TEMPLE D’APOLLONOPOLIS-PARVA
avec lui , TtapaXaëwv zt rap’ ixovari; zr,v ilonaîav ; c’est en ce sens que M. Champollion parait l’avoir entendu, et avec toute raison, le grec n’étant point susceptible d’un autre sens ; mais comme il est bien vraisemblable que Cléopâtre se vit avec déplaisir privée d’une partie de son autorité , je ne doute pas que la version arménienne ne nous ait conservé la pensée de Porphyre , puisque les deux traductions latines de cette version portent invite ou invita uxore H>; et je ne balance pas à lire, dans l’auteur grec, Tcetp' àxovoï]; au lieu de itap’ éxovffrjî, changement si naturel et si nécessaire , qu’on peut s’étonner que les traducteurs de l’Eusèbe arménien ne l’aient pas proposé.
Mais puisque c’est la femme d’Alexandre Ier, qui devint celle de son fils Alexandre u , il faut bien admettre que cette princesse n’était point morte,
- lors du combat naval où ce prince périt; et en effet, je ne vois rien de pareil dans Pausauias , ni dans Porphyre, cités par M. Champollion; le premier ne dit pas un mot de la mort d’Alexandre; le second ne parle pas de celle de son épouse : il dit seulement que Ptolémée Alexandre , après sa retraite à Myra , se rendant en Chypre , périt dans le combat qui lui fut livré par Chæréas : SOev ciç Kûîtpov fxezctnriiriQei: , xa« xacraTtoXspîfhiç ûnô vxvdpyou Xatpéou , Bvr,v*.ei.
Il n’est pas moins vrai qu’Alexandrc icr, avant
ouvrage cité, p. 98, note 1 , d’après M.jVisconti , ( tconog . grecq p. 600 , n° 3.)
Pag. 120, cri. Zohrab. cl Maio , p. , eA. Auchcr.
d’épouser Cléopâtre, la fille de son frère, avait été mariée à une autre , puisqu' Alexandre n n’était que 1 e beau-fils de cette prirccsse. Quelle est cette première femme dont l’histoire ne parle pas? ce doit être une fille d’Évergète n , du moins portait-elle le nom de Cléopâtre , car le latin d’Eusèbe dit qu’Alexandre n était Cleopatrœ filins (0. On ignore à quelle époque Alexandre Ier épousa cette première femme; ce fut peut-être pendant la vie de son père, quelque temps après le mariage de Sôter : on ignore également quand il la perdit ; mais il est possible de deviner à quelle époque et à quelle occasion il se remaria ; et c’est ici que commence à s’expliquer la formule du Contrat de Ptolémaïs.
Pendant les dix-huit années du règne d’Alexandre avec sa mère, cette princesse ne cessa de poursuivre son fils Sôter u ; elle fut toujours mêlée dans des guerres contre lui , et l’on ne voit en aucun temps se calmer sa haine contre ce fils, que les Alexandrins lui avaient imposé pendant dix ans, et qu’elle avait réussi à faire descendre du trône. Il est impossible de concevoir que, dans cet intervalle, elle eût permis à Alexandre d’épouser la fille de son frère persécuté. Toutes les probabilités se réunissent pour nous faire penser que ce mariage eut lieu pendant le règne de Sôter n, c’est-à-dire, entre les années 1 17 et 107; et dans ce cas il doit se rattacher à un fait que l’histoire nous a conservé.
(1> Euseb. , Chronir, , p. 1 jo.
TEMPLE D’APOLLONofoLIS-PÀRVÀ. 121
On a vu que Cleo pâtre, forcée par les Alexandrins de choisir Sôter n, avait envoyé son cher Alexandre en Chypre, en qualité de général. Trois ans après, en 1 14 , Alexandre devint roi de l’ile, et compta même de cette époque , les années de son règne , lorsqu’il fut monté sur le trône, ainsi que nous l’apprend Porphyre dont le contrat de Ptolémaïs a confirmé le témoignage ; de telle sorte que la première année de son règne en Égypte fut comptée comme la huitième ll>. Ce fait est sans doute un résultat des soins de Cléopâtre pour agrandir le plus possible le fils , objet de ses préférences ; et il me parait bien vraisemblable que, par suite d’un retour de bonne intelligence ménagée entre les deux frères , cette époque mémorable fut celle où Sôter n donna sa fille Cléopâtre en mariage à Alexandre ; a qui suppose que dès lors Alexandre était veuf; ou peutêtre sa mère , qui sacrifiait tout à ses vues ambi-' tieuses , le força-t-elle de répudier sa femme , et d’épouser la fille de son frère.
