VI.K AL. MARTI AS. DN.1MP.SE V EROA/G.COS.1TERVM.HORA
Et toute l’inscription se lira : Marcus Ulpius Primianus prœfectus Ægypti , sexto kal'endas martias , Domino Nostro l mperatore Severo Auguslo Consule iterum, horâ diei secundo audivi Memnonem. Egi gratias : l’inscription se rapporte donc au février de l’année 194, dans laquelle Septime Sévère fut consul pour la seconde fois : M. Ulpius Primianus est un préfet dont l’histoire ne parle pas : entre ceux qui ont gouverné l’Égypte sous le règne de Septime Sévère, elle ne nomme W) que Lætus en 202, et Subatianus stipula en 2o5 ; d’où l’on voit que Primianus a dû être le prédécesseur de Lætus , en sorte que l’inscription du nilomètre d’Éléphantine est nécessairement an- <1) Pag. 1 15, n° XXXII. = lJ> Infra, p. 364-
2<36 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, térieure à l’ait 202 de notre ère : on peut en placer la date entre iqj et 200. Celle de la statue de Mcmnon est plus ancienne de huit ans que le voyage de Sévère, qui, en ao2, visita le célèbre colosse U) ; et l’on sait que^’cst après l’année 160 ou 170, que les Égyptiens rétablirent la partie supérieure (î) de la statue qui , au temps même de Pausanias , était encore brisée par le milieu, comme au temps de Strabon.
Je reviens au mot riyep-ùv, qui servait en général à désigner les gouverneurs des provinces romaines.
Celui d’Égypte est ainsi nommé par Pliiion (3) et Joseplie H) ; mais le premier emploie quelquefois le mot ciriTfoiro;, qui est toujours, en ce cas, suivi du complément tâs Aiyumou , tü; y&ptx; (6)- Une autre expression , également commune pour designer le gouverneur de l’Égypte, est celle de ëitapyoi , avec l’addition du mot Aiyvirrou , ainsi qu’on le voit aux inscriptions de Panopolis, de Cysis, d’Antinoé l6) , delà colonne de Pompée (7), etc. Au contraire, le mol r)yr,u.mv est toujours seul; en voici, je crois, la raison: r,yr,uü)'j ne se disait que d’un chef suprême; on ne pouvait donc l’entendre, en Égypte, que du gouverneur du pays ; tandis que ëitapyoç , le prœfectus des Latins, s’appliquait à des fonctions différentes les unes des
Æl. Spart., in Severo , § 17. = ^ Descript. de Thèbes , p. 98, 99. = t5> Adv. Flncc., p.^21; 47; 53a,. t; 536, 22. = w Bell.Jtui., II , 18,7.= w Philo, p. 547 > 55g, 26; 54 1 , 7; 564, 4^* = (6> Supra, p. 217, 24o. — Infra, p. 285. =
Infra, p. 566.
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autres, et plus ou moins élevées, puisque ce mot désignait jusqu’à des chefs de cohorte w> , xpatfexzot azetpHç a) : on ne pouvait donc éviter l’équivoque qu’en ajoutant Ai’yüirrou. Aussi les auteurs n’emploient en ce sens h zacpxo; absolument m, que quand la pensée est rendue évidente par la tournure même de la phrase. Dion Cassius désigne quelquefois le gouvernement de l’Égypte par le mot âpxwv qui s’entend ordinairement des premiers magistrats municipaux tt>; enfin Aristide lui donne le nom deûnapxoi10} à moins qu’il ne faille lire izttxpxoi ; car on sait que les copistes confondent souvent ces deux mots m.
S II. Identité des fonctions du stratège et du nomarque. — — Le stratège était pris parmi les gens du pays.
