CHAPITRE V
Inscription d’un temple à Kasr-Zajran, lieu de la
Grande-Oasis, gravée dans la ///« année du
règne d’ A nlonin - le-Pieux.
C’est à M. Hyde que nous devons la connaissance de cette curieuse inscription , qui avait échappé à l’attention de M. Cailliaud : elle a été insérée, comme la précédente , dans le Classical journal. (l>
La copie de M. Hyde est précédée de cette note : « Portail de la façade S. p. O. du temple de Kasr- » Zayan, à Gunakh. » Cette note nous fournit iui précieux renseignement ; c’est que l’inscription existe , non pas sur un propjlon , construction isolée , mais sur la façade même du temple 3 et l’on comprend dès-lors que ceux qui l’ont fait graver , auront eu le soin d’exprimer bien nettement le fait dont ils voulaient perpétuer le souvenir. Aussi, comme on va le voir , ils n’ont laissé aucun doute à cet égard.
On ne possède ni le plan, ni les dessins de ce temple. Seulement M. Hyde a eu le soin de figurer la porte sur la façade de laquelle l’inscription est gravée. Ce croquis est suffisant pour montrer que l’architecture est égyptienne, et que l’inscription,
(l> J une , 1 8a 1 , Tora. XXIII , p. 370.
TEMPLE DE KASIl-Z A Y AN. Ï.Z']
comme celle de Cysis , occupe l’espace qui est entre le tore de la corniche et l’ouverture de la porte; c’est d’ailleurs ce qu’il aurait ëte’ facile de présumer , d’après la longueur de l’inscription.
5 I. Texte et traduction. — Nom de la divinité du temple. — Inscription trouvée près du grand Sphinx. — Flavius Titianus , préfet d'Égypte.
La copie de M. Hyde est très-exacte, et ne laisse d’incertitude presque sur aucun point. Ce voyageur a donné aux E et aux E la forme carrée ; mais M. Dro* vetti, dans une copie, recueillie sur le lieu même , et envoyée à M. Jomard, qui l’a insérée dans le Voyage de M. Cailliaud (1) , donne à ces deux lettrés la forme arrondie ec; et l’on peut d’autant moins douter de son exactitude en ce point, que les fautes nombreuses de sa copie portent principalement sur la confusion des lettres e, o, E, z; ce qui prouve que les deux dernières sont figurées e c. En reproduisant la copie de M. Hyde, je ne ferai que rendre à ces deux lettres la forme qu’elles doivent avoir sur l’original.
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Pag. io5. La première livraison parait en ce mnment ( 10 avril 1800.)
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1 ApEvr'ot ëeû> peyîçrù Tyovep.vpip xal to?î
3 cuvveco iî S'sot'î, vrèp wî eiç aiûvx fiaptcvni AvTuveivou
3 Kcuzxpoi toû xv pion xai toû cvvnavzoi aiixov oîxou , b
07jxôî toû îspoù xat tô
4 npôvaov ex xatvj?; xatEffxsvaoîh) , êzi Aoutdi'ou H).to-
dûpov ir.dpyov hîyvr.xov ,
* Zeimptou Maxpwvos éxtçpxvnyov , rpan;yoûvTo; IIan£v Kaimuvoi*
e crou; toctov avxoxpdxopoî Kaivapoi T itou AcXi'ov A<?ptavoû Avrwvet'vou ,
T ZE&tç-ou, EùceSoüj , peaopir, ôxxwxoafcxdrn. C’est-à-dire :
« A Aménébis , dieu très-grand, Tchonemyros(?), » et aux divinités adorées dans le même temple, » pour la conservation éternelle d’Antonin César, « seigneur, et de toute sa maison <0,
» le sécos du temple et le pronaos ont été con- » struitsde nouveau, sous A'idius Héliodore, préfet » d’Égypte , Septimius Macron étant épistralège , a Pænius Cæpion étant stratège;
» la troisième année de l’empereur César, Titus » Ælius Adrien Antonin, Auguste, Pieux, le 18 de » mésori. »
w Supra p. i()3.