§ III. Age d’ Alexandre II et de Bérénice , lorsqu'ils occupèrent le Irène à la mort de Sotcr II. — Pourquoi le nom de Bérénice est-il omis dans les actes publics sous Alexandre I" ?
Au reste , en assignant l’année 1 1 4 pour l’époque du second mariage d’Alexandre , je ne prétends donner qu’une conjecture probable; mais ce qui me parait
(l> Porphyr. ap. Euseb. — Champol.-Fig. Ann. des Lngides , II, p. 188.
laa INSCRIPTIONS DES TEMPLES,
certain, c’est que ce mariage doit avoir eu lieu avant l’expulsion de Sôter et l’avénemcnt d’Alexandre , en l’année 107. Nous ne pouvons donc assigner à cet événement que la limite de sept années, entre 1 i/J et 107 avant J.-C.; et c’est dans cet intervalle qu’a dû naître Alexandre 11.
Il s’ensuit que ce prince , à l’époque de son avènement, était beaucoup plus âgé qu’on ne l’a cru , d’après un passage d’Appien mal interprété.
Après sa déposition, Sôter n régna dans l’ile de Chypre. Il se rendit en Syrie pour secourir les habitans de Ptolémaïs ; cet événement , selon la date habilement déterminée par l’auteur des Annales des Lagides U) , est de l’année io3 avant J.-C. La reine Cléopâtre, craignant qu’il ne vînt attaquer l’Egypte, voulut mettre en sûreté sou petit-fils et ses trésors, et elle les fit transporter dans l’îlc de Cos 0>. Supposons qu’Alexandre 11 fût né au milieu de l’intervalle indiqué ci-dessus, c’est-à-dire, dans l’année ni ; il pouvait donc avoir environ huit ans, lorsqu’il fut envoyé à Cos ; mais comme rien n’empêche qu’il fût né en 109, il pouvait n’être âgé que de six ans.
II, p. uo5 = V Antiq.Jud. Joseph. XIII, i3, i.Cet auteur dit to i/( viuvovc au pluriel ; mais Appicn , en deux endroits, parlant de cette précaution de Cléopâtre, ne fait mention que du seul Alexandre ( Mithrid . , a3 ; Bell. Civ. , I, 10a. ) ; et l’histoire ne nous fait point connaître d'autres fds de ce prince ; il est possible que Josephc se soit trompé , ou que ses copistes aient écrit to ii( uiuvoü; , au lieu de TÔv viwvov.
TEMPLE d’apollonopolis— PAnVA. i a3
Ce jeune prince resta dans l’île tant que vécut son père -, et sans doute des motifs de politique empêchèrent la reine-mère de le faire revenir ; car lorsqu’après la mort de cette princesse, Alexandre son assassin fut obligé de s’enfuir, il n’avait avec lui que sa femme et sa fille <u. Alexandre u fut donc élevé dans l'ile dtf Gos, comme le dit Appien B>,
( âva~px'pévT* v7tè Kwwv). A la mort de son père, en l’année 89, il avait environ vingt à vingt-deux ans, et vingt-trois à vingt-cinq à l’époque où Mithridate soumettant toute l’Asie-Mineure , en l’année 86, le trouva dans l’ile de Cos, s’empara de sa personne et des trésors de sa mère l3). « Le roi de Pont , dit l'au- » teur des Annales des Lagides <4>, s’intéressa au » jeune prince, le prit sous sa tutelle , et ordonna » que son éducation fut faite convenablement à sa » naissance ; » ce qui est conforme à la version latine: cducavitque régie. Si tel était le sens d’Appien, il en résulterait une difficulté très grave, car ce n’est pas d’un homme de vingt-trois à vingt-cinq ans que l’on fait Y éducation. Voici le texte : Kat xôv Altldvüpou nafoa to’j j3a<r iXeümo; <S) Aiyvmov , ovv ypr,ua<nv
w Porphyr. ap. Euscb., p. ii5. — Supra , p. 1 17.= B> Bell, eiv. , I, 10 1. = (î) Bell. Mithrid., § l3. — w ÏÏ, p. =
