Des principes constituants de la matière céroïde
Jusqu’ici je n’ai étudié que la matière cérqïde brute; je vais placer ici l’étude de ses principes constituants. J’avais entrevu depuis longtemps la possibilité de dédoubler la matière céroïde, mais mes dernières expériences ont seules pris un caractère assez tranché pour que j’aie cru devoir les publier. C’est en prenant pour point de départ les remarques du § 36 que suis parvenu aux résultats que je vais exposer.
Si l’on soumet à l’action de l’alcool à 8G° bouillant, la matière cireuse brute, on la dédouble en une matière plus molle, plus noire, qui ne se dissout pas, et en une matière verte, ferme, qui se dissout et que l’on précipite de sa solution alcoolique par l’eau distillée. En répétant un grand nombre de fois l’action de l’alcool bouillant sur chacun des deux produits d’un premier traitement, on enlève de plus* en plus à la matière molle et
noire la matière dure et vert clair qu’elle renferme ; comme aussi on déliai rasse la matière ferme, vert clair, de la matière molle et noire qu’elle conrtient encore.
53. — C’est donc à une action dissôlvante inégale de l’alcool sur la matière céroïde brute qu’on en doit le dédoublement. Si l’on remplace l’alcool par l’éther ou par le sulfure de carbone, c’est le contraire qui arrive : l’éther et le sulfure de carbone dissolvent beaucoup plus facilement la matière molle et noire que la matière dure et verte ; l’application de ces deux dissolvants est bien préférable à celle de l'alcool, après deux traitements par l’alcool bouillant, pour amener un dédoublement plus prompt et plus parfait de la matière céroïde.
54. Produit solide. —Le produit solide résultant des traitements précédents est toujours d’un vert clair, et comme chaque traitement destiné à le priver de plus en plus de matière colorante en diminue la quantité, il m’a été pendant longtemps impossible d’en obtenir la décoloration complète par la simple action des liqueurs neutres. Si l’on dissout ce produit dans l’alcool à 86°, si l’on ajoute à la liqueur verte un poids de noir animal au moins égal à celui du corps dissous, et si l’on maintient le flacon fermé à une température de 40 à 45° pendant deux jours au moins, on voit la liqueur se décolorer graduellement, perdre sa couleur verte et ne conserver plus qu’une très-légère teinte jaune. En filtrant cette liqueur et y ajoutant deux fois son volume d’eau distillée, on précipite une matière blanche qu’on recueillera sur un filtre; en faisant subir encore une fois à cette matière l’action du noir animal, on l’obtiendra avec les caractères suivants :
55. —C’est une poudre blanche, très-douce au toucher, adhérente aux doigts, plus dense que l’eau, très-soluble dans l’alcool bouillant, bien moins soluble dans l’alcool froid, soluble dans l’éther, le chloroforme,’ absolument insoluble dans l’eau, insipide et inodore. Je n’ai jamais réussi à la faire cristalliser dans ses dissolvants ; elle apparaît au microscope sous la forme d’une poudre absolument amorphe, mais douée d’une certaine translucidité. Elle fond à une température très-élevée, en jaunissant, puis elle passe au brun ; elle ne donne aucun résidu au chalumeau. Elle se dissout dans l’acide sulfurique concentré et froid, en très-petite proportion; l’eau sépare de cette dissolution sulfurique un corps pulvérulent, presque blanc, devenant un
peu jaunâtre parla dessiccation, très-friable,,offrant sous la dent la sensation d’une résine insipide, soluble dans l’alcool, l’éther, le chloroforme, le sulfure de carbone, et donnant par l’action de l’acide azotique le même produit jaune que si elle n’avait pas subi l’action de l’acide sulfurique.
La matière blanche que je viens d’étudier me semble pouvoir être regardée comme une résine neutre ; elle n’est point azotée; je ne connais aucune combinaison de ce corps. Je propose de donner à ce produit le nom de Centauri-rétine , qui rappellera à la fois son origine et sa nature chimique.
56. Produit mou. — Ce corps est plus léger que l’eau; il est d’autant plus léger qulil est plus mou ; il adhère aux doigts comme une matière visqueuse ; presque noir en masse, il est jaune verdâtre en couche mince, et d’un beau vert au contact de l’acide azotique étendu et froid. Il est absolument insoluble dans l’eau, bien plus soluble dans l’éther, le sulfure de carbone, le chloroforme, que dans l’alcool. Il a une assez grande tendance à se couvrir de moisissures; c’est un produit complexe, non azoté, qui renferme de la chlorophylle et une matière visqueuse comme la glu, ou comme le caoutchouc que V Asclépios syrinca fournit quand on le traite par le sulfure de carbone. Les alcalis caustiques, même bouillants, semblent ne point attaquer ce corps.
57. A ction de l'acide azotique sur les principes constituants de la matière céroïde. — Il m’a semblé intéressant d’étudier l’action de l’acide azotique sur la centauri-rétine et sur le produit mou et complexe qui constituent la matière céroïde brute.
L’acide azotique transforme la centauri-rétine en un produit jaune serin, bien plus dur que le produit décrit sous le nom de cire azotique brute, et en différant bien parce qu’il est entièrement soluble dans l’éther; il se ramollit à une température plus élevée que la cire azotique brute.
L’acide azotique transforme le produit mou, formé de chlorophylle et d’une matière analogue au caoutchouc, en un produit assez semblable à celui que donne la centauri-rétine, mais plus mou, plus foncé en codeur, encore flexible à froid quand on a épuisé sur lui l’action d’un poids d’acide azotique cinq fois plus considérable. Il se liquéfie à une température trèspeu élevée, sans avoir, non plus que le précédent, un point de fusion que l’on puisse préciser. Il est complètement soluble dans l’éther et dans l’alcool,
et la solution éthérée est plus éthérométrique que celle du produit précédant; la solution éthérée retient l’éther avec une telle persistance, qu’au bout de plusieurs mois d’exposition à l’air le produit est encore mou.
La cire azotique brute ne diffère pas par ses propriétés de ces deux produits : elle n’est pas entièrement soluble dans l’éther froid, mais cela tient à ce qu’elle renferme de la matière amère (69), tandis que la centauri-rétine et la matière molle s’en trouvent complètement débarrassées par le traitement qu’il faut faire subir à la matière céroïde brute pour la dédoubler.
Le produit de l’actiqn de l’acide azotique sur la centauri-rétine et sur la matière molle renferme de l’azote que l’on peut en dégager en le chauffant avec un alcali caustique, tandis que ni la centauri-rétine ni le produit complexe mou qui renferme la matière colorante verte ne renferme d’azote.
88. — Je termine ici ce que j’ai à dire du produit que j’ai désigné sous le nom de matière céroïde : c’est peut-être ce corps que Stollmann a appelé chlorophylle. Au lieu de ce mot mal défini chlorophylle , et qu’on a pu écrire à la simple vue de la plante, puisque ses tiges sont vertes, j’ai substitué une étude qui m’a coûté bien du temps, et quoique défectueuse encore, j’espère qu’avec un peu de bienveillance on me saura gré de l’avoir publié.