‹ Recherches pour servir a l'histoire de l'Égypte pendant la domination des grecs et des romains, tirées des inscriptions grecques et latines relatives a la chronologie, a l'état des arts, aux usages civils et religieux de ce paysChapitre 52 sur 84 · ADMINISTRATION DE L’ÉGYPTE · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DE L’ÉGYPTE

espèce de juridiction ce dernier exerçait sur les nomes confiés au premier. D semble du moins par plusieurs exemples , et notamment par les deux décrets de l’Oasis , que le stratège correspondait directement avec le préfet à Alexandrie. Il faut attendre de nouvelles lumières pour prononcer sur ce sujet, et nous contenter d’avoir établi l’existence de cette charge intermédiaire entre le gouverneur de l’Égypte et les nomarques.

C’est l’épistratège de la Théhaïde qui est mentionné dans les inscriptions de Kasr-Zayan et de Tentyris'; est-ce le même dont le nom se trouve dans l’inscription du Sphinx? L’Heptanomide ou l’Égypte moyenne avait-elle aussi son cpistval'ege , ou bien la juridiction du gouverneur de la Thébaïde, comme celle du dux Thebaïdis à une époque plus récente , s’étendait-elle jusqu’à Memphis? c’est ce que je ne puis décider. Toutefois l’analogie me fait pencher vers la seconde hypothèse.

Parmi les noms des stratèges nous n’en n’avons pas vu de romains; je remarque le contVafre dans ceux des épistratèges ; il n’y en a pas un seul qui soit grec ou égyptien ; ce sont Marcus Claudius Poslumus , au propylon de Tentyris ; Claudius

Æmilius dans l’inscription du colosse de Mem-

non ; Septimius Macron , dans celle de Kasr- Zayan ; Lucceius Ofellianus , dans l’inscription du Sphinx qui est de l’an 166 de notre ère ; enfin Vibius Severus Aurelianus dans celle d’Àntinoé, qui est de l’an a3a. On peut conclure de cette énu-

FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, mération , et en attendant de plus nombreux exemples , que les épistratèges étaient toujours des Romains ; ce qui nous révèle une autre disposition remarquable dans l’administration romaine de l’Égypte. D’une part, on avait conservé aux nationaux les places de nomarque , qui exigeaient des connaissances locales j et de l’autre, on avait placé audessus d’eux des commandans supérieurs romains , qui surveillaient la conduite des nomarques , et contrôlaient leur administration.

Je ne trouve qu’un seul exemple d’un épistratège dont le nom ne soit pas romain ; il a été recueilli à Pliilæ par M. Hamilton (,) : htoaemaioz hpakaiaot EnirrPATiiros ©ubaiaoz ha©on. ... « Moi , Ptoléméc , » fils d’Héraclide , épistratège de la Thébaïdc, je » suis venu [adorer la déesse Isis]». Mais la forme des z est un indice que le monument peut être du temps des Ptolémées ; ainsi cet exemple unique ne saurait nous être opposé. Les Ptolémées, dontla résidence était si éloignée du centre del’Egypte, n’ont pu se passefdu nommer un gouverneur de la Thébaïde pour surveiller immédiatement les nomarques; et nous devons croire en conséquence, que Y épistratège existait avant l’arrivée des Romains ; c’est en effet ce que prouve cette inscription de De'los citée bien souvent y mais dont les difficultés principales n’ont jamais été expliquées : Maipxov <7 vyyevrj (2aot).tuf IIto Xtpaiou Eùspyézov xa i (Zaad.iaariî Kleonoirpa; r.ad iiriç-pecrfiyon ,

(l) Ægyplinca , p. 5a.

ADMINISTRATION DF, l’ÉGYPTE. 1’]']

Aûxioi /.ai Taioç IlÉotoi raton viol Pwjxaioi àpirrii ivr/.sv /.ai y.alay.aya.0 tas xai TÂ; ci; éavroùt; eùvota;. Azo).).wvi , Apzépiii <0. « Lucius Pédius et Caius Pédius, fils de » Caius [Pédius], romains, [ont honoré de cette » statue ] , pour sa vertu , ses qualités éminentes et sa » bienveillance envers eux, Marcus [Pédius], parent » du roi Ptolémée Évergète et de la reine Cléopâtre, » et épistratège. [ Ils consacrent cette statue } à Apollon et à Diane.» J’ai expliqué ailleurs le titre de parent, et j’y reviendrai au chapitre suivant. Quant à celui d 'épistratège , les observations précédentes montrent quel sens il faut y attacher. Ce Marais Pédius avait été sans doute gouverneur d’une des parties de l’Egypte, sous Ptolémée Évergète n, après son retour dans ses états. Le nom de cet officier , qui n’est qu’un prénom romain , peut paraître assez extraordinaire, quoiqu’en dise Prideaux ü). Mais il me semble qu’il ne faut pas le considérer comme seul dans cette inscription. On sait que dans des inscriptions relatives à des Romains , on se contentait souvent de n’exprimer que le prénom d’un personnage, quand son nom était le même que celui d’un autre, dont les prénom, nom et surnom étaient indiqués avant ou après; par exemple : Mapxou toû Mâpxov Avzmiov AvTK>x°y uioG ZeXfuxÉu; tôjv zpôç Eùtfpâzriv (3) ; c’est-à-dire , selon moi: « [Ceci est le tombeau] de

