniers temps avec beaucoup de soin par M. Rourens, a beaucoup servi à la propagation de la théorie du renouvellement complet. Mais cette expérience, comme le fait observer M. Magendie, prouve seulement que des molécules de matière colorante peuvent être déposées dans le parenchyme, et qu'elles y sont reprises après un certain temps. Rica ne prouve que ce parenchyme lui-même soit changé.

Note [D]. Différences générales des deux vies par rapport aux formes extérieures de leurs organes respectifs.

Une fois engagé dans la voie systématique que lui avait faite la radicale distinction des deux vies, Bichat ne pouvait plus s'arrêter. Nous verrons dans les notes suivantes où cette voie l'a conduit. Il s'agit maintenantdeg formes propres aux*organes

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des deux Vies, formes qu'il prétend être régulières et symétriques dans la Tie animale, irrégùlièrè et sans symétrie dans la vie organique.

Si nous nous bornons à examiner superficiellement Torganisme de Thomme adulte et celui des animaux qui s'en rapprochent le plus, l'assertion de Bichal nous paraît exacte, malgré les exceptions que présentent à notre observation certains organes de la Vie organique, dont la symétrie et la forme régulière sont incontestables.

Déjà nous venons de voir que Bichat lui-même, au début de Tarticl^ où il traite de la symétrie des organes de la vie animale et de l'irrégularité de ceux de la vie organique, reconnaît quelques exceptions, surtout pour la vie animale. A ces exceptions appartiennent, <c parmi les poissons, les soles, les turbots, etc., diverses espèces parmi les animayx non vertébrés, etc. » L'exception, de l'aveu même de notre auteur, atteint ainsi un nombre considérable d'espèces. Nous démontrerons d*après M. Flourens que ce nombre est plus grand encore.

« En posant cette loi, dit M. Flourens (i), Bichat n'a considéré que l'homme et les genres voisins de l'homme, et il n'a tenu aucun compte de tous les autres animaux, c'est-à-dire du plus grand nombre, sans aucune comparaison. On verra bientôt, en effet, qu'il n'est pas un organe de la vie organique qui, dans un animal ou dans l'autre, ne se montre parfaitement symétrique, et qu'ainsi la symétrie de ces organes, masquée, dans certaines espèces, par certaines circonstances particulières, reparaît dans l'ensemble de la série, en sorte que leur non-symétrie, qui, dans les animaux voisins de lui, paraît le cas général, n^est, au contraire, à considérer l'ensemble des animaux, que le cas particulier et exceptionnel.

« Passons successivement en revue les principaux oi'ganes de la vie organique.

« Poumon. Bichat insiste beaucoup sur quelques petites différences qui se trouvent entre le poumon droit et le poumon gauche de l'homme, comme, par exemple, que le droit a trois

(1) Mémoire lu à rAcadéinie des sciences le 16 juillet 1852, et inséré dans la /eeroe encyclopédique, livraison d*août 183Î ; et reproduit dans le volume réccmmeot publié sous ce titre : Mémoitet cPAnalomxe el de Physiologie comparée.

lobes et que le gauche n'en a que deux, que le yolume de Tun remporte sur le irolume de Tautre, etc. Mais, outre que de pareilles difithenccs, qui ne tiennent qu'au volume ou à la division d'un organe, ne sont jamais d'un bien grand poids en anatomie comparée, c'est que, dans la classe même des mammifères à laquelle appartient l'homme, ce*^ petiles différeDces ne se montrent pas constantes. A la i^érité, dand cette classe, le poumon droit a presque toujours un plus grand nombre de lobes que le gauche ; mais d'abord il est plusieurs mammifères, comme YélépharU, le rhinocéros, le cheval^ le lama, le lamantin, le marsouin, etc., qui n'ont de véritables lobes ni à l'un ni à l'autre poumon, et il en est queL]ues autres ensuite qui en ont un nombre égal à un poumon et à l'autre, comme le mone parmi les singes, le rat de la baie d^Hudson parmi les rongeurs etc. Ainsi donc^ dans les mammifères mêmes, où pourtant l'inégalité entre les deux poumons forme le cas le plus général, le poumon droit y ayaitt presque totyours un plus grand nombre de lobes que le gauche, on voit déjà quel* ques espèces où se montre l'égalité ou la symétrie entre ces deux organes, soit qu'ils aient Tun et l'autre un nombre éffd de lobes, soit qu'ils en manquent également F un et l'autre. — Mais c'est surtout dans les oiseaux que cette symétrie parait avec évidence. Dans tous les oiseaux, en effet, les deux poumons sont tout à fait ou à peu près tout à fait égaux enti-e eux, et ils n'ont de lobes ni Tun ni l'autre. Ainsi, à l'inverse des mammifères, où la symétrie paraissait le cas exceptionnel et Tin égularité le cas général, on voit dans les oiseaux la symétrie former, au contraire, une loi commune, constante et qui ne souffre aucune exception. — Dans la classe des reptiles, il est quelques ordres où règne la symétrie, et il en est quelques autres où l'irrégularité reparaît, et même d'une manière plus tranchée que dans les mammifères. D'abord les chéloniens, la plupart des sauriens, et surtout les batraciens, ont les poumons doubles et égaux ; mais quelques sauriens et presque tous les ophidiens ont un poumon très-petit par rapport à l'autre ; et même dans quelques ophidiens le petit poumon disparaît tout à ftiit, et par conséquent il n'y a plus qu'un seul poumon dans

ces animaux C'est dans un ordre des reptiles», celui des

batraciens^ que s'observe pour la première fois, parmi les vertébrés^ le passage de la respiration aérienne à la respii-ation

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aquatique, ou de Tappai^eil pulmonaire à Tappareil branchial- Or, dans tous ces animaux, ces deux appareils, le pulmonaire et le branchial, sont toujours symétriques. — La même symétrie règne dans tous les poissons : dans tous, les branchies d'un côté sont égales ou à peu près égales aux branchies de Fautre; et sous les rapports de leur appareil respiratoire, les poissons ofTrenl la même constance que les oiseaux. — Ainsi , dans le grand embranchement des vertébrés, c'est l'inégalité des poumons qui donne le cas général pour les mammifères, pour plusieurs reptiles ; et c'est, au contraire, l'égalité ou la symétrie qui donne le cas général pour les oiseaux et pour les poissons. Mais comme, dans les mammifères mêmes, et surtout dans les reptiles, Tégalité ou la symétrie reparaît souvent, on voit que cette symétrie donne donc en définitive le cas général ou dominant de l'appareil respiratoire de cet embranchement. — il en est de même pour les invertébrés, du moins pour tous ceux qui ont un appareil respiratoire bien distinct. D'abord, parmi les mollusques, ceux qui respirent par les branchies ont pour la plupart l'appareil symétrique, comme tous les céphalopodes, plusieurs gastéropodes , plusieurs acéphales y etc

Comme on devait s'y attendre, c'est surtout dans les articulés, où tout le corps est si symétrique, que se voit bien toute la symétrie de l'appareil respiratoire : ainsi les branchies des crustacés sont complètement symétriques; rien n'est plus symétrique que les branchies en éventail des sabelles, des ser» pûtes, etc. Parmi les annélides, et jusque dans les insectes, où la respiration ne se fait plus par un appareil circonscrit dans un lieu déterminé, mais par des trachées ou canaux aériens répandus dans tout le corps, on voit une symétrie parfaite régner et entre les principaux troncs de ces trachées, et entre leurs ouvertures extérieures ou stigmates.

a Je passe au cceur, et je me borne toujours aux seuls faits principaux. Le premier de ces faits est que, toutes les fois que les divers coeurs sont réunis en une seule masse , cette masse est toujours placée vers la ligne médiane du corps. Ainsi, dans l'homme, dans les mammifères, dans les oiseaux, où les deux cœurs ne sont séparés que par une cloison commune, le cœur est placé sur la ligne médiane. De plus, dans tous ces animaux, les deux cœurs sont exactement composés de même, et le volume même des deux ventricules comparés entre eux

9S5 noïEs

est sooTent é^. Dans tons les reptiles, toit qoe leur yentricale toujours unique ait deux oreillettes ou qaMl n'en lit qu'une,' comme dans les hatradeHS^ cas où il n*y a iilos qu'un eceur, comme dans tous les poissons, où il n*y a aussi qu'an eœur, le cœur est toujours sur la ligne médiane. — Mais dans les mollusques, qui ont plusieurs cœurs séparés, comme les céphalopodes^ on Yoit aussitôt ceux de ces cœurs séparés qui sont d.mbles prendre une position latérale. Ainsi, dans les eèphalopodeSj il y a deux cœurs pulmonaires, et ils sont latéraux ; il n'y a qu'un cœur aortique, et il est médian. — Ainsi, dans un autre embranchement encore, celui des articulés, les entstûcés décapodes ont pareillement trois cœurs , et pareUlement les deux cœurs pairs et semblables sont latéraux, et le cœur impair est médian; et dans les autres articulés qui, comme les sqviUes et les arachnides^ n'ont plus pour cœur qu'un vaisseau, ou qui même, comme les insectes, n'ont plus ce vaisseau qu'en vestige, ce vaisseau, ce vestige de vaisseau, sont toujours situés sur la ligne médiane.

€ Le foie nous offrira une suite de dispositions à peu près pareilles. Dans l'homme, c'est une seule masse divisée en trois lobes et occupant surtout Thypochondre droit. C'est toujours ' ce même côté droit qu'il occupe principalement dans les raammiferos; mais, en général, il s'y divise en lobes plus nomlireux, plus séparés , et quelquefois même tout à fait séparés entre eux. — Le foie des oiseaux prend une figure plus uniforme. D'abord il s'y partage toujours en deux lobes; ensuite ces deux lobos sont rarement très-inégaux entre eux ; et enfin ils sont exactement placés, l'un du côté droit, l'autre du côté gauche. Le foie des oiseaux se compose donc de deux moitiés,

et ces deux moitiés sont latérales ou symétriques. Dans les

reptiles et les poissons, le cas général est la non -symétrie ; et cependant le foie du crocodile ofire presque autant de symétrie que celui des oiseaux. — Les mollusques ont toujours un foie considérable, et il est même asseï symétrique dans les céphch lopodes, — La plupart des ailiculés n'ont plus de foie proprement dit, c'est-à-dire de foie sous forme de glande conglomérée et compacte. Mais comme tout est de la symétrie la plus exacte dans ces animaux^ le foie» quand il s'y montre, s'y montre aussi exactement symétrique, comme, par exemple, dans les êquiUes ou mantes de mer^

tt Le pancréas disparaît encore plus tôt que le foie dans la série animale ; cai^ il manqua dans les mollusques, et même dans les poissons osseux, du moins en tant que glande compacte et conglome'rëe ; et quoiqu'en général il se soustraie à la symétrie, il n'y échappe pourtant pas toujours. Ainsi, dans plusieurs mammifères, comme le chien ^ le chat, etc., il est double. Il est pareillement double dans la plupai t des oiseaux, et même dans quelques-uns les deux pancréas sont à peu près égaux.

a La rate elle-même n'échappe pas entièrement à la symétrie; car on connaît le beau fait des rates multiples du marsouin, beau fait que Ton doit à Guvier ; et ce qui est plus important pour la question que je traite ici, c'est que , dans les oiseaux, la rate se montre exactement placée sur la ligue médiane.

« Je me borne à rappeler encore la symétrie connue des op» pareils sécréteurs de Turine» du lait, des larmes, de Tappareil générateur, de l'appareil salivaire^ etc. Je me borne à rappeler encore la symétrie àe plusieurs appareils de sécrétions particulières, des appareils sécréteurs de la soie dans les chenilles, des appareils sécréteurs qui régnent le long de la ligne latérale dans les poissons, etc.

« Je me hâte d'arriver aux résultats généraux des faits que je viens de rapporter. — 1® Le premier de ces résultats généraux est que, à considérer l'ensemble des animaux, les organes de la vie organique ne sont pas moins soumis à la symétrie que ceux de la vie animale. — 2» Le deuxième est que les organes de la vie organique se spumettent à la symétrie d'après le même mode que les organes de la vie animale, c'est-à-dire en se montrant doubles, et alors chaque moitié de TorgaDe occupe chaque moitié du corps, ou en se montrant simples, et alors cet organe simple occupe ou tend de plus en plus à occuper la ligne médiane. — 3® Le troisième est que la vie organique a donc ses deux côtés droit et gauche comme la vie animale. De plus, chacun de ces côtés est complet, par rapport à l'autre^ dans la vie organique, non moins que dans la 7ie animale ; car de mème^ en effet, que dans la vie animale, chaque côté a ses membres^ ses organes des sens, etc.« de même, dans la vie organique, à considérer du moins l'ensemble des animaux, chaque côté a son cœur, son foie, son pancréas, son poumon, etc. — 4* La vie se compose donc ce

lobes et que le gauche n'en a que deux, que le volume de fun remporte sur le ^volume de Tautre, etc. Mais, outre que de pareilles difiëreiiccs, qui ne tiennent qu*au volume ou à la division d'un organe, ne sont jamais d'un bien grand poids en anatomie comparée, c'est que, dans la classe même des mammifères à laquelle appartient l'homme, ce* petites différeDces ne se montrent pas constantes. A la vérité,' danâ cette classe, le poumon droit a presque toujours un plus grand nombre de lobes que le gauche ; mais d'abord il est plusieurs mammifères, comme Véléphant, le rhinocéros, le cheval^ le lama, le lamcmtin, le marsouin, etc., qui n'out de véritables kbes ni à l'un ni à l'autre poumon, et il en est quelques autres ensuite qui en ont un nombre égal à un poumon et à l'autre, comme le mone parmi les singes, le rat de la baie d'Hudson parmi les rongeurs etc. Ainsi donc^ dans les mammifères mêmes, où pourtant l'inégalité entre les deux poumons forme le cas le plus général, le poumon droit y ayaitt presque totyours un plus grand nombre de lobes que le gauche, on voit déjà quelques espèces où se montre l'égalité ou la symétrie entre ces deux organes, soit qu'ils aient Tun et l'autre un nombre égd de lobes, soit qu'ils en manquent également F un et l'autre. — Mais c'est surtout dans les oiseaux que cette symétrie parait avec évidence. Dans tous les oiseaux, en effet, les deux poumons sont tout à fait ou à peu près tout à fait égaux entre eux, et ils n'ont de lobes ni Tun ni l'autre. Ainsi, à l'inverse des mammifères, où la symétrie paraissait le cas exceptionnel et l'iri égularité le cas général, on voit dans les oiseaux la symétrie former, au contraire, une loi commune, constante et qui ne souffre aucune exception. — Dans la classe des reptiles, il est quelques ordres où règne la symétrie, et il en est quelques autres où l'irrégularité reparaît, et même d'une manière plus tranchée que dans les mammifères. D'abord les chéloniens, la plupart des sauriens, et surtout les batraciens, ont les poumons doubles et égaux ; mais quelques sauriens et presque tous les ophidiens ont un poumon très- petit par rapport à l'autre; et même dans quelques ophidiens le petit poumon disparait tout à fait, et par conséquent il n'y a plus qu'un seul poumon dans

ces animaux C'est dans un ordre des reptile?, celui des

batraciens, que s'observe pour la première fois, parmi les vertébrés., le passage de la respiration aérienne à la respiration

montre un anima], oîi il n*est pas plus long que le corps, il pi*end aussitôt cette position médiane, comme dans la lamproie, par exemple.

X En résumé donc, la symétrie des organes de la vie organique tient à des circonstances essentielles, profondes ; et leurs irr^larités, quand il en existe, ne tiennent' qu*à des circonstances secondaires et accidentelles. La symétrie même pour les organes de la vie organique forme donc la vie générale de l'économie, v

Certes, voilà de véritables exceptions auxquelles Bichat, tout en en admettant quelques-unes, "n'avait pas songé.'Reçonnaissons toutefois que la doctrine reste approximativement exacte pour rhomme et un grand nombre d^nimaux supérieurs, considérés après les premières transformations de la vie embryogénique jusqu'à la mort.

Mais ce n'est pas tout. Bichat affirme que le caractère assigné par lui aux formes des organes de la vie organique «c est exactement tracé dans l'homme et dans les genres voisins du sien pour la perfection. » 11 ajoute que « ce n'est que là où il va l'examiner, et que, pour le saisir, l'inspection seule suf&t. » Eh bien , chez l'homme lui-même , si on en croit M. Serres, le caractère, jugé si exactement tracé , serait encore en défaut au point de vue embryogénique, comme il l'a été au point de vue de l'anatomie comparée. Selon M. Serres, tous les organes sont doubles à leur apparition, et se complètent par leur réunion à la ligne médiane. 11 a formulé, pour exprimer ces faits con^ testés par d'autres erabryogénistes, une loi de formation centripète des organes. Mais, hàtons-nous de le dire, cette loi n'est admise que par son auteur. 11 nous est impossible de reproduire ici les ingénieuses explications à l'aide desquelles ce savant anatomiste nous montre les organes de la vie organique, selon lui, si réguliers dans leur formation première, ou si symétriques dans leur position primitive, s'éloignant de ces types harmonieux pour affecter l'ÛTégulaf ité et le défaut de symétrie qui caractérisent la plupart des organes de la vie nutritive. Ceux de nos lecteurs qui désirent connaître comment ont lieu ces transformations embryogéniques , que M. Serres fait régir par une loi de V équilibration des organismes, en trouveront l'exposé fait par lui-même dans l'article Organogénie de YEncydopédie nouvelle.

200 NOTBS

Note [C]. De V harmonie d^action dans la vie tmimale,

Bichat est entraîné trop loin lorsqu'il conclut de la disposi*^ tion symétrique que présentent les organes de la vie animale à la nécessité absolue d'une harmonie complète d'action dans les organes symétriques. « Deux parties, dit-il, essentiellement semblables par leur structure, ne sauraient être différentes par leur manière d'agir. » Personne ne conteste que la manière d'agir ne soit la même dans deux organes symétriques d'une même fonction ; mais ce que l'on conteste, c'est qu'ils agissent nécessairement l'un et l'autre avec la même intensité. Des conditions particulières et profondément cachées de structure peuvent permettre à l'un une intensité d'action dont l'autre serait incapable, sans que pour cela ils cessent de nous paraître exactement semblables. Qui peut affirmer que cette ressemblance soit souvent telle que nous la voyons ? N'est-il pas probable, au contraire, qu'il existe toujours entre deux organes ou appareils symétriques une différence anatomique inaccessible aux sens? Sans nous engager dains les mystères de l'organisation, consultons les phénomènes tels qu'ils s'offrent à notre observation.

L'inégalité de force entre les deux yeux ou les deux oreilles n'est point une cause de trouble dans la vision : aussi Bichat, dans les exemples qu'il cite, semble-t-il avoir moins en vue cette inégalité de force qu'une discordance dans la nature même des impressions. Il est certain que si un homme reçoit par un des yeux l'impression du rouge et par l'autre l'impression du jaune, ainsi que cela arrive dans certaines névroses oculaires, il y aura alors trouble dans la vision, et ce trouble sera dû à la discordance des impressions visuelles. Msus ce n'est pas ce qui est en question. Pourquoi appeler notre attention sur des faits de ce genre, quand il s'agit de l'inégalité dans l'intensité fonctionnelle d'un des organes symétriques î C'est sur ce terrain que le problème doit rester. Or, il est loin d'être prouvé que les deux yeux, les deux oreilles, etc., fonctionnent à la fois et avec la même intensité dans tous les moments de la sensation visuelle, auditive, etc. Il semble, au contraire, que les organes symétriques d'un sens externe sont destinés en même temps à s'entr'aidcr et à se suppléer, en prenant alternativement la

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plus grande p»rtà la fonction commune ; c*est ce qui a Heu surtout pour le toucher» où Faction simultanée des deux mains est rai'ement nécessaire. Si cela est ^iusi , et c'est au reste C6 que Teipérience confirme pour la vision, les inconvénients qui résultent, selon Bichat, de Vinégalité à^ action sont loin d'être aussi grands qu'il nous ks représente, d'autant plus que Faction de l'organe plus faible trouve sa compensation dans le surcroît d'énergie propre à l'organe plus fort (1). Cette compensation a lieu suivant des lois que Bichat lui-même a reconnues et proclamées dans un des articles suivants, et en vertu desquelles l'intensité fonctionnelle d'un organe est d^autant plus grande qu'il est soumis à un exercice plus fréquent, et la sensibilité se porte avec d'autant plus d'énergie sur un point qu'elle fait davantage défaut dans un autre.

Mais Terreur de Bichat, déjà si évidente par ce que nous venons de dire, devient plus évidente encore quand il applique ses idées sur l'inégalité d'action des organes symétriques de la sensation à l'appréciation de l'inégalité d'action qui peut exister entre les deux hémisphères cérébraux. « Le cerveau est à Fâme, dit -il, ce que les sens sont au cerveau : il transmet à l'âme l'ébranlement venu des sens, comme ceux-ci lui envoient les impressions que font sur eux les corps environnants. Or, si le défaut d'harmonie dans le système sensitif extérieur trou-

(1) a II y a un grand nombre de personnes, dit M. Hagendie, chea lesquelles les deux yeux sont de force inégale et cbez lesquelles la vision ne s'oi exécute pas moins avec netteté et précision. On peut s'assurer de cette différeoce de force par l'expérience suÎTante : on place devant les yeux deux verres colorés différemment, en rouge et en vert, par exemple; si Tœil devant lequel le verre rouge est placé est le plus fort, tous les objets qu'on regarde paraissent teints de celte couleur : s'il est le plus faible, au contraire, tous les objets sont teints de la couleur du verre placé devant l'autre œil. Enfin, si les deux yeux sont d'une force égale, on ne voit les objets ni verts ni rouges, mais grisâtres, à peu près comme on les verrait si les deux verres superposés étaient appliqués à un seul œil. On peut encore s'assurer de cette inégalité par un autre moyen. On^lace devant l'objectif d'une lunette un verre coloré dont l'épaisseur va en croissant, disposé de manière à tenir librement dans une coulisse; cela fait, on observe un objet lumineux (une étoile de première grandeur, par exemple), et on place le verre de manière à voir l'objet bien distinctement, puis on fait glisser la lame colorée de sorte que l'astre devienne de moins en moins lumineux et cesse enfin d'être aperçu ; or, chex les personnes dont les deux yeux sont de force inégale, ce moment arrive plus tôt pour un œil que pour l'autre. Cette expérience n'est pas moins décisive q'ie l'autre, maià elle frappe moins, est plus difficile à bien faire, et exige an appareil plus compliqué ; c'est pourquoi elle a été plus rarement employée. »

ble le» perceptions du cerveau, ^murquoi Fâme ne percevraitelle pas confusément, lorsque les deux hémisphères inégaux en force ne confondent pas en une seule la double impression qu'ils reçoivent? » Pour répondre à celte ingénieuse argumentation^ il suffirait de répéter que Tinégalité d'actioD des oi'gane^s des sens n'est point une cause de trouble dans laper^ ception; mais nous préférons y répondre en rappelant ht prédominance presque constante d'un htfmisphère sur Tautre. ^

Cette inégalité de développement» indiquée comme une cause ou au moins comme le signe d'une inégalité de force, a été souvent remaïquée. M. le docteur Bûchez» qui la regarde comme étant à peu près constante, pense, avec plusieurs physiologistes, que les opérations des deux hémisphères cérébraux sont alternatives plutôt que simultanéi^, et que, par conséquent, chacun d'eux est disposé de manière à pouvoir fonctionner seul. Des faits pathologiques viennent d'ailleurs confirmer cette opinion; M. le docteur Lopget en rapporte un grand nombre (1). Ces faits démontrent que de graves et profondes altérations, sunenues graduellement dans la structure d'un hémisphère, n'impliquent point nécessairement le trouble des fonctions intellectuelles. Dans ces cas, on remarque plutôt que les malades se fatiguent promptement, ce qui s'explique par l'inaction de l'hémisphère qui a cessé de suppléer Taulre.

