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sentir l’opinion des personnes instruites : je publiai, dans le Journal des Savans de mars, mai et août 1821, l’explication des deux inscriptions de Dendérah , et un Mémoire où je crus pouvoir prouver que, sous les Ptolémées et sous les Romains, on avait terminé d’anciens temples égyptiens, et peut-être même construit des temples entiers décorés de symboles , d’hiéroglyphes, de figures exécutées dans le style dont les Égyptiens se servaient de temps immémorial.
Comme les idées émises dans ce Mémoire froissaient vivement des intérêts de système , je m’attendais à des contradictions; ce qui ne manqua point d’arriver. Je repris alors la question d’une manière plus générale'”, en montrant qu’on ne m’avait pas suffisamment compris; qu’il s’agissait d’ouvrages exécutés non par la main des Grecs et des Romains, mais par celle des Égyptiens pendant la domination grecque et romaine ; que la question se réduisait à savoir si les Égyptiens avaient pu conserver, sous les dominations étrangères, la religion de leurs ancêtres, et conséquemment les arts fondés sur
(1> Dans «les Mémoires lus U l’Académie des inscriptions et belles-lettres, en mars 1822.
INTRODUCTION
cette meme religion; question importante que jusqu’ici personne n’avait soumise à l’examen, et sur laquelle on n’avait que des préjugés. En suivant alors l’histoire des arts en Egypte depuis Cambyse jusqu’au siècle des Antonins, je prouvai que jamais les vainqueurs de l’Egypte ne prétendirent lui imposer leurs lois ni leurs usages; que les institutions religieuses de cette contrée conservèrent leur force et leur caractère essentiel jusqu’au siècle des Antonins; enfin, je montrai, par une succession de faits incontestables, que les Egyptiens, au moins jusqu’au troisième siècle de notre ère, avaient terminé leurs anciens temples, et en avaient construit de nouveaux dans le même style d’architecture, de sculpture et d’ornemens dont leurs ancêtres s’étaient servi; en sorte que ce principe que tout édifice qui porte dans son architecture et sa décoration le caractère propre à l'art égyptien , était d'une époque antérieure à l'invasion de Camhyse , principe adopté dans un grand nombre des Mémoires de la Commission d’Egypte, se trouvait dément i à la fois par l’histoire et par les monumens.
Ces idées ont été confirmées depuis par .les observations des voyageurs et par des recherches scientifiques d’un haut intérêt.
Deux artistes distingués, après avoir étudié, mesuré et dessiné non seulement les édifices de l’Égypte, mais encore ceux de la Nubie ( et l’un d’eux a de plus dessiné avec un soin et un talent admirables les plus beaux monumens de l’Asie mineure et de la Grèce), sont revenus de
leurs voyages , et ont apporté des idées semblables à celles que j’avais puisées dans l’analyse de quelques lignes de grec. En effet MM. Huyot et Gau ont acquis , à la vue des monuinens euxmêmes , la certitude que plusieurs d’entre eux ont été construits et sculptés du temps des Grecs et des Romains U); la comparaison at-
Voici l’opinion de M. Huyot , exposée par lui-même.
# Les diffe'rentcs périodes que les arts d’iinitation parcourent depuis leur naissance jusqu’à leur décadence , servent souvent à fixer d’une manière cerlainc l’époque des éflifices. La sculpture , qui est inséparable de l'architecture , établit presque toujours le degré d’ancienneté d’un édifice par rapport à un autre. Dans sa jeunesse, elle est vraie et naïve ; elle devient ensuite plus correcte et plus recherchée , et dans sa vieillesse, elle emprunte souvent des secours étrangers. Ces trois époques lui impriment un caractère bien distinct auquel on ne saurait se méprendre. C’est ainsi qu’en Égypte on trouve encore des sculptures peintes dans lesquelles on voit un mouvement juste , des formes simples , une naïveté dans l’expression qui carae-
INTRODUCTrOS.