TEMPLK UE KASIl-ZAYAN. Vt3ç)
Cette copie est sans aucun doute la plus exacte de toutes celles que M. Hydc a prises dans la Grande- Oasis: elle ne contient .qu’une seule faute, peu importante, VnEPKTiiE au Leu de rnemtc; l’addition du k lient à une cause qui a fait commettre beaucoup de fautes à ceux qui copient les inscriptions; il est arrivé souvent en effet que les graveurs , voulant éviter un défaut de la pierre , ont laissé un intervalle quelconque entre certaines lettres d’un même mol, ou entre d’autres qui devaient le suivre immédiatement ll); en sorte que les voyageurs croient apercevoir dans cet intervalle , laissé vide à dessein , les rudimens d’une ou de plusieurs lettres; de là des erreurs analogues à celles que je remarque ici.
On ne peut compter comme une faute la leçon AiPior pour aiaioï; car il est possible que cette leçon existe dans l’original. En effet, les graveurs ont souvent approché l’i du A ou du N, dans les syllabes ai et ni, au point que l’on croit voir une seule lettre N et M ; de là vient que certaines copies donnent kn pour K.Ai,ONroi pour oAiroi, genre d’erreur qui a passé jusque dans les manuscrits (2). Dans quelques inscriptions de Syrie, atp-n (3) est écrit pour aïtuai[ov] ; aomvov, pour aohinoï ou AOMNor <4). Nous voyons dans la copie de M. Drovctli le mot (uiMor , qui revient identiquement à iiAiNior de celle de M. GaiUiaud.
Infrà , seconde Partie chap. II. — Bast , Comment,
palceogr., p. 720 = ü> Burckhardl’s J'ravels in Syria , etc. p. a5g. = w Id. , p. i45.
Lig. L. Le nom de la divinité ameniüu , est remarquable , et, je pense, encore inconnu. Le nominatif de ce mol doit être àMêNübic susceptible des doubles désinences Afievijêto;, Apsvf&i , et Apevrfioof , Afievé— Giài , qui sont celles que prennent les noms égyptiens en.is, écrits par les Grecs : en effet, on trouve indifféremment, lai do;, OaiptSot, lxpàr.i$ot , loiàt , OoîpiSi, lacpântiïi ; lato;, Oiït'pio; ll), lai , lapai: rtw>, en latin isi, sarapi (3) , et î vu, lapxizst (4), Ôai'pu ls).
D’un autre côté, ApévriGii est le même mot que kp.évYi<fti : et en effet , à. raison de la prononciation presque semblable des lettres B et <j>, les terminaisons grecques des noms égyptiens en* <m et bu se confondent Tune avec l’autre. On peut citer nàVTNor<t>iï dans une inscription de Dakkeh qui sera expliquée plus bas <c), ce mot est écrit ailleurs iiàïtnotbis : l’inscription de l’île des Cataractes donne xnoybei , au lieu de xnoï*ei <7> j et, dans celle des carrières de Syène <8),onlit Chnubidi (a) , au lieu de Chnuphidi.
40 Inscr. Ros., 1. 10, 26.=® Walpole’s, TYavels , II, p. 564- = w Grutcr, LXXXII, 6; LXXXIII , a. — Gudius, CV, 4. — Fabrelti, VI, 108. = ® Chandler, Inscr. Ant. , part. I , n. 69. — Inscr. ap. Boissonad. , Comment, epigr., p. 4'i5. = w Suprà , p. 6. = w Infra , Appendice, n» X^ I. = 4?> Infrà, IIe Part., chap. III , § 111 .= w> Ibid. = wl Et non pas Anubidi , comme j'avais propose' de lire ( Journal des Savons , 1820 p. 718) avant de connaître l’inscription de l’ile des Cataractes, [Infra, Part. II , chap. III. ) J’y avais été entraîné par l’inscription de Cius, en l’honneur d’Anubis , si curieuse par le mélange des mvtlies grecs et égyptiens, et qui est déposée au musée royal ( n° 670). On y voit, entre autres faits curieux, qu’Auubis est qualifie le
TEMPLE DE KASR-ZÀY AN. a4 l
La leçon amcnhbi expliquée , il resterait à rechercher quelle divinité est désignée par ce mot. C’est là ce que je n’entreprendrai pas. Les dénominations égyptiennes des divinités du pays sont encore si mal connues, même dès orientalistes les plus habiles, que je ne pourrais donner qu’une conjecture gratuite et inutile. Je pourrais imaginer, tout comme uu autre, quelque rapport entre Amênéphis et Arnênophis ou Phaménoph , qui paraît avoir été le nom égyptien du Memnon de Thèbes. Mais quelle probabilité offrirait ce rapprochement ? les mots 3côî pÉycro; conviendraient-ils à ce personnage?