La version latine porte : Alexandri qui regnabal in Ægypto f ilium . Mais Alexandre dtait mort depuis trois ans. Appien O croyait peut-être qu’à cette «ipoque ce prince régnait encore : cependant il est plus probable qu’il avait écrit j3a<xt>eù<ravT0{ comme il a dit dans un autre endroit , tôv roi AXc{avi?peii toü j3a»«X«vffavT0c‘«v Atyvirru uiôv. ( Bell. civ. , 1 , 1 03. )
iroXXotî imo t>?ç fj.âixfir,i KXeoTr oixpaç, èv Kcîi xaTot).e>Uiufiévov, KapxXctêùv, frpeft fioca iXomô?, ce qui veut dire simplement : « Ayant trouvé (à Cos) le fils d’Alexan- » dre ; roi d’Égypte , que sa grand’mère Cléopâtre
» avait envoyé et laissé dans cette île, il le fil
» entretenir avec une magnificence royale. »
Alexandre n s’échappa bientôt des mains du roi de Pont, et se réfugia auprès de Sylla, qui obligea , comme on l’a vu (1>, Cléopâtre, belle-mère du jeune prince, a l’épouser dans l’année 81 , en partageant la couronne avec lui. Alexandre avait déjà vingt-neuf ans, et Cléopâtre pouvait en avoir quarante-quatre. Cet âge est en effet une conséquence des détails discutés plus haut, et qu’il convient maintenant de faire servir à déterminer l’époque du mariage de Ptolémée Évergète n avec la veuve de Philométor; car tous ces faits sont liés ensemble; et l’on ne peut déranger une époque sans que les autres la suivent.
On sait qu’après la mort de Philométor, sa veuve Cléopâtre resta maîtresse du royaume et tutrice de son fils, qu’elle plaça sur le trône , et qui régna trois mois sous le nom d’Eupator, ainsi que le prouve le Contrat de Ptolémaïs, d’après l’observation ingénieuse et très juste de M. Champollion-Figeac (I). Le même critique pense que ce jeune prince est aussi désigné dans l’inscription de Paphos , rapportée par M. deHammer, et qui est maintenant au cabinet de Vienne; mais je suis d’une autre opinion. D’après
(l) Su prit , p. 1 18. = w Éclaircis, sur le Contrat de Ptolémaïs, p. i5 , 16.
TEMPLE d’aPOLLONOPOLIS-PARVA. 135
le dessin exact que ce voyageur a fait de la pierre ll>, l’inscription est ainsi disposée :
BA2IAEA nTOAEMAION «EON EYtTATOPA
A4>POMTHI
L’état de conservation de toutes les lettres ne permet pas de croire que la pierre en ait jamais porté d’autres.
Cette pierre faisait partie de la base d’uue statue , ou bien elle était placée sous un bas-relief : les noms de ceux qui ont honoré le roi ne sont pas mentionnés, ce qui prouve (î) que c’est la ville même de Paphos qui avait élevé ce monument. Le sens complet de l’inscription elliptique est donc : « [ La ville honore » par ce monument] le roiPtolémée, dieu Eupator » [et le consacre] à Vénus. » Rien déplus connu que cet usage de déposer dans un temple et de dédier à la divinité la statue de celui qu’on voulait honorer. M. Cliampollion croit que ce Ptolémée Eupator est le fils de Ptolémée Pliilométor ; mais je ne sais si la courte durée du règne de cet enfant permet d’expliquer d’une manière satisfaisante l’hommage de la ville de Paphos. Je suis disposé à ne voir dans cet Eupator que Philopator lui-méme , le quatrième Ptolémée. Il est à remarquer en effet (pC Eupator et Philopator sont deux titres employés l’un pour l’autre dans les actes publics : la preuve en est qu’Arsinoé , femme de Ptolémée Philopator est ap-
