‹ Recherches pour servir à l'histoire chimique et pharmaceutique de la Petite CentauréeChapitre 6 sur 10 · Quelques remarques importantes trouvent place ici · texte numérisé non relu

Quelques remarques importantes trouvent place ici

1° Il n’est pas absolument nécessaire de reprendre l’extrait aqueux par l’alcool, d’évaporer la liqueur alcoolique pour traiter ensuite le résidu par l’éther, afin d’obtenir la matière cristalline; on peut traiter directement l’extrait aqueux concentré par l’éther. Je ne conseille pas de le faire, bien que je l’aie fait quelquefois avec succès; voici pourquoi : le traitement par l’éther se fait moins bien, la masse s’émulsionne avec la matière amère qui est en suspension dans l’extrait, l’éther ne se sépare qu’à la longue et incomplète-

ment ; il faut employer beaucoup plus d’éther pour arriver à une moindre quantité de produit.

2° La liqueur éthérée décantée est souvent verte ; en la laissant plusieurs jours au contact du noir animal, on arrive à la décolorer en grande partie. Le noir, même non lavé à l’acide chlorhydrique, ne semble pas absorber la matière cristalline. L’éther ne semble coloré en vert qu’autant que la centaurée est peu ancienne et qu’on l’a épuisée avec de l’eau bouillante.

3” La centaurée épuisée par la benzine, par l’essence de térébenthine, par l’éther, a pu donner par l’eau un extrait qui m’a fourni apparemment autant de matière cristallisée que si elle n’avait subi aucun traitement. Il semble que, puisque l’éther enlève la matière'cristallisée à l’extrait aqueux delà petite centaurée, on doit l’obtenir facilement en traitant la centaurée directement par l’éther; il n’en est rien, je n’ai jamais pu en obtenir la moindre trace en reprenant la cire brute par l’eau distillée bouillante, bien que j’eusse toujours employé celle-ci bien divisée. Mais dans un traitement par la benzine, ce liquide enleva la matière que je décrirai plus loin sous le nom de matière céroïde, et celle-ci s’est peu à peu couverte de petites aiguilles incolores, brillantes, qui ont grandi depuis dix-huit mois, et qui rougissent à la lumière. J’ai dû, en présence de ce résultat, rejeter l’idée que la matière cristalline prenait naissance dans l’action de l’eau sur la centaurée.

4° Le chloroforme, le sulfure de carbone peuvent enlever la matière cristallisée à l’extrait aqueux ; mais ces liquides s’émulsionnent d’une façon tellement stable que leur séparation est très-lente, difficile et toujours incomplète. L’extrait repris par l’alcool aurait, sans doute, éliminé cet inconvénient.

23. Rendement. — Plus on est rapproché de l’époque à laquelle on a recueilli la centaurée, plus on obtient de matière cristallisée ; c’est au point qu’avec de la centaurée qui a plus d’un an, et surtout si on ne l’a pas conservée à l’abri de la lumière, il est extrêmement difficile d’en obtenir des traces. On ne peut guère compter sur un rendement supérieur à je n’ai souvent obtenu que ^oo, et rien du tout quand la centaurée avait été séchée à la lumière vive et avait quinze ou dix-huit mois.

24. Propriétés physiques , chimiques .— Je désignerai-désormais la matière cristallisée sous le nom < 1 ’ Krylhrm Cm taurine ; ce nom rappelle à la

Jois le nom latin de la plante ( Erythrœa Centaurium ) et l’un® de ses propriétés les plus remarquables (ÈpvQpba, rouge), celle de rougir quand on l’expose à l’action des rayons solaires.

Elle seprésente sous la forme d’aiguilles absolument incolores et brillantes, .mais on l’obtient difficilement exempte d’une teinte jaune très-légère. Elle est inodore, insipide, bien exempte d’amertume si elle est pure; elle croque légèrement sous la dent; plus dense que l’eau, elle flotte facilement à sa surface, par capillarité, surtout si un léger vernis de matière jaune amère la défend du contact immédiat de l’eau. Au microscope, elle apparaît sous la forme d’aiguilles allongées, prismatiques, qui semblent appartenir au système klinorhombique. Elle est très-soluble dans l’eau bouillante (environ 18 fois son poids), et se précipite presque entièrement dès que le refroidissement commence; aussi arrive-t-on difficilement à en filtrer une dissolution bouillante sans qu’une partie se dépose sur le filtre, si Ton n’a pas pris les précautions nécessaires en pareil cas. Elle est facilement soluble dans l’éther, l’alcool, le chloroforme, le sulfure de carbone, plus à chaud qu’à froid.

