‹ Recherches pour servir a l'histoire de l'Égypte pendant la domination des grecs et des romains, tirées des inscriptions grecques et latines relatives a la chronologie, a l'état des arts, aux usages civils et religieux de ce paysChapitre 31 sur 84 · PEN · texte numérisé non relu

PEN

nAPE8PO

ZOPI

TEMPLE D’APOLLONOPOLIS-PARVA. l37

Il est certain, d’après cette inscription, que le mot Xs'w; dépend de npooxvvrifia ; ainsi l’une et l’autre attestent que le roi avait chargé deux personnes de rendre son hommage à la déesse Isis , lors de leur voyage à Philæ, et que celles-ci , après s’être acquittées de ce devoir de piété, en ont voulu conserver le souvenir. Cet acte religieux d’un Ptolémée à l’égaj-d d’une divinité égyptienne, quoiqu’il se lie avec d’autres faits du même genre , mérite cependant d’être remarqué. Plusieurs inscriptions nous montrent que des particuliers venaient rendre hommage à la divinité au nom d’autres personnes (U.

La première inscription se rapporte au règne de Ptolémée Aulète , comme le prouve le titre véo; Ativuao; , qui appartient exclusivement à ce roi , d’après le témoignage des anciens.

La seconde pourrait désigner soit Ptolémée Philopator, le quatrième des Ptolémées, soit le même Ptolémée Aulète; mais il n’est pas difficile de se décider, d’après deux considérations. En premier lieu , le prince y porte non-seulement le titre de Philopator, mais encore celui de Philadelplie } c’est-àdire, les mêmes titres, placés dans le même ordre, que ceux qui se lisent au n° I; à la vérité, celui de nouveau Bacchus ne s’y trouve pas , mais nous verrons que c’est parce qu’elle est plus ancienne, et d’une époque où Ptolémée Aulète ne prenait pas encore ce surnom.

w Voyez l’appendice n" viif.

l38 INSCRIPTIONS ORS TEMPLES.

En second lieu, la date de l’an xu ne peut absolument convenir à Ptolémée Philopator. En effet, l’hommage religieux ■Kpoay.Cvr^a. est fait au nom du roi } de la reine et de leurs enfans; c’est une preuve manifeste que le roi , dans la douzième année de son règne, avait des enfans, et même qu’ils étaient déjà âgés de plusieurs années. Or, l’histoire démontre que Ptolémée Philopator n’eut qu’qn seul enfant, Ptolémée Epiphane, et que ce prince n’avait que quatre ou cinq ans à la mort de son père , en 206; en sorte qu’il dut naître, selon la date de l’inscription de Rosette, le 8 octobre {.u de l’an 209, dans la quatorzième année du règne de Philopator. Jusqu’à cette époque la reine avait été stérile.

Au contraire, cette date convient parfaitement à Aulète. Ce prince régna vingt-neuf ans, à partir de l’année 81 avant J.-C.; ainsi la douzième année de son règne tombe en 70. En l’année 58, les Alexandrins le chassèrent et élurent deux de ses filles, Bérénice et Cléopâtre-, la plus jeune ne devait pas avoir moins de quatorze ans; et l’aînée moins de quinze, et elles pouvaient toutes deux en avoir davantage. Ainsi Ptolémée Aulètc fut père au moins dès la neuvième année de son règne, et rien n’empêche de croire qu’il l’ait été plus tôt ; d’où il suit que ses enfans ont dù être compris dans l’hommage religieux inscrit sur le propylon de Philte, trois ans après cette époque. A l’indication de l’an xu , on a

10 Cette date est établie dans mon commentaire de l'inscription de Rosette.

temple d’àpollonopolis-parvà. i3g ajoute celle du mois de mésori , sans le quantième. Dans celte année, le Ier thoth vague répondait au 10 septembre ; le mois mésori sé trouvait donc compris entre le 6 août et le 4 septembre ; c’est dans cet intervalle que Lysimaque a inscrit l'hommage de Ptoléméc Aulète. Ce personnage prend le titre de nizptSpoî , dont il nous est impossible de connaître le sens au juste. Ce mot ne signifiant autre chose qu’ossesseur, ne nous présenterait une idée précise que s’il était accompagné d’un complément qui indiquerait la nature de la fonction ; nous sommes à cet égard dans le même doute que pour le mot intçâzriç , qui sera examiné plus bas (l). Tout ce qu’on peut présumer ici , c’est que Lysimaque approchait de la personne du roi , ce qui suppose un emploi assez relevé.