Après le gouverneur de l’Égypte, viennent les deux magistrats appelés épistratège et stratège : ces deux mots, à ne consulter que l’étymologie, semblent devoir se rapporter à des fonctions militaires; aussi les a-t-on traduits jusqu’à présent par commandant général , et commandant particulier des troupes. Mais je n’ai jamais conçu bien nettement ce que les commandons des troupes avaient à faire dans la consécration d’un édifice bâti et dédié par les gens du pays ; cet acte , à la fois
w Peyssonnel , Voy. à Tfiyatira, p. 294. — Clarke’s travels, II, p.go.= ® Gruter, CDLVIII, 1. — Vandale, Dissert., p. a44* = w Strab. , XVII , p. 797. — Dio Cassius , LXXVIII , 85. = M LUI , 59; LIV, 19; LXIII, 18; LXXI, 28. = w Vales. ad Amm. Marcell. XXXI, p. 44®- — W Tom. I , p. 339, e ^ Jébb. *= 171 Alemann., ad Procop, anecdota, p. 94, 95.
a68 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES.
civil et religieux , demandait l’entremise des magistrats municipaux, du nomarque ou commandant du nome , et non celle des chefs militaires : les seuls néanmoins qui sembleraient avoir pris part à l’opération , si l’on donnait aux mots stratège et épistratige le sens de commandant de troupes ,
Cette considération me donne lieu de présumer qu’il s’agit de magistrats civils.
Casaubon ü>, Valois 0), Spanheim m , Vandale ,4>, et d’autres critiques, principalement Krebs (i> et WolfF C6), ont prouvé par de nombreux exemples, que sous la domination romaine, le nom de stratège désignait non pas le commandant militaire , mais le premier magistrat civil, \ archonte d’une cité , ou d’une des divisions de la province. Dès lors, l’analogie nous conduit à ne voir, dans le stratège des inscriptions d’Égypte, que le premier magistrat du nome, c’est-à-dire, le nomarque. On observe en effet que le nom de stratège est très souvent suivi de celui d’un nome ; ainsi : Bésarion , stratège d’Ombos, dans l’inscription de Klialapsclié m; ailleurs, Apollonius.. .stratège du nome Ombitea) ; de même , dans cette inscription de Philæ <9) :
w Ad. Athen. . V, p. a 1 3. HL = ® Ad. Amm. Marc. , XXXI, p. 446* = w Ad Julian., p. 77. — Præst. Num., I, p. 444 ; II» p. 181 , 696.= (<* Dissert. , p. 4 10. sq.= 48 Ad Décréta Romanor. pro Judais, p 3a5 , sq. Krebs remarque que le mot çpxnrçôf se dit même du prcefectus lempli, çpar ny'o; roü iipoù (p. 43a.) = w Ad Act. Apost. XVI , 20, = 0) Niebuhr, Iriser. JYub., p. i«.= ® Suprà , p. 83.= w Harailton’s , Ægyptiaca , p, 5a.
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inoAAûîffiAHc AnoAAûÎNiAor cTPATHroc tôt ePMoÎNeei-
TOV KAI AeiTOT TH N KVPIAN66AN.
AiroX).û>vi'&)s ÀTtoXXwvitfov çpa.xnyùi toù EppuvBchou x*i [A«Toiro]XîiToy[itp«3£!cûvr(<j«]'rtw xupûxv Siàv [ I<nv rhv iv «hue].
Cette inscription nous apprend que le même stratège pouvait commander à deux nomes à la fois, quand l’un et l’autre étaient limitrophes et d’une étendue peu considérable, comme ceux de La topoUs et d’Hermonthis ; aussi voyons-nous , dans une inscription de la xve année d’Adrien, un certain Artémidore, greffier royal ( fiaaû.txii ypapfMttïùî) des nomes d 'Hermonthis et de La topolis u> ; cependant à une autre époque le nome de La topolis avait son Uratègê à part, car une inscription de la statue de Memnon porte tt> : xaiphmoJnoka....
CTPATHTOCAATOIIOAéOC ( sic).
« Chærémon , dit...... stratège de Latopolis. » Peut-
être expliquerait-on ainsi pourquoi Pline et Ptolémée ne parlent point du nome de Latopolis , tandis qu’il existe des médailles de ce nome , datées de la xi« année d’Adrien <3) : vraisemblablement ce nome tantôt futséparé de celui d’Hermonthis, ettantôty futréuni.
Quoiqu’il en soit , on a la certitude que le stratège était le gouverneur d’un nome. Maintenant était-ce un chef militaire , ou bien le chef civil du nome , l’administrateur , le nomarque en un mot ?
w lablonski , de Memnone , p. 90. — Hamilton’s, Ægyptiaca , p. 174* — Descript. de Th'ebes . p. « n.= w H «mil ton’ 5, Ægjrpt., p, iy3. = m Mionnet, VI, p. 53 o.