25. —Le fait le plus important de son histoire est celui-ci : Quand on expose l’érythro-centaurine aux rayons directs du soleil, on la voit passer assez rapidement à l’orangé, au rose, au rouge vif. Ce phénomène ne se produit point dans une lumière diffuse peu intense, mais il se produit dans une lumière diffuse un peu vive, et d’autant plus rapidement que l’érythrocentaurine est plus pure, en cristaux plus fins, et que la lumière est plus vive. L’eau et l’air humide, auxquels j’attribuai d’abord ce phénomène, ne jouent aucun rôle dans sa production. Il n’y a que la partie directement éclairée qui se modifie ; celle-ci sert ensuite d’écran à la masse sous-jacente et la préserve d’une transformation pareille. L’action physique de la lumière s’exerce encore quand l’érythro-centaurine est recouverte d’une couche d’éther insuffisante pour la dissoudre. Au microscope, les cristaux se mon- . trcnt avec leur forme primitive et une couleur rose ; l’insolation exerce donc :sur eux une action purement physique, comme sur le phosphore blanc, qu’elle fait passer à l’état de phosphore amorphe. Quand on interpose un verre rouge entre l’érythro-centaurine et les rayons solaires, elle ne subit «point la transformation rouge, ce qui vient à l’appui de ce que je disais tout à l’heure. J’ignore l’action des autres couleurs du spectre 1 .

Quand on laisse évaporer à la lumière directe du soleil une solution éthérée d’érythro-centaurine, les cristaux grimpent le long des parois du tube, et comme ils ont subi l’action de la lumière au fur et à mesure de leur accroissement, ils sont rouges jusque dans leur plus intime profondeur, et volumineux parce qu’ils se sont formés lentement : on les dirait de cuivre pur s’ils n’étaient translucides.

26. —L’érythro-centaurine insolée n’est pas amère; ce n’est donc pas la source de l’amertume de la centaurée. Mais ne serait-elle point la matière colorante des pétales? Pour décider nettement cette question, il faudrait directement extraire le principe colorant des pétales, chose à peu près impossible, car les pétales ne représentent pas ,ô,f du poids de la plante. D’ailleurs l’érythro-centaurine insolée se dissout dans les mêmes réactifs que l’érythro-centaurine non insolée : elle se dissout par conséquent dans l’éther et dans le chloroforme, tandis que les pétales de centaurée ne cèdent point leur matière colorante rouge à ces dissolvants ; ces deux matières ont des dissolvants communs, tels que l’alcool et l’acide acétique.

27. — L’érythro-centaurine insolée, et par conséquent rouge, donne une solution éthérée ou chloroformique incolore. Cette solution, en s’évaporant dans une obscurité complète, donne de l’érythro-centaurine cristallisée et incolore. Celle-ci, exposée aux rayons solaires, redevient rouge et peut encore donner une solution incolore. J’ai répété cette expérience un grand nombre de fois ; elle me semble une des plus éclatantes et des plus rapides manifestations du pouvoir de la lumière sur les corps.

La solution incolore d’un produit coloré n’est pas rare en chimie; la solution éthérée du biiodure de mercure est incolore ; mais par évaporation du dissolvant, le corps dissous reprend sa couleur aussi bien dans l’obscurité que dans un espace vivement éclairé.

L’érythro-centaurine ne contient point d’azote; je ne connais aucune combinaison de cette substance; elle me paraît neutre, ce que son mode d’obtention pouvait déjà faire soupçonner ; sa solution aqueuse n’est point précipitée par la solution d’iodure double de mercure et de potassium, qui précipite, comme on le sait, tous les alcaloïdes.

J’ai perdu accidentellement la plus grande partie de ce que je possédais de ce produit, et comme je n’en possède plus d’absolument incolore en quan-

tité suffisante pour faire des analyses comparatives, je remets à une étude ultérieure l’analyse de ce produit. J’ai vainement consacré deux mois du printemps de 1862 à des préparations d’érythro-centaurine, et comme j’opérais sur de la centaurée ancienne et probablement desséchée dans des conditions défectueuses, je n’ai rien obtenu, tandis que j’ai constamment réussi à obtenir ce curieux produit quand j’opérais sur de la centaurée récente ou que j’avais desséchée moi-même à l’obscurité.