Si les fonctions intellectuelles ne sont point nécessairement troublées par suite de l'altération organique d'un des hémisphères cérébraux, comment le seraient-elles par une simple inégalité de développement? Étaient-elles troublées chez Bichat, qui, après sa mort, présenta à l'examen pieux de ses confrèitis une si grande inégalité de volume entre les deux hémisphères de son cerveau? L'autopsie de cet illustre physiologiste a donné le démenti le plus éclatant à la théorie qu'il avait exposée avec tant de prédilection.

Quant aux organes symétriques de la locomotion, nous devons rappeler que, parmi eux, il en est qui sont destinés au toucher, et que leurs mouv^inents ont surtout pour but de favoriser l'exercice de ce sen§. Considérées ainsi, les deux mains peuvent agir avec une parfaite indépendance l'ime de

{{) Ànatomie et physiologie du eyelème nerveux cf« VAomme et dee animaux vertébrés, 1. 1» p. 666 el suiv.

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Tautre. Ce que Bichat appelle improprement Yharmonie ifoetion ji'est point nécessaire à Texercice de leurs fonctions sensoriales, ainsi que Buisson Ta parfaitement démontre'.

Quant aux organes de la locomotion proprement dits, on sait que chez Thorame ils sont plus développés à droite qu'à gauche. En résulte-t-il une discordance d'action dans les mouvements qu'ils exécutent? Gela devrait être d'après la théorie de Bichat. Aussi, pour échapper à Tobjection, se hâle-t-il de nous déclarer que a la discordance des organes locomoteurs porte non sur la force, mais sur Tagilité des mouvements. » 11 conclut de cette ingénieuse distinction que, si la discordance existe, elle n'est pas dans la nature ; c'est « un résultat de nos habitudes sociales, qui, en multipliant les mouvements d'un côté, augmentent leur adresse sans trop ajouter à leur force... » Ces subtilités sont indignes d'un aussi grand esprit. N'est-il pas certain que l'inégalité de développement entre les membres dii côté droit et ceux du côté gauche existe déjà à la naissance, que l'artère destinée au hras droit est plus volumineuse que celle du bras gauche ? Bichat admet et conteste tour à tour ces faits fort connus des anatomistes. Quant à ceux qu'il avance à Tappui de son arrangeme^H systématique, ils ne supportent pas l'examen. Plusieurs peuples orientaux écrivent de droite à gauche. Les exercices milit^Vres n'influent point sur les habitudes des masses, qui sont déjà prises lorsque le citoyen atteint l'âge de porter les armes. La marche des quadrupèdes repose sur d'autres conditions que la marche de l'homme , et ces conditions ne se résument point dans l'égalité de développement de leurs, organes locomoteurs de l'un et de l'autre côté, etc., etc.

Disons plutôt que l'agilité est une faculté complexe qui appartient autant à l'intelligence et à la sensibilité qu'au mouvement ; qu'elle repose , comme la force, sur des aptitudes congénitales ou naturelles ; et que, si on l'a remarquée plus habituellement dans les membres du côté droit, c'est que ces membres, étant plus forts, sont en même temps ceux que Ton fait tout naturellement agir de préférence. Reconnaissons aussi qu'elle se perfectionne par l'habitude ; mais n'attribuons pas à ce perfectionnement, en quelque sorte artificiel, une inégalité de développement qui apparaît à la naissance, qui précède tout

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Bicbat fait ressortir avec soin les variations nombreuses auxquelles sont soumises les fonctions de la vie organique ; mais ces variations n'ont-elles pas leur retentissement dans celles de la vie animale? Qui n'a remarqué les vicissitudes de la volonté, de Tentendement, des émotions diverses; que la volonté d'un jour est rarement celle du lendemain; que les facultés intellectuelles s'exercent avec une inégale intensité aux différentes heures de la mêmejoumée ; que le moral subit à chaque instant une foule de modifications ? Toutes ces variations dans Tune et l'autre vie s'enchaînent réciproquement : la circulation étant plus rapide, Tentendement est plus actif; certaines idées se faisant jour, la circulation est accrue. En quoi, d'ailleurs, ces variations peuvent-elles s'opposer à l'harmonie d'action? Cette harmonie n*est-elie pas constante dans tous les phénomènes physiologiques, et ne ressoil-elle pas plus évidente encore des changements qui ont lieu pendant la vie?.... Tout ce que Bichat dit à ce sujet ne prouve donc rien en foveur de son arrangement systématique.

Note [G]. L'habitude émousse le sentiment.

Bichat se trompe souvent dans ses appréciations physiologiques en se laissant entraîner par les mots avant d'en avoir précisé le sens. Il eût été plus exact de dire que l'habitude diminue l'intensité des émotions : car on ne saurait appeler sentiment ce qui n'est que l'impression du plaisir et de la douleur. Le sentiment est plus que cela : il implique un désir; lorsque ce désir est immodéré, il devient une passion. Or l'habitude, ou le renouvellement des excitations auquel on donne ce nom, est loin d'affaiblir les désirs et les passions, qu'elle tend, au contraire, à rendre insatiables : l'ambitieux court toujours après des conquêtes plus grandes que celles dont il vient d'être mis en possession ; l'avare convoite toujours de plus riches trésors; le vaniteux recherche toujours déplus puérils triomphes ; le voluptueux rêve sans cesse des voluptés plus vives, etc. L'insatiabilité est le tourment des hommes habitués à satisfaire tous leurs désirs. Le sentiment satisfait sur un point s'agite plus vivement, sur un autre : l'objet change, mais la passion persiste et s'accroît.

L'habitude n'émousse donc point le sentiment; en dimi'-

âOa KOTE8

nuant Tintcnsité des émotions, ce qui est inséparable de lasatisfaction d'un sentiment, elle nous porte à ea rechercher de nouvelles. Une émotion agréable, lorsqu'elle est souyent éprouvée, devient moins vive; de là la satiété qui suit le plaisir. Mais il ne faut pas s'y méprendre : cette satiété n'est point Tépuisement du désir; c'est plutôt le désespoir de la passion réclamant de nouvelles jouissances et n'en apercevant plus. (Tcsl rinsatiabilité aux prises avec le néant.

Mais est-ce toujours T habitude qui, dans les exemples donnés par Bichat, affaiblit les émotions?... Il est permis d'en douter : cai' il suffit souvent, pour qu'une impression agréable ou pénible soit produite avec moins de force, qu'elle ait été éprouvée une seule fois ; il suffit même qu'elle ait été prévue, qu'elle ait été présente à notre pensée, d'après la notion plus ou moins exacte qui nous en a été donnée. Qu'une émotion soit connue, qu'elle soit attendue, que toute soudaineté soit devenue impossible, elle sera désormais acquise à la personnalité de l'homme ; elle y sera toujours présente sous forme d'idée; elle deviendra par là un obstacle à ce que la modification physiologique dont elle est l'expression se reproduise avec la même intensité. Il ne faut donc pas présenter comme un résultat du renouvellement des émotions ce qui est en réalité le résultat de l'intervention d'une idée ou d'un simple souvenir.

Il est une autre considération qui doit contribuer à amoindrir la part attribuée à l'habitude dans Taffaiblissement des émotions. Cette considération , la voici : une émotion recherchée d'abord avec ardeur, sous l'influence d'un violent désir, ne peut pas être la même lorsque, ayant été éprouvée, le désir est satisfait. Le calme .qui succède à une satisfaction obtenue n'a rien de commun avec TindifTérence produite par Tbabitude. Cette satisfection est moins vivement désirée, et partant l'émotion est moins vive ; voilà tout. Cela revient à dire que l'objet possédé cesse d'être désiré, ce qui est bien naturel. 11 serait assez étrange que l'on persistât à désirer ce que l'on

L'habitude joue donc, dans les pages auxquelles cette note se rapporte, un rôle qui «stloin de lui appartenir réellement; et Bichat, après avoir mis sur le compte de l'habitude des effets auxquels elle est parfaitement étrangère, conclul lurav^ ment que la constance et la fidélité dans les affections ne sont

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pas dans la naturel Heureusement il n*en est pas ainsi, puisque rhabitude fortifie les bons sentiments et les transforme en besoins ; puisque Fidée toujours présente des premières émotions ajoute encore à la durée des véritables affections qui les ont fait éprouver.

Si rbabitude produit réellement les eilets opposés que lui attribue Bichat, il faut croire que ce mot un peu vague est employé indistinctement pour exprimer des choses bien différentes. Il nous est impossible de présenter ici toutes les réflexions que ce doute nous suggère. Ce qui est certain, k nos yeux du moins, c'est que, considérée comme le renouvellement normal des excitations nerveuses, Thalûtude produit le même effet dans tous les cas, soit qu'il s'agisse des impressions sensoriales, des opéiations intellectuelles et des mouvements volontaires (1), soit qu'il s'agisse des impressions affectives, des désirs, des sentiments et des passions. Le renouvellement gradué des excitations perfectionne ceux-là et fortifie ceux-ci. Loi^sque ce renouvellement est porté plus loin, il les surexcite les uns et les autres. Quant aux émotions, si elles perdent de leur intensité lorsqu'elles ont été éprouvées une ou plusieurs fois, cela tient à des causes auxquelles l'habitude doit être regardée comme étant étrangère (2).

Note [H]. De l'habitude dans la vie organique.

Bichat reconnaît lui-même que l'habitude exerce son empire sur quelques-uns des organes appartenant à la vie organique ; mais il se hâte d'expliquer cette exception en faisant observer que ces organes appartiennent à la fois aux deux vies. L'habitude, néanmoins, en atteignant les organes intermédiaires, tels que les poumons et l'estomac, porte nécessairement son action au delà, dans le domaine de la vie exclusivement nutritive. Ainsi la faim, qui subit l'influence de l'habi-

(1) Daûs l'article où il traite de Téducation de la yie animale, Bichat reviendra sur ce sujet et il y démontrera l'iofluence de rexereice sur le perfeclionnement de ces fonctions.

(2) Nous avons tâché de déterminer les lois physiologiques qui régissent les phénomènes de rhabitude, dans le VI« chapitre de notre ouvrage sur \e%/oneiionê et les maladies nerveuses, considérées dans leurs rapports aveo Véduealton sociale et privée^ morale et physique.

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tude, ne peut se manifester sans être précédée ou accompagnée d*unc modification dans la sécrétion de la saliye, du suc gastrique, de la bile, du suc pancréatique, etc. Ainsi la respiration de gaz méphitiques ne peut subir Tinfluence de Tbabitude sans que cette influence ait atteint la circulation, la nutritioD elle-même. Quant à Tappétit vénérien, sur lequel Thabitade exerce un si grand empire, il est en relation étroite avec h circulation de l'appareil génito-urinaire et avec la sécrétion spermatique. La répétition de certains mouvements, les exercices gymnastiques portent leur action sur les organes intérieurs et concourent à en favoriser le développement Quoi qu'il en soit, il est certain que les poumons, Testomac, les intestins, le canal de l'urètre, etc., s'habituent à recevoir sans souffrance des impressions qui, au début, étaient douloureuses. La vie organique est donc accessible à Tinfluence de ce qu'on nomme l'habitude, et cette influence peut jusqu'à un certain point s'expUquer. Ajoutons que l'action des naédicaments est d'autant moins vive que les mêmes doses ont été plus souvent répétées. Ajoutons encore que certaines maladies tendent d'autant plus à reparaître qu'elles ont eu lieu plus souvent : telles sont les inflammations, les congestions, certaines fièvres, etc. Quelle est la raison physiologique de tous ces effets remarquables de l'habitude?... Nous l'ignorons complètement.

Mais U est d'autt:es faits dont la raison est moins obscure, et que Bichat n'a pas mentionnés, et que nous indiquerons sommairement lorsqu'il s'agira du développement de la vie organique après la naissance.

Note [1]. Tout ce qui est relatif à l'entendement est relatif à la vie animale.

Remarquez l'inconvénient de la division des deux vies adoptée indifféremment pour l'homme et pour les animaux : avant de commencer ce paragiaphe, Bichat est obligé de déclarer qu'il s'agira surtout de l'homme. 11 est certain qu'il ne peut y être question de l'animal. Mais s'il s'agit surtout de l'homme, ainsi qu'il le déclare, il reconnaît donc qu'il y est question aussi des animaux, des animaux supérieurs au moins, et la confusion qu'il eût fallu éviter reparaît nécessairement. D'ailleurs, ne fût-il question que de l'homme seul, la confusion se

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retrouverait encore dans le langage dont U se sert, et qi i est toujours le même^ soit qu'il s'agisse de la vie humaine^ soit qu'il s'agisse delà vie animale. Mais ce n*est réellement pas de rbomme seul qu'il va parler, puisqu'il mentionne les actes de l'intelligence et de la volonté comme étant dans Thomme « à leur plus haut point de perfection. » Là est l'erreur. Il *est inexact de dire qu'ils sont plus parfaits chez l'homme, puisque seul il est capable de les produire. Si les actes de l'intelligence et de la volonté étaient Jes conséquences nécessaires des impressions extérieures et des impulsions internes, cette gradation pourrait être établie des animaux à l'homme. Mais cela n'est pas. L'activité est le caractère de l'intelligence et de la volonté dans l'homme ; la passiveté est le caractère des opérations cérébrales de Tanimal. Il est inexact d'assimiler l'acte de rhomme qui se rappelle, imagine, réfléchit, compare, juge et se détermine, à l'opération de l'animal, dans lequel se reproduisent les impressions reçues, et dont le premier mouvement correspond à ces impressions. Chez le premier, il y a liberté; il peut renouveler et modifier à son gré les impressions ; il peut en prévenir les conséquences. Chez le second, il y a fatalité : les impressions arrivent, se succèdent et entraînent leurs conséquences. D'aprèstîela, nous devons déplorer cette violence systématiquement faite à la logique par la plupart des physiologistes qui, comme Bichat, rapportent à la vie animale nonseulement « la méditation, la réflexion, le jugement, tout ce qui tient, en un mot, à l'association des idées, » mais encore les énergiques aspirations du sentiment, les luttes douloureuses de la vertu et les libres déterminations de la volonté. Quel est dans l'homme l'élément de cette active et intelligente liberté qui transforme les opérations de son cerveau en actes de raison et de volonté? C'est l'idée. En possédant l'idée, l'homme dispose d'une force à l'aide de laquelle il imprime le mouvement de son cerveau, en contrôle les opérations et en caractérise les impressions diverses. Cette force prend, chez lui, une forme déterminée dans le langage, qui est l'expression exclusivement humaine des conceptions ou des idées, comme le geste, l'attitude, la physionomie, etc., sont l'expression commune aux animaux et à l'homme, des émotions ou des afTections. Par le langage, l'idée multiplie et étend ses rapportsavec Torganisme cérébral; elle devient de plus, en échappant à la

fondent avec les modifications apportées par les passions dans

les profondeurs de la vie organique.

D'après tout ce que nous venons de dire, il ne s^agit plus de savoir comment les passions modifient les actes de la vie animale; il s'agit plutôt de savoir 1*> comment Témotion influence Tentendement et produit les expressions sentimentales ; 2o comment les idées influencent les émotions et en déterminent les expressions. Il s'agit, en d'autres termes, de savoir comment l'appareil psycho-cérébral et le système nerveux ganglionnaire s'influencent dans les passions. C'est, en effet, dans ces termes que doit être énoncée désormais la question posée par Bicbat en tète de ce paragraphe.

Note [L]. Du centre épigastrique; il n'existe point dans le sens que les auteurs ont entendu.

Voici une question souvent agitée. Le centre épigastrique est-il le siège des désirs, des sentiments et des passions ? Nous répondrons : Non, il n'est point le siège des désirs, des sentiments et des passions ; mais il est le foyer auquel viennent retentir sous forme d'émotions sentimentales, d'une part, les diverses conditions générales de l'organisme désignées sous le nom de penchants, et, de l'autre, les impressions et les idées affectives. Mais ce foyer n'est pas aisé à circonscrire anatomiquement, puisjju'il ne constitue point à proprement parler un appareil déterminé, spécial; il semble plutôt ne constituer qu'un appareil indéterminé et commun, de telle sorte que le retentissement émotif qui y a lieu n'offre aucun caractère bien distinct, si Vidée de la cause ou du but de l'émotion n'y apporte la précision qui y manque. On peut dire qu'un appareil émotif commun est affecté aux sentiments comme des appareils spéciaux sont affectés aux appétits, à la faim, à la soif, à l'anxiété respiratoire, à l'appétit vénérien, etc. Si ,les sentiments manquent d'un sens particulier propre à chacun d'eux, c'est parce que la plus grande part dans l'émotion sentimentale appartient à l'intelligence, qui doit y suppléer. Il n'en est pas de même des appétits. Ceux-ci ont un sens propre à chacun d'eux, parce que la plus grande part dans l'émotion sensuelle appartient à l'organisme, dont cette émotion révèle les besoins généraux.

foie, etc., qui, plus ou moins profondément affectes, lëagissent sympalhiquement sur rencéphale. » Le cerveau intervient donc dans les passions, telles que les conçoit notre illustre auteur ; mais il y intervient après avoir été sollicité par la double voie de la circulation et des sympathies. D'après cette manière de voir , c'est l'émotion viscérale qui, dans la passion , remue le flot des idées dont elle s'accompagne, et multiplie les expressions qui la trahissent; ce n'est jamais l'idée sentimentale qui provoque les émotions. Non-seulement le cerveau , mais encore Tesprit de l'homme, seraient constamment passifs dan» les passions. Les viscères de la vie de nutrition seraient seuls doues d'une permanente activité; comment expliquer alors l'influence des idées sur l'organisme , celle, par exemple , des idées voluptueuses qui font éclore certaines passions à un âge où l'organisme ne s'en accommode point encore?

Nul doute que l'émotion n'agisse sur le cerveau. Ce fait ne peut être mis en question. On sait qu'une émotion pénible, oppressive, alors même qu'aucune cause morale ne l'aurait produite, entraîne après elle des idées tristes^ de douloureux souvenirs, d'inquiets pressentiments. On sait aussi qu'une émotion gaie, expansive, alors même qu'elle tiendrait uniquement à un état de bien-être physique , fait surgir des idées agréables , des images riantes , de douces et heureuses pensées. Mais cette influence de l'émotion sur le cerveau peut-elle être attribuée à l'action plus ou moins énergique du cœur, ou à une simple irradiation sympathique ? Si c'est le sang qui dans les affections pénibles afflue moins vivement au cerveau, pourquoi ce flot d'idées tristes et d'images lugubres, pourquoi ces désolantes conceptions qui assiègent l'esprit et qu'il ne peut fuir ? En recevant moins de sang, le cerveau devrait être soustrait à cette activité dévorante d'une imagination qui veille sans cesse. Pour être en proie à de douloureuses préoccupations, l'esprit n'en est pas moins fécond en pensées de toutes sortes ; et le cerveau, son docile instrument, n'intervient pas moins énergiquement. La diminution dans l'afflux du sang ne saurait se manifester par ce surcroît d'activité cérébrale. Si ce sont les sympathies, si ce sont les irradiations obscures appelées de ce nom, qui font intervenir le cerveau dans les passions, pourquoi l'émotion est-elle accessible à la fois à la conscience et à la volonté? Appelle-t-on sympathies, nous ne disons

pas seulement les impressions transmises au ceryeau par les sens externes, mais encore celles qui y sont transmises parles sens internes , tels que la faim , la soif , Tappétit vénérien , l'anxiété respimtoire, etc. ? Réservons ce nona aux irradiations nerveuses qui se produisent dans mi domaine inaccessible à la conscience et à la volonté. L^émotion est un fait de sensibilité qui nous donne la mesure de nos propres penchants; elle est le moyen par lequel se révèlent à nous les dispositions dites morades qui se confondent , comme on le sait , avec le tempérament, ou en d'autres termes avec les conditions générales de notre organisme; elle constitue, en un mot, une irapression destinée à mettre nos plus secrets instincts en rapport avec notre intelligence et avec les influences du monde extérieur. Pour échapper à la dénomination de sympathie qui nous semble inexacte, quand il s'agit de la transmission qui a lieu d*un sens au cerveau et du cerveau à un sens ou à un muscle, nous appelons impremon ganglio-cérébrale F irradiation en vertu de laquelle Fémotion agit sur les idées, et innerv(Uim cérébro-ganglionnaire Firridiation en vertu de laquelle Fidée agit sur les émotions.

L'intei-vention du cerveau à la suite eu sous Fempire des émotions est donc incontestable ; mais cette intervention ne doit pas être confondue avec la part qui, dans les passions, est réservée à cet oi^ane important. La passion ne se borne pas à réagir sur le cei^eau, ou mieux à Fimpressionner, comme le fait Féraotion simple ; elle fait plus, elle réclame, pour exister, le concours actif de Fintelligence, et partant le concours de son organe immédiat. C'est par Fidée de la satisfaction désirée que la passion se rattache à la vie psycho-cérébrale, comme elle se rattache à la vie nutritive par l'émotion. Le moral de l'homme se distingue des actes purement intellectuels en ce que 'Fensemble des idées qui le constituent se complique de phénomènes affectifs ou d'émotions. Isolez ces deux éléments: vous verrez, d'une part, une conception calme et indifférente; vous aurez, de l'autre, un trouble vague et une agitation sans but déterminé. Réunissez ces deux éléments, c*est-à-dire Fidée de la satisfaction recherchée et Féraotion sentimentale correspondante, vous aurez le désir, le sentiment et la passion. Buisson a donc été trop loin lorsque, dépouillant la vie nutritive de Félément affectif, il en a doté la vie active, la

DE l'Éditeur. 305

vie intellectuelle et volontaire, à laquelle il n'appartient pas.

Bichat soulève, dans ce paragraphe, la question importante des expressions sentimentales. Ces expressions involontaires qui sont fournies parla physionomie, par le regard, par Taccent, par le geste, rëclament-elies pour se produire Faction intermédiaire du cerveau? Bichat , en parlant de Tinfluence des passions sur le cerveau par le cœur et les réactions sympathiques ,' semble d'abord répondre affirmativement à cette question ; puis, quelques lignes plus loin, il formule son doute en termes fort précis, a Peut-être les organes internes, dit-il, n'agissent-ils pas sur les muscles volontaires par Feicitation intermédiaire du cerveau, mais par des communications nerveuses, directes; n'importe le comment. Ce n'est pas de la question tant agitée du mode des communications sympathiques qu'il s'agit ici. » Ce doute aujourd'hui est à peine possible. D'après de nombreuses recherches sur les faits de sensibilité et de mouvement qui persistent dans de jeunes animaux après l'ablation des hémisphères cérébraux, il est permis d'affirmer que les expressions sentimentales qui trahissent les émotions se produisent indépendamment du cerveau par la seule intervention de la centralité mésocéphalo-rachidienne et des nerfs qui y prennent leur origine, du neil ikcial, par exemple. L'expression sentimentale se rapporte à l'émotion, lorsqu'elle est involontaire; l'idée, isolée de l'émotion, ne saurait en être la source. }Aème lorsque l'expression sentimentale est simulée, lorsqu'elle est soumise à la volonté, comme chez les acteurs et les orateurs, elle prend encore sa source dans l'émotion. Les artistes qui n'ont pas la puissance de faire surgir en eux-mêmes les émotions qu'ils doivent exprimer ressemblent beaucoup a ces hommes, très-nombreux sur la scène du monde, dont les paroles et les expressions sentimentales ne s'accordent point. L'hypocrite le plus habile est toujours celui qui, possédant à quelques degrés le talent de l'artiste, fait surgir à volonté de passagères, mais réelles émotions.