Topogr. ansichten., p. i5o. = ® Suprà, p. 41 •
126 INSCRIPTIONS DES TEMPl.ES.
pelée Àpffivo'r) <I>iXoira:T«p (l> dans l’inscription de Rosette, et Àpaivor, Evxcczup, dans le Contrat de Ptolémaïs ; or, les deux formules sont également officielles : tomme il est reconnu, et par l’ensemble de ces deux formules, et par tous les autres monumens , que les surnoms des reines d’Égypte étaient les mêmes que ceux de leurs maris m, il n’y a nul doute que le mari d’Arsinoé ne portât indifféremment les noms de Philopator et d ’Eupator. Ce fait incontestable explique un passage où Josephe, à cinq lignes de distance , donne à ce roi les deux surnoms dont je parle : IIoXefzovvToç <5e yàp aÛTOù ir pôi tôv Einzcczopa llxo).euix.ÏQv xai npôç tov viov «ùrov IItoXïuatov, tov y.7.r,6évzx Ext <pavr? <3) ; et plus bas : Te/.evvnaavzoç 3k tov 4>iXoreacropo; , x.t.X. Il est inutile de dire que ce passage de Josephe avait beaucoup embarrassé ses éditeurs : maintenant la difficulté qu’il offre est complètement résolue, et il achève de montrer que l’inscription de Paphos doit se rapporter à Ptolémée Philopator.
A peine le fils de Philométor était-il sur le trône, qu’Évergète, instruit delà mort de son frère, se bâte de quitter Cyrène , pour s’emparer de la couronne, au préjudice de son neveu. Cléopâtre , voyant qu’il serait impossible de résister, lui envoya des députés qui réglèrent les conditions d’un arrangement. Il fut convenu qu’Évergète épouserait la reine et prendrait le jeune prince sous sa tutelle. Le jour
<0 Lig. 5. — m Suprà, p. 5l ■ •= <5> Anliq. Jud. , XIII, 3, 3.
TEMPLE d’APOLLoNOPOLIS-PaRVA. I 27
meme de son mariage , il fit assassiner le fils de la reine (1) ; ensuite il répudia Cléopâtre pour épouser la fille de cette princesse et sa nièce : c’est celle qui régna conjointement avec scs deux fils , Sôter h et Alexandre icr.
L’époque du second mariage de Ptolémée Évergète n’a point été déterminée par les chronologistes ; mais il a dû suivre de très près son arrivée en Égypte. Son premier mariage lui avait été conseillé par la politique. Cléopâtre qu’il épousa n’était plus jeune ; son père Épiphane étant mort en 181 avaut J.-C. , elle n’a pu naître après i83 ou 182 ; et elle peut être née long-temps auparavant ; car rien ne dit qu’elle 11e fût pas l’aînée de Philométor, le plus âgé des deux fils de Ptolémée Épiphane; Philométor étant né en 188 ou 187 ls) , c’est-à-dire, quatre ans après le mariage d’Épiphane, il est assez vraisemblable qu’il n’était pas son premier enfant; et Cléopâtre a pu voir le jour avant lui, entre les années 190 ou 189. Mais en la -supposant née après Philométor et Évergète, vers 182 ou i83, on voit que lorsque le premier de ces princes l’épousa , dans la dix-huitième année de son règne a> en 164, elle avait déjà dixsept à dix-liuit ans. A la mort de son mari, en i47, elle en avait 35 ou 34, et peut-être plus; or, à cet âge une femme n’est déjà plus jeune en Égypte. Il n’est pas fort étonnant que Ptolémée Évergète,
<1) Annales des Lagides , II, p. ifi8. = <2) Supra, p. 53. =
Supra , p. 38.
prince fort dissolu, et qui, avant et après son mariage, vivait publiquement avec une courtisane nommée Irène10, se soit promptement séparé de celte princesse, qu’il n’avait regardée que comme un instrument de son élévation : Per legatos regnum et uxor Cleopatra regina , soror ipsius , defertur , dit Justin a>.