La plupart des dessins des grands maîtres des siècles derniers ont été exécutés à la sanguine ; j’ai eu l’idée d’appliquer l’érythro-centaurine à leur reproduction photographique en rouge ; mais le haut prix de revient de cette substance (10 fois son poids d’or environ) m’a dissuadé de mettre ce projet à exécution.

APOTHÈME.

Dépôt formé pendant l’évaporation de l’extrait.

28. —J’ai déjà dit qu’en épuisant la centaurée par l’eau distillée froide, si l’on évapore la liqueur filtrée soit à l’air libre, soit dans un alambic, on obtient un précipité qui se dépose au fur et à mesure de l’évaporation. Si l’évaporation a lieu à l’air libre, vers 95°, on voit graduellement se former à la surface liquide une pellicule qui se ride et se soulève comme la pellicule qui se forme sur le lait, mais ayant une bien moindre consistance : c’est la matière insoluble dont il s’agit ici.

Ce précipité adhère en partie aux parois de l’alambic et s’en détache facilement avec le doigt; l’autre partie est en suspension dans le liquide. Séparé alors que la liqueur extractive est réduite à la moitié environ du poids de la plante employée, lavé successivement à l’eau, à l’alcool et à l’éther jusqu’à ce que ces liquides ne lui enlèvent plus rien, enfin desséché à l’air libre, il se présente avec les caractères suivants : c’est une poudre jaunâtre, terne, assez lourde, insipide, inodore, insoluble dans l’eau, l’alcool, l’éther, la benzine, le chloroforme, les acides, mais très-soluble dans les alcalis.

Il n’y a aucun rôle à faire joüer à l’air dans sa formation, puisque l’évaporation dans un alambic en donne la même quantité. Est-ce ce corps que Moretti entend désigner comme extractif oxygénable?

29. /fondement. — Le rendement est d’emviron 15 à 20 p. 100 ; il varie «t augmente avec la quantité d’eau dans des limites assez restreintes, il «0t vrai; il semble qu’on en obtienne moins avec la centaurée très-ancienne;, ou en opérant par décoction : ce dernier résultat se comprend bien, car la précipitation de ce corps a lieu dès que la liqueur extractive a atteint une température de 100°. Quand la centaurée a été épuisée par l’eau, l’alcool-, l’éther, on peut, en l’épuisant par l’eau ammoniacale, la dépouiller d’une matière qui, séparée par l’acide chlorhydrique, jouit des propriétés de l’apothème et se trouve alors en quantité d’autant plus grande que la centaurée est plus ancienne*

30. — En opérant sur un apothème provenant d’une.seule opération avec de l’eau distillée, j’ai obtenu un rendement de cendres qui correspond à 27 p. 100 pour la partie tenue en suspension dans le liquide; ces cendres sont insolubles dans l’eau, ne bleuissent point le tournesol, ne font pas effervescence avec les acides; elles sont constituées presque exclusivement par du sulfate de chaux. Ce rendement de cendres est énorme ; il n’est plus que de 3* r , 2 p. 100 d’apothème pour la partie qui adhérait aux parois de l’alambic. La partie de l’apothème qui ne se dissout pas dans l’ammoniaque est presque exclusivement minérale; et au contraire, la partie soluble dans l’ammoniaque ne m’a donné que 0 gr ,475 de cendres par 100 grammes.

Ces chiffres sont variables avec les échantillons et portent avec eux leur enseignement. Si j’eusse connu ces résultats plus tôt, je me serais épargné bien des recherches à peu près infructueuses sur la nature chimique de ce précipité.

31. — La partie organique de l’apothème est très-azotée ; je l’avais regardée comme étant de nature albuminoïde; mais c’est en vain que j’y ai cherché du soufre comme élément constitutif. On conçoit comment le dépôt s’effectue en considérant qu’il renferme une grande quantité de sulfate de chaux, moins soluble à chaud qu’à froid, et qui se dépose en entraînant une matière organique colorée. J’avais cru que l’apothème était une altération de la matière amère par l’ébullition dans l’eau distillée ; des expériences entreprises dans le but de vérifier cette hypothèse m’ont conduit à la rejeter.