Rappelons ici que les expressions sentimentales ne consistent pas seulement dans les mouvements ; elles consistent encore dans des faits de circulation et de sécrétion, d'où les palpitations, la rougeur ou la pâleur de la face, les larmes, l'œil terne ou brillant, la sueur, le frisson, etc. Ces faits nous prouvent jusqu'à quel point les expressions sentimentales se con-

310 ntms

rimpressioii ganglionaaire, portent le retentissement émotif tux diffôrenls Tiscères de la vie organique, et comment & ce sont tantôt les organes digestifs, tantôt le système circulatoire, quelquefois les Tiscères appartenant aux sécrétions, qui éprouvent un changemoit, un trouble dans nos afTections morales. »

Nous avons dit et répété, dans les deux notes précédentes et dans celle-ci, que Fémotion et non la passion a son siège dans la vie organique. Le moment est yenu de faire observer que cela ne doit point être entendu d'une manière absolue. Malgré Tobscurité dans laquelle Témotion se produit, elle est accessible néanmoins à la conscience, à ce point que la volonté peut quelquefois la prévenir, la combattre et en arrêter les effets. Cest par elle que nous sommes avertis de Tintensitéde nos penchants et de la nature de notre caractère, lequel, dit Bicbat, appartient, comme le tempérament, à la vie organique ; c^est par elle que nous sommes avertis de la portée sentimentale de nos idées et de nos impressions. Elles se rapportent donc à cette série de phénomènes physiologiques qui, tout en se produisant dans les oi^ganes de la vie de nutrition, comme le besoin de respirer, la faim, la soif, etc., appartiennent néanmoins à la vie dite animale par la conscience et par la volonté dont ils subissent Tempire.

Note [M]. Différence des forces vitales d^avee les lois physiques.

Dans ce paragraphe, Bichat n'a pas eu l'intention d'énumërer toutes les différences qui existent entre les corps vivants et les corps bruts (1), puisqu'il mentionne ce seul ca-

(1) C«i différences sont énomérées par Bichat dans les eonsidérations qui précèdent son Jnatomie générale. Nous croyons deToir reproduire ki le paragraphe deoiième coacacré à cette énumération.

t Lorsqu'on met d'un côté les phénomènes dont les sciences physiques sont Pobjet, que, de l'autre, on place ceux dont s'occupent les sciences physiologiques, on Toit qu'un espace presque immense en sépare la nature et l'essence. Or, cel intervalle naît de celui qui eiiste entre les lois des uns et des autres.

c Les lois physiques sont constantes, ioTariables ; elles ne sontsnjettes oi i augmenter ni à diminuer. Dans aucun cas, une pierre ne grarite arec plus de force Ters la terre qu'à l'ordinaire ; dans aucun cas, le marbre n'a plus d'élasticité, etc. Au contraire, à chaque instant la sensibilité, la contractilité s'exaltent, s'abaissettt et s'altèieni ; elles ne sont presque jamûs les mêmes.

DE l'Éditeur. 311

ractère distinctif, à savoir^ que, dans les premiers, les phénomènes sont irréguliers et variables, tandis que, dans les seconds, ils sont réguliers et constants. Quoique Tharmonie des fonctions soit une des lois les plus incontestées de la vie,

• Il suit de là que tous .es phénomènes physiques sont constamment inyariat>Ies, qu'à toutes le^ époques, sous toutes les influences ils sont les mêmes ; que J'on peut, par conséquent, les prévoir, fes prédire, les calculer. On calcule la chute d'un grave, le mouvement des planètes, le cours d'un fleuve, l'ascension d'bn projectile, etc. ; la formule étant une fois trouvée , il ne s'agit que d'en faire l'application à tous les cas. Ainsi, les graves tombent toujours selon la suite 4es nombres impairs ; l'altraction a lieu constamment en raison inverse du carré des distances, etc. Au contraire, toutes les fonctions vitales sont susceptibles d'une foule de variétés. Elles sortent fréquemment de leur degré naturel; elles échappent à toute espèce de calcul; il fendrait presque autant de formules que de cas qui se présentent. On ne peut rien prévoir, rien prédire, rien calculer dans leurs phénomènes : nous n'avons sur eux que des approtimations, le plni souvent même incertaines.

c II y a deux choses dans les phénomènes de la vie, !« l'état de santé, i° celui de maladie : de là, deux sciences distinctes : la physiologie, qui s'occupe des phénomènes du premier état; la pathologie, qui a pour objet ceux du second. L'histoire des phénomènes dans lesquels les forces vitales ont leur type naturel nous mène comme conséquence à celle des phénomènes oii ces forces sont altérées. Or. dans les sciences physiques il n'y a que la première histoire : jamais la seconde ne se trouve. La physiologie est aux mouvements des corps vivants ce que l'astronomie, la dynamique, l'hydraulique, l'hydrostatique, etc., sont à ceux des ' corps inertes : or, ces dernières n'ont point de sciences qui leur correspondent comme la pathologie correspond à la première. Par la même raison, toute idée de médicament répugne dans les sciences physiques. Un médicament a pour but de ramener les propriétés à leur type naturel : or, les propriétés physiques ne perdent jamais ce type, n'ont pas besoin d'y être ramenées. Rien dans les sciences physiques ne correspond à ce qu'est la thérapeutique dans les physiologiques. On voit donc comment le caractère particulier d'instabilité des propriétés vitales est la source d'une immense série de phénomènes qui nécessitent un ordre tout particulier de sciences. Que deviendrait le monde, si les lois physiques étaient sujettes aux mêmes agitations, aux mêmes variations que les lois vitales? On a parlé l)eaucoup des révolutions du globe, des changements qu'a éprouvés la terre, de ces bouleversements que les siècles ont lentement amenés, et sur lesquels Us s'accumulent sans en présenter d'autres : or, vous verriez à chaque instant ces bouleversements, ces troubles généraux dans la nature, si les propriétés physi- ■ques portaient le même caractère que les vitales.

« Par là même que les phénomènes et les lois sont si différents dans les sciences physiques et physiologiques, ces sciences elles-mêmes doivent essentiellemen* différer. La manière de présenter les faits et de rechercher leurs causes, l'art expérimental, etc., tout doit porter une empreinte différente ; c'est un contre-sens dans ces sciences, que de les entremêler. Comme les sciences physiques out été perfectionnées avant les physiologiques, on a cru éclaîrcir celles-ci en y associant les autres: on lésa embrouillées» C'était inévitable; car, appliquer les sciences physiques à la physiologie, c'est expliquer par les lois des corps inerlc» les phé-

il est certain que la manière dont ces fonctions s'exécutent échappe à cette uniformité, qui permet les explications physicochimiques et les formules mathématiques. « Cette instabilité des forces vitales , dit-il (pourquoi ne pas dire plutôt celle

oomèoes des corps vivants. Or, toilà un principe faux : donc toutes tes eoiséquences doivent être marquées au même coin. Laissons à la chimie son affinité, i la physique son élasticité, sa gravité. ITemployons pour la physiologie que la sensibilité et la oontractilité : j'en excepte cependant les cas où le même organe devient le siège des phénomènes vitaux et physiques, comme I'obI et i'orolie. par exemple. C'est sous ce rapport que l'empreinte générale de cet ouvrage est toute difTé rente de ceux de physiologie, de celui même du célèbre Haller. lo ouvrages de Stahl offrent bien r avantage réel de négliger tous ces préteodas secours accessoires, qui écrasent la science en voulant la soutenir ; mais eomme ce grand médecin n'avait point analysé les propriétés yitsdes, il n'a pu préstaiter les phénomènes sous leur véritable aspect. Rien n'est plus irague, plus ineertun (fue ces mots, tnlaliU^ action vitale, iti/lux vitale etc., quand on n'en prédie pas ri* goureusement le sens Supposez qu'on crée ainsi, dans les sciences physiques, quelques mots généraux, vagues, qui correspondent eux seuls i toutes ks propriétés non vitales, qui n'offrent que des idées générales et nullement précises: si vous placez partout ces mots, si vous ne fixer pas ce qui appartient à la gravité, ce qui dépend de l'affinité, ce qui est un résultat de l'élasticité, etc., tous neioas entendrez jamais. Disons-en autant dans les sciences physiologiques. L'art doit beaucoup à plusieurs médecins de Montpellier pour avoir laissé les théories bce^ haavienoes, et avoir plutôt suivi l'impulsion donnée par Stahl. Mais en s'écartast ' du mauvais chemin, ils en ont pris de si tortueux, que je doute qu'ils y trouTeot oa aboutissant.

t Les esprits ordinaires s'arrêtent, dans les livres, aux faits isolés qu'ils présentent ; ils n'embrassent pas d'un seul coup d'oeil l'ensemble des principes saivaot lesquels ils sont écrits. Souvent l'auteur luinméme suit, sans y prendre garde, l'impulsion donnée à la science à l'époque où il écrit. Mais c'est à cette impulsioo que s'arrête surtout l'homme de génie; or, elle doit être désormais absoloment différente dans les livres physiologiques et dans les livres physiques.U faudrait poor ainsi dire un langage différent ; car la plupart des mots que nous transportons des seconds dans les premiers nous rappellent sans cesse des idées qui ne s'allient nullement avec les phénomènes dont traitent ceux-là. Voyez les solides vÎTants, sans cesse composés et décomposés, prendre et rejeter à chaque instant des substances nouvelles ; les solides inertes rester au contraire constamment les mêmes, conserver les mêmes éléments jusqu'à ce que le frottement ou d'autres causes les détruisent. De même, voyez dans les éléments des fluides inertes une uDifonnité invariable, une identité constante dans leurs principes, qui sont connus dès qo'oo les a analysés une fois ; tandis que ces principes, sans cesse yariables dans les fluides des corps vivants, nécessitent une foule d'analyses faites dans toutes les circonstances possibles. Nous verrons les glandes et les surfaces exhalautes verser, suivant le degré oui se trouvent leurs forces vitales, une foule de modiBcations différentes du même fluide; que dis-je? elles versent une foule de fluides réellement différents : car ne sont-ce pas deux fluides, que la suevr et rorine rendues en une circonstance, et la sueur et Turine versées dans une autre? Mill* exemples pourraient ici invariablement établir cette assertion.

DB l'Éditeur. 313

instabilité des phénomènes vitaux), cette facilité qu'elles ont de varier à chaque instant en plus ou en moins, impriment à tous les phénomènes vitaux un caractère d'irrégularité qui les distingue des phénomènes physiques remarquables par leur uni-

c II est de la nature des propriétés vitales de s*épuiser ; le temps les use dan» 1« même corps. Exaltées dans le premier âge, restées comme stationnaires dans l'âge adulte, eltes s'affaiblissent et deviemient nulles dans les derniers temps. On dit que Prométhée, ayant formé quelques statues d'hommes, déroba le feu du ciel pour les animer. Ce feu est l'emblème des propriétés vitales : tant qu*il brûle, la vie se soutient; elle s*anéantit quand il s'éteint, li est donc de Tessence de ces propriétés de n'animer la matière que pendant un temps déterminé ;- de là les limites nécessaires de la vie. Au contraire, constamment inhérentes à la matière, les propriétés physiques ne l'abandonnent jamais : aussi les corps inertes n'ont-ils de limites à leur existence que celles que le hasard leur assigne.

c La nutrition faisant passer sans cesse les molécules de matière des corps bruts aux corps vivants, et réciproquement, on peut évidemment concevoir la matière comme constamment pénétrée, dans l'immense série des siècles, des propriétés physiques. Ces propriétés s'en emparèrent à la création, si je puis m'exprimer ainsi ; elles ne la quitteront que quand le monde cessera d'exister. Eh bien, en passant de temps à autre par les corps vivants, pendant l'espace qui sépare ces deux époques, espace que l'immensité mesure, eu passant, dis-je. par les corps vivants, la matière s'y pénètre, par intervalles, des propriétés vitales qui se trouvent alors unies aux propriétés physiques. Yoilà donc une grande différence dans la matière, par rapport à ces deux espèces de propriétés : elle ne jouit des unes que par intermittence ; elle possède les autres d'une manière continue.

« Je pourrais grossir ces considérations d'une foule d'autres, qui établiraient,de plus en plus et la différence des lois physiques d'avec les lois vitales, et la différence des phénomènes physiques d'avec les phénomènes vitaux, qui est une conséquence de la première, et la différence de l'empreinte générale et des méthodes des sciences physiques et des physiologiques, qui est une conséquence des deux autres. Je pourrais montrer les corps inertes se formant au hasard, par la juxtaposition ou par la combinaison de leurs molécules ; les corps vivants naissent au contraire par une fonction déterminée, par la génération; les uns croissant comme ils se sont formés, par juxtaposition ou par combiniûson de molécules nouvelles, les autres par un mouvement intérieur d'assimilation qui exige diverses fonctions préliminaires ; ceux-ci être , tant qu'ils existent, le siège h-bituel d'un mouvement de composition et de décomposition; ceux-là rester toujours dans le même état intérieur, n'éprouver d'autres modifications que celles que les lois physiques président et que le hasard amène; les premiers cesser d'être comme ils ont commencé à être, par les lois mécaniques, par le frottement ou par des combinaisons nouvelles; les seconds offrir dans leur destruction naturelle un phénomène aussi constant que dans leur production ; les derniers passer tout de suite à un état nouveau quand ia vie les a abandonnés, éprouver la putréfaction, la dessiccation, etc., qui étaient nulles auparavant, parce que, enchainccs par les propriétés vitales, les propriétés physiques étaient sans cesse retenues dans les phénomènes qu'elles tendaient à produire; les autres, au contraire, conserver toujours les mêmes modifications. Qu'une pierre, un métal, etc., en se rompant, en se dissolvant, cessent d'exister, leurs molécules resteront toujours dans

J^iA TIÛTES

formité. « Bicbât semble avoir ét^ amené à menlioDaer btsi 4>articuUère[nerit cette difTérence pour combattre lei? préleolions que les matérialistes de son temps affectaient si orgueil- JeuseiLient de subordonner la science de la vie aux lob physiques el aux formules mathématiques. Nous reconnaissons ToloDti£rs que, dans cette iégilime attaque, Bichat a été, dam ^expression, plus loin que sa pensée, CelleKii était trop supé- TÎeun pour repiMisser le concours que les expériences ph]fsicfr chimiqui'Sf contenues dans de justes limites, peuvent apporter à k doctrine \it&liste. Ce concours doit être reclierchéj malgré l'étrange abus qui en a été Tait par des physiologistes émments de nolfe époque. Le calcul lui-même, auquel les phéuomèoËi vitiu> M 'T^nl si complètement, ne saurait en être knoi ^ans n, malgré les singulières applications à la su-

tistiqi;^.^ oadicale qui en ont été faites par des praticiens d'an grand mérite. Ce ne sont point les reclierches ph v s ico -chimiques ou matbéniaUques, mats ce sont les principes qui rfominent cet ordre ioférieur de recherches, qu'il faut repousserai domaine de la physiologie, La science de la vie recooMll d'autres lois '. ce sont ces lois qu'il faut réserver. Les phénomènes vitaujt sont complexes, el les forces physiques, tout en y prenant une part difficile à mesurer, mais incontestable, sùcil

le mëmtïéUt. Main quelques auleuTsoat déjà présenté &d grande p&jrUe «c putl' èle : coESlcfltunfi-nnuB û'eti tirer 11 eoti^équeace déjà sogveot déduite des 4ÉAm fails: je ifcuï dire U dilTéreuoe des loïs qui présidect à i'tine el à V^v^rtéM^ ^e phénomÊîiies,

« Mais Je dois indiquer ici une diETcrcare eaftcntieLlf! eotre les propriétés Tittls^ et physiques ; je \cui parler de»^ svmpâlhiËfi.

a Tout corps itifirte n'olfre aucune conimuujcaUon dans ses dirers&i p*rtio. Qu'une u^tieiiuk^ d'un blr.c de pierre, de EnÉlaJj, Eùit altérée d'un,c in«aièitf# conque, par les disiiiûlLitbns dùttiiques, par les ag«Eils mécaoiqu?^^ etc., leialtMl parties ni? s'en it-ssenlenl isuLlemeut ■ iJ Tauï pgiir les atteindre une action dirwte Auconlraîre, tout est tellement lié el cd chaîne dan* les corps vivatttf,{^it'Q« |«rtie que]coac|ue ne peut être trrïublëc dana £ê£ Tunctioui» sun^ que lel MB* *«u reBScntccil aus^ilôt. Tuus les tnddecinB anl connu le consensi^ «i«rf* ^ttî exiiïle LMjIre Inii^ nos ùrj^aueg i il & lieu et duas l'éUt de saptc, et dam téâ é» maladie, n^ais pt îucipûleinçut dans oe dcTDÎcr. Combien Jes Enaladi» sffi*^ t)«eUes 1 étudier, i^î elles c1aï<!nt dëp^viltée^ de tuut acddenl fiiympatbiqu«îi>^ ^tti ne âflit que suuvent ceui-ci prédominent sur ceux qui tiennent Jmiuédialta^' «k lésion de i'ur^^ane malade ? Qui ue sait que la can&c du s^DinuietJ, dn «t!uU* t!!gy»$« ck'â ahafjrptimiis, îles &écréiloins, des vomisscmeuU et dévoieiiKiits. ^ wMilhMis d'uri"^ ' " utsions, etc., est souvent bien loin du cerveiu, ^

.*\WW»l*. de glandes, dé Vebtomac, des intrsifns, de Ei i

DE L'ÉBmn. 31$

soumises à Tenipire dVnie force supërieiire qui I» réirt % j» faisant servir h ses fins. ReconnaîauiB Tempir? .1:^:^1. ie la force de formation en Terta de laqnefle ks ècreft -:-. 1.-^9 naissent d'un germe, s'accroissent, sobîseit les 'nzr^.r^ mations des âges; ^rès cela mootrai»-iioGS enïçr^Sàb i appeler sur notre sdence les lumières de la pb^^i-foe *i et la chimie.

« Les êtres organisés, dit Bunbch. di3^<?iit «ita tOfAts inorganiques en ce qa^ils sont astreints k or^ rr':ç7s»<=Li:c m&tinuelle, c'est-à-dire qoe leur existence suit nn •xit'î îK'>rminé, qu'ils sont soumis à mie métamoq>hose r-fs^Lcrr». 17 ir.t sa cause en eux-mêmes, et qifilsoot an b«it Ac'^rz^^.ZMt. hiîcpendant des causes ext^ieorcs. Lear caractère est -ifiBc l'i- Toir en eux an type de changement qui peut bien écre mr«:.dé par les choses du dehors, mais ncnnraic être-ioccê par-riies, puisque, loin delà, il résiste jusqu'à on certain pciz:: i >iir influence (I). »

Bichal n*a point fixé son attention sur cette :'.riii ir.e et indivisible de formation progresBTe. qui est \\ Km. L^tru:. comme il Télait, par la conception de ses deux ':ia« -rt i- vi rfetix propriétés vitales: aussi semble-t-il r/i-.ir ;a= t-z compris que la Tîe se distingue surtout p^^r Li i.iLi.r iinaijr.n complète des phénomènes qui, au dehors 'lelle. :.ir.s le r/j.r.tîe inorganique, se régissent en ^ertu de Wîs Drorr-i^. -t iirffi:â::.s une si complète indépendance.

Note [N]. Des doux espèces de sensûÀUte ammaU «r '^r .oub, «f»

Bichat emploie îndifEéremment les moti forces^ y.u. r.r\^ priétés, pour coordonner ou pour expliquer les phtrni.r.;ent:i .f^ la Tie. Une plus grande exactitude dans les idées 2é;.éra>^. r^. fût manifestée par une plus grande précision. Les pi* xrir'. :« d'un coips ne sont point les forces qui président i ur: .v.: -. déterminé de phénomènes; elles ne sont pas davar.ta^-: les . ..^ en vertu desquelles plusieurs ordres de pbér.omér.es se -:-.t.' pliquent, s'engendrent ou se succèdent lêi uns les aut. i^.

Nous ne répéterons point ici toutes les objoi:li';!:.s «v** -^ été faites à la doctrine des propriétés vitales er.srLr.»^e par Bichal. Rappelons seulement que les phénomène?. W>. ^wa

()) Traité de pAftiotogie^ trad. par M. iMrd&n. 1. 1 . ^ %.

J3iA NOTES

formité. » Bichat semble avoir été amené à menlionTier toul ^articulièi'cmiint cette diffère nce pour combattre k? pr^teolions que les malérialistes de son temps affectaient si orgueO- Jeusement de subordonner la science de la Tie aux loi^ physiques et aux formules mathémaliques- Nous reconnaissons volontiers que, dans celte U-gltime attaque, Bichat a été, dans 4'expression, plus loin que sa pensée. Celle-ci était trop siipé- Tieure pour repousser le concours que les expériences phystcochimiques, contenues dans de justes limites, peuvent apporter k la doctrine vitaliste. Ce concours doit être recherché, malgré l'étrange abus qui en a été fait nar dps ph)^siolûgistes émments de notre époque. Le calcul i i, auquel les phénoTnèrtéf

vitaux échappent si çompléiw m saurait en être banni

sans condition, maigre les es applications à la ^Ei-

tistique mt^dicale qui en on' ^s pai- des praticiens d'mi

grand mérite. Ce ne sont p cherches physico-chioa-

quesou mathématiques, ma*. . les principes qui domi-

«ent cet ordre inférieur de rer s, qu'il faut re pousser 4u

domaine de la physiologie. en ce de la vie recoonaii

d'autres lois : ce sont ces loii aut réserver. Les phéiw-

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le même étaL ïîois quelque» autEM^rs oiit déjà présenté eo gfjiade partie ce pl^ èle : conteatoûs-ncîUfi d^en tirer 1ï conséquence déjà Q^Miveat déduite âti lutitf faits: je \euj dire L4 di^Ëreocu dLS lois qui i^réaideut k L'un^ et à raufreclw de phénomènes.

« Mais je dnia Indiquer ici une difTérËiire cticntklle eDlr« tes propriétés Tilï}^ et physiques : je veux parler des sym patiner.

« Tout corps iiierle u'olTre aueuDS eonimunicatïoii di^DB ges direnfii piftft Qu'une extrérnitu duo bloc de pierre, de mélaJi ont altérée d'une nnnière q"dconque, par les diiiSDLijtiûD& chEmique^» par Les ag^euls EnÉcouiqutïSf etc „ k&vitJti parties ne s'en resscnkninuUctuent ; il faut pour tes atteindre une action Sm^ AucontrairCi tout est lelleuieut lié et enchaïué dans les corps ^ÏTaat^qu'rtt partie quelconque ne peut èlre troublée dans ses fonclioDs Mins que lit mW ?en ressenterd aussllût. Tous les médecins ont counti le consensus siu^iitia qui existe eutre tous nos Gfgànes : il a lieu et dani l'état de sanle, et danï cHi» de maladie, iroîs princi paiement datis ce dernier. Combien les tnaladies «r*^ faciles a étusUer, si elles étalent dép^kuiUéefi de tout accirJËal sympstliitnitl^ qui ne sait que sodTcnl £eu](-cl prédomifient sur ceux qa'ï tiennent iniQuédiiler»' a la lésion dé Toij^ane malade ? Qui ne sali que Ja cause du fiammeiil, deî «lu*»lions, des ab^orptious, des îécrélioiis, ans vomi&sements et d^ voiemeati, ^ rétentions dunuË, «ks convulsions, eLc, e&t ^ouvetil bi«a Inin eu cervtsu, ^ exhalants, des absofhanls, des friandes, de l'efitomke, des intc&Lînft, de li ft^ des muscles volotilaUe^^ ciel i

DE l'Éditeur. 31^

soumises à Tempire d*nne force supérieure qui les régit en les faisant servir à ses fins. Reconnaissons Tempire initial de la force de formation en vertu de laquelle les êtres vivants naissent d'un germe, s'accroissent, subissent les transformations des âges; après cela montrons-nous empressés à appeler sur notre science les lumières de la physique et de la chimie.