Évergète eut de Cléopâtre'un fils qui naquit pendant les cérémonies de l’intronisation à Memphis t3> , ce qui suppose déjà um’année d’union. On a lieu de croire que c’est peu de temps après , peut-être la même année , que séduit par les charmes de sa nièce Cléopâtre, qui pouvait avoir dix-sept à dix-huit ans, il lui fit violence (4) et l’épousa, après avoir répudié sa mère. On sait qu’à la mort d’Evergètc n , en l’année 117, son fils Sôler 11, issu de ce second mariage, était déjà marié depuis plusieurs années à sa sœur Cléopâtre l6), ce qui porte l’époque de son mariage au moins à l’année 121 ; mais elle a pu être antérieure de quelques années : et comme il est difficile de supposer que Ptolémée se soit marié avant dix-sept à dix-huit ans, sa naissance est reportée au moins avant l’année i39, et conséquemment le mariage de sa mère avant l’année i4o.
Ces faits s’accordent avec ceux qui ont été exposés plus haut j car si les uns reportent ce mariage
<0 Diod. Sic. , Fragm., T. X , p. 85. Bipont. — Joseph, contr. Apion., T. II , p. 473.= « XXXVIII, 8.= u) niod. Sic. I. lauti. = 10 Per vim stuprala. Justiu. = 40 Annales des Lagides , II, p. 182.
TEMPLE d’aPOLLOKOPOLIS-PARVA. 1 2Q
avant l’an i4o, les autres empêchent de le placer avant l’an i45.
En effet, nous avons vu que Cléopâtre, fille de Sôter il, épousa son oncle Alexandre entre les années u4 et 107, et qu’une époque très probable pour cet événement est l’année même où Alexandre prit le titre de roi de Chypre <u , ê’est-à-dire , l’an il 4* En prenant cette dernière date, nous nous renfermons dans des limites raisonnables. Supposons que Cléopâtre fût alors dans sa treizième année, ce qui n’aurait rien d’étonnant, car c'est à cet âge que Cléopâtre, fille de Ptolémée Philométor, fut mariée à Alexandre , roi de Syrie 05 ; çllc a donc pu naître en 12G, et son père avait dû se marier en 127, c’est-à-dire, l’année même du retour d’Évergète 11 en Égypte: coïncidence assez remarquable. Il serait peu vraisemblable d’admettre que Sôter 11 eût moins de dix-septans, quand il s’est marié, et il a pu se marier à cet âge, comme l’avait fait son grand-père Épiphane. Ainsi la naissance de ce prince ne peut être portée plus bas que Phn 1 44 > d’où il suit que sa mère Cléopâtre, fille de Philométor, n’a pu épouser Évcrgètc n , après l’au i45.
D’Sprès l’âge avancé de Cléopâtre, lorsqu’Alexandre 11 fut appelé à partager le trône, on peut juger que si cette princesse vit ce partage avec déplaisir u>, Alexandre trouva un peu dure la condition d’épouser sa belle-mère ; une répugnance prononcée put
Suprà , p. 131. = ® Suprà , p. 58. = ® Suprà ’ p. 119.
l3o INSCRIPTIONS DES TEMPLES,
inspirer à un homme aussi vicieux l’affreux dessein de faire périr celle qu’il avait été forcé d’épouser pour être roi. Aussi la fit-il égorger après dix -neuf jours de règne, et l’on sait que les troupes, irritées de cette infâme cruauté, le mirent à mort quelques jours après Cl).