32. — L’apothème se dissout bien dans l'ammoniaque, dans la soude et

'dans la potasse caustiques ; la matière organique ainsi dissoute forme une liqueur brune, presque noire en masse, ne cristallisant pas, môme au bout de deux ans, et l’acide chlorhydrique en séparé l’apothème. La solution ammoniacale donne par l’évaporation spontanée des écailles brunes, presque noires, parfois brillantes; elle peut donner dans les solutions des sels métalliques des précipités à peu près insolubles : ce sont de véritables sels. Il faut prendre garde de laisser à l’air une solution d’apothème avec excès d’ammoniaque ; celle-ci passant à l’état de carbonate donnerait en même temps que le sel de l’apothème un carbonate métallique; d’ailleurs ces combinaisons n’offrent aucun intérêt.

La matière que je viens de décrire sous le nom mal défini d’apothème semble être le sel essentiel de petite centaurée, obtenu par voie humide, ainsi que l’on peut en juger par les descriptions confuses des anciens auteurs.

MATIÈRE CÉROÏDE.

M3. — Rien n’est facile comme l’obtention de ce produit : après l’extrait, aqueux, c’est le corps qùe l’on trouve en plus grande quantité dans la petite centaurée. Pour l’obtenir il faut traiter la poudre de cette plante par l’éther et évaporer ce liquide. Voici comment j’opère :

La poudre de petite centaurée est tassée dans une cloche de verre renversée, servant d’appareil à déplacement. Je verse peu à peu de l’éther à la surface : celui-ci descend graduellement, se colore de plus en plus et forme une zone verte très-foncée. Arrivé au bas de l’appareil, il s’écoule dans le récipient placé au-dessous, très-épaissi, opaque et si coloré qu’il semble noir : l’éther moins chargé qui lui succède est plus fluide et plus manifestement vert. Quand on a fait passer sur la petite centaurée une fois et demie environ son volume d’éther, la liqueur qui s’écoule est déjà d’un vert clair, elle devient d’un vert de plus en plus clair à mesure que l’on verse .une plus grande quantité d’éther. En opérant sur de la centaurée récemment desséchée, la liqueur éthérée est d’un vert magnifique vue par transmission, tandis qu’elle est opaque et d’un brun très-foncé quand on l’examine par réflexion au soleil. Dès qu’on juge qu’on a versé une suffisante quantité d’éther, il faut : 1° jeter la poudre dans un alambic, pour retirer par dis-

tillation au bain-marie l’éther qu’elle retient abondamment, ou bien, ce qui vaut mieux : 2° déplacer l’éther par l’alcool pour obtenir la matière amère pure comme il sera dit (61).

34. — Il ne faut pas tenter de déplacer l’éther par l’eau, la chose est impossible; je l’ai bien des fois tentée sans succès : la poudre de centaurée se gonfle au contact de l’eau, au point d’occuper un volume trois à quatre fois plus considérable, et tout écoulement cesse.

L’éther chargé des principes qu’il a dissous est distillé : il reste dans la cornue une masse molle qui, décantée et chauffée de manière à dégager les dernières traces de liquide, se présente sous la forme d’une cire un peu molle, presque noire, à laquelle l’eau, môme bouillante, n’enlève rien.

35. Rendement. — 1° De la centaurée à tiges longues, grôles, et très-flexibles , simplement desséchée à l’air, pulvérisée de manière à retirer de poudre, a donné pour ce quart de poudre un rendement de 72 p. 1000;

2° De la centaurée bien desséchée, dont j’avais retiré f de poudre, m’a donné 68 p. 1000. Dans des conditions à peu près semblables, j’ai obtenu 64 et 70 p. 1000; pour obtenir un épuisement théoriquement complet, il faudrait mettre en jeu des quantités formidables d’éther; aussi n’ai-je pas absolument cette prétention ;

3° J’avais épuisé de la petite centaurée par l’eau : le résidu fut desséché et pulvérisé; j’obtins 920 grammes de poudre (la centaurée neuve pesait 3,200 gram.) qui m’a donné un rendement de cire brute égalé 105 p. 1000;

4° La centaurée entière, telle que le commerce la livre, peut rendre 45 h 50 p. 1000.

