‹ Recherches pour servir a l'histoire de l'Égypte pendant la domination des grecs et des romains, tirées des inscriptions grecques et latines relatives a la chronologie, a l'état des arts, aux usages civils et religieux de ce paysChapitre 25 sur 84 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Inscription du petit temple de Philæ , appartenant au règne de Ptolémée ru , dit Évergéte h.

C’est à M. W. J. Bankes , savant voyageur anglais, que l’on doit la connaissance de cette courte inscription qui n’offre d'intérêt que parce qu’elle se lie avec celle qui a été découverte, par le même voyageur, sur le socle d’un obélisque à Philæ u>.

Sur la planche qui la contient, et dont il a donné communication à l’Académie des inscriptions et belles-lettres , on trouve cette simple indication : « Gravée sur le listel de la porte intérieure du poi'- » tique ( ou pronaos ) , dans le phh petit temple de » Philæ. » *

Cette indication , quoique vague , ne peut cependant s’appliquer qu’à un seul édifice, entre tous ceux de l’île de Philæ. En effet , il n’y a que cinq édifices , parmi ceux dont cette île contient les ruines , qui puissent être qualifiés temples ; ce sont : i° le grand temple d’Isis; 2° le petit temple, situé à l’ouest , et formant un des côtés de la cour , comprise entre le grand propylon et le pronaos du grand temple; 3° un autre temple, périptère, qui n’a plus aucune distribution intérieure; 4° l’édifice que les

Infra , II« Part. , chap. a.

go INSCRIPTIONS DES TEMPLES.

Français ont appelé le temple de l’est , qui n’est qu’une enceinte sans plafond, formée de colonnes engagées jusqu’à plus d’un tiers de leur hauteur ; 5° enfin le petit portique égyptien , situé à l’est du grand temple. Derrière ce portique ou pronaos, sont les restes d’un naos que les savaus français n’ont pas dessiné; mais il a été levé et mesuré totalement ] ar M. Huyot , habile architecte français qui vient de rapporter dans sa patrie une riche moissou de dessins des principaux monuiucns de la Nubie , de l’Egypte, de l’Ionie et d’Athènes.

Or, de ces cinq édifices, il n’y en a que trois qui aient un portique ou p/vnaos , et avec une porte intérieure donnant dans le naos ; ce sont les deux premiers et le dernier; mais l’expression le plus petit des temples ne peut convenir qu’à celui-ci, qui est en effet le plus petit, nou seulement des temples de Philæ , mais saifi> doute aussi de l’Égypte ; car son pronaos, composé de deux colonnes et ne doux antes, n’a que i â pieds et demi de large et 8 de profondeur W).

C’est donc sur le listel de la corniche qui surmonte la porte du naos , dans ce temple ou plutôt dans cette chapelle, qu’on lit l’inscription suivante copiée par M. Bankes, et qui avait échappé aux membres de la commission d’Égypte :

BAIIAEri IITOAEMAIOS KAIBA2IAIÏ2A KAEOIIATPA H AAEA<MI KAIBA21AIÏÎAKAEOI1 ATPAHmvilWEOIETEPrETAlA'M’OAITHI.

« Le roi Ptolémée et la reine Cléopâtre, sa sœur,

(l> l.ancret, Dcscripl. de t île de Philo;, p. 47-= Ü> W. J». 5^-

TEMPLE DE PHILjE. QI

» et la reine Cléopâtre, sa femme, dieux Évergètes, » à V éuus. »

11 faut chercher auquel des Ptolémées cette inscription se rapporte.

Le titre de Dieux Évergètes conviendrait aussi bien à Évergète Ier qu’à Évergète h; mais le nom de la reine Cléopâtre décide la question , puisque la femme d’Évergète ier s’appelait Bérénice. Il s’agit donc d’Evergète h et de sa famille. Quant à la date précise, elle n’est pas exprimée ; mais une circonstance permet du moins de la renfermer dans des limites assez resserrées.

En effet, on voit ici une particularité assez remarquable, et jusqu’ici inconnue dans les mouumens de ce genre. La requête fait mention de doux reines du nom de Cléopâtre , l’une sœur, l’autre femme du roi. Cette distinction prouve que la sœur du roi n’était point sa femme , et que sa femme et sa sœur eurent toutes deux le titre de reines : cela s’explique très bien.

Évergète n , après la mort de son frère Philométor, arrivée dans l’année 1 47 avant Jésus-Christ, vint en Égypte, les armes à la main ; sa sœur Cléopâtre veuve de Philométor, ne pouvant lui résister, lui céda la couronne à la condition qu’il l’épouserait. Ensuite il la répudia pour épouser Cléopâtre , fille de sa femme et de Philométor {1> , conséquemment sa nièce. Voilà, sans nul doute , les deux Cléo-

*** Cliampollion-Fiÿjeac , Annales lies Lapides, 11, p. 168.

pâtre désignées dans la requête : elle est donc d’une date postérieure à la répudiation de Cléopâtre. L’époque de cette répudiation n’a point été déterminée par les chronologistes ; mais on verra plus bas qu’elle ne peut avoir eu lieu après l’an 1 45. Tout ce qu’on sait, c’est qu’elle arriva dans l'intervalle de temps qui s’écoula , entre l’avénement d’Évergète n en et son expulsion d’Alexandrie, dans la quinzième année de son règne, au témoignage de Diodore de Sicile u> ; et cette année répond à l’an i3a avant J.-C. La date se trouverait donc renfermée entre l’an i46 et l’an i3a, époque de l’expulsion d’Évergète j mais il faut la placer plus bas encore. En effet, que Ptolémée Evergète, après son infâme conduite envers sa sœur Cléopâtre , lui ait conservé ,

• avec le titre de reine, le privilège d’être nommée dans tous les actes publics et avant la princesse régnante, c’est ce qui paraîtra bien peu probable. Tout fait supposer au contraire que l’épouse répudiée fut tenue dans un état de surveillance et d’oppression , dont elle s^fforça de sortir en faisant soulever les Alexandrins ; car le rôle qu’on lui voit jouer à Alexandrie , lorsque son frère eut été chassé du trône, ne permet pas de douter qu’elle n’ait eu une très grande part à son expulsion. Il nie semble que l'honneur dont elle jouissait, lorsque les prêtres rédigèrent leur pétition, n’a pu lui être conféré avant sa réconciliation avec son frère. Cléopâtre , après que

lliod. ap. Synccll. , Chivnogr., p. aa6.

Page 1