Les faits exposés ci-dessus démontrent que Ptoléméc était marié pendant les dix-huit années que dura son règne. Pourquoi donc le nom de sa femme ne paraît-il pas dans les acte» publics? La raison en est facile à deviner. Comment méconnaîtrionsnous , dans cctle curieuse particularité , l’effet de l’ambition soupçonneuse de la reine-mère qui avait forcé Sôter n de répudier successivement ses deux femmes, dont l’une, .Cléopâtre, avait trop d’habileté et de caractère pour ne pas lui poiiter ombrage tt>. Lorsqu’elle eût réussi à faire descendre Sôter 11 du trône, et à rappeler Alexandre, l’objet de ses affections, elle dut craindre que l’ascendant de sa femme, fille du roi détrôné, ne fut un obstacle à ses vues, et que celte princesse se portant médiatrice entre
(l> M. Saint-Martin ( Nouvelles Recherches sur Vêpoquc de la mort d'Alexandre, p. 97-101.), me paraît avoir établi , d'une manière péremptoire, et d'après une discussion nouvelle du texte de Cicéron, l'opinion déjà soutenue par des sarans distingués ( Viscouti , Lconogr. grccq., p. 600 , n. 4- ), et dont l’auteur des Annales des Lagides avait cru devoir s’écarter d'après des considérations qui 11c peuvent balancer les témoignages formels de Porphyre, d'Appien et de Cicéron. Cette opinion trouvera tout-à*l’ heure une confirmation dernière. ( Infrà , p. 1 4^. ) = w Remarque de M. Yisconti. ( lconogr. grecq. , p. 5t)i , i. )
TESJPLE d’aPOLLONOPOLIS-PARVA. l3l les deux frères , dont l’un était son père, l’autre son oncle et son mari, n'apaisât leurs différends et ne mît fin à des dissentimens , sur lesquels elle fondait le maintien de son pouvoir. Tout nous avertit qu’elle dût encore une fois séparer la femme du mari, et ne pas souffrir que Cléopâtre vint à Alexandrie partager le trône de son époux. Il est donc vraisemblable que cette princesse resta auprès de son père en Chypre; aussi n’en est-il jamais question dans les historiens. Elle était cependant à Alexandrie lorsqu’Alexandre, après le meurtre de' sa mère, fut obligé de fuir; car Porphyre dit qu’il emmena sa femme et sa Jille t0; mais sa mère n’existait plus. On pourrait croire qu’après la mort de cette princesse, libre alors de ses action», il avait rappelé auprès de lui celle dont on l’avait séparé si long-temps : toutefois celte idée ne serait point naturelle, parce que la révolte exdltée par l’horreur de son attentat , suivit de trop près la mort de sa mère , pour qu’il ait eu le temps de faire venir sa femme auprès de lui. Il faut se spuvenir que le fils et la mère n’avaient pas toujours été d’accord; Justin nous apprend qu’ Alexandre , effrayé des cruautés de Cléopâtre, et craignant pour lui -même, l’abandonna et se retira en lieu de sûreté w ; que Cléopâtre , se voyant ainsi abandonnée, tremblant que Sôter n , objet constant de sa haine , ne fut rétabli sur le trône par Antiochus de Cyzique, envoya des dé-
Voyez ta citation plus haut, p 119, = Suprà , p. fia.
l3a INSCRIPTIONS DES TEMPLES. .
pûtes, à Alexandre pour le rappeler ; niais que ce prince, qui savait que sa inère tramait sourdement sa perte, la prévint en la faisant assassiner. Alexandre , qui sentait très bien que sa mère le rappelait parce qu’elle avait besoin de lui , dut mettre quelques conditions à son retour j il dut stipuler, par exemple, qu’il pourrait avoir auprès de lui sa femme et sa fille, dont elle l’avait privé jusqu’alors : Cléopâtre se trouva forcée de consentir au retour de la femme et de la fille dePtoléméc; quant au jeune Alexandre, nous avons vu qu’il n’avait pas quitté l’île de Cos. Mais cette odieuse princesse , voyant son autorité compromise et prête à lui échapper, songea à se défaire d’un fils disposé à se révolter contre elle ; son projet sans doute , après avoir fait périr son fils et sa fille, était d’appeler à la couronne son petit-fils Alexandre n, qu’elle avait fait garder à Cos soigneusement, et peut-être secrètement , loin des atteintes de Sôter et d’Alexandre.