*70 FAITS RELATIFS AUX tHSCRIPTIOHS DES TEMPLES,
Cela me paraît facile à décider. Indépendamment de l’analogie tirée delà signification du mot stratège , dans les autres provinces de l’empire romain , l’iden* tité du stratège et du nomarque s’établit par des preuves de plus d’un genre; i° le nom grec de vo se montre nulle part dans les inscriptions, lorsqu’il s'agit d’un chef de nome; le mot ç-pemr/àf est le seul qui paraisse. Cet argument est négatif; mais la probabilité qui en résulte n’en est pas moins très-forte ; 2® les attributions diverses qui sont assignées au stratège, ne permettent pas d’y voir autre chose qu’un fonctionnaire auquel étaient confiées toutes les branches de l’administration du nome; car non-seulement son nom est consigné dans les inscriptions destinées à conserver le souvenir des travaux publia de toute espèce ; mais encore c’est de lui qu’émanaient les mesures de police. Ainsi, d’après l’inscription découverte à Khalapsché, par M. Gau, et expliquée par M. Niébuhr 10 , c’est le stratège d’Ombos qui prescrit les mesures de police et d’ordre à prendre dans le temple de Talmis ; c’est également le stratège de l’Oasis , dans l’inscription du temple d’El- Khargeh, qui reçoit directement du gouverneur de l’Égypte les décrets relatifs à la répression de divers abus , et qui est chargé de mettre à exécution les dispositions diverses qu’il contient , toutes relatives aux finances et aux autres branches de l’administration civile ; aucune ne concerne le militaire : elles attestent que le stratège était dans cha-
V> Inscript. Nubien ses, p. 10.
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que nome un magistrat de l’ordre de nos préfets. Si ce n’est pas là le nomarque , qu’était-ce qué ce dernier magistrat? Pourquoi son nom ne se montre-t-il jamais dans de pareils actes !
Il me parait donc bien évident que le nom grec de stratège désignait en Égypte, comme ailleurs, le chef civil d’une division de province, d’un nome , ce qui explique le passage où Strabon , après avoir parlé de l’ordre établi dans Alexandrie par les Romains, dit: « qu’ils placèrent dans le pays même, » certains sous-commandans ( vnoçpx-nîyovç) appelés » nomarques et cthnarques (t). » Ainsi les nomarques, ou chefs de nome, les éthnarques, ou chefs de district, sont compris par Strabon sous le nom de irro- Cpocrriyot ( ûitô est sans doute relatif au gouvernement supérieur d’Alexandrie ) ; d’où l’on voit que le mot ç-parriyoi , contenu dans vitoç-pétriyot , n’emporte nullement l’idée de fonctions militaires.
Il faut soumettre ce résultat à une autre épreuve. On sait que les Romains respectèrent presque partout le système municipal dans les provinces j et que les archontes des villes , et les premiers magistrats des divisions des provinces, étaient en général pris parmi les gens du pays. Si donc les stratèges sont véritablement les nomarques , on ne devra trouver que des noms grecs ou égyptiens parmi ceux que les inscriptions nous auront conservés. C’est en effet ce qui a lieu $ car les noms de stratèges que je puis connaître, sont:
•** * XYII, p. 798. — de U traduction franç. , T. V, p. 349.
Posidonius, Démétrius <l) , Apollonius lî), Pænias dit Cæpion (3> , Chærémon <4) , Bésarion dit Ammonius (i), Apollonides <s>, Nilus (T), Théon (8), Tryphon m , et Sarapion ll0>. Gette seule nomenclature, qui ne nous offre que des noms égyptiens ou grecs, suffirait pour établir que les stratèges n’étaient point des commandants de troupes ; car c’est principalement des noms romains qu’on trouve parmi ceux des chefs militaires , de divers grades , qui nous sont connus par des inscriptions découvertes en Égypte. Elle achève d’établir que les stratèges sont bien réellement des nomarques : nous en tirons la preuve que les Romains choisissaient ces magistrats parmi les habitans du pays , soit Grecs , soit Égyptiens ; et qu’ils avaient conserve sur le même pied qu’auparavant celte partie importante de l’administration. Remarquons que les monumens d’où cette nomenclature est tirée , sont d’époques très différentes; à prendre ceux qui ont une date certaine, nous voyons que Tryphon était stratège sous Auguste ; Sarapion, sous Tibère; Posidonius , sous Claude ; Démétrius, sous Galba ; Pænias, sous Antonin-le-Pieux ; Théon, sous Maro Aurèle ; enfin Bésarion sous les Philippe <u>, vers a5o.