« Les êtres organisés, dit Burdach, diffèrent des choses inorganiques en ce qu'ils sont astreints à une progression continuelle, c'est-à-dire que leur existence suit un cours déterminé, qu'ils sont soumis à une métamorphose régulière^ ayant sa cause en eux-mêmes, et qu'ils ont un but déterminé, indé» pendant des causes extérieures. Leur caractère est donc d'avoir en eux un type de changement qui peut bien être modifié par les choses du -dehors, mais ne saurait être donné par elles, puisque, loin de là, il résiste jusqu'à un certain point à leur influence (1). »

Bichat n*a point fixé son attention sur cette force une et indivisible de formation progressive, qui est la vie, distrait^ comme il l'était, par la conception de ses deux vies et de ses deux propriétés vitales : aussi semble-t-il n'avoir pas assez compris que la vie se distingue surtout par la subordination complète des phénomènes qui, au dehors d'elle, dans le monde inorganique, se régissent en vertu de lois propres, et affectentune si complète indépendance.

Note [N]. Des doux espèces de sensibilité animale et organique.

Bichat emploie indifféremment les mots forces, lois, propriétés, pour coordonner ou pour expliquer les phénomènes de la vie. Une plus grande exactitude dans les idées générales se fût manifestée par une plus grande précision. Les propriétés d'un coips ne sont point les forces qui président à un ordre déterminé de phénomènes; elles ne sont pas davantage les lois en vertu desquelles plusieurs ordres de phénomènes se compliquent, s'engendrent ou se succèdent les uns les autres.

Nous ne répéterons point ici toutes les objections qui ont été faites à la doctrine des propriétés vitales enseignée par Bichat. Rappelons seulement que les phénomènes les plus

(1) Traité de physiologie, trad. par M. Jourd&a, 1. 1 , ç ^.

514 TÏOTES

formité- » Bichat semble avoir été amené à meiiHoiineT tout narticaUèroïTieiit cette différence pour combattte kg préleDlions que tes matërtalistes de son temps aOectaient si orgneil^ Je use ment de subordonner la science de la vie aux lois phtsitjues et aux formules mathémalïques. Nous reconnais^ns volontiers que, dans cette légitime attaque, Bicbat a été, dans reïpressioîv, plus loin que sa pensée. Celle-ci était trop supérieui-e pour repousser le concours que les expériences physicochimiquèSf contenues dans de justes limites, peuvent apporter à la doctrine litaiiste. Ce concours doit être recherché, malfïr^ rétrange abus qui en a été f^^» ^'^ des physiologistes émiaenls de notre époque. Le cale ne, auquel les phétïomèûw

vitaux échappent si com , ne saurait en être banni sans condition, malgré les ières applications à la sta-

tistique médicale qui en oi ïtes par des praticiens d'un

grand mérite. Ce ne sont | recherches ph y sico -chimi-

ques ou mathématiques, niLi^. ^ int les principes qui dominent cet ordre inférieur de rech les, quHl faut repoiîsserdu domaine de la physiologie. icience de la vie reconoiit d'autres lois : ce sont ces lots l faut réservi^\ Les phiûojnènes vitaux sont complexes, ....*JS forces physiques, tout en y prenant une paît difficile à mesurer, mais incontestable, Sfiitl

le mènitt État. Mais quelques auteurs ont déjà présenté en gratide partie e« puîl* èle : coiitentaDï-iious d'en lircr lï conséquence déjà f ouveat dédutie des uitre* fsit&: je veux dire la dJCTéreucrË des lais qui [irébid^pt à l'une et k lauLrg cEi *y «Je pbËUOiiièuei».

« Mais je dois indiquer ici une diSërence essentielle entre les propriétés viUlei et physiques : je veux parler des sympathies.

a Tout corps inerte n'offre aucune communication dans ses diverses parte. Qu'une extrémité d'un bloc de pierre, de métal, soit altérée d'une manière quel* conque, par les dissolutions chimiques, par les agents mécaniques, etc. les astres parties ne s'en ressentent nullement; il faut pour les atteindre une action directe. Au contraire, tout est tellement lié et enchaîné dans les corps vivants, qu'use partie quelconque ne peut être troublée dans ses fonctions sans que les astro ?en ressentent aussitôt. Tous les médecins ont connu le consensus singsto qui existe entre tous nos organes : il a lieu et dans l'état de sanle, et dans cd« de maladie, mais principalement dans ce dernier. Combien les maladies sertie«' faciles a étudier, si elles étaient dépouillées de tout accident sympathique! X>i< qui ne sait que souvent ceux-ci prédominent sur ceux qui tiennent immédiateoeat a la lésion de l'organe malade ? Qui ne sait que la cause du sommeil, des exhala' tiuns, des absorptions, des sécrétions, des vomissements et dévoionentf, dtf rétentions d'urine, des convulsions, etc., est souvent bien loin du cerveau, ^ exhalants, des absorbants, des glandes, de l'estomac, des intestins, de la tessiei des muscles volontaires, etc.? »

DE l'Éditeur. 3\S

soumises à Tempire d^une force supérieure qui les régit en les faisant servir à ses fins. Reconnaissons Tempire initial de la force de formation en vertu de laquelle les êtres vivants naissent d'un germe, s'accroissent, subissent les transfor* mations des âges; après cela montrons-nous empressés à appeler sur notre science les lumières de la physique et de la chimie.

« Les êtres organisés, dit Burdach, différent des choses inorganiques en ce qu'ils sont astreints à une progression continuelle, c'est-à-dire que leur existence suit un cours déterminé, qu'ils sont soumis à une métamorphose régulière^ ayant sa cause en eux-mêmes, et qu'ils ont un but déterminé, indé* pendant des causes extérieures. Leur caractère est donc d'avoir en eux un type de changement qui peut bien être modifié par les choses du -dehors, mais ne saurait être donné par elles, puisque, loin de là, il résiste jusqu'à un certain point à leur influence (i). »

Bichat n> point fixé son attention sur cette force une et indivisible de formation progressive, qui est la vie , distrait, comme il l'était, par la conception de ses deux vies et de ses^ deux propriétés vitales : aussi semble-t-il n'avoir pas assez compris que la vie se distingue surtout par la subordination complète des phénomènes qui, au dehors d'elle, dans le monde inorganique, se régissent en vertu de lois propres, et affectent une si complète indépendance.

Note [N]. Des doux espèces de sensibilité animale et organique,

Bichat emploie indifféremment les mots forces, lois, propriétés, pour coordonner ou pour expliquer les phénomènes de la vie. Une plus grande exactitude dans les idées générales se fût manifestée par une plus grande précision. Les propriétés d'un coi'ps ne sont point les forces qui président à un ordre déterminé de phénomènes; elles ne sont pas davantage les lois en vertu desquelles plusieurs ordres de phénomènes se compliquent, s'engendrent ou se succèdent les uns les autres.

Nous ne répéterons point ici toutes les objections qui ont été faites à la doctrine des propriétés vitales enseignée par Bichat. Rappelons seulement que les phénomènes les plus

(1) Traité de physiologie^ trad. par M, iourdan, 1. 1 , ^ ^.

su NOTES

formité. w Bichât semble avoir été amène h mentionner tout ^particulièrement cette ditTércnce pour combattre lef? pvéteniions que les niatdrîaUstes de son temps affectaient si orgueil- Jeusemeiit de subordonner la science de la vie aux lois physiques et aux formules mathématiques* Nous ree on naissons volontiers que, dans cette légitime attaque, Bichat a été, dans 4'expression, plus loin que sa pensée. Celle-ci était trop supé* Tieurc pour repousseï- le concours que les expériences ph jsico chimiquL'S, couteoues dans de justes limites, peuvent appoHer à la doctrine vitalisle. Ce concours doit être recherche, malgré rétrange abus qui en a été fiii» "^r âp^ physiologistes émineais de notre époque. Le calcul ïi auquel les phénomènes

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^ans condition, malgré les !s applications à h sta-

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qiies ou mathématiques, maia i les principes qui demi-

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xiomaine de la physiologie. nce de la vie recoanaît

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mènes vitaux sont complexes, ^ xci -orces physiques, louteo y prenant une part difficile à meaureri mais incontestable, soûl

le même ctaL Al£iis quelques auteurs oglL déjl présenté ep gr&ade par(je « panHèle : contenton^pous d'en tirer la cùiiE.ét}iieiict! déjà souvent dédulLe d«$ ttAra fails: je T^eujtdire la lUfTéTence des lois t]ui [irésîtleDt à Vuae el k laulre cjjuie de phénomcJke»^

« B^ïis je dois iadiquer ici une ditTàrenre eiaeiilSelk «otre Jei ^ro prié tés tî^iI^ et physifjues : je veui jifirler des sympalhies.

« Tout cnrps luerie n'offre Éiucunc conirnuuicatioa dans ses diverses ^as^* Qu'une eïtrémUé d'un bloc de pierre^ de m^lal, soi l altérée d*une tnanièrt^ conque, par I«b disÀq|utions£Llajiques^ par les Bgeuts mécaaiquefi, eie lesi^O parties fie s'en res se nient nullement ; il faut pûuf les atteindre une «etÎQO direct AuconLraire, tvut eat lellcment lié et enchaîné dans tes corps vivante, (jg'sJW partie qucIcoEique ne peut âtre tri:)ubtéË dan» ses fupciiods c^nfi que Ici uti^ ? en rCËSe nient aussUM. Tuus les médecins ont connu le cftHscHttàf ùagé^ qui existe tiiire lûns nos organes : il a lieu et dauE l'état d^ «qnie eï daol cdd (le maEadie, mais prtticj paiement dans ee dernier. Combien les maladies ««»■* faciles a Étudier , sî elles étaient dép'kuUlées de togl aceident tiympaîhîquBi Vi^ qui ne sait que souTent ceux-ci prédominent sur ceui qui tieniieDt ÎEnniédialeno' a la Itsiun de Tort^ane malade ? Qui ne sait que Ië cause du sotumeit, des eiM*tions, des abs&rptjon^, des sécrétions , des vomi&îiemL'uts et dévukinesl*, "1* réten{ioi55 d'uriue, des convulsionSn el^ï,, est $ouvenL biea loin du eerreao, exhalants, des absorbants, des (glandes, de l'eâlomac, des inU^lius^ de des muscles vc]Lonlaice^,iïic,'Zi

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DE l'Éditeur. 3\S

soumises à Tempire d^une force supérieure qui les régit en les faisant servir à ses fins. Reconnaissons Tempire initial de la force de formation en vertu de laquelle lés êtres vivants naissent d'un germe, s'accroissent, subissent les transfor* mations des âges; après cela montrons-nous empressés à appeler sur notre science les lumières de la physique et de la chimie.

« Les êtres organisés, dit Burdach, différent des choses inorganiques en ce qu'ils sont astreints à une progression continuelle, c'est-à-dire que leur existence suit un cours déterminé, qu'ils sont soumis à une métamorphose régulière^ ayant sa cause en eux-mêmes, et qu'ils ont un but déterminé, indépendant ^ des causes extérieures. Leur caractère est donc d'avoir en eux un type de changement qui peut bien être modifié par les choses du -dehors, mais ne saurait être donné par elles, puisque^ loin de là, il résiste jusqu'à un certain point à leur influence (i). »

Bichat n> point fixé son attention sur cette force une et indivisible de formation progressive, qui est la vie, distrait^ comme il l'était, par la conception de ses deux vies et de ses deux propriétés vitales : aussi semble- t-il n'avoir pas assez compris que la vie se distingue surtout par la subordination complète des phénomènes qui, au dehors d'elle, dans le monde inorganique, se régissent en veitu de lois propres, et affectent une si complète indépendance.

Note [N]. Des dwx espèces de sensibilité animale et organique.

Bichat emploie indifféremment les mots forces y /ow, propriétés, pour coordonner ou pour expliquer les phénomènes de la vie. Une plus grande exactitude dans les idées générales se fût manifestée par une plus grande précision. Les propriétés d'un coi'ps ne sont point les forces qui président à un ordre déterminé de phénomènes; elles ne sont pas davantage les lois en vertu desquelles plusieurs ordres de phénomènes se compliquent, s'engendrent ou se succèdent les uns les autres.

Nous ne répéterons point ici toutes les objections qui ont été faites à la doctrine des propriétés vitales enseignée par Bichat. Rappelons seulement que les phénomènes les plus

(1) Traité de physiologie, trad. par M. lourdan, 1. 1 , ^ ^.

formlté. » Bichât semble avoir été amené à nicntianner tout ^particulièrement cette difTérence pout combattre Jeç prëteniions que les matérialistes de son temps affectaient si orgueil^ Jeusefiient de suboi*donner la science de la Tie aux lois phvsjques et aux formules mathématiques. Nous reconiiaiSiMïns volouliers que, dans celle k^gitime attaque, Bichat a été, dairs 4'expression, plus loin que sa pensée. Celle-ci était tropstupé- Tieiu'c pour repousser le concours que les expcriences phystctn chimiques, contenues dausdcjusles limites, peu vont a[^porter à la doctrine vitaliste. Ce concours doit être rechcrt:hé^ malgré l'étrange abus qui en a été tni^ î*ar des physiologistes émiuenis de notre époque. Le caJc"^ ue» auquel les phénomeacs

vitaux échappent si com „ , ne saurait en être haoni ^ans corjdition, maigre les * ères applications à la sta-

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grand mérite. Ce ne sont ] recherches physico-chinii-

queii ou mathénialiqucs, niais t. ni les principes qui doml- «ent cet ordi^e inférieur de re' les, qu'il faut repousser du xiomaine de la physiologie, cience de la vie recomïul d'autres lois : ce sont ces loii l faut résetver. Les phéDomènes vitaux sont complexes, ^i *es forces physiques, tout en y prenant une part difficile à mesurer, mais incoutcstablc, som

le mÉmc él^L Msiïa qa$Lqiie^ auteurs oûL déjà présenté ea grande partie €£ po^ èle : coT)teDtoiQS^ELOU£ d'en tirer h conséquence déjà ^ofiTCnt déduite des «alrti fail& : je \ëujc dliT la diOcruiiCË des loifi qui pré aident â riuie el k ïniïtn d^ de phénomèues.

« Mais je dois indiquer ici une différence essentielle entre les proiniétés viUlei et physiques : je veux parler des sympathies.

a Tout corps inerte n'offre aucune communication dans ses diverses parties. Qu'une extrémité d'un bloc de pierre, de métal, soit altérée d'une manière q«^ conque, par les dissolutions chimiques, par les agents mécaniques, etc. les autres parties ne s'en ressentent nullement; il faut pour les atteindre une action directe. Au contraire, tout est tellement lié et enchuné dans les corps vivants, qu'use partie quelconque ne peut être troublée dans ses fonctions saùs que les aaM i^en ressentent aussitôt. Tous les médecins ont connu le coiuens%u stagna qui existe entre tous nos organes : il a lieu et dans l'état de sanle, et dans eéé de maladie, mais principalement dans ce dernier. Combien les maladies sertie«' faciles a étudier, si elles étaient dépouillées de tout accident sympathiqoel Ib» qui ne sait que souvent ceux-ci prédominent sur ceux qui tiennent immédistflixi' a la lésion de l'organe malade ? Qui ne sait que la cause du sommeil, des eilui»tions, des absorptions, des sécrétions , des vomissements et dévoionentf, dtf rétentions d'urine, des convulsions, etc., est souvent bien loin du cerveao, ** exhalants, des absorbants, des glandes, de l'estomac, des intestins de la ftsstt des muscles volontavres^elc.l »

DE l'Éditeur. 3\S

soumises à Tempire d*une force supérieure qui les régit en les faisant servir à ses fins. Reconnaissons Fempire initial de la force de formation en vertu de laquelle les êtres vivants naissent d'un germe, s'accroissent, subissent les transformations des âges; après cela montrons-nous empressés à appeler sur notre science les lumières de la physique et de la chimie.

« Les êtres organisés, dit Burdach, différent des choses inorganiques en ce qu^ils sont astreints à une progression continuelle, c'est-à-dire que leur existence suit un cours déter— miné, qu'ils sont soumis à une métamorphose régulière, ayant sa cause en eux-mêmes, et qu'ils ont un but déterminé, indé» pendant des causes extérieures. Leur caractère est donc d'avoir en eux un type de changement qui peut bien être modifié par les choses du -dehors, mais ne saurait être donné par elles, puisque^ loin de là, il résiste jusqu'à un certain point à leur influence (i). »

Bichat n*a point fixé son attention sur celte force une et indivisible de formation progressive, qui est la vie , distrait, comme il Tétait, par la conception de ses deux vies et de ses deux profyriétés vitaies : aussi semble-t-il n'avoir pas assez compris que la vie se distingue surtout par la subordination complète des phénomènes qui, au dehors d'elle, dans le monde inorganique, se régissent en vertu de lois propres, et affectentune si complète indépendance.

Note [N]. Des deux espèces de sensibilité animale et organique,

Bichat emploie indifféremment les mots forces, lois, propriétés, pour coordonner ou pour expliquer les phénomènes de la vie. Une plus grande exactitude dans les idées générales se fût manifestée par une plus grande précision. Les propriétés d'un corps ne sont point les forces qui président à un ordre déterminé de phénomènes; elles ne sont pas davantage les lois en vertu desquelles plusieurs ordres de phénomènes se compliquent, s'engendrent ou se succèdent les uns les autres.

Nous ne répéterons point ici toutes les objections qui ont été faites à la doctrine des propriétés vitales enseignée par Bichat. Rappelons seulement que les phénomènes les plus

(1) Traité de physiologie^ trad. par M. lourd&a, t. \ , ^ ^.

JSïA NOTES

formité. » Bichat semble avoir été amené à mentionner tout ^particulièrement cette différence pour combattre les prétentions que les matérialistes de son temps affectaient si orguefl- Jeusenient de subordonner la science de la vie aux lois physiques et aux formules mathématiques. Nous reconnaissons volontiers que, dans cette légitime attaque, Bichat a été, dans l'expression, plus loin que sa pensée. Celle-ci était trop supérieure pour repousser le concours que les expériences physicochimiques, contenues dans de justes limites, peuvent apporter à la doctrine vitaliste. Ce concours doit être recherché, malgré l'étrange abus qui en a été fait par des physiologistes éminents de notre époque. Le calcul lui-même, auquel les phénomènes vitaux échappent si complètement, ne saurait en être banni sans condition, malgré les singulières applications à la statistique médicale qui en ont été faites par des praticiens d'un grand mérite. Ce ne sont point les recherches physico-chimiqnes ou mathématiques, mais ce sont les principes qui dominent cet ordre inférieur de recherches, qu'il faut repousser du domaine de la physiologie. La science de la vie reconnaît d'autres lois : ce sont ces lois qu'il faut réserver. Les phénomènes vitaux sont complexes, et les forces physiques, tout en y prenant une part difficile à mesurer, mais incontestable, sont

le même état. Mais quelques auteurs ont déjà présenté en grande partie ce pani* èle : contentons-nous d'en tirer la conséquence déjà souYent déduite des autres tails : je >eux dire la différence des lois qui président à l'une et à l'autre classe de phénomènes.

« Hais je dois indiquer ici une différence essentielle entre les propriétés Titales et physiques : je veux parler des sympathies.

a Tout corps inerte n'offre aucune communication dans ses diverses parties. Qu'une extrémité d'un bloc de pierre, de métal, soit altérée d'une manière quelconque, par les dissolutions chimiques, par les agents mécaniques, etc., les autres parties ne s'en ressentent nullement; il faut pour les atteindre une action directe. Au contraire, tout est tellement lié et enchuné dans les corps vivants, qu'ooe partie quelconque ne peut être troublée dans ses fonctions sans que les antres f'en ressentent aussitôt. Tous les médecins ont connu le consensus singuUer qui existe entre tous nos organes : il a lieu et dans l'état de sanle, et dans celai de maladie, mais principalement dans ce dernier. Combien les maladies seraient faciles a étudier, si elles étaient dépouillées de tout accident sympathique! M&is . qui ne sait que souvent ceux-ci prédominent sur ceux qui tiennent immédiatemeot a la lésion de l'organe malade ? Qui ne sait que la cause du sommeil, des exhalations, des absorptions, des sécrétions, des vomissements et dévoiements, des rétentions d'urine, des convulsions, etc., est souvent bien loin du cerveau, des jexhalants, des absorbants, des glandes, de l'estomac, des intestins, de la vessie, ''*% muscles volontaires, etc.? ■

DE l'Éditeur. 3\S

soumises à Fempire d*une force supérieure qui les régit en les faisant servir à ses fins. Reconnaissons Tempire initial de la force de formation en vertu de laquelle les êtres^ vivants naissent d'un germe, s'accroissent, subissent les transformations des âges; après cela montrons-nous empressés à appeler sur notre science les lumières de la physique et de la chimie.

« Les êtres organisés, dit Burdach, différent des choses inorganiques en ce qu^ils sont astreints à une progression continuelle, c'est-à-dire que leur existence suit un cours déter— miné, quMIs sont soumis à une métamorphose régulière^ ayant sa cause en eux-mêmes, et qu'ils ont un but déterminé, indé* pendant des causes extérieures. Leur caractère est donc d'avoir en eux un type de changement qui peut bien être modifiépar les choses du -dehors, mais ne saurait être donné par elles, puisque, loin de là, il résiste jusqu'à un certain point à leur influence (i). »

Bichat n*a point fixé son attention sur cette force une et indivisible de formation progressive, qui est la vie , distrait, comme il Tétait, par la conception de ses deux vies et de ses^ deux propriétés vitales : aussi semble-t-il n'avoir pas assez compris que la vie se distingue surtout par la subordination complète des phénomènes qui, au dehors d'elle, dans le monde inorganique, se régissent en vertu de lois propres, et affectent une si complète indépendance.

Note [N]. Des doux espèces de sensibilité animale et organique.

Bichat emploie indifféremment les mots forces, lois, pro^ priétés, pour coordonner ou pour expliquer les phénomènes de la vie. Une plus grande exactitude dans les idées générales se fût manifestée par une plus grande précision. Les propriétés d'un corps ne sont point les forces qui président à un ordre, déterminé de phénomènes; elles ne sont pas davantage les lois en vertu desquelles plusieurs ordres de phénomènes se compliquent, s'engendrent ou se succèdent les uns les autres.

Nous ne répéterons point ici toutes les objections qui ont été faites à la doctrine des propriétés vitales enseignée par Bichat. Rappelons seulement que les phénomènes les plus

(1) Traité de physiologie^ trad. par M. lourd&n, 1. 1 , p. 8.

SicuUfer<='»*^"\Sa\islcs de son temps au ^^^^j.

Vcxpression, P^s ' concours q"f ' peu^nt ;> Sve pour repo^V^,„s de i^^^^^SS r^*«^W. ■ chimique^.' coi^^^; ^c concours do^^^^'iologistes ;- 5i la doctrine viU «^ ^^^ fail P^r de' \7„„el le» P^'"- Vctta«g« f"!rLeca^<^"^'""^irne saurait en ê»'. de notre éP»'!"^: .i complètement, ne y^s n

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DE l'Éditeur. 3\S

soumises à Tempired^une force supérieure qui les régit en les faisant servir à ses fins. Reconnaissons Tempire initial de la force de formation en vertu de laquelle les êtres vivants naissent d'un germe, s'accroissent, subissent les transformations des âges; après cela montrons-nous empressés à appeler sur notre science les lumières de la physique et de la chimie.