Si l’iiiscription n° Il offre une date assez précise , la première n’en porte aucune ; mais on peut la renfermer dans un intervalle de quelques années, en comparant les circonstances diverses que présentent l’une et l’autre.

Le n° I donrte à Ptoléméc Aulète les trois titres de nouveau Bacchus , Philopator et Philadelphe ; la seconde ne lui donne que les deux derniers. Cette similitude à la fois et cette différence nous avertissent que ces deux titres sont ceux qu’il porta en montant sur le trône , tandis que le premier était un de ces surnoms, dont j’ai déjà parlé que les rois rece-

(1> Secpnde Partie, chap. a, fi. ss ® Suprà, p. 114.

l4o INSCRIPTIONS DES TEMPLES,

vaient à diverses époques de leur règne , semblables à celui de nouvelle Isis que prit Cléopâtre la seizième année de son règne; d’où il suit que l’inscription n° II est d’une époque où Ptolémée ne portait pas encore ce surnom , et conséquemment qu’elle est antérieure à l’autre.

Cette conséquence est appuyée par un second caractère bien frappant. Dans l’inscription n° II, il est question de la reine et des enfans , et dans l’autre seulement des enfans, preuve certaine qu’à l’époque où elle a été tracée, Ptolémée Aulète était veuf: ainsi l’antériorité du n° II est démontrée sans réplique. Il s’agit maintenant de tirer de cette indication précieuse une date quelconque, ce qui n'est pas facile. L’histoire ne nous a point conservé le nom de la femme d’Aulèle, et même nous ne savions qu’il* fut marié que parce qu’elle fait mention de ses enfans. Ainsi nous ne pouvons savoir à quelle époque il demeura veuf, mais un fait nous apprend quand il l’était. Ce fait , quoique très remarquable , a échappé à l’auteur des Annales des Lagides.

Appien <l), racontant la mort du fameux Mitliridate Eupator, dit que « ses deux filles , non encore » mariées, mais fiancées aux rois d’Égypte et de » Chypre, voulurent avaler le poison avant lui (-îûo

» S3 aùitü Svyarépei , ixi xdpai toï; Atyuîrtou xai

>> Kuîrpou (3aa(Xsùcrtv èvrtyyvr^évat ) » L’événement

est de la fin de l’année 63 avant J.-C. ; ces rois d’É-

w Appian. BelU Mithrid. , § m. .

TEMPLE d’aPOLLONOPOLISHPARVA. \.\l

gypte et de Chypre sont Ptolémée Aulète et son frère puîné , roi de Chypre. Les fiançailles des deux filles de Milhridate Eupator avec, ces deux princes nous révèlent l’existence d’une alliance secrète entre ce grand ennemi des Romains et le royaume d’Égypte. Les deux f>ères ne pouvaient ignorer a cette époque combien leur position était précaire : ils savaient que dans le sénat de Rome on agitait la question du testament d’Alexandre n , qui avait légué l’Égypte au peuple romain. *

Remarquons en effet la coïncidence des dates. C’est dans l’année 65 , comme l’a très bien montré M. Champollion-Figeac (l), que le tenseur M. Crassus proposa de faire de l’Égypte une province tributaire ; sans l’opposition de Lutatius Calulus, l’asservissement de l’Égypte eût été dès lors consommée : et c’est deux ans après, sous le consulat de Cicéron en 63, que la loi agraire, proposée par Rullus , mit la couronne de Ptolémée dans un péril imminent a>. Dans cette position difficile, Ptolémée et son frère devaient s’attendre à être dépouillés bientôt de leurs états : il est tout simple qu’à cette époque ils aient recherché tous deux l’alliance et l’appui d’un prince puissant, qui seul, de tous les rois d’Asie, tenait tête aux conquérans du monde. Peut-être est-ce Mithridate qui, jugeant à la situation des deux Ptolémées qu'ils entreraient volontiers dans une alliance contre l’ennemi commun, fit négocier secrètement auprès

Annal, des Lngides ,11, p. a 8/| . = 05 Ibid. , p. 289.

l/\1 INSCRIPTIONS DES TEMPLES,

d’eux leur mariage avec ses filles. La mort de ce grand roi, daus cette même année 63, rompit l’alliance; mais tout^nous avertit que s’il eût vécu plus long-temps, Mitliridate, à l’aide des secours en hommes et en argent, fruit de son alliance âvfcc l’Egypte, aurait opposé une réststauce nouvelle à cet emlemi redoutable. On doit croire que la fortune de Rome l’aurait emporté à la fin, mais du moins la lutte aurait été plus terrible , et l’asservissement de l’Égypte retardé de quelques années.