Le mot TXONEMrPGffc ne m’est pas moins inconnu , et je n’en parlerai pas davantage -, il est possible que ce mot soit un second nom ou une épithète de la divinité , comme on voit dans cette inscription : An HAioîi METAAûh SAPAnui; ainsi il est vraisemblable que la vraie leçon est txonemtpû?!.
La formule iirèp tà; si; a«3va < îta/xovn; se retrouve dans l’inscription d’Antinoé et ailleurs (1) , placée après la dédicace j mais ordinairement elle la précède comme ici m.
fils d’Osiris, comme le dit Eusèbe ( Prœpar. Evang. , p. 46. A.) ; cet auteur , parlant , dans cet endroit , de la découverte de la vigne par Osiris ( Cf. Diod. Sic. , 1 , 1 5.) dit : jrp&Tov y Cb y %pri- <xa<r03 1; l’éditeur propose de lire oîvw, mot trop éloigné de ; je lis XP’’**5®®1 ' 1° rapportants TTj;oip7rAou qui est plus haut;
de même dans Galien et Dioscoride xvkos TZTiaaâvri; , çotfiAïiç , etc.
<’> Grutcr, CCI.IX, 5 — Infra , part. U,chap.ï, § 4- = CO Spon. Mise. Erud., p. 36g. — Chandler, A p pend. XI. — Pocock. Inscr. Anliq. , p. i, n° î.
IG
a/|U INSCRIPTIONS DES TEMPLES.
Les mois 6 ar,-/.ôi zoü icpoU /.ai -o jtpovaov è/. xcuvni xaztax.evdaQri méritent quelque attention. La première remarque à faire, c’est que l’on n’a pas exprimé les noms de ceux qui avaient exécuté les constructions faites au temple. Ce n’est pas le seul exemple d’une pareille omission ; on la remarque au propylon de Parembolé a> , et je la retrouve dans une inscription qui n’est postérieure que de vingt-six ans à celle de Kasr-Zayan : cette inscription , découverte tout près du grand Sphinx par le capitaine Caviglia, est maintenant déposée au Musée britannique. Je la reproduis d’après la copie insérée dans le Quarterly-Review w>.
ATAeHrrrxHi. l. 5 a n to? ngi note a io yhpo ytû?n k itpi tftt a v-
TORPATOP^NIire . . YONTOOtA. TITIA VOYenR.TPATHrOYN- TOCAOrKKHIOYO^eAAlANOYCTPATHrOYNTOCTOrNOMOYeCrfNOCAnOKATeCTHCeNTATIXHenArAOOÎmAXûjN I(T a>.
C’est-à-dire :
« A la bonne fortune : la sixième année d’Anton iu » étVérus, les seigneurs empereurs; Flavius Titia- » nus étant préfet, Lucceius Ofellianus étant épi- » stratège , et Tbéon stratège du nome 0> , on a » remis en état les murs , pour un but utile l4) , » le i5 de Pacliôn. »
Le verbe à^oy.acéçr^sv se dit d’une chose remue
® Suprà , p. 4i. = » Tom. XIX, p. 44 , 4i5. = °> Nous verrons ailleurs que ce nome est celui de Busiris.= <4) Je lie le sens de cette formule h la phrase, d'autres aimeront peut-être mieux la détacher , et Pcutcudrc dans le sens de quod faustum sil.