« Les êtres organisés, dit Burdach, différent des choses inorganiques en ce quMls sont astreints à une progression continuelle, c'est-à-dire que leur existence suit un cours déterminé, qu'ils sont soumis à une métamorphose régulière, ayant sa cause en eux-mêmes, et qu'ils ont un but déterminé, indé* pendant des causes extérieures. Leur caractère est donc d'avoir en eux un type de changement qui peut bien être modifié par les choses du -dehors, mais ne saurait être donné par elles, puisque^ loin de là, il résiste jusqu'à un certain point à leur influence (1). »

Bichat n*a point fixé son attention sur cette force une et indivisible de formation progressive, qui est la vie, distrait, comme il Tétait, par la conception de ses deux vies et de ses deux propriétés vitales : aussi semble-t-il n'avoir pas assez compris que la vie se distingue surtout par la subordination complète des phénomènes qui, au dehors d'elle, dans le monde inorganique, se régissent en vertu de lois propres, et affectentune si complète indépendance.

Note [N]. Des doux espèces de sensibilité animale et organique,

Bichat emploie indifféremment les mots forces, lois, pro^ priétés, pour coordonner ou pour expliquer les phénomènes de la vie. Une plus grande exactitude dans les idées générales se fût manifestée par une plus grande précision. Les propriétés d'un corps ne sont point les forces qui président à un ordre déterminé de phénomènes ; elles ne sont pas davantage les lois en vertu desquelles plusieurs ordres de phénomènes se compliquent, s'engendrent ou se succèdent les uns les autres.

Nous ne répéterons point ici toutes les objections qui ont été faites à la doctrine des propriétés vitales enseignée par Bichat. Rappelons seulement que les phénomènes les plus

(1) Traité de physiologie^ trad. par M. lourd&a, 1. 1 , ^ ^.

310 KOTES

généraui de la vie, ceux qui sont commims à tous les ôtresyivants, tels que le développement des germes, la transformation des âges et la nutrition proprement dite n*y sont point représentds. La force de formation, en d'autres termes, qui est la force initiale, la force vitale par excellence, n*y est pas même supposée. Ce sont les phénomènes propres à une classe supérieure d'êtres vivants qui deviennent les types des propriétés vitales communes à tous : c'est à des aptitudes spéciales que les propriétés générales empruntent leurs caractères, leurs fo^ mules et jusqu'à leurs noms, a II est facile de voir, ditBichat^ que les propriétés vitales se réduisent à sentir ou à se mou* voir. » Dans ces mots, l'illustre physiologiste a résumé toute sa doctrine. La sensibilité et la locomotion, observées seulement à un des degrés élevés de la hiérarchie des êtres oiganisés, descendront de leur rang, non-seulement pour devenir des propriétés communes à tous les tissus vivants, mais encore des forces et des lois communes à tous les phénomènes vitaux. Jamais, sous des apparences aussi séduisantes, la physiologie ne s'était engagée dans une plus dangereuse voie. Je me trompe; car Brown, à Edimbourg, venait d'enseigner la même doctrine en un langage un peu différent sans doute, mais avec un talent également remarquable. On sait que Bichat, Broussais, et leur école, en France, Brera, Rasori, et leur école, en Italie, oui adopté, tout en en tirant pour la thérapeutique des conséqueu" ces opposées, les eiTements du célèbre théoricien écossais. La sensibilité et la contractilité organiques de Bichat représentent parfaitement l'excitabilité de Brov\m, reproduite par Broussais sous le nom d'irritabilité (1). Ce qui distingue les propriétés vitales de Bichat, c'est l'analogie qu'il a prétendu étabhr entre elles et les aptitudes sensorio-motrices de la vie animale. Cette analogie est condamnée par la logique ; car, dans la vie de nutrition, les faits prétendus de sensibilité et de contractilité se confondent dans un seul et même phénomène, tandis qu'ils

(1) L'analogie entre la doctrine de Bichat et celle de Brown est si réelle, que le physiologiste français n'a pu s'empêcher, en parlant de l'action du sang artériel sur l'organisme , de recourir aux formules que le physiologiste écossais avait employées. « U y a toujours ces trois choses, dit-il, dans rexercice des forcei vitales: la faculté qui est inhérente à l'organe (l'excitabilité deBro'wn), l'excilaot qui lui est étranger, et l'excitation (l'excitant de Brown et de Tommasini) qui résulte de leur contact mutuel. > P. 233.

sont complëtemait distincts dans la vie de relation. Que signiiient d*aiileurs cette sensibilité qui est insensible et cette con-' tractilité qui est invisible? En supposant que ces propriétés de Forganisme soient réelles, peut-on les considérer autrement que comme des manifestations secondaires de la force vitale ou de formation? Et Bichat les transforme en forces et en lois ! Heureux, s'il s'était borné à les présenter comme de simples formules, à Faide desquelles les phénomènes se coordonnent et ne s'expliquent point. A ce titre, elles n'eussent point en le danger, signalé par M. Hip. Royer-Collard , d'aiTêter et d'emprisonner la science dans des bornes trop restreintes y car les formules laissent le champ libre aux recherches et aux explications nouvelles.

En confondant sous un nom commun les faits de sensibilité ou de contractilité accessibles à la conscience et les faits d'excitabilité qui ont lieu à notre insu^ Bichat a subi les tendances de l'époque où il écrivait. Au commencement de ce siècle, tous les phénomènes de la vie, les actes moi aux, intellectuels, comme les fonctions sensorio-motiices et nutritives, étaient le résultat d'une propriété générale de l'organisme : la sensibilité. La sensibilité est distribuée à des degrés différents dans les parties ; ici elle est obscure absorption ou obscure sécrétion; là elle est impression et mouvement; plus loin elle devient intelligence et volonté. Telle est la doctrine des sensualistes et en particulier de Cabanis, exposée dans son ouvrage sur les rapports du physique et du moral de l'homme, a Cette sensibilité, disent à la fois Bichat et Cabanis, est commune à tous les organes... elle est plus ou moins abondamment répailie dans chacun... elle a mille degrés divers. Dans ces variétés il est une mesure au-dessus de laquelle le cerveau en est le terme, et au-dessous de laquelle l'organe seul excité reçoit et perçoit la sensation sans la transmettre. » Quelle confusion I Des organes sécréteui-s, tels que le rein, le foie, les glandes salivaires, etc„ qui perçoivent la sensation!

Que devient, dans ce langage barbai^e, l'intelligence humaine? Elle est le maximum de cette sensibilité animale qui elle-même est le maximum de la sensibilité organique. Elle se confond avec la sensibilité sous le nom de perception, de mémoire, d'imagination, de jugement, etc., et elle se confond avec la contractilité sous le nom de volonté. N'est-ce pas dire que

tous les phénomènes de la vie se réduisent à sentir et à se mouvoir!! Une pareille physiologie, nous Tavons dit, ne saurait s'appliquer à rhonune.

Note [0]. Des deux espèces de contractilités, animale et organique.

Bichat, dans le paragraphe qui précède celui-ci, a lai^ment usé des moyens d'explication que lui fournissait la propriété vitale désignée sous le nom de sensibilité. Les lecteurs ont pu admirer avec quelle facilité, au moyen de cette flexible propriété, tout s'explique dans la physiologie; mais ce qu'ils n'ont peut-être pas remarqué, c'est combien peu les fonctions vitales résistent aux causes extérieures, sans lesquelles elles ne s'accompliraient point, et combien, au contiaire, elles les réclament avec énergie, ce dont on ne se serait pas douté d'après l'antagonisme que Bichat, dans sa définition de la vie, a établi entre les êtres vivants et le monde physique.

Il s'agit, dans ce paragraphe, de la contractilité organique et animale. Ainsi que Bichat le reconnaît^ il n'y a dans la vie organique aucun intermédiaire dans l'exercice des deux facultés, le même organe étant le terme où aboutit la sensation et le principe d'où part la contraction. « Dans la vie animale, au contraire, il y a entre ces deux actes des fonctions moyennes, celles des nerfs et du cerveau,'ionctions qui peuvent, en s'interrompant, interrompre le rapport.» Nous demandons alore à quelles propriétés vitales appartiennent ces fonctions intermédiaires qui ne relèvent plus de la sensibilité et qui ne relèvent pas encore de la contractilité. A cette question^ nulle réponse.

Note [P], Subdivision de la contractilité organique en deux variétés.

Nous ne voulons pas abandonner l'importante question des propriétés vitales sans parler des rapports qui existent entre elles et le système nerveux, rapporis dont Bichat ne parle point dans ce livre, où il se borne à mentionner le cerveau comme le foyerde la sensibilité et de la contractilité animales. Le lecteur se demande naturellement comment la sensibilité obscure devient accessible à la conscience, comment la contractilité involontaire devient volontaire. A la première de ces questions

DB l'Éditeur. 319

Bichat répond : La sensibilité est organique, parce qu'étant en plus petite quantité elle ne saurait s'irradier au cerveau. Quant à la seconde, il avoue ne savoir que répondre. Nous concevons cet embarras pour ce qui concerne la contractilité ; mais nous concevons. moins encore qu'il ait pu se contenter, pour ce qui concerne la sensibilité, de l'explication qu'il nous a donnée.

n importe de sortir de cette sphère un peu nuageuse où l'il* lustre pk^siologiste semble avoir voulu se renfermer. D'après cela, posons d'abord deux questions : i® A quelles parties du système nerveux se rapportent les faits de sensibilité et de contractilité dites animales? 2*» A quelles parties du système nerveux se rapportent les faits de sensibilité et de contractilité dites organiques? Nous agiterons ensuite cette question, qui se rattache plus particulièrement au sujet de ce paragraphe : A quelles parties du système nerveux se rapportent les faits de contractilité organique, non musculaire et insensible ?

Avant de répondre à ces questions, il est peut-être nécessaire de présenter quelques réflexions sur la division du système nerveux en système cérébro-spinal et en système ganglionnaire. On sait que le premier de ces deux systèmes est regardé comme l'instrument immédiat des fonctions de la vie dite animale, et que le second est regardé comme présidant aux opérations] de la vie dite organique. Bichat regardait le système ganglionnaire (le nerf grand sympathique ou trisplanchnique) comme un ensemble de petits centres, ou cerveaux, ayant des fonctions propres et tout à fait distinctes de celles du système cérébrospinal (encéphalo-rachidien). A cette disposition indépendante se rattachèrent, dans la pensée du physiologiste, les faits de sensibilité et de contractilité qui sont inaccessibles à la conscience et à la volonté. Winslow, Johnston, Reil, Wutzer, et un grand nombre de physiologistes, ont émis une opinion analogue. M. Brachet, qui a publié un très-remarquable travail sur ce sujet, a beaucoup insisté sur l'action spéciale indépendante exercée par ce système sur les fonctions de la vie de nutrition. M. Longet, qui, dans son AnatonUe et physiologie du système nerveux, a réuni tous les documents propres à nous éclairer sur cette importante question, ne conteste point la spécialité du rôle réservé au système ganglionnaire dans les fonctions de la vie organique; mais il en conteste positivement l'indépendance, paice que les ganglions du grand sympathique

:3iA NOTES

formité. » Bichat semble avoir été amené à mentionner tout ^particulièrement cette différence pour combattre les prétentions que les matérialistes de son temps a£fectaient si orgueilleusement de subordonner la science de la vie aux lois physiques et aux formules mathématiques. Nous reconnaissons volontiers que, dans cette légitime attaque, Bichat a été, dans rexpression, plus loin que sa pensée. Celle-ci était trop supérieure pour repousser le concours que les expériences physicochimiques, contenues dans de justes limites, peuvent apporter à la doctrine vilaliste. Ce concours doit être recherché, malgré l'étrange abus qui en a été fait par des physiologistes érainents de notre époque. Le calcul lui-même, auquel les phénomènes vitaux échappent si complètement, ne saurait en être banni sans condition, malgré les singulières applications à la statistique médicale qui en ont été faites par des praticiens d'un grand mérite. Ce ne sont point les recherches physico-chimiques ou mathématiques, mais ce sont les principes qui dominent cet ordre inférieur de recherches, qu'il faut repousser du domaine de la physiologie. La science de la vie reconnaît d'autres lois : ce sont ces lois qu'il faut réserver. Les phénomènes vitaux sont complexes, et les forces physiques, tout en y prenant une part difficile à mesurer, mais incontestable, sont

le même élat. Mais quelques auteurs ont déjà présenté en grande partie ce paralèle : contentons-nous d'en tirer la conséquence déjà souveot déduite des aatres taits : je yeux dire la différence des lois qui président à l'une et à l'autre classe de phénomènes.

« Hais je dois indiquer ici une différence esscnUelle entre les propriétés Titaies et physiques : je veux parler des sympathies.

a Tout corps inerte n'offre aucune communication dans ses diverses parties. Qu'une extrémité d'un bloc de pierre, de métal, soit altérée d'une manière qoelconque, par les dissolutions chimiques, par les agents mécaniques, etc., les autres parties ne c'en ressentent nullement; il faut pour les atteindre une action directe. Au contraire, tout est tellement lié et enchuné dans les corps vivants, qa'ane partie quelconque ne peut être troublée dans ses fonctions sans que les aotrei ^'en ressentent aussitôt. Tous les médecins ont connu le consensus singulier qui existe entre tous nos organes : il a lieu et dans l'état de santé, et dans celui de maladie, mais principalement dans ce dernier. Combien les maladies seraient faciles a étudier, si elles étaient dépouillées de tout accident sympathique ! Mais qui ne sait que souvent ceux-ci prédominent sur ceux qui tiennent immédiatement a la lésion de l'organe malade ? Qui ne sait que la cause du sommeil, des exhalations, des absorptions, des sécrétions, des vomissements et dévoiements, des rétentions d'urine, des convulsions, etc., est souvent bien loin du cerveau, des jexhalants, des absorbants, des glandes, de l'estomac, des intestins, de la vessie, des muscles volontaires, etc.? ■

DE l'Éditeur. 312^

soumises à Tempire d*une force supérieure qui les régit en les faisant servir à ses fins. Reconnaissons Tempire initial de la force de formation en vertu de laquelle les êtres vivants naissent d'un germe, s'accroissent, subissent les transformations des âges; après cela montrons-nous empressés à appeler sur notre science les lumières de la physique et de la chimie.

« Les êtres organisés, dit Burdach, difiierent des choses inorganiques en ce qu'ils sont astreints à une progression continuelle, c'est-à-dire que leur existence suit un cours déterminé, qu'ils sont soumis à une métamorphose régulière^ ayant sa cause en eux-mêmes, et qu'ils ont un but déterminé, indépendant des causes extérieures. Leur caractère est donc d'avoir en eux un type de changement qui peut bien être modifié par les choses du -dehors, mais ne saurait être donné par elles, puisque, loin de là, il résiste jusqu'à un certain point à leur influence (i), »

Bichat n'a point fixé son attention sur cette force une et indivisible de formation progressive, qui est la vie , distrait, comme il l'était, par la conception de ses deux vies et de sesdeux propriétés vitales : aussi semble-t-il n'avoir pas assez compris que la vie se distingue surtout par la subordination complète des phénomènes qui, au dehors d'elle, dans le monde inorganique, se régissent en vertu de lois propres, et affectent' une si complète indépendance.

Note [N]. Des denix espèces de sensibilité animale et organique.

Bichat emploie indifféremment les mots forces y lois, propriétés, pour coordonner ou pour expliquer les phénomènes de la vie. Une plus grande exactitude dans les idées générales se fût manifestée par une plus grande précision. Les propriétés d'un corps ne sont point les forces qui président à un ordre déterminé de phénomènes ; elles ne sont pas davantage les lois en vertu desquelles plusieurs ordres de phénomènes se compliquent, s'engendrent ou se succèdent les uns les autres.

Nous ne répéterons point ici toutes les objections qui ont été faites à la doctrine des propriétés vitales enseignée par Bichat. Rappelons seulement que les phénomènes les plus

(1) Traité de physiologie^ trad. par M. lourdan, 1. 1 , p. S.

du ruiTOT^mi^ Iftqiielk snrgMsr tnjcwrs rintenreDtion de riiii**lii;!imr&. soit tns-inconqiatilâs sv«c rcnlendement et les SOsatirinF "!

£: s. nm snnniie àétfirmiTKie de fcore a été impartie à la vie ■ n i niBit' . ciimmen: «e fuc<il gn? asit «mine se distribue à la -vit ar^ranicnif:. ciinniif Biiàuc ie ^ ^oélqiws lignes plas loin, ItnsoLT x^fimnare I'f!is»!nûilf âf^ f<mr>Mt^ à une espèce de jeerzii âon: une miiitif' ii|iiiar!H!iit k U Tîe ofganiqne et dont Ttatrî ^ijuirtien! à li Tir axûniBie *?

C^tte r^mtraâictùiD ticBil ii vn aibiK tn^ CnH|iient qui conssif fi îiinDiiks- à» Ifns XFÔiéraies pon* expliquer les faits ^^.riatrt snr lesgnel» notre attgntîgp est mi nioaient fixée.

PJu^ uim. Kjrlifii pose Ifs )i&ses de la dMiiiiie de TirrUaUon, qsoiui. H 9!mMt crmrt qne. àsns toots ks nnladies, Tadivité i'sm orcane s^accnâ! aaix àépert^ des antres, comme si an sorcnât ^iuieQsilf idDC&oaidk dans un organe en était la BBsladir ia pios orânajre.

Bûiial iiiss & qoï: laprciutYon d^JKlion s^tecompi^ne, dans rongane pite eseroé. S'im cxxms de mitrttoD. Ged n^est pas toDi à iaît eKad. O iffs! pots la ferfodiùm dans les actes qui mr.T.ât la rarîritian, c'est Téoerpt cm le fnqmemt remmceUemait dssi!' ranne esdtaXSoiL La perfectiûEi oq Padnesse des mouTe- M BLilt- îiea: a m âût iTassaciatioD pkil^ qn^à un fiiit de nutritîccL D'aîllfiirsw Fexoès de niârïl>>ii est à la fois cause et effet de rèoerpe de Tjictîctn.

X<nx >R\ Di€ nkf f fmtr9t de /« cae orgÊmtqm mpns la

Le tempérament pliysiqne et le caractère moral se confondent dans la pensée de Bichat axec les conditions de la textmne intime des organes ; Us sont l\m et Tautre inaccessiUes à rinfluence de la société. « Ils ne sont point, dit-il, susceptibles de changer par Féducation qui modifie si prodigieusement les actes de la vie animale, car tons deux appartiennent à la Tie organique (I). »

(I; n est des proiesskws, des coaditioM sodslcs et des exerciees gymBBStifnes qai ont one inflneooe bien mirqnée wm-senlement sut les organes de U TÎe de oatritjoo pris iDdindueUement, mais eoeore sur le tempérament; ca gêoéraU ee point de Tue a complètement échappé à BicbaL Cabanis, <{ui a à peine mentioooé rinfluence du moral sur le physique, n'a pas négligé eeile des profsssîOBS, des

DE l'Éditeur. 325

Malgré cette formelle déclaration, qu'il reproduit à la fin du paragraphe en des termes plus positife encore, Bichat reconraît poui-tant que « l'éducation peut modérer Tinfluence du caractère et perfectionner assez le jugement et la réflexion pour rendre leur empire supérieur au sien, fortifier la vie animale, afin qu'elle résiste à Tirapulsion de Torganique. » Ceci demande explication.

Si réducation, pour Bichat, se réduit, ainsi que nous venons de le voir, à exercer les sensations, la mémoire, Timagination, le jugement et la locomotion, comment peut-elle modérer Tinfluence du caractère ? La sensation la plus exei*cée, Peutendement le plus développé, la locomotion la plus active, ne peuvent-ils pas être mis au service des plus détestables sentiments et du plus déplorable caractère ? Nous ne voyons pas comment Texercice habituel des organes des sens, du cerveau et des muscles peut agir sur le moral de l'homme ? Les grands scélérats ont-ils toujours manqué d'habiles et fortes conceptions ? Perfectionnez autant que vous le pourrez les actes de votre vie animale, telle que vous l'entendez, il n'en résultera point que vous les rendiez hostiles aux secrètes impulsions de votre vie organique. Si l'antagonisme existe, et vous l'admettez, n'est-ce pas à la condition de faire prévaloir dans l'esprit un ordre d'idées propres à combattre les émotions dangereuses, à favoriser les émotions salutaires et à agir ainsi sur le caractère, dont les émotions sont l'expression accessible à notre piopre conscience? Or, faire prévaloir dans l'esprit un ordre déterminé d'idées, ce n'est point seulement exercer l'entendement. Celui-ci peut être médiocrement développé et rechercha néanmoins les pensées qui engendrent les plus nobles émotions, comme il peut être énergiquement développé et se complaire précisément dans les pensées qui engendrent les plus misérables agitations.

D'après le rôle assigné par Bichat à l'éducation, les sentiments et le caractère doivent donc être considérés comme échappant complètement à celte influence. C'est aussi ce qu'il affirme en termes positifs. S'il accorde après cela qu'elle peut modérer les tendances du caractère, en perfectionnant le juge-

travaux, des exercices sur les tempérameati acquis, etc., sont remarquables souf ee rapport.

9ient et la réflexion r nous devons voir dans cette contradictiOD la conviction de Fhonnêle homme, qui cherche à se faire jour à travers Tarrangement systématique du physiologiste.

L'erreur du physiologiste consiste à avoir réduit toute Fédacation morale et intellectuelle à Fexercice fonctionnel de quelques organes ou appareils de la vie animale, tandis qu'elle consiste à faire prédominer un ensemble d'idées propres à produire les phénomènes d'innervation cérébro-ganglionnaire, qui, dans les émotions sentimentales, remuent les profondeurs de Torganisme, et finissent par en modifier puissamment les conditions générales désignées sous le nom de tempéraments. Nous avons traité ce sujet dans un autre travail. Dans la crainte de donner à ces notes une étendue trop grande, nous y renvoyons nos lecteurs (1).

Disons seulement que l'éducation trouve dans l'enseignement et dans les idées sentimentales un levier à Taide duquel elle agit sur les émotions, et par les émotions sur le caractère et sur le tempérament lui-même. L'histoire des sociétés où piédominent les institutions guerrières, celle des peuples où régnent les enseignements mystiques, etc.^ en offrent des exemples remarquables.

Note [SJ. La vie animale cesse la première dans la mort naturelle.

Si le vieillai'd jugeait le présent d'après les impressions du passé, il serait plus indulgent pour ce qui se passe sous ses yeux afiaiblis. Bichat accorde une trop grande part aux sensations dans les actes de l'intelligence propres aux différents âges. Il y a, pour produire l'état moralet intellectuel du vieillard et celui de l'enfant, un ensemble de causes qui ne sauiait se résumer dans la simple intensité des impressions sensoriales.

La vie animale cesse la première dans la mort naturelle; cela doit être, puisque ce n'est pas dans Tensemble des fonctions dont elle se compose que se révèle la vie proprement dite. Cet ensemble de fonctions est en quelque sorte superposé aux fonctions essentiellement vitales de nutrition et de repro-

(1) Essai sur les principes et les limites de la tcitnce des rapporté duphf ëique et du moral; in-8, Victor Masson. 1843.

DE l'Éditeur. 327

duction, lorsque celles-ci se compliquent davantage. Bichat, €n donnant le nom dévie aux faits de sensibilité et de contractilitë animales, se trouve entraîné à établir entre les deux vief des analogies et des différences qui sont tout à la fois subtiles, imaginaires et inexactes. Comment, d'ailleurs, Tactivité des organes delà vie animale, qui se reposent si souvent et si longtemps, dont les fonctions sont essentiellement intermittentes, s'épuiserait-clle plus promptement que celle des organc^s de la vie organique, de ceux surtout dont les fonctions sont continues et remontent aux premiers instants de Texistence emhryonnaire elle-même (i)?