Inscription de l'Oasis. = ü> Suprà , p. 83. as Suprà , p. 347. = w Suprà , p. 267. = <s) Suprà , p. 349. — W> Suprà , p. 369. = t7> Hamillon’s Ægypl. , p. Su. = Suprà, p. ?43s w Suprà , p. 1 58 . = <l0> Suprà , p. 180.= <l,) Selon la restitution que j’ai proposée de la dite inscription expliquée par M. Niébulir. ( Voj. Journal des Savons , juillet 1 83 1 , p. 4oo0
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Ainsi, dans un période de deux siècles et demi, on voit les Romains rester fidèles aux principes qu’avait posés Auguste, et ne confier l’administration des nomes qu’à des naturels du pays: c’est là du moins la conséquence à tirer des exemples qui nous sont connus. Il est peu probable qu’elle soit démentie par ceux qu’on découvrira par la suite. S’il s’en trouve de contraires, ils seront très-rares, et ne pourront être considérés que comme les exceptions d’une règle générale.
5 III. De V ipistrathge , ou du commandant de toute une partie de l’Égypte. — C étaient des Romains qui occupaient /’epistratégat. — Cette place existait sous les Ptolémées. — ï'.vergètell la confie à un Romain.
L’analogie tirée du nom de stratège est à elle seule une présomption assez forte que X'épistratège était également un magistrat de l’ordre civil , ou qui du moins réunissait dans ses attributions le civil et le militaire : et c’est en effet le seul moyen d’expliquer pourquoi son nom, de même que celui du préfet et du stratège, était mentionné dans les inscriptions relatives aux travaux publics.
La place qu’il occupe, dans ces inscriptions, entre les deux autres, prouve que son rang était intermédiaire J et la préposition èni, qui précède le mot ç-pavqyôi , annonce clairement que ses fonctions étaient du même ordre , mais supérieures à celles du stratège j car, d’après l’étymologie, ce mot revient
2^4 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS UES TEMPLES, à ào/içpd-riyoi : et il est alors tout simple de supposer que le stratège étant le gouverneur du nome , l’e'pistratège devait être celui de plusieurs nomes à la fois , ou d’une province contenant plusieurs nomes, comme la Thébaïde ou l’Heptanomide, etc. Cette conjecture , qui ressort tout naturellement des indications précédentes , est appuyée par cette inscription du colosse de Memnon , que M. Hamilton (1)
a copiée: kaavaioc emiaioc (sic) apabafxhc kai
emcTPATiiroc ©iibaiaoc hkoyc[amemnonoc] « Claudius
« Æmilius arabarque et épistratège de Tlié-
» baïde, a entendu Memnon. » Le nom d’épistratège désigne ici le gouverneur de la Thébaïde ; et ce gouverneur réunissait sous sa juridiction tout le pays situé entre le Nil et la Mer Rouge, qui était, comme on sait, appelé Arabie W) ; car c’est ainsi que j’entends le mot Arabarque. Cet exemple nous montre que Y épistratège devait etpe, pour une province, ce que le stratège était pour un seul nome; et l’on conçoit alors la raison de cet ordre établi dans les noms des magistrats sur les inscriptions de Tentyris, du Sphynx et de Kasr-Zayan : « Un tel étant » gouverneur [de toute l’Égypte] ; tel autre étant » gouverneur [de la province]; et tel autre étant » gouverneur [du nome]. »
L’état de nos connaissances ne nous permet pas de dire quels étaient les rapports administratifs qui existaient entre le stratège et l'épistratège, et quelle 0> Ægrptiaca , p. 1 7J. =: 05 Voy. ma note sur Stnibon , T. V p. 1.