36. — D’autres expériences, faites toujours sur un kilogramme de matière au moins, m’ont démontré :

1° Que la poudre de centaurée fournit bien plus de matière cireuse que les débris de sa fabrication ; aussi ai-je presque toujours exclu ces débris du traitement par l’éther, à cause de la masse considérable de liquide qu’il aurait fallu employer ;

2“ Que la première poudre obtenue donne une cire plus molle que la suivante, et si les résidus de la pulvérisation en' rendent peu, elle est trèsferme. Elle semble d’autant plus ferme qu’on a employé une plus grande quantité d’éther et que l’on a opéré à une température plus élevée ;

3“ Que, s’il est vrai qu’on puisse retirer directement la cire en traitant la plante pulvérisée par l’éther, il est encore plus avantageux de se servir de poudre de centaurée épuisée par l’eau ; dans ce cas, la cire est absolument insipide, ce qu’il est difficile d’obtenir autrement;

4° Que l’on peut remplacer l’éther dans l’obtention de ce produit par l’essence de térébenthine et la benzine, et obtenir à peu près autant de produit. Mais la distillation de ces liquides est très-difficile, le produit sent fortement ou l’essence de térébenthine ou la benzine, quand bien môme on le maintient longtemps à l’étuve et qu’on le fait bouillir des jours entiers avec de l’eau distillée ;

5° Que le sulfure de carbone, même employé en grande quantité, enlève seulement une matière cireuse molle, glu-tin eu se, noire en masse, jaunâtre en couche mince, très-élastique, absolument insipide, devenant verte au contact de l’acide azotique étendu et froid;

6° Que l’alcool, au contraire du sulfure de carbone, enlève la partie la plus solide de la matière céroïde, mais le rendement est plus faible qu’avec l’éther. Si l’on traite par l’éther la petite centaurée déjà épuisée par l’eau et par l’alcool à 86°, on obtient une matière céroïde, molle, élastique, comme celle que donne le sulfure de 'carbone, plus molle encore, qui, ajoutée à la matière céroïde ferme et même friable qu’a donnée l’alcool, complète le rendement normal;

7° Que la couleur verte de la poudre disparaît dans ces traitements : elle devient rougeâtre. L’odeur de la poudre disparaît aussi entièrement par le traitement éthéré; nouvel exemple à ajouter à ceux que M. Millon a le premier signalés dans son travail sur l’extraction du parfum des fleurs en Algérie ;

8° Que les racines ne donnent que très-peu de matière céroïde; la matière qu’on en retire n’est pas verte, ce qu’il était facile de prévoir, puisqu’elles ne subissent pas l’action de la lumière ; elle semble différer encore de celle des tiges par d’autres caractères. Elle donne par l’acide azotique le corps que j’étudierai sous le nom de cire azotique (46).

37. Propriétés physiques, chimiques. — La matière céroïde se présente avec la consistance'd’une cire assez ferme pour conserver la forme qu’on lui a donnée, assez molle pour se laisser façonner entre les doigts. Elle

semble noire en masse et verdâtre quand on l’étire. J’ai vainement, tenté de ,1a décolorer par les divers procédés déjà mis en usage pour décolorer la cire animale et la cire végétale du commerce ; je n’ai obtenu que des résultats défectueux, car j’agissais sur un corps fort complexe qui ne saurait guère prendre rang dans le groupe des cires. Le chlore n’atteignait pour la blanchir qu’une surface si mince, qu’il fallut avoir recours à un artifice particulier que j’exposerai plus loin. Etalée en lames extrêmement minces pendant deux mois de l’été de 1861, au soleil et à toutes les intempéries, elle n’a pas subi la moindre décoloration; elle paraît même plus noire, parce que le soleil l’a fondue à la surface.

38. — Je savais par l’observation directe que la centaurée perd avec le temps sa teinte verte pour ne garder qu’une teinte jaunâtre; ce phénomène de décoloration se produit même à la lumière diffuse en moins d’une année. Je cherchai à mettre à profit cette remarque pour obtenir de la cire incolore; pour cela, j’exposai pendant trois mois de l’été 1861, dans un jardin, de la centaurée entière, mais épuisée par l’eau, puis je traitai la poudre qu’elle me fournit par l’éther, de la façon déjà décrite. J’obtins, non pas une cire molle, mais friable, peu colorée et d’un vert bien net. Le résidu de la pulvérisation fut à son tour traité, non pas par l’éther, mais par l’alcool à 87°, et l’évaporation du liquide fournit une matière verte, friable, mais plus foncée que la précédente. Je m’attendais à un rendement un peu plus élevé que celui que j ’ai obtenu, mais le produit est' en grande partie privé de matière verte et semble renfermer une beaucoup plus grande quantité de matière solide (Si) que d’habitude, comme si la matière molle (56) s’était convertie partiellement en matière solide (Si) par l’action de l’air. Je recommencerai cette expérience avec de la centaurée non épuisée par l’eau.