Note [T]. La vie organique ne finit pas dam la mort naturelle^ comme dans la mort accidentelle,

Bichat, dans ce paragraphe, distingue avec sa sagacité ordinaire les phénomènes propres à la mort naturelle des phénomènes propres à la mort accidentelle. 11 importe néanmoins de faire observer qu'il appelle mort naturelle la mort lente- et progressive du vieillard, la mort 5^m7c; tandis qu'il appelle mort accidentelle la mort violente et subite par cause iuteine ou externe. Il resterait à mentionner les phénomènes propres à la mort, qui est le résultat d'une maladie plus ou moins longue. De celle-ci , Bichat ne fait pas mention. Or les expé-^ riences faites sur rirritabilité musculaire, à Taide dés moyens irritants et galvaniques, sur les cadavres, ont montré que les phënomènes propres à la mort amenée par les maladies sont à peu près les mêmes que ceux de la mort amenée par la vieilles«e. En effet, comme dans la mortsénile, «rensemble des « fonctions ne cesse que parce que chacune s'est successive- « ment éteinte. Les forces abandonnent peu à peu chaque or- «gane; la digestion languit; les sécrétions et l'absorption «finissent; la circulation capillaire s'embarrasse ; dépérisse- « ment des forces qui y président habituellement ; elle s'ar- . *( rcte. Enfin la mort vient aussi suspendre dans les gros vais- '( seaux la circulation générale. C'est le cœur qui finit le

(I) Nous parlons des organes de la circulation, de Tabsorption, de Texhalation et de quelques sécrétions. Bichat avait surtout en vue ceux-ci, lorsqu'il voulut caractériser la vie organique par l'absence d'intermittence dans les fonctions. Les Tonc* tioDS digestÎTes et quelques fonctions sécrétoires sont réellement intermittentes.

32g Ϋ0TE8

«dernier ses contractions; il est, comme Ton dit, VuUimnn

Le m^me ordre de phénomènes s*observe dans la mort qu*amèiiont les maladies. Les expériences sur rirritabilité musculaire, dont nons parlions tout à Theure, démontrent que plus la maladie a été longue ^ moins Virritabilité persiste dans les muscles des cadavres ^ et que , entre toutes les maladies , celles qui ont le caractère lypholde se distinguent par cette disparition de toute irritabilité. On sait qu*elle persiste à un très-haut degré, et pondant plusieurs heures, chez les hommes morts de mort violente , chez les décapités , par exemple, et qu^elle est nulle dans le cadavre des vieillards.

Note [U ]. Déterminer comment la cessation des fonctions du cotur à sang rouge interrompt celle du cerveau.

Une grande erreur physiolc^que a été émise par Biebat, quand il à prétendu que le mouvement du sang , en se communiquant au cerveau y en entretient Taction et la vie. Cette erreur émise dans ce paragraphe sera souvent reproduite dans les paragraphes suivant:>, où il s'agit de Taction de la circulation, non-seulement sur le cerveau, mais encore sur les autres organes. Ce mouvement n'existe point , et , alors même qu'il existerait, on ne comprend point comment il servirait à Faccomplissement des fonctions. Quant au cerveau , il est vrai qu'un mouvement alternatif d'élévation et d^abaissement s'y fait remarquer lorsque le crâne est mis à nu , ou que les sutures en sont mal soudées ; mais ce fait^ qui a donné lieu à de grands débats parmi les physiologistes , est aujourd'hui rédfiit à sa juste valeur. L'exposé de ces débats et des faits qui y ont donné lieu se trouve dans l'ouvrage de M. Longet (1). Quanta la solution définitive du problème, il nous suffim, pour la faire connaître à nos lectcui^ , de reproduire les propositions dans lesquelles ce physiologiste l'a résumée.

« i<* Le cerveau ne se meut pas chez l'adulte tant que le crâne est intact; il augmente de masse dans l'expiration; il diminue de masse dans l'inspiration; mais son volume ne varie jamais.

{{) Outrage cilé, l. i, p. T70. — 800. Article intitulé : Mouvement de taxi eèrébrO'Spinal,

DE l'Éditeur. 3S^

« 2* 11 se meut chez les enfants tant que les sutures du crâne ne sont pas soudées ; il se meut également lorsque les parois du crâne ont été détruites dans une plus ou moins grande étendue par des causes pathologiques ou des opérations.

a 3® Dans tous les cas, ces mouvements sont dus à des alternatives de turgescence et de déplétion des vaisseaux du cer« veau y et non à une locomotion de cet organe : la locomotion du cerveau est impossible.

« A^ Ces mouvements sont de deux sortes ; il est fticile de s*en assurer sur les enfants : les uns correspondent aux contractions du cœur ; les autres aux mouvements respiratoires : ces derniers sont les plus étendus.

« ^° La turgescence ou élévation du cerveau correspond à l'expiration; elle est produite par la stase du sang veineux dans les veines encéphaliques, et par l'affluence plus considérable du sang artériel. L*abaissement du cerveau correspond àHnspiration ; il est produit par Tafflux du sang veineux encéphalique vers les organes thoraciques et par le ralentissement concomitant de la circulation artérielle. »

Le cœur à sang rouge n'agit donc point de deux manières ^ comme le prétend Bichat , sur les fonctions cérébrales. La «ecousse générale , née, selon lui , de V abord du sang au cerveau^ ne se produisant réellement point, toute la théorie qu'il a imaginée , toutes les expériences ingénieuses qu'il a tentées à cet égard, doivent être regardées comme non avenues. L'action vivifiante du sang artériel reste seule pour témoigner de Tinlluence du cœur à sang rouge sur le cerveau. Cette action vivifiante est démontrée par l'expérience. L'interruption de la circulation artérielle dans l'encéphale par la ligature simultanée des carotides internes et des vertébrales entraîne presque toujours subitement la mort (1). On se demande comment la mort est produite aussi instantanément, quand on devait s'attendre d'abord à un simple affaiblissement des fonctions propres du cerveau. C'est ce qui aurait lieu, en efiet, si la ligature

(1) Je dis presque tonjour», car cette expérience, quand elle est faitt snr de» chiens, ne donne pas toujours le même résultat. Il en est qui au lieu de suecomter ont guéri, ainsi que le rapporte sir A. Cooper. Quant aux lapins, la mort arrive infailliblement. Cutte différence tient à des anastomoses qui peuvent avoir lieu entre les vaisseaux encéphaliques et d'autres artères que les carotides inler« •es et les vertébrales. Voy. Longet, ouvrage cité. 1. 1, p. 800.

332 NOTJSS

« 2® La névrosité diminue ou disparaît au fur et à mesure qu'il se produit des phénomènes d'impressionnabilité et d'innervation, quelle qu'en soit la cause.

« Soit que la circulation continue, soit qu^elIe ait été supprimée, la névrosité disparaît de la même manière; mais si la circulation continue, la névrosité s'épuise moins vite, et elle est reproduite au bout d'un espace de temps appréciable; si la circulation est supprimée, la névrosité s'épuise plus vite, et une fois épuisée elle ne reparaît plus.

« 3* Les phénomènes de la névrosité peuvent apparaître sous l'influence de certaines circonstances de nutrition, savoir: une accumulation de névrosité sur certains points, et un excès de circulation tendant à pousser cette accumulation au delà de la quantité normale.

a 4^ La destruction de la névrosité est toujours locale, ainsi que la reproduction. Autant une excitation amène de phénomènes synergiques , autant il y a d'abolitions successives de névrosité, en tant qu'il y a de nécessités répétées de reproduction.

a 5» La sensation ordinaire et la douleur ont pour origine les mêmes nerfs. (Il est des nerfs dont les impressions ne parviennent- au cerveau que lorsqu'elles sont douloureuses.)

a L'impression simple, comme le mouvement ordinaire, amène une très-petite déperdition de névrosité. La douleur amène une très-grande et très-rapide déperdition de névrosité.

a 6* Lorsqu'il y a suractivité locale de la circulation, la névrosité locale s'accroît au point qu'une impression qui, dans l'état ordinaire, eût causé une impression simple, devient l'origine d'une douleur.

a Tous les phénomènes nerveux sont intermittents, parce qu'ils nous représentent une succession de périodes de déperditions et de reproductions de névrosité.

« Plus la déperdition est grande, dans un instant donné, plu» le besoin de réparation se fait rapidement sentir.

a La fatigue est le sentiment du besoin de réparation partielle ou générale. Le sommeil est l'expression du besoin et en même temps l'époque de la réparation générale. »

M. Bûchez a compris ces inductions diverses dans la formule suivante :

a Les phénomènes d'impressionnabilité et d'innervation se com'

portent comme s'ils avaient lieu dans chaque division spéciale du système nerveux^ par la déperdition successive d'une qucmtité accumulée dans les nerfs, déperdition dont la durée est en raison inverse de l'intensité des phénomènes, et en raison directe de l'activité de la circulation locale^ c'est-à-dire donl la durée est d'autant plus courte que les phénomènes sont plus intenses, et d'autant pins longue que la circulation locale est plus active.

Cette loi^ qui résume la théorie la plus générale des phénomènes nerveux, est Texpression rigoureuse des faits observés. En appliquant à ces phénomènes les idées de quantité et de durée, elle donne sur leur ordre de succession des notions exactes et indépendantes des explications sur la nature des forces qui les produisent.

Note [V] . De l'influence que la mort du cœur à sang rouge exerce sur la mort générale.

Jusqu'ici Bichat ne s'est réellement occupé, relativement à l'action du sang rouge sur la vie des organes, que du prétendu mouvement attribué par lui à l'abord de ce sang ; il a fait abstraction, comme il le dit lui-même, de l'excitation qui nait en eux de la nature de ce fluide, du contact des principes qui le rendent rouge ou noir. U s'agira maintenant de cette excitation elle-même.

Bichat, après avoir décrit la mort successive des organes par rinaction du cœur à sang rouge, se demande : a Pourquoi les forces vitales sont-elles encore . quelque temps permanentes dans la vie interne, tandis que, dans la vie externe, celles qui leur correspondent, savoir, Tespèce de sensibilité etdecontractilité appartenant à cette vie, se trouvent subitement éteintes? C'est que, dit-il, l'action de sentir et de se mouvoir organiquement ne srppose point l'existence d'un centre commun ; qu'au contraire, pour se mouvoir et agir animalement, Tinfluence cérébrale est nécessaire. Or, l'énergie du cerveau étant éteinte dès que le cœur n'agit plus, tout sentiment et tout mouvement externes doivent cesser à l'instant même. » On voit par cette réponse que Bichat est toujours dominé par cette idée de vie qu'il attache aux fonctions sensorio-motrices. On voit aussi qu'il regarde toujours le cerveau comme le foyer indispensable de la sensibilité et de la contractilité animales. Il est démontré

aujourd'hui que des mouvements parfaitement coordonnés de protection, d'expression et de conservation, et par conséquent les faits dé sensibilité auxquels ces mouvements succèdent, peuvent avoir lieu après Taltération des hémisphères qui constituent le cerveau proprement dit. Des expériences nombreuses^ faites sur les vertébrés inférieurs ou sur de très-jeunes mammifères, par Legallois, MM. Magendie, Desmoulins, Flourens, Bouillaud, Longet, etc., rendent ces faits incontestables.

La doctrine de Bichat relativement au rôle du cerveau dans les faits de sensibilité et de contractilité animales est donc Inexacte. Quant aux faits de sensibilité et de contractilité organiques, est-ce bien à Tabsence d'un centre commun qu'ils doivent ieur tardive extinction dans la mort générale? S'il s'agit, par exemple, des faits de contractilité organique sensible ou musculaire, leurs relations avec la moelle épinière sont aujourd'hui admises par les physiologistes. Quant aux faits de contractilité insensible, ou de simple tonictté, existent-ils réellement, et les faits désignés sous ce nom ne seraient-ils pas régis par des lois tout-à-fait différentes? On a pu attribuer la tardive extinction de ces phénomènes vitaux à ce que, s'accomplissant lentement dans la trame cellulo-vasculeuse, ils épuisent moins promptement la force nerveuse qui a été répartie; mais quelle explication pourra donner la raison de ces phénomènes de nutrition, de calorification même, qui ont lieu après la mort, lorsque la barbe et les ongles croissent et qu'une chaleur nouvelle semble revenir, et les formes affaissées par la maladie reprendre leur première expansion, ainsi que nous Tavons vu dans les individus frappés du choléra-morbus?

Bichat revient dans ce paragraphe sur le rôle du cœur dans les passions pour expliquer la mort qui survient à la suite d'une violente émotion. La mort, dans ce cas, est due à la syncope. Or, la syncope reconnaît deux causes d'origines diverses : ou elle dépend du cerveau ou du cœur lui-même. En général, la syncope produite par les émotions est regardée comme d'origine cérébrale ; il serait difficile d'adopter une autre manière de voir. Bichat tombe ici dans une exagération inévitable pour n'avoir pas distingué dans les passions l'élément psycho-cérébral, ou intellectuel, et l'élément ganglionnaire, ou affectif. Celui-ci seul appartient à la vie organique, sans toutefois appartenir à un viscère déterminé, pas plus au cœur qu'à un des

DE l'Éditeur. 335

organes abdominaux. En parlant de la syncope qui succède aux passions, Bichat semble d'ailleurs reconnaître que les préoccupations propres aux passions interviennent comme causes antérieures à Fémotion syncopale. Toutes ces émotions qu» tuent (elles sont plus rares qu'on ne le croirait d'après Bichat) ne se produisent jamais dans l'enfance ni chez les animaux. Pour qu'elles se produisent, il faut que la pensée ait entrevu des conquêtes agréables, des satisfactions nécessaires; il faut que l'imagination ait été mise en jeu par des désirs plus ou moins vifs ; il faut, enfin, que les idées sentimentales se soient fait jour. Or, dans les affections violentes dont il s'agit, l'idée intervient toujours; rapide et soudaine, elle agit tout à coup sur le cœur au moyen de l'innervation cérébro-ganglionnaire qui en résulte. Dans l'émotion, la modification fonctionnelle a bien lieu dans le cœur ou dans les autres organes de la vie dénutrition ; mais la cause de cette modification a presque toujours son origine dans le cerveau. Ce n'est pas à dire pour cela que celui-ci soit toujours primitivement altéré. Il peut nel'être que secondairement, lorsque l'émotion réagit sur les idées, ou bien lorsque les viscères troublés dans leurs opérations réagissent sur les fonctions encéphaliques. L'action dont Bichat n'a pas parlé dans ce paragraphe, nous devons la rappeler ici : c'est celle qui est exercée par les émotions pénibles et oppressives sur la prédominance des idées tristes et désespérantes. Cette action ne doit pas être confondue avec le trouble mécanique des contractions du cœur. Elle s'exerce sans doute au moyen d'une irradiation nerveuse à laquelle nous avons donné le nom d'impression ganglio-céréhfale.

Note [X]. De Vinfluence que la mort du poumon exerce sur celle du cerveau,

Bichat, dans des paragraphes précédents, en parlant de la mort des organes par celle du cœur, a résumé sa pensée en ces termes :

« Voici donc, en général, comment l'anéantissement de toutes les fonctions succède à l'interruption de celle du cœur.

a Dans la vie animale, c'est 1® parce que tous ses organes cessent d'être excités au dedans par le sang et au dehors par, les mouvements des parties voisines (toujours ce prétendu mouvement dont nous avons parlé dans une note précédente) ;i

2<> parce que le cerveau, manquant également de causes eidtanles, ne peut communiquer avec aucun de ces organes.

« Dans la vie organique, la cause de Tinterniption de ses phénomènes est alors, 1° comme dans Tanimale le défaut d'excitation interne et externe des différents viscères (encore ce prétendu mouvement représenté par Texcitation externe); 2" Tabsence des matériaux nécessaires aux diverses fonctions de cette vie toutes étrangères à Tinfluence du cerveau. »

Il résulterait de celte explication que le sang artériel faisant défaut dans les organes de la vie animale et en particulier dans le cerveau, ces organes cesseraient d'agir uniquement parce qu'ils seraient privés d'excitation ; tandis que ceux de la vie oi^anique, placés dans les mêmes conditions, cesseraient d'agir, non-seulement parce qu'ils seraient privés de l'excitation ailérielle, mais encore parce qu'ils manqueraient des matériaux nécessaires à leurs fonctions.

Néanmoins le cœur appartient à la vie organique, et Bicbat démontre dans le paragraphe auquel se rapporte cette note, que l'interruption du phénomène chimique de la respiration suspend l'action du cœur en privant les fibres qui le composent du sang rouge propre à les exciter et en les pénétrant du sang noir propre à les paralyser. 11 ajoute qu'il serait assez porté à considérer la mort par asphyxie comme un eflet généralement produit par le sang noir sur les nerfs qui accompagnent toutes les parties où circule cette espèce de fluide. » D'après cette hypothèse, les extrémités nerveuses qui se répandent aux organes seraient elles-mêmes une source d'innervation à ajouter à celle qui a son siège dans l'axe cérébrospinal et dans les ganglions du nerf trisplauchnique. Dès loi*s, l'action du sang noir sur les organes de la vie de nutrition serait absolument la même que celle qu'il exerce dans le cerveau lui-même, et la diCTérence exprimée par Bicbat dans les lignes reproduites plus haut n'existerait réellement pas. La seule diflerence à laquelle il faudrait s'arrêter consisterait dans la durée de l'une et de l'autre vie après Tintoxication veineuse (1).

(1) Les phénomènes de la ^ie animale peuvent être suspendus sans que peur cela les ag«;uts dft cette y'ie soient frappés de mort, puisqu'ils peuvent reconquérir leur énergie fonctionnelle. En tenant compte de ce fait la différence que nous êignalons n'existerait point.

DE l'éditeur. 337

A quoi tient cette diffërence? Pourquoi Tinfluence du sang noir s'exerce-t-elle beaucoup plus prompteroent sur le cerveau et les autres organes de la vie animale que sur le cœur et les autres organes de la vie animale, que sur le cœur et les autres organes de la vie de nutrition? C'est comme si nous demandions pourquoi les fonctions de ces derniers organes sont toujours en exercice, tandis que celles de la vie animale ont besoin de sommeiller périodiquement, en péclamant des intermittences si fréquentes. De pareilles questions, dans Tétat actuel de la science, doivent rester sans réponse. Pouvonsnous attribuer lès phénomènes en quelque sorte posthumes de la vie organique à cette innervation partielle produite dans les extrémités nerveuses dont nous venons de parler tout-ârheure, innervation partielle dont le système encéphalo-rachidien, foyer de IMnnervation générale, serait lui-même dépourvu ?... Pour admettre cette explication, il faudrait d'abord que la nécessité d'une innervation quelconque pour la production des phénomènes vitaux lés plus simples, tels que la tonicité capillaire et la nutrition interstitielle, fût parfaitement démontrée. Or celte démonstration n'est pas encore faite, malgré les ingénieuses expériences de M. Brachet sur le système ganglionnaire des végétaux, et malgré les savantes recherches de M. de Blainville sur la matière nerveuse diffuse des animaux sans nerfs.

L'action du sang noir sur le cerveau et sur les autres organes est-elle due à la nature délétère de ce sang ou à la simple privation des éléments propres au sang rouge ? Blchat reste dans le doute ; « il ne peut dire si c'est négativement ou positivement que s'exerce son influence. Tout ce qu'il croit, c'est que les fonctions du cerveau sont suspendues par elle, i» La question n'en est guère plus avancée aujourd'hui^ même après les expériences de M. Kay^ qui est allé jusqu'à affirmer que le sang veineux, loin d'affaiblir la contractilité musculaire, l'accroît, au contraire, d'une manière sensible. Ce qui est certain, c'est que, par la privation du sang rouge, l'extinction des forces cérébrales est plus prompte et plus complète que par l'afflux du sang noir. On sait que l'aspect des cholériques, frappés d'asphyxie et conservant néanmoins leur faculté de perception jusqu'à la mort, a été pour les physiologistes un sujet d'étonnement, et que l'un des plus célèbres d'entre eux,

338 MOTBS

M. Magcndie, ébranlé par Tobservationde ce point exceptionnel, a cru pouvoir mettre en doute Tinfluence du sang veineux sur le cerveau, telle que Bichat t'avait caractérisée. Quoi qu'île» soit, l'observation et l'expérience semblent démontrer que le sang veineux est plutôt insuffisant que délétère.

L'instantanéité de la mort dans la guillotine, que Bicbat mentionne, nous ne savons pourquoi, à la fin de ce paragraphe, dépend moins de la présence du sang noir que de la subite et complète interruption de la circulation artérielle. La pendaison^ qui, lorsqu'elle laisse intacte la moelle cervicale, fait périr par asphyxie, est moins promptement mortelle. C'est cette considération qui a fait prévaloir l'instrument de Guillotin. La forme de décapitation imaginée par ce philanthrope fut accueillie comme le plus expéditlf et partant le moins douloureux des supplices de mort. Des discussions, toutefois, eurent lieu, et des physiologistes prétendirent que la sensibilité survivait à Texécution. Serres, professeur à l'École de médecine de Paris, et Sœmmering, célèbre antomiste de Munich, furent de ce nombre. Cabanis, médecin et législateur, descendit dans la lice pour prouver l'insensibilité du guillotiné. On alla jusqu'à prétendre que non seulement la douleur, mais encore le sentiment du mot et la volonté elle-même, persistaient quelques instants dans la tête séparée du trcnc. Voici, au reste, un singulier et dernier écho de cette polémique demeurée close depuis la fin du siècle et plus intéressante pour l'histoire que pour la science. Nous rempruntons à une note de M. le docteur Bardinat , insérée dans son édition des Recherches physiologiques sur la vie et la mort, publiée en 1824.

« Les résultats de quelques expériences, auxquelles je coopérai en 1798, sous les auspices de feu M. Leclerc, professeur de l'école de santé de Paiis, viennent à l'appui de cette conclusion. Nous poursuivîmes un jour, sur plusieurs animaux, ce moi jusque dans ses derniers retranchements. L'ahlation des quatre membres fut successivement faite sur un chien ; la section de la colonne vertébrale fut ensuite pratiquée avec un couperet bien tranchant, au-dessus du bassin, et bientôt après au-dessus du diaphragme; bien entendu que ces deux sections ne furent faites qu'après avoir convenablement lié l'aorte. Pendant toutes ces opérations, qui se succédèrent avec rapidité, l'animal avait constamment crié. Nous nous hâtâmes de terminer son mar-

tyre en lui tranchant la tête. Après ce coup de grâce, la màctioire continuait à se mouvoir, comme elle le faisait auparavant à chaque «ri, d'où nous conclwms cpfU y avait encore volonté de crier, (Singulière conclusion, en vérité ! )

a Depuis cette époque, j'ai toujours conservé le désir de faire une autre expérience, pendant laquelle on prolongerait peut-être pendant quelque temps la vie dans la tête séparée du tronc. Elle consisterait d'abord à transfuser le sang de Tune des carotides d'un chien dans Tune des mêmes artères d'un autre chien, selon le procédé indiqué par Bichat dans ce chapitre, et de manière que la carotide de ce dernier n'apportât au cerveau que le sang projeté par le cœur du premier, ce qui n'occasionne, comme on le sait, aucune altération notable de la santé; à faire la même opération sur l'autre carotide, qui recevrait le sang d'un nouveau chien, et à procéder de la même manière en' se servant de deux autres chiens sur chacune des vertébrales avant leur entrée dans le canal de ce nom. Je ne doute point que l'animal ne vécût fort longtemps dans cet état (s'il était possible de remplacer par d'autres ceux qui fourniraient le sang à mesure qu'il s'épuiserait), puisque le sang des quatre chiens, reçu par le cerveau du cinquième, serait rapporté au cœur, comme le sien l'était auparavant. On serait alors bien convaincu que la vie du cerveau de ce dernier serait parfaitement indépendante des mouvements de son propre cœur. Cette preuve une fois bien établie, on trancherait la tête audessous des vaisseaux en question, qui, malgré cette opération, n'en continueraient pas moins à porter au cerveau le sang des autres animaux, et je présume que la vie se prolongerait assez longtemps dans la téte^ pour fixer définitivement nos idées sur ce point, »

Pourquoi un si beau programme est-il resté sans exécution !