K’insistons pas davantage sur les conséquences probables d’un fait bien digne de la politique de Mithridate; ce que nous en voulons tirer principalement, c’est que vers les années 04 a 63 avant notre ère, Ptolémée Aulète était déjà veuf. Ce prince, fils illégitime de Sôter n , était fort jeune lorsqu’il monta sur le trône d’Égypte; car Cicéron voulant prouver qu’il n’avait eu aucune part à la mort d’Alexandre ji, dit : Càm ille lex sit interfeclus , hune puerum in Sjrriâ fuisse (1). Que ce mot puer désigne ici non un enfant , mais un jeune homme de l’âge de seize à dix -huit ans , selon l’usage des Latins , c’est ce qui est prouvé par l’avénément de Ptolémée Aulète, la même année, et par celui de son frère puîné , qui reçut le royaume de Chypre j et peut-être estce à l’âge peu avancé qu’il avait en montant sur le trône, que se rapporte l’épithète de vco; que lui donne Eusèbe, IB~ ÜtoXi^cuo; © vio; o xai Aiôvuoo; U) ;

Cic. De Alexandrino rege , p. 4g, ed. Maio. — tJ* Euseb., Chronic. , p. 377 , col. 1 .

TEMPLE d’aPOLLOKOPOLIS-PARV$. 1 43

à moins qu’il n’y ait une faute dans cet endroit, et qu’on ne doive lire o xai véoç Atôwero;, ce que je ne pense pas. Quoiqu’il en soit de cette conjecture, on voit que ce fils naturel de Sôter n devait être né vers l’an 98 ou 99 avant J.-C., c’est-à-dire , dans le temps que son père était encore roi de Chypre. Nous avons vu t0 que l’aînée de ses ’deux.filles avait au moins quinze ans en 58'avant J.-C.; ce prince n’a donc pu se marier après l’an 7/; avant J.-C. , ef il a dû le faire plutôt , et peu de temps après son avènement au trône.

Comme il ne paraît pas que Ptolémée Aulète se soit jamais remarié, on ne peut déterminer si l’inscription n° 1 a été écrite avant ou après son expulsion d’Alexandrie, et je ne puis assigner à la date d’autres limites que celles qui sont comprises dans l’intervalle des années 70 et 53 , époque de sa mort.

Je ne dois pas négliger d’observer que l’inscription , en nous montrant qu’Aulète était encore marié en la xii® année de son règne , fournit une nouvelle démonstration matérielle contre l’opinion de ceux qui veulent qu’ Alexandre 11 ait régné huit ans li) , et qu’Aulète ne soit monté sur le trône qu’en 73: d’après celte opinion, la xir*5 année de son règne tomberait à l’an 62 , ou un an après la mort de Mithridate , qui lui avait fiancé sa fille en 64-

Je reviens aux titres de Ptolémée Aulète ; celui

Supra , p. i38.' = ® Suprà, p.î i3o. •

l44 1 INSCRIPTIONS DES TEMPLES.

de Philopator est inconnu dans l’histoire, le titre de Philadelphe au contraire lui est donné par le texte arménien d’Eusèbe (l> , tandis que le texte grec ne mentionne que celui de Bacchus ; nouvelle preuve que le texte, d’après lequel la version arménienne a été faite , était d’une grande pureté. On devine les motifs qui engagèrent Aulète à choisir ces titres en montant sur le trône : par ces titres honorablesf il voulut légitimer le choix que les Alexandrins avaient fait de lui, quoiqu’il ne fut que l’enfant illégitime de Sôter iij le titre de Philopator rappelait qu’il était le fils de ce prince, dont le règne paisible avait fait oublier les désordres de celui d’Alexandre, et qu’il chérissait son père; le titre de Philadelphe se rapportait à l'attachement qu’il avait pour cette Cléopâtre que les Alexandrins aimaienta>, et que son beau-fils avait lâchement assassinée C3); et à la bonne intelligence qui régnait entre Plolémée Aulète et son frère, illégitime comme lui, auquel on avait donné le royaume de Chypre.