. J’ai conservé de la matière céroïde brute pendant plus de deux ans, dans . divers endroits, humides ou secs, obscurs ou éclairés, sans jamais y voir la plus légère trace de rancidité.

39. —Elle possède une odeur exactement semblable à celle de la petite centaurée desséchée, mais beaucoup plus forte et plus délicate. Sa densité

, varie de 1028 à 1060; elle est d’autant plus grande que ce corps offre une .consistance plus ferme. Soumise à l’action de la chaleur, elle se ramollit de plus en plus, mais il. est impossible de l’amener, à une consistance; vraiment.

liquide en élevant la température. Elle est soluble, mais inégalement, dans l’alcool, l’éther, la benzine, l’essence de térébenthine, le chloroforme, le sulfure de carbone. Plus loin je montrerai que ces liquides peuvent servir aussi à son dédoublement (52).

40. — J’ai versé dans une solution alcoolique chaude de matière céroïde un égal volume d’eau distillée pour l’obtenir dans un grand état de division. J’ai fait passer un courant de chlore dans ce magma vert, et j’en ai ainsi amené la décoloration. Le corps qui provient de cette réaction est sec, il a une légère teinte jaune ; dissous dans l’éther et abandonné à l’évaporation spontanée, il retient longtemps l’éther sans se dessécher et reste mou. Il donne par l’acide azotique le produit que je décrirai plus loin sous le nom de cire azotique, comme la matière cireuse qui n’a pas subi l’action du chlore.

41. — Action des alcalis. — J’ai tenté bien des fois d’obtenir avec la soude caustique, la chaux, la baryte, des combinaisons qui me permissent de dédoubler la matière céroïde ; j’ai dû renoncer à ces essais qui me semblaient la transformer, et souvent ne rien produire : d’ailleurs je n’ai aucun résultat digne d'être relaté.

42. — Action des acides. — L’acide azotique m’a fourni des résultats que je vais développer peut-être un peu longuement. Deux cas sont à considérer : 1° on fait réagir un poids d’acide égal à celui de la matière cireuse ; 2° on emploie un poids d’acide quintuple.

43. — Premier cas. — Si l’on emploie un poids d’acide azotique égal à celui de la cire brute, et que l’on chauffe dans une capsule de porcelaine, on voit graduellement la matière passer du noir au jaune miel, boursoufler considérablement

ainsi que la bouillie,

Qui par un trop grand feu s’enfle, croît sur ses bords Et de tous les côtés se répand au-dehors.

(Molière, L'Étourdi.)

Il faut veiller sans cesse à l’opération, faciliter le dégagement des vapeurs nitreuses à l’aide d’une baguette de verre, et pour assurer le résultat, étendre l’acide d’un peu d’eau. Si l’on arrête l’opération dès que la matière est d’un beau jaune de miel, qu’on jette celle-ci dans l’eau distillée pour en-

lever l’acide, et la malaxe dans l’eau distillée tiède jusqu’à ce que les eaux de lavage n’offrent plus une réaction acide, on obtient une matière jaune, un peu molle, facile à étirer, à la façon du sucre tors, et présentant alors les plus magnifiques reflets dorés que l’on puisse imaginer. Ainsi étirée, cette matière ressemble à l’or le plus pur, et si la main ne pouvait apprécier l’immense différence de densité des deux corps, l’illusion pourrait être complète.

Une masse de 120 gr. de ce produit, conservé pendant tout le mois de septembre 1860, a triplé de volume, et présentait une structure finement et régulièrement celluleuse. Récemment préparée, elle subissait facilement l’empreinte du doigt, comme une cire à modeler un peu ferme ; devenue celluleuse et boursouflée, elle est cassante, friable, cède sous la pression du doigt, mais en se brisant. Cette matière est odorante par elle-même ; il se joint à son odeur propre l’odeur des vapeurs nitreuses quand le lavage n’a pas été suffisant.