Note [Y]. De V influence de la mort du cerveau sur celle du poumon.

Après s'être demandé si c'est directement ou indirectement que le poumon cesse d'agir par la mort du cerveau, Bichat s'est livré à des recherches, dont il a exprimé le résultat en ces termes : et C'est indirectement que la mort du cerveau occasionne celle du poumon. » En d'autres termes, l'inucrvatlow

cérébrale n'influe sur la transformation du sang noir en sang rouge que par Tintervention d'une fonction intermédiaire. Quelle est cette fonction? c'est celle des muscles respirateurs, sur lesquels le cerveau agit directement, selon Bichat, au moyen des nerfs phréniques. La mort du cerveau entraine donc celle du poumon en déterminant la paralysie des nerfs phréniques.

r Rappelons ici ce que nous avons dit souvent, à savoir^ que Bichat ne paraît pas attacher au mot cerveau une signification bien précise. Il en a parlé souvent comme de Torgaue central de la vie animale ; il en a parlé quelquefois comme de l'appareil spécial de l'entendement et de la volonté, et il le mentionne dans ce paragraphe comme la source de l'innervation du nerf phrénique et des muscles respirateurs. Tant qu'il envisageait le cerveau comme l'organe central de la vie animale ou comme Fappareil spécial de l'entendement et de la volonté, il proclamait que la vie organique en était en quelque sorte indépendante ; c'est ce qu'il a dit^. et répété sous différentes formes. 11 n'en est plus de même, lorsqu'il le représente comme renfermant le principe d'action des nerfs propres aux mouvements respiratoires. Empêchez l'afflux du sang rouge au cerveau ou faites-y parvenir du sang noir, la vie y sera suspendue, et cette suspension entraînera la mort par la paralysie des muscles respirateurs et par l'asphyxie qui en est la suite. Le cerveau n'est donc pas seulement le foyer de la vie ani- . maie ; il n'est pas seulement l'appareil de l'entendement et de la volonté, puisqu'il tient sous son empire la fonction vivifiante par excellence, la respiration. Bichat croit échapper à ce reproche d'inconséquence en disant ici ce qu'il n'a point dit dans la première partie de son ouvrage, à savoi •, que les muscles de la respiration sont volontaires, et que par conséquent ils appartiennent à la vie animale. Alors même que Faction de ces muscles serait complètement soumise à la volonté, ce qui n'est pas exact, puisque aucun homme décidé à se suicider n'a pu encore la suspendre pour s'asphyxier sans le secours d'un instrument étranger, il n'en résulterait point que la vie organique ne fût immédiatement liée par l'acte respii^atoire à l'influence cérébrale.

*^ il importe donc, avant d'aller plus loin, que nos lecteurs distinguent le cerveau proprement dit qui se compose des deux

DE l'Éditeur. 34!

hémisphères, et dont les opérations sont en relation spéciale avec Tentendement et les déterminations Yolontaircs, du cervelet, du mësocéphale et de la moelle allongée^ qui sont placés au-dessous des hémisphères cérébraux, et auxquels sont réparties des fonctions distinctes, quoique très-diffîciles à préciser par Texpérience. Tous ces organes, réunis aux tubercules quadrijumeaux, constituent un ensemble appelé encéphale. Or, c'est à cet ensemble d'organes, regardés assez longtemps comme une masse indistincte, qu'on a longtemps donné le nom commun du cerveau. On s'aperçoit que Bichat n*était point parvenu encore à éviter cette confusion. Il n*est donc pas surprenant qu'elle se montre dans son langage. Elle se fait encore jour panni les physiologistes modernes, au moyen des nàots centres nerveux, centre eérébro-spinaly encéphale, cerveau même, employés indifl'éremment par eux en Yue de plusieurs phénomènes, en vue surtout d'un ordre de phénomènes complexes, dont le principe, vaguement rattaché au système encéphalo-rachidien, reste encore indéterminé quant aux diverses parties de ce système. Disons toutefois qu'il est certain et positif aujourd'hui que les nerfs sensitifs et moteurs n'ont point leurs racines dans le cerveau proprement dit, mais bien dans la moelle allongée et la moelle épinière, et que ces origines sont parfailcmeni distinctes.

Abordons maintenant la question soulevée par Bichat sur le rôle des nerfs propres à la respiration, et sur celui du cerveau relativement à ces nerfs.

Plusieurs expériences ont été tentées sur les nerfs pneumogastriques ou nerfs vagues par un grand nombre de physiologistes (1 ;, et le plus grand nombre de ces expériences a eu pour objet l'appréciation de l'influence exercée sur la respiration par ces nerfs seuls ou réunis aux accessoires de Willis. Nous ne pouvons les rappeler ici ; qu'il nous suffise d'en énoncer les résultats. La ligature ou la section des nerfs vagues produit divers troubles, qui à leur tour déterminent lentement l'asphyxie. Ces troubles sont : i** la paralysie incomplète de la glotte ; 2« l'exsudation qui s'opère dans les poumons; 3» l'altération des phénomènes chimiques du poumon; 4« suivant

(1) Voy. Analomie et physiologie du système nerveux ^ par le <l >ctcur Loogct, t II, p. 2C3, 376. Fonctions des ner/s pneumo'-gastrtques et spinal.

Mayer, de Bonn, la coagulation du sang des vaisseaux pulmonaires (1).

Les nerfs vagues, qui proviennent, non du cerveau, mais de la moelle allongée, sont donc étmngers à Teicitation des muscles de la respiration. La section ou la ligature de ces nerfs n'amène donc point la paralysie de ces muscles, et n'anéantit pas directement les fonctions respiratoires. Bichat ne s'était point trompé à cet égard; mais le rôle qu'il refusait avec raison aux nerfs vagues appartient-il réellement aux nerfs phréniques ou diaphragmatiques? Ces neifs, qui proviennent de la quatrième et en partie de la cinquième paire cervicale, et qui sont évidemmenr sous l'influence de .la moelle allongée, foyer commun de tous les mouvements essentiels à la vie, n'entrent que pour une faible part dans le système des nerf s respirateurs. Ces nerfs sont : i** le nerf facial^ appelé par Ch. Bell nerf respiratoire de la face, qui agit sur les ailes du nez, sur l'orbiculaire des lèvres, le buccinateur, etc.; 2° le rameau récurrent ou laryngé inférienr des nerfs vague et spinal, qui agit sur la dilatation et sur la contraction de la glotte (2); 3« le nerf phrénique^ appelé par Ch. Bell nerf respiratoire interne du tronc, et qui détermine les contractions du diaphragme; 4'lc nerf spinal ou accessoire de Wiilis, appelé par Ch. Bell nerf respiratoire supérieur du tronc (3) ; 5* le nerf du muscle grand dentelé, appelé par Ch. Bell nerf respiratoire externe du ti'onc ; 6« les nerfs intercostaux^ qui agissent sur la dilatation latérale de la poitrine; 7° les rameaux provenant de la première branche collatérale du plexus lombaire, et qui avec les intercostaux agissent sur les muscles abdominaux dans l'expiration.

Or, chacun de ces nerfs a une origine distincte, et lorsque les nerfs phréniques sont paralysés par la section de la moelle épinière au-dessus de leur origine, ceux qui prennent leur origine au-dessus, dans la moelle allongée, continuent d'accomplir leurs fonctions.

Ce n'est donc point en suspendant l'action des nerfs phréniques que la mort du cerveau amène la mort du poumon, et

(1) MuUer, Phytiologie, livr. III, sect. I«, chap. VI.

(?) Voy., sur ce sujet longtemps débattu, l'ouvrage cité de M. Loogcf, 1. 1. p. Î80.

^3) Cette fonction du nerf spinal vient d'être contestée par U. le docteur Ber* nard, qui le regarde comme destine à la phonation {Archives générales de mi' éecine, numéro d'avril 1844.)

DE l'Éditeur. 343

par elle Tasphyxie. Il est donc dans la moelle allongée une partie où tous les nerfs respirateurs puisent rinnervalion qui leur est nécessaire : or^ cette partie, nous le répétons, n*est point le cerveau proprement dit.

En effet, malgré Tindépendance relative de Taction de ces différents nerfs, il existe une source commune d'où découle rinfluence nerveuse qui régit tous les mouvements respiratoires. Cette source réside dans la moelle allongée, au bulbe rachidien. La lésion du bulbe met iin immédiatement à tous les mouvements respiratoires, non seulement à ceux qui sont sous la dépendance de nerfs vagues, mais encore à ceux qui sont soumis à Tinfluence de tous les nerfs spinaux.

C'est pour cela que ces nerfs cessent alors bientôt de répondre à Faction des stimulants. Le bulbe seul doit donc être considéré comme le foyer central et l'organe régulateur des mouvements respiratoires, et la moelle épinière n'en est que le conducteur. C'est à Legallois que nous devons la découverte de ce fait capital dans la physiologie. Par une série d'expériences nombreuses et variées, il a démontré- que la source des mouvements respiratoires ne réside dans aucune autre partie de l'encéphale; que l'on peut extraire d'un animal, par portions successives et d'avant en arrière, en le coupant par tranches, le cerveau, le cervelet, et même une partie de la moelle allongée, mais que la respiration se suspend subitement aussitôt ({uc Ton opère la section du bulbe au point qui correspond à l'origine du nerf vague : d'où résulte cette conséquence incontestable, c'est que , de tout le système nerveux et de tout l'organisme, c'est le bulbe qui est la partie la plus mortelle, pour nous servir de l'expression de Muller. M. Flourens, qui s'est efforcé de déterminer d'une manière plus précise encore que Legallois l'endroit de la moelle allongée dont la lésion est fatale , résume ainsi les données de ses expériences sur ce sujet : « La limite du point central et premier moteur du système nerveux se trouve donc immédiatement audessus de l'origine de la huitième paire, et sa limite inférieure, trois lignes à peu près au-dessous de cette origine. Ce point n'a donc en tout que quelques lignes d'étendue dans les lapins; il en a moins encore dans les animaux plus petits que ceuxci : il en a un peu plus dans les animaux plus grands, l'étendue particulière de ce point variant comme varie l'étendue

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totale de l'encéphale ; mais, en définitive, c*est toujours d'un point, et d'un point unique, et d'un point qui a quelques lignes à peine, que dépendent la respiration, l'exercice de TactioD nerveuse, l'unité de cette acUon, en un mot, la vie entière de ranimai, n Dans une communication récente faite à rAcadémie des Sciences, (janvier 1852), M. Flourens à cru pouvoir préciser davantage, en le cfrconscrivant dans un espace d'une ligne à peine, ce point vital, cette partie importante de la moelle allongée qui semble avoir sous sa dépendance tontes les fonctions respiratriccs, et toutes les excitations nerveuses.

Nous avons vu que la division des deux nerfs vagues n'entraîne pas une mort subite, et que ranimai peut quelquefoû» survivre cinq ou six jours à cette lésion. Ce n'est donc pa» seulement parce quMl donne naissance à ces nerfs que la lésion du bulbe cause immédiatement la mort : c'est que la moelle allongée est réellement, comme l'exprime M. Flourens, le nœud vital du système mvyeux,

« Enlevez successivement, dit M. Longet, sur un jeune chien, par exemple, les lobes cérébraux, les corps striés, les couches optiques, les tubercules quadrijumeaux, le cervelet et la protubâ-ance annulaire, videz, en un mot, à peu près complètement la cavité crânienne, et vous verrez (le bulbe rachidien et la moelle demeurant intacts) les mouvements respiratoires continuer avec une grande régularité. Mais, lorsqu'à l'aide de deux sections transversales du bulbe, vous aurez intercepté un segment ou une rondelle renfermant l'origine de la huitième paire avec quelques filets radiculaires du nerf spinal, aussitôt tous les mouvements respiratoires, notamment les contractions du diaphragme, des muscles grand dentelé et intercostaux, s'arrêteront d'une manière brusque, ranimai périra asphyxié, et pomtant les nerfs diaphragmatiques, respiratoire externe du tronc (Ch. Bell) et intercostaux, auront été épargnés à leur origine. »

- Il est donc évident que Bichat a commis une erreur en indiquant l'origine des nerfs phréniques comme le point où la lésion de la moelle entraîne nécessairement et subitement la mort par interruption de la respiration. k^

Il s'est également trompé quand, faisant tardivement entrer les mouvements respiratoires dans la sphère de la vie animale, il les regarde comme dépendant directement

DE l'Éditeur. 345

de rinfluencG cérébrale ou du cerveau proprement dit.

Note [Z »]. De IHnfluence que la mort du cerveau exerce sur celle du cœur.

A l'exemple de Haller, Bichat a refusé au cerveau, à la moçUe épinière et aux nerfs qui en proviennent toute influence sur les mouvements du cœur. Postérieurement à Bichat, de nombreuses expériences ont démontré que celte indépendance n'existait pas; mais on n*a pas encore déterminé d'un manière précise et incontestable les limites de la connexion qui a lieu entre l'organe central de la circulation et le système nerveux cérébro-spinal. Nous allons donc faire simplement un bref historique des recherches qui ont eu pour objet la solution de ce problème. Legallois a voulu établir contre Bichat que le principe de l'action du cœur réside exclusivement dans la moelle épinière. Il détruisit sur des lapins tantôt la portion dorsale, tantôt la portion lombaire de la moelle épinière. Dans tous ces cas, la mort arrivait au bout de deux à quatre minutes, lorsqu'il opérait sur des lapins âgés de vingt jours, malgré le soin qu'il prenait de pratiquer l'insufflation pulmonaire. Ensuite il expérimenta sur des lapins plus jeunes. Chez ceux-ci la vie se prolongeait plus longtemps après la destruction de la portion dorsale et surtout de la portion lombaire de la moelle ; mais, dans le premier cas, le secours de l'insufflation était nécessaire au maintien de la vie. Toutes les fois qu'il opérait sur la moelle cervicale, la destruction de cette portion anéantissait presque immédiatement la vie chez les lapins âgés, et fort promptement chez les plus jeunes. Cependant, comme cette lésion suspendait immédiatement tous les mouvements inspiratoires du thorax, Legallois s'était efforcé d'y suppléer par la respiration artificielle. La désorganisation de la moelle tout entière an moyen d'une tige de fer faisait périr subitement ranimai, quel que fût son âge.

Legallois conclut de ses expériences : 1» que le principe nerveux qui régit les mouvements du cœur a sa source dans la moelle épinière, non pas dans une portion déterminée de cette moelle, mais dans sa totalité ; 2" que le grand sympathique n'est pas un nerf indépendant, mais qu'il a ses racines dans la moelle même, et qu'il a pour caractère propre de placer toute»

les parties auxquelles il se distribue, et par conséquent le cœur, sous l'influence motrice de la moelle épinière ; 3» que la destruction de la moelle^ en tout ou en partie, anéantit les contractions du cœur, ou du moins les afiaiblit au point qu'elles deviennent insuffisantes à entretenir la circulation et à chas- 'ser le sang jusque dans le cerveau et la moelle épinière; 4" que, la vie étant due à l'impression du sang artériel sur le «ystème cérébro-spinal, c'est la cessation de cette impressioa qui cause la mort ; 5« que si le cœur pouvait encore, après avoir été complétemait isolé du système nerveux, se contracter assez énergiqucmcnt pour pousser le sang artériel jusque dans le centre cérébro-spinal, on verrait la vie persister, et que même on réussirait à opérer par là une résurrection véritable et dans toute la force de l'expression.

Il restait à vérifier la légitimité de ces dernières conclustons. Alors Legallois fit le raisonnement suivant : si, api^ès avoir opéré une destruction partielle de la moelle épinière, on lie certains vaisseaux pour diminuer l'étendue du système vasculairc perméable au sang, les contractions du cœur devront alors être encore assez fortes pour entretenir la circulation dans cet espace réduit. Ainsi, plus on aura placé la ligature près du cœur, plus on aura de cette manière limité l'étendue du champ circulatoire, et plus devra être considérable la portion de moelle épinière que Ton pourra détruire sans interrompre la circulation. En conséquence, Legallois pratiqua sur des lapins la ligature de l'aorte à la région lombaire, puis il détruisit la portion lombaire de la moelle épinière. Chez d'autres, après avoir décapité Tanimal, il lia les carotides et les veines jugulaires, et détruisit ensuite la portion cervicale delà moelle, toujours en ayant soin d'entretenir artificiellement la respiration. Enfin, dans une dernière expérimentation, il retrancha toute la moitié postérieure du corps de l'animal, après avoir pratiqué la ligature des grands vaisseaux au-dessus de la division. Dans toutes ces expériences, selon Legallois, la circulation entre le cœur et les ligatures persista plus ou moins longtemps, et même, dans quelques cas, pendant plus de trois quarts d'heure.

Mais bientôt un nouvel observateur vint contredire Legallois et le combattre également par des expériences. Selon Wilson Philip, quand, par un coup asséné sur l'occiput, on étourdit

DE l'Éditeur. 347

un animal, la respiration se suspend, mais raction du cœur persiste^ et peut durer longtemps si on emploie la respiration artificielle. Si on enlève complètement le cerveau et la moelle épinière d'un animal, les contractions du cœur continuent encore, mais elles sont plus faibles. En général, elles ne sont pas non plus anéanties par la destruction d\k cerveau et de la moelle au moyen d'une tige de fer rougieaufeu : aussi Wilson Philip conclut, comme Haller, que Faction du cœur est essentiellement indépendante du cerveau et de la moelle.

Néanmoins, suivant les expériences du même physiologiste, l'irritation directe du cerveau ou de la moelle produit un effet marqué sur le cœur : ainsi il a vu les contractions cardiaques devenir plus rapides chez des animaux, sur le cerveau et la moelle épinière desquels il faisait tomber goutte à goutte de Talcool. L'accélération était plus considérable quand il le versait sur la portion cervicale de la moelle que dans le cas où il agissait sur la portion lombaire.

Le docteur Wilson Philip a en outre reconnu que l'effet produit sur le cœur par là destruction du cerveau et de la moelle dépend jusqu'à un certain point du procédé employé pour opérer cette désorganisation. Si on enlève complètement le cerveau en le coupant par tranches successives ; si on détruit lentement la moelle épinière au moyen d'un stylet rougi au feu, le cœur continue de battre encore longtemps, quoique plus faiblement qu'à l'état normal. Mais si on opère brusquement cette destruction au moyen de l'écrasement, par exemple, les mouvements du cœur s'arrêtent immédiatement.

Le docteur Marshall a constaté que chez les poissons la circulation persiste fort longtemps après la destruction de la moelle allongée. M. Flourens est parvenu, en expérimentant sur des oiseaux et des mammifères, chez lesquels il avait détruit la moelle épinière et même tout l'axe cérébro-spinal» à entretenir la circulation beaucoup plus longtemps que n'avait pu le faire Legallois : ainsi, chez les lapins auxquels il avait enlevé le cerveau et la moelle épinière, il a vu les pulsations des carotides durer plus d'une heure; mais il avait soin de pratiquer l'insufflation pulmonaire. Ces deux physiologistes cependant n'en admettentpas moins que lecœur estjusqu'à un certain point sous la dépendance du cerveau et de la moelle épinière»

« Si nous prenons en considération, dit J. MuUer, les expé-

348 ^otie^

rieiices des divers observateurs ; si nous les réun issous aui faits déjà connus, savoir, que le cœur arf*aché de la poitrine continue encore longtemps de se contracter, principalemeDt le cœur des reptiles, des amphibies et des poissons; que les affections déprimantes du système nerveux diminuent Ténergie de ses battements ; que rafTaiblissement de la circuIatioD suit Taffaiblissement de l'activité nerveuse, nous pouvons tirer les conclusions suivantes : i^ le cerveau et la moelle épinière exercent une grande influence sur les mouvements du c<£ur; ses contractions peuvent, par leur intermédiaire, s^accélérer ou se ralentir, diminuer ou augmenter d'énei*gie ; 2« Faction du cœur néanmoins pei^iste encore quelque temps après l'ablation de la moelle épinière et du cerveau ; mais ses mollv^ ments sont beaucoup plus faibles, et la circulation ne s*exécttte pas régulièrement, du moins pendant longtemps ; 3^ le cœur, lorsqu'il est arraché de la poitrine, et par conséquent n'est plus en rapport avec la plus grande partie du nerf sympathique, continue encore de se contracter quelques instants, v

M. le docteur Brachet fait dépendre cette contractilité du ganglion cardiaque sur lequel il serait parvenu à expérimenter directement.

Les filets nerveux du cœur viennent de la paire vague et da nerf dit gi-and sympathique. Ces filets pénètrent presque dam la substance musculaire de cet organe. Il restait à déterminer quelle est, dans le résultat commun, la part due à chacun de ces deux ordres de ncrfô cardiaques. La difficulté de cette détermination est extrême.

Malgré les tentatives expérimentales des physiologistes sur le rôle des nerfs vagues et des nerfs ganglionnaires dans lei contractions du cœur^ il est sage de reconnaître que tout est encore confus sur ce sujet important, car Texcitabilité du cœur doit éprouver, dans les expériences mentionnées^ des troubles variés qui interdisent une appréciation exacte des origines auxquelles on doit la rapporter.

Plusieurs physiologistes pensent que, dans les passions, c'est par rentreniise des nerfs vagues que le cerveau modifie Je rbythme et l'énergie des contractions du cœur. Cette opinion est aussi la nôtre; mais il est possible que cette influence s'exerce également par l'intermédiaire de la moelle épinière.

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Note [Z i>]. Déterminer si V interruption des fonctions de la vie organique est un effet direct ou indirect de la mort du cerveau.

Avant d'aborder cette question, il est utile de rappeler que sous le nom de cerveau , Bichat de'signe vaguement l'appareil central de la vie dite animale, qui comprend à la fois les phénomènes d'entendement et de volonté, et les phénomènes de sensibilité et de locomotion. Or, ce rôle multiple que Bichat assigne au cerveau seul n'appartient point exclusivement à cet organe ; c'est la cenlralité encéphalo-rachidienne tout entière qui est le véritable appareil central de la vie animale. Quant au cerveau proprement dit, ou sait qu'il n'influence point directement les fonctions de la vie organique; que la respiration et la circulation n'en dépendent point immédiatement; que des faits de sensibilité et de contractilité dites animales par Bichat se produisent sans son intervention, et que la plupart de ces effets sont'^sous l'empire immédiat de la moelle allongée (1).

D'après les considérations qui ont été présentées dans les notes précédentes, il ne s'agissait donc pas ici de déterminer ia part d'action, directe ou indirecte, exercée par la mort du cerveau sur la mort des autres organes, mais il s'agissait plutôt de déterminer la part d'action exercée sur ceux-ci par la centralité encéphalo-rachidienne.

Mais avant d'agiter la question posée en ces termes, rappelons la solution apportée par Bichat.