C’est ainsi que la nécessité d’expliquer la particularité si remarquable qui existe dans la formule du Contrat de Ptolémaïs et dans l’inscription d’Apollonopolis, nous conduit à découvrir une nouvelle preuve de l’ambition, effrénée et des passions haineuses de cette Cléopâtre, femme d’une habileté sans égale, qui trouva le secret de conserver le pouvoir royal pendant plus de vingt-huit ans, au préjudice de ses deux fils , rois de nom , faibles instrumens qu’elle brisait quand ils n’obéissaient pas à sa main. Nous la voyons, attentive à tout ce qui pouvait con-
TEMPLE d’aPOLLOKOPOLIS-PARVA. I 33
server ou assurer sa puissance , forcer Sôter à se séparer successivement de deux femmes qu’il aimait, brouiller les deux frères ou les raccommoder par une alliance qui convenait à ses vuesj faire descendre Sôter du trône pour y appeler Alexandre ; obliger ce fils à s’éloigner d’une femme à laquelle il était uni depuis six années , et dont il avait des enfans; priver cette princesse du titre et du nom de reine , vouloir enfin attenter aux jours de ce fils , lorsqu’elle vit qu’au mépris de ses ordres souverains il profitait des craintes qu’elle avait conçues , pour la forcer à consentir qu’il se rapprochât d’une femme dont elle l’avait séparé depuis huit ans. Ç
$ V. Inscriptions de Philœ , relatives à Ptolimée Aulele. — Le Propylon de Philœ a été peint depuis tan 70 avant J.-C. — Titres de Fhilopalor et Pbiladelphe donnés à ce prince. — Prend celui de Nouveau Bacchus après l’an xn de son règne. — Les deux Jîlles de Mithridate sont fiancées à Aulele et à son frère.
Après avoir expliqué quelques-unes des particularités des règnes de Sôter n , d’Alexandre i« et d’Alexandre n, il me reste encore à présenter plusieurs faits du même genre, relatifs à l’histoire du successeur de ce dernier, Ptolémée Aulète : je vais les tirer de deux inscriptions , dont l’une a été publiée par M. Hamilton <l), mais n’a jamais été expliquée w -, M. Champollion-Figeac l’a rapportée
Ægyptiaca , p. 5a. = ® M. Walpole en a cité le commencement ( Memoirs , etc. , T. II , p. 5go. ) oii il s’est contenté de
l34 INSCRIPTIONS DES TEMPLES,
dans l’appendice de ses Annales des Lagides , mais il ne s’en est pas servi pour l’histoire du règne de Ptolémée Aulète; l’autre est ine'dile.
La première , écrite à P encre rouge (0 sur le socle en granit de l’un des deux obélisques de l’ile de Philæ , est ainsi conçue dans l’exacte copie de M. Hamilton :
BACiAencnroAEMAior
oeorNforAiONrcor
4>IA%IIATOPOCKAM>IAA
ÆAGOTKAITûJNTeKNoJN
TOIIPOCKVNHMAnAPATHIKT
PIAIICIAlKAITOICCrNNAOICae
oiceeoAOTOCAreci-tûJNTpc
AXAioCAiionATPûyNnenoi.
liamlé w; IItoXe fiatov , 5toü , véc,j Âios/üsoti , $iXojra- Topoç xoù <t>iXa&).aeu xzi xûv texvwv, t ô 7ïeocxv!/»;ua ~apù x f xvpia laiéi xai xoîi owvxoïi «egF; 0£<>ooto{ Ayeaufùvxoï A/aîo; à~o ïlaxpüv xtETtoirixs (2). •
On peut hésiter, au premier abord, sur la manière dont il faut- construire celte phrase : pxoùcuç pourrait dépendre de ejii, ou bien de i/v.èp sous-entendu.
A la vérité , èm est exclu , à cause des mots xüv
dire : « Cette inscription mentionne l'hommage de Ptolémée » Évergète envers Isis. »
(1> Renseignement communiqué parM. Gaa.r=(J) Ou llnracmx*. .
TEMPLE d’aJ»OLLONOPOLIS-PARVA.. l35 TÎnwj car la traduction : sous le règne du roi P tôle mm et de ses enfans , n’aurait point de sens appliqué à Ptolémée Aulèle, qui est ici clairement désigné; l’ellipse de br.ip serait plus admissible, puisqu’on en peut citer des exemples Cl) ; mais l’autre inscription , qui sera rapportée plus bas, décide la question, en prouvantque le génitif j3aTi).lw; dépend du mot Ttpoewvrtax. Je traduirai en conséquence:
- « L’hommage religieux du roi Ptolémée , dieu , » nouveau Bacclias, Philopator et Philadelphe, et n de ses enfans, envers la maîtresse Isis et les dieux » adorés dans le même temple , a été fait par Tlïéo- » dote fils d’Agésiplion , de la ville de Patræ en » Acliaïe. »