44. — Deuxième cas. — Si l’on emploie un poids d’acide azotique cinq à dix fois plus considérable que celui de la matière céroïde brute, et que l’on ait pris soin d’ajouter cet acide par partie, on observera d’abord la réaction décrite dans le cas précédent. Puis le boursouflement diminue, la matière devient d’un jaune plus pur ; on peut alors chauffer plus régulièrement sans crainte de voir la matière franchir les bords de la capsule. Quand la plus grande quantité de l’acide azotique se trouve dégagée, on ajoute de l’eau distillée à plusieurs reprises, de manière à débarrasser le produit par une longue ébullition des dernières portions d’acide azotique qu’il retient encore.

45. — La matière ainsi obtenue, malaxée dans l’eau distillée chaude, souvent renouvelée, jusqu’à ce qu’elle ne devienne plus acide, et même plusieurs fois après qu’on a obtenu ce résultat, se laisse étirer, mais il faudra la ramollir dans de l’eau très-chaude; étirée, elle n’offrira pas le bel aspect doré de la matière obtenue avec un poids égal d’acide. J’ai cru pendant longtemps qu’elle ne boursouflait pas avec le temps; j’en avais conservé pendant quinze mois sans que ce phénomène se produisit; mais pendant l’été de 1861 (plus chaud que celui de 1860), je l’ai vu doubler de volume, sans que l’éclat et la forme eussent subi de changement. Elle est

d’autant moins facile à ramollir dans l’eau chaude, qu’elle a été obtenue en épuisant l’action d’une plus grande quantité d’acide azotique. J’ai môme épuisé l’action d’un poids d’acide cinquante fois plus considérable que celui de la cire brute; le produit est alors extrêmement dur.

46. Propriétés physiques et chimiques. — J’appellerai cire azotique, nom auquel je n’attache qu’une idée d’origine, et ce, faute d’un meilleur nom, le produit de la réaction de l’acide azotique sur un poids de cire brute cinq fois moindre. C’est un corps complexe, mais qui m’a semblé néanmoins mériter une description spéciale.

C’est de la cire azotique préparée avec un poids quintuple d’acide que je parlerai ici. Ce corps est d’un beau jaune clair, brillant à la surface, terne dans sa cassure, assez dur, friable, plus lourd que l’eau, doué d’une odeur qui n’est pas désagréable, insipide s’il a été bien lavé; il se ramollit dans l’eau chaude, peut se façonner facilement pendant qu’il est mou ; si on le chauffe, même à une température assez élevée, il ne devient jamais liquide. Il boursoufle, prend une structure finement celluleuse, quand on le maintient pendant longtemps à une température de 28 à 30 degrés. La tendance au boursouflement est en raison inverse de la quantité d’acide azotique employée à produire ce corps.

Chauffé à une température suffisamment élevée, il brunit, noircit ensuite, dégage une abondante quantité de vapeurs blanches, légères, aromatiques, ayant à peu près l’odeur que dégage l’oliban et la myrrhe soumis à la distillation sèche. Il reste comme résidu une matière d’un beau noir, brillante, ayant l’aspect du bitume de Judée, encore soluble dans l’éther, et qui se transforme rapidement, par une température plus élevée, en un charbon brillant. Comme avec toutes les matières non volatiles très-oxygénées (sucre, acide tartrique), le résidu de charbon est considérable.

Conservé «pendant un temps très-long, il se recouvre de cristaux fins, incolores, très-brillants, qui grandissent avec le temps ; au bout d’un an, il n’est pas besoin de se placer à une lumière un peu vive pour les observer : j’ignore quelle est leur nature.

Il est absolument insoluble dans l’eau, facilement soluble dans l’alcool; mais il y a, surtout à froid, un dépôt insoluble. Il est extrêmement soluble dans l’éther, mais il y laisse aussi un résidu insoluble. Quand on le sépare

de sa combinaison avec la soude au moyen d’un acide, l’acide acétique, par exemple, il est pulvérulent, et cet état de division rend bien manifeste sa déliquescence dans la vapeur d’éther; en faisant tomber de la vapeur d’éther sur cette poudre, elle brunit, s’agrège en se ramollissant : c’est donc un nouveau corps éthérométrique.

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