(1) Il est démontré aujourd'hui qu'il est des faits de sensibilité et de contractilité dites animales par Bichat auxquels le cerveau proprement dit peut rester complètement étranger, grâce au pouvoir réflexe de la moelle, pouvoir en vertu duquel les nerfs moteurs excitent des mouvements coordonnés et correspondants aux impressions reçues et apportées par les nerfs sensitifs, alors même que les lobes cérébraux ont été enlevés ou que toute communication de. la moelle avec le cerveau a été détruite. C'est par ce pouvoir réflexe que s'expliquent plusieurs mouvements instinctifs, et surtout les expressions sentimentales involontaires dont nous avons parlé dans la note [K], On ignorait, au temps de Bichat, ce pouvoir de la moelle, regardée alors comme un simple cordon nerveux chargé de transmettre l'innervation cérébrale ; on ignorait aussi. l'origine distincte, dans les cordons antérieurs et postérieurs de cette moelle, des nerfs moteurs et des nerfs sensitifs; cela suffit pour expliquer la dénomination vague de cerveau donnée indistinctement par cet illustre physiologiste à l'appareil ceutral de la vie seosuriomotrice et à l'agent spécial de l'entenciement et de la volonté.

350 KOTES

D'après ce physiologiste, Vinterruption des fonctions de la «m organiqtie est un effet indirect de la cessation de l'action cérébrale. En d'autres termes, la mort du cerveau entraîne la mort de tous les autres organes au moyen d'agents intermédiaires qui sont les organes mécaniques de la respiration. Les nerfs phréniques n'étant plus excités par Faction cérébrale, et le mécanisme de la respiration étant par là interrompu, tous les troubles propres à l'asphyxie déterminent la mort générale. Voici la série des phénomènes qui, selon Bichat, arrivent alors : 1*» anéantissement de Faction cérébrale ; 2® cessation subite des sensations et de la locomotion volontaire ; S® paralysie simultanée du diaphragme et des intercostaux ; 4° interruption desphénomènes mécaniques de la respiration ; 5<> annihilation des phénomènes chimiques ; ô** passage du sang noir dans le système à sang rouge ; 7» ralentissement de la circulation par le contact du sang par le cœur et les artères, et par l'immobilité absolue où se trouvent toutes les parties, la poitrine en paiiiculier; 8« mort du cœur et cessation de la circulation générale; 9* interruption simultanée de la vie organique, surtout dans les parties où pénètre habituellement le sang rouge; 10« abolition de la chaleur animale, qui est le produit de toutes les fonctions; 11» terminaison consécutive de Faction des organes blancs, qui sont plus lents à mourir que toutes les autres parties, parce que les sens qui les nourrissent sont plus indépendants de la grande circulation.

La mort de tous les orçanes étant ainsi expliquée par Vinterruption des fonctions pulmonaires, la question se réduit pour Bichat à revenir sur la théorie émise par lui , quelques pages plus haut, sur la mort du poumon par celle du cerveau. Or, cette théorie a été discutée dans la note [Y] ; nous n'y reviendrons point.

Abordons la question telle que nous Favons posée nousmôme.

Il s'agit de savoir si les phénomènes de la vie de nutritioa sont influencés directement ou indirectement par la centrante encéphalo-rachidienne.

Ne restons point dans le vague ; soyons clair et précis ; pour cela distinguons dans la vie organique divers ordres de phénomènes.

Au premier ordre appartient le mécanisme de la respiration.

DE l'éditelr. 354

Ainsi qtie nous FaYons établi dans la note [Y] , les muscles respiratoires sont places immédiatement sous Tinfluence de rinner^'ation encéphalo-racbidienne. Nous avons rappelé en même temps que le bulbe rachidien semble présider à Fensemble des fonctions vitales. Est-ce uniquement en paralysant les nerfs de la respiration que la lésion du bulbe amène instantanément la mort générale? Nous ne pouvons nous enga^ ger ici dans la discussion de ce problème , qui , du reste, a été résolu affirmativement, quoique avec des eiplications différentes , par la plupart des physiologistes contemporains. M. Flourens, toutefois, semble être moins affîrmatif lorsqu'il fait dépendre de la lésion d'un point déterminé de ce bulbe , non-seulement la respiration, mais encore Y exercice de Vaction nerveuse, Vunité de cette action et la vie entière de VanimaL,

Au second ordre appartiennent les faits de contractilité dite organique et sensible qui se produisent sans conscience dans les fibres musculaires du cœur, des intestins, de la vessie, etc. Ainsi que nous l'avons rappelé dans les notes [P] et [Q], ces phénomènes sont moins immédiatement soumis à l'innervation encéphalo-racbidienne. L'influence du système nerveux ganglionnaire y prend une part très-grande selon quelques physiologistes, exclusive selon quelques autres. Ceux-là, et M. Longet est de ce nombre, font intervenir dans l'action du système ganglionnaire l'influence de la substance grise de la moelle ; ceux-ci, M. Brachet surtout, regardent l'action du système ganglionnaire comme étant douée d'une force d'innervation propre et suffisante. Selon nous ^ Tinflucnce de la centralité encéphalo-racbidienne sur la production des phénomènes de contractilité dite organique et sensible, s'exerce incontestablement, mais d'une manière indirecte et médiate ; elle peut jusqu'à un certain point être déterminée par l'expérience et par l'observation clinique.

\u troisième ordre appartiennent les sécrétions. Comme il est des organes sécréteurs auxquels le système ganglionnaire seul fournit des nerfs, il semblait naturel d'en tirer cette induction, que les sécrétions sont exclusivement soumises à l'influence de ce système. Mais cette induction n'a pas paru rigoui-euse à tous les physiologistes, dont les objections sont fondées sur ce que le système nerveux ganglionnaire n'étant point isolé de la centralité encéphalo-racbidienne avec laquelle il

a des relations nombreuses , doit nécessairement ajouter à sa force propre celle quMl reçoit de cette centrante. Trois éléments de démonstration sont produits à Tappui de cette doctrine, relativement aux sécrétions : Tobservation des effets détermina par les impressions afTectiyes dans les sécrétions lacrymale, gastrique^ bilieuse , salivaire , urinaire , mammaire, spennaifque, cutanée^ etc., sécrétions qui peuvent ôtre siispenduesi augmentées ou altérées par ces impressions; %^ Texamen des résultais de Texpérimentation et surtout des vivisections dirigées sur divers points de la centralité encépbalo-rachidienne; 3° l'appréciation clinique des troubles qui succèdent aux l^ sions pathologiques de cette centralité. Mais^ de ce que ks sécrétions sont modifiées par ces diverses causes , il n'en résulte point que la question soit résolue. On ne conteste point rinfluence exercée par les idées sur les phénomènes de la vie organique , au moyen du système nerveux ganglionnaire; on ne conteste pas davantage que Tintégrité de la centralité cncéphalo-rachidienne ne soit nécessaire à Tintégrité des fonctions de sécrétion. Quand on a la prétention de localiser les diverses actions nerveuses, il faut se garder de confondre ce qui appartient à un foyer présumé d'innervation spéciale avec ce qui appartient à Tunité vitale et aux relations générales des organes entre eux. 11 ne s'agit donc pas de rechercher si Ja centralité encépbalo-rachidienne exerce quelque influence sur les sécrétions, il s'agit de savoir si elle exerce sur elles une action propre au moyen d'une innervation spéciale et indispensable. Posée ainsi, la question doit être , à notre avis , résolue négativement. Les sécrétions ne subissent , en général^ à la suite des impressions affectives et des lésions de la centralité encépbalo-rachidienne^ d'autres altérations que celles qu'y déterminent les troubles de la respiration, de la circulation et de l'innervation ganglionnaire provoquées par ces impressions et pai^ ces lésions. ..

Au quatrième ordre de phénomènes appartient la calorificaliou. Des expériences ont été tentées pour apprécier l'influena exercée sur la température du corps par la centralité encéphalû-rachidienne. A i'oœasion de ces expériences, qui ne prouvenl absolument rien, nous répétei-ons avec M. Longct : «Assurément il est bien permis de penser que les animaux mis en expérience se sont refroidis parce qu'ils étaient mourants.»» En

DE l'éi^iteur. 353

troublant la drculation^ la respiration^ rinner?ation ganglionnaire, de pareilles expériences doivent nécessairement modifier la chaleur vitale; il serait absurde d'en conclure que la moelle épinièrè renfermé le principe de oalorificoHon.

Au cinqui^gmiltttiire appartiendrait la circulation capillaire, Tabsorption, Texhal^on et la nutrition, qui sont les opérations vitales par eaiMlence, celles qui sont communes à tous lies organes et à toQS les êtres vivants , et qui semblent être le foyer véritable de la calpriûcation. Selon Rachetti et Fray^ la moelle épinièrè serait principalement chargée de présider à la nutrition. La plupart des physiologistes réservent ce rôle au système nerveux ganglionnaire. M. Longct ne peut se décider à dépouiller tout à fait la substance grise de la moelle épinièrè, qui y participerait , selon lui , avec le système des ganglions. Quoi qu'il en soit, il est certain que la centralité encéphalerachidienne n'exerce qu'une influence fort indirecte sur les opérations vitales dites communes , à Texception toutefois du bulbe rachidien, dont nous n'avons pas besoin de rappeler ici le rôle éminemment viviflcaieur.

S'il était permis de résumer, au moyen de formules générales, des faits si difliciles à apprécier expérimentalement, nous dirions : 1® les phénomènes de la vie organique sont d'autant moins dépendants de la centralité encéphalo-rachidienne qu'ils ont un caractère plus général , qu'ils exigent un mécanisme moins compliqué, et qu'ils s'identifient davantage avec les fonctions dites communes , avec celles qui ont pour agent le tissu cellulaire ; 2® à mesure que décroît l'empire de la centralité encéphalo-rachidienne, on voit s'élever celui du système nerveux ganglionnaire.

A Tactlon de ce SNStème sont rattachés, par la plupart des physiologistes, tous les phénomènes de la vie organique. D'après MuUer, un certain nombre de fibres grises et distinctes des autres s'en détacheraient pour répandre dans tout l'organisme l'élément excitateur de la nutrition. C'est encore à l'action vivifiante de ce système que M. Brachet et d'autres savants expliquent la persistance de la vie intra-utérine et même extra-utérine chez les fœtus amyencéphales, c'est-à-dire entièrement privés de centralité encéphalo-rachidienne.

Qu'il nous soit permis de poser ici une simple question : S'il est des êtres vivants ne présentant aucune trace de système

3o8 NOTE

artères étant connue, il est aisé de concevoir comment, Tagenl principal du mouvement artériel étant alternatif , le cours do liquide est cependant continu. L'élasticité des parois artérielles représente celle du réservoir d'air dans certaines pompes à jeu alternatif, et qui pourtant fournissent le liquide d'une mauière continue.

11 ne suffit pas de reconnaître l'espèce d'influence qu'a le resserrement des artères sur le mouvement du sang artériel : il faut savoir si ce resserrement n'influe pas d^une manière sensible sur le cours du sang dans les veines. (Test ce qu'éclaircit l'expérience suivante : mettez à nu, comme dans l'expérience précédente, Tartèi'e et la veine crurales d'un chien ; Ûa fortement le membre, en ayant le soin de n'y pas comprendre ces vaisseaux ; liez ensuite la veine crurale, et faites-y, au-dessous de la ligature , une petite ouverture d'une ligne ou deux de longueur ; le sang coule en formant un jet continu. Si Ton comprime l'artère de manière à y intercepter le cours du sang, le jet continue encore quelques instants ; mais on le voit diminuer sensiblement, à mesure que Fartère se vide. Il cesse enfin tout à fait dès que Tartère est entièrement vide ; et quoique la veine reste distendue par le sang dans toute sa longueur, le liquide ne sort plus par la petite plaie. Si on cesse alors de comprimer Tarière, le sang s'y précipite avec force, et presque au môme instant il recommence à couler par l'ouverture de la veine, et le jet se rétabirt comme auparavant. Si Ton gène le cours du sang dans l'artère , on n'a qu'un faible jet par la veine ; il en est de même si l'on intercepte et permet alternativement le passage de ce liquide.

Je rends le même phénomène évident d'une autre manière; j*introduis dans l'artère crurale l'extrémité d'une seringue remplie d'eau à 30 degrés ; je pousse lentement le piston, et bientôt le sang sort par l'ouverture de la veine , d'abord seul et ensuite mêlé à l'eau, et il forme un jet d'autant plus considérable que l'on presse le piston avec plus de force.

Prouver, comme nous l'avons fait, que le cœur consene une influence manifeste sur le cours du sang dans les vaisseaux capillaires, ce n'est point avancer que ces vaisseaux n'ont point d'action sur le mouvement de ce fluide. Une foule de phénomènes physiologiques établissent, au contraire, que les capiflaires peuvent se prêter avec plus ou moins de facilité an

passage du saDg, et par conséquent influencer sensiblement son cours. 9

Du prétendu soulèvement de l'estomac dans le vomissement (1). — Dans aucune circonstance Festomac ne se soulève , comme le dit Bichat. L*opinion que Festomac se soulève dans le vomissement a pris naissance dans un temps d'ignorance^ et Fon a droit de s'étonner qu'elle ait trouvé jusqu'à nos jours des partisans. Ce n'est pas qu'on Fait constamment suivie; Bayle et P. Chirac Favaient combattue par des expériences ;^ Senac, Van Swiéten , Duverney, s'étaient déclarés contre elle; mais Halier, en Fadoptant , changea tout à coup les esprits , et fixa les incertitudes de ce grand nombre de physiologistes qui, ne prenant pas la peine de faire eux-mêmes des expériences ^ aiment à se reposer sur la foi d'un nom fameux. Certainement, en physiologie, les opinions de Halier soiit en général d'un grand poids ; mais c'est qu'avant de les énoncer en proposition générale, ce sage observateur avait coutume de répéter un grand nombre de fois les expériences sur lesquelles il les fondait : or, dans ce cas, il n'a pas assez douté de Fusage de Festomac dans le vomissement.

Il a fait quatre expériences seulement, moins pour s'assurer que le phénomène existât que pour le voir tel qu'il le supposait. Il est bien difficile , même pour le meilleur esprit, de se dépouiller, en observant, des idées reçues précédemment sans examen. On peut donc croire que dans cette circonstance Halier a vu légèrement. Ces considérations m'ont déte/miné, y a quelques années , à m'assurer par moi-même de ce qui se passe dans le vomissement, et de la part qu'y prend l'estomac. Je rapporterai brièvement les expériences que je tentai à ce sujet. La première fut faite sur un chien de moyenne taille, auquel je fis avaler six grains d'émétique. Quand ce médicament eut excité des nausées , j'incisai la ligne blanche au niveau de Festomac, et j'introduisis mon doigt dans Fabdomen. A chaque nausée , je le sentais comprimé assez fortement en haut par le foie, qu'abaissait le diaphragme, et en bas par les intestins, que pressaient les muscles abdominaux. L'estomac me paraissait aussi comprimé ; mais au lieu de le sentir se contracter, il me semblait, au contraire, augmenta de volume.

(I) Noie de M. MageoJie.

Timpression de Témétique sur la membrane muqueuse de Testomac ; car, dans ce cas, son action aurait dû être plus prompte quand il était mis directement en contact avec cette membrane que quand il y arrivait avec le sang après avoir traversé les poumons et les quatre cavités du cœur. Afin d*éclaircir cette question, afin de voir si les contractions des muscles étaient le résultat de Timpression produite sur Festomac, ou si elles étaient excitées plus directement par la substance vomitive charriée dans le torrent de la circulation, je fis Teipérience suivante :

rouvris Fabdomen d'un chien^ et, ayant fait sortir par là Pestomac, je liai avec soin les vaisseaux qui se rendent à ce viscère, et je l'extirpai en totalité (j'avais reconnu dans des expériences précédentes qu'un chien pouvait vivre ainsi quarante-huit heures après qu'on lui avait enlevé Festomac ). Je fis un point de suture aux parois abdominales ; puis, ayant mis la veine crurale à découvert, j'injectai dans sa cavité une dissolution de deux grains d'émétique dans une once et demie d'eau. A peine avais-je fini l'injection que le chien commença à avoir des nausées, et bientôt il fit tous les efforts que cet animal a coutume de faire quand il vomit. Ces efforts même me parurent beaucoup plus violents et plus prolongés que dans le vomissement ordinaire. Le chien parut tranquille environ un quart d'heure ; je renouvelai alors Finjection, et je poussai toujours dans la veine crurale deux autres grains d'émétique, ce qui fut suivi des mêmes efforts de vomissement. Je répétai plusieurs fois l'expérience, et toujours avec le même succès. Mais celle-ci même m'en suggéra une autre, que j'exécutai de la manière suivante. Je pris un chien d'une assez grande taille, auquel j'extirpai Festomac, comme je l'avais fait dans Fexpérience précédente ; j'introduisis dans Fabdomenune vessie de cochon au col de laquelle j'avais fixé par des fils une canule de gcflnme élastique; je fis entrer le bout de cette canule dans Fextrémité de Fœsophage, et je Ty fixai aussi par des fils, en sorte que la vessie simulait assez bien l'estomac, et était comme lui en communication avec Fœsophage. Je fis passer dans la vessie environ un demi-litre d'eau comnianci ce qui la distendit, mais ne la remplit pas entièrement. Une suture fut pratiquée à là plaie de Fabdomen, et quatre grains d'émétique furent injectés dans la veine jugulaire. Bientôt les

nausées se manifestèrent et furent suivies de véritables efforts de vomissement; enfin, après quelques instants, Fanimal vomit en abondance Peau de la vessie.

11 résultait évidemment des expériences précédentes que les muscles abdominaux et le diaphragme concourent à produire le vomissement; mais il restait à déterminer quelle est la part du diaphragme dans la production de ce phénomène, quelle est celle des muscles abdominaux.

Si le diaphragme n'avait reçu que les nerfs diaphragmatiques, il aurait été facile de s'opposer à la contraction de ce muscle en coupant ces nerfs; mais il reçoit aussi des filets des paires dorsales, et ces filets suffisent pour entretenir ces contiactions. Cependant Texpérience nous a démontré que^ les nerfs diaphragmatiques étant coupés, la contraction du diaphragme diminue Irès-sensiblement d'énergie; et Ton peut dire, sans se tromper beaucoup, que ce muscle perd par cette section les trois quarts de sa force contractile. Il était donc utile de voir quelle influence aurait sur la production du phénomène la section de ces nerfs. Nous avons pratiqué celte section au cou sur un chien de trois ans^ et nous lui avons ensuite injecté dans la veine Jugulaire trois grains d'émétique: il n'y a eu qu'un vomissement très-faible; une autre injection d'émétique, faite un quart d'heure après, n'a pas excité de vomissement. Nous avons ouvert l'abdomen, et nous avons cherché à produire le vomissement en comprimant l'estomac. La pression, quoique très-forte et tiès-longîemps soutenue, n'a provoqué aucun effort de vomissement; elle ne parut même pas déterminer de nausées. Nous crûmes que cette circonstance pouvait tenir à une disposition individuelle de l'animal ; mais ayant plusieurs fois depuis répété cette expérience, nous n'avons pas obtenu d'autres résultats.

Pour bien apprécier la part que prennent dans le vomissement les muscles abdominaux par leurs contractions, nous devions observer ce qui aurait lieu quand ces muscles ne pourraient plus agir. Il n'y avait qu'un seul moyen d'y parvenir ; c'était de séparer ces muscles de leurs attaches aux côtes et à la ligne blanche ; c'est ce que nous avons exécuté sur plusieurs animaux ; nous avons détaché successivement le grand oblique, le droit et le trans verse, ne laissant dans toute l'étendue de la face antérieure de l'abdomen que le péritoiue. Lot^o^v^

Ton a ainsi enlevé ces muscles, on voit très-distinctement à travers le péritoine tout ce qui se passe dans cette cavité; on dislingue parfaitement, par exemple, le mouvement péristaltique de l'estomac et des intestins ; et si Testomac se contractait, il serait aisé de s'en assurer. Les muscles abdominaux ainsi détachés, nous avons injecté trois grains d*émétique dans la veine jugulaire, et presque aussitôt les nausées et les vomissements se sont manifestés parle seul fait de la contraction du diaphragme. Il était curieux de voir dans la contraction convulsive de ce muscle toute la masse intestinale poussée en bas et venant presser fortement sur le péritoine , qui se rompait dans certains points. Dans ce cas, la ligne blanche, formée dans toute sa longueur par un tissu fibreux très-fort, est la seule partie qui résiste à la pression des viscères : son existence est donc tout à fait indispensable pour que le vomissement puisse arriver ; peut-être remplit-elle un usage analogue dans Félat ordinaire. Cette expérience prouve que le vomissement peut être produit par les seuls efforts du diaphragme, ce qui est encore confirmé par Texpérience suivante.

Nous avons, comme ci-dessus, détaché les muscles abdominaux et mis à nu le péritoine ; nous avons ensuite coupé les nerfs diaphragmatiques et nous avons injecté de rémdtique dans les veines. L'animal a eu quelques nausées, mais rien de plus. Quoique nous ayons recommencé plusieurs fois l'injection de l'émétique, nous n'avons jamais pu produire aucun effort sensible de vomissement.

Des différentes expériences que nous venons cle rapporter, et des faits que nous avons fait connaître dans une note précédente relativement aux mouvements de l'œsophage, on peut conclure sans rien hasarder :

i« Que le vomissement peut arriver sans que l'estomac présente aucun indice de contraction ;

2° Que la pression exercée immédiatement sur l'estomac par le diaphragme et les muscles de l'abdomen paraît suffire pour la production du vomissement lorsque l'occlusion de la partie inférieure de l'œsophage n'y met point d'obstacle ;

3° Que la contraction convulsive du diaphragme et des muscles abdominaux, dans le vomissement par le taitrate antimonié de potasse et les substances vomitives proprement dites, e$i le résultat divine action directe de ces substances sur le

système nerveux et indépendante de Fimpression i^essentic par restomac.

De l'absorption considérée comme dépendante de la sensibilité organique des orifices absorbants {{), — C'est principalement à la théorie de Tabsoiption que Bichat applique avec une prédilection marquée sa prétendue loi vitale désignée sous le nom de sensibilité organique, A Ven croire, les orifices absorbants n'admettent que les fluides qui sont en rapport avec leur propre nature et leur fonction; ils se ferment et repoussent tout fluide étranger, toute substance nuisible. Malheureusement pour cette théorie, les lymphatiques n'offrent aucune espèce d'orifices et se trouvent clos de toutes parts; malheureusement aussi l'absorption des poisons, des virus, des miasmes^ etc., nous prouve chaque jour que les organes chai'gés d'accomplir cette fonction ne possèdent pas ce précieux discernement vital. L'hypothèse de Bichat est trop répandue, trop généralement acceptée pour que nous n'entrions pas dans quelques détails sur cet important problème de physiologie.

Avant la découverte des vaisseaux lactés par Aselli en i622 et celle des lymphatiques en 1650, les veines passaient pour les agents de l'absorption; mais lorsqu'on vit ces nouveaux vaisseaux se remplir de chyle après le repas, lorsqu'on reconnut la disposition des valvules des lymphatiques, en un mot, quand on fut assuré qu'ils absorbaient» on se trouva porté à les regarder comme seuls chargés de cette fonction. Aujour^ d'hui il est généralement reconnu que ces deux ordres de vais* seaux en sont concurremment les organes. Les expériences de nombreux observateurs, celles surtout de MM. Magendie, Emmert, Mayer, Tiedemann, Gmelin, expériences qui ont été variées de toutes les manières, ont mis hors de doute la faculté absorbante dos veines qu'on leur refusait absolhment depuis bientôt un siècle, depuis Hunter. Mais si les veines absorbent aussi bien que les lymphatiques, d'où vient la nécessité de ce dernier ordre de vaisseaux? Serait-ce une superfétation, une création inutile de la force qui produit les organes? Une pareille supposition n'étant guère admissible, on devait donc présumer que ces deux espèces de vaisseaux n'avaient pas un

(i) Cette note et les notes suivantes nous ont été eommuuiquécs par M. le doe* taur DubreuU.

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