Le titre de nouveau Bacchus ne fut évidemment qu’un surnom qu’il prit plus tard, à cause de sa ferveur pour lo culte de Bacchus. On peut du moins le conjecturer, d’après Oc que Lucien raconte de ses déportemens effrénés dans la célébration des orgies ou fêtes de ce dieu (,)j c’est sans doute par la même raison,

<0 Pag. a5a , ed. Aucher. = w Cara acceptaque populo. ( Cic. de rege Alexandrino , p. 49. ed. Maïo. ) = 43 Suprà , p. 1 1 a. = 43 I.ucian , de Calumn. , J , 16.

TEMPLE d’àPOLLONOPOLIS-PARVA. 1/j5

qu’ Antoine, qui méritait ce titre aussi bien que lui, le reçut (1> des Athéniens ft) , des Epliésicns<3) et des Alexandrins, ainsi que le nom d’Osiris (4>; et nous savons que Cléopâtre , ù l’imitation de son pcre et de son amant, se fit appeler nouvelle Isis (5> et nouvelle déesse dans la xvie année de son règne, treuttvsept ans avant J.-C.; son père avait de même pris le surnom de nouveau Bacchus , postérieurement à l’an xnc de son règne, ainsi que le prouve l’inscription n° n.

§ VI. Hemnrques sur trois inscriptions grecques du propylon de P/iilœ, coupées par des sculptures égyptiennes.

Je me trouve conduit à faire quelques observations sur un fait qui a causé beaucoup d’étonnement aux voyageurs qui l’ont découvert, et qui ne présentera plus rien que de naturel aux personnes qui liront cet ouvrage.

L’inscription du propylon de Philæ, citée plus haut Cu) , prouve que la sculpture égyptienne de cette partie du propylon a été faite avant le règne de Ptolémée Aulètej car on a vu que cette sculpture est antérieure à l’inscription. En d’autres endroiL» du même édifice, il existe au contraire des sculptures évidemment d’une date postérieure aux inscriptions grecques. « Si l’on considère le rang inférieur des » figures colossales , on aperçoit des inscriptions

<1> Plotarch. , in Anton., § 6o.= ^ ld.,% •x^.= C5> Dio Cass., LV, J 5. = Plut., in Anton. , § 54- = ^ Cliampoll.-Figeac , Annales des Lagides, II , p. 367. = Su prît , p. i35 et t36.

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» grecques tracées négligemment Tune sous Vautre,

» et dont on ne voit plus que ce qui est entre les » figures et les parties lisses de la muraille ; mais » comme ces figures sont en relief dans le creux , de » manière que la partie saillante est dans le plan du » mur , on trouve encore quelques lettres de ces » mêmes inscriptions vers le milieu des figuras et de » leurs membres. 11 y a aussi des signes hiérogly- » plaques peu visibles, qui semblent mêlés et con- » fondus avec d’autres inscriptions grecques : ces » inscriptions ont été entaillées manifestement et ont » fait place aux hiéroglyphes et aux figures colos- » sales a>. »

Il resterait à savoir de quelle époque sont ces inscriptions, pour déterminer celles des sculptures égyptiennes <|ui leur ont succédé. Selon M. Jomard : « Ce qui subsiste de ces caractères sc rapporte à » PtoléméeEvergcte plutôlqu’à aucun autre prince.» Il ajoute: « Si elles étaient postérieures, il serait fort » difficile de soutenir notre opinion j mais tout est » d’accord, si l’on admet qu’elles sont du commen- » cernent de son règne (2). »

Dans le cas où il faudrait absolument, pour que l’opinion de M. Jomard put se soutenir, que ces inscriptions fussent du règne de Ptolémée Évergète, cette opinion pourrait bien n’être pas du tout soutenable : car, d’après les copies exactes qu’en a prises M. Gau, et qu’il m’a communiquées, je n’y ai rien

^ Jomard , Mcm. sur les inscriptions anciennes recueillies en Égypte, p. 8. = ® Mémoire cité, p. g.

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vu qui sc* rapporte à Plolémée Évergète : ces inscriptions sont de diverses époques, toutes plus ou moins récentes ■, mais les principales, celles dont on voit le commencement et la fin dans toute la longueur d’une des grandes figures , sont très certainement d’une époque de beaucoup postérieure à ce prince, comme le montrent et la forme des caractères , où l’on trouve le plus souvent les lettres c o? e, et d’autres indices certains. Je me contenterai de rapporter ces deux fragmens qui donneront une idée du reste : on voit qu’ils sont placés le long du corps d’une grande figure égyptienne :

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