(1) Marmor. Oxon. XXVI. — Chishull, Anliq. A sial. , p. 8g. — D’Orvitl. , Miscel. Observ. VII, p. 49, etc. — ® Ad Marmor. Oxon., p.. 48 • , ed. Maitt. = Hainrner, Topogr. an sic/it. , p. i6 j , n. ii.

278 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, n Marcus [ Antonius Antioclius] , fils de Marcus » Antouius Antioclius, de Séleucie sur l’Euphrate. » De même rvafo; OùïtsÎ.Xio; Fvaio’j n!o; Kpiaiio; (l) :

« Cnæus Vitellius Crispus, fils de Cpæus [ Vitellius » Crispus] » ; et mille autres exemples de ce genre. O11 doit croire eu conséquence que le Marcus de l’inscription de Délos portait le même nom et était de la même famille que les deux frères Pédius , fis de Caïus Pédius , qui lui élevèrent ce monument; il s’ensuit qu’Évergète 11 , que les Romains protégèrent toujours pendant le règne de son frère Plùlométor , et qui se montra toujours leur allié fidèle, avait conféré à un Romain le titre de parent et la fonction d 'épistralège. Sans doute cet officier lui avait rendu des services signalés ; à moins que la condescendance de ce prince pour les Romains ne lui eût pas permis de se refuser à confier cette place importante à un officier de leur nation. On verrait ici une preuve de lapolitiquo habile de Rome, qui, dès l’année 200 avant J.-C. (ï>, tâcha de s’immiscer dans les affaires de l’Égypte, ctqui, sous le règne d’Évergèteii, méditant la conquête ou convoitant la possession de cette riche contrée, fit en sorte qu’un Romain fut chargé de l’administration de toute la Haute- Egypte, et put transmettre au sénat des connaissances positives sur l’état intérieur et les ressources du pays.

Quoiqu’il en soit, l’existence de Y épistralège sous les Ptolémées ne me parait pas douteuse ; et je crois

Villoison, Acad, laser. T. XLVH , |i. 34 1 . = .(anales des Ijxgides , II , |>. 80.

ADMÏMSTRATION DE l/ÉGYrTf. 0~Ç)

que c’est ce grand fonctionnaire qui est désigné dans une autre inscription du règne d’Évergèle u, que j’explique ailleurs11’, où il est question d’un certain Lochus , parent du roi et stratège delà Thébaide ; il est à remarquer que ce sont là les mêmes titres que porte Marcus Pédius, excepté que le mot épistralège , est remplacé par celui d estratège : mais ce dernier revient au même , à cause du complément qui ne permettait pas de se tromper sur le sens à donner au mot stratège. Je pense que ce magistrat, sous les Grecs et sous les Romains, était principalement civil ; ce qui n’empêche pas qu’il n’eût aussi une juridiction quelconque sur les troupes cantonnées dans la province. On ne pourrait m’objecter que l’emploi du mol stratège , pour désigner un officier civil, est peut-être d’une époque plus récente ; car, dans les Septante , ce mot signifie souvent satrape, gouverneur d’ une province m ; et il parait que chez les Athéniens, du temps même de Démosthènc, cette acception du mot était déjà usitée t3).

Une dernière observation : le mot cmç-pâzriyo; ne se rencontre nulle part ailleurs que dans les monumens grecs relatifs à l’Égypte. C’est une raison de croire que la fonction qu’il désigne était particulière à ce pays.

111 Chapitre II de cette partie. = ® Schlcusner , Novus Thésaurus , V , p. ia3. = ® Spanheim, ad Julian., p. 77. — Schweigh., ad Alhen. , Y, p. ai3. E. — Krebs, ad décréta Roman. , p. 325.

a8o FAITS Il&LATXFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES.

§ IV, Inscription des colonnes d'Alexandre Sévère , à Antinoé.

— Administration tonte giveque dans cette ville. — Inscription

de la statue d’Aristide.

Ces observations sur les fonctions du stratège et de l’épistratège en Égypte, nous donnent le moyen de restituer l’inscription d’Antinoé , l’une des plus curieuses inscriptions grecques qui aient été découvertes en Egypte. Elle occupe un des côtés de la base de deux grandes colonnes d’ordre corinthien, dont une seule subsiste encore en entier, et qui contribuaient à former la décoration d’une des places d’Antinoé, ville toute grecque, fondée par Adrien, où l’on ne trouve aucun vestige d’antiquité égyptienne.

L’inscription a été recueillie par M. Ilamilton et par M. Jomard. Le premier s’est contenté de la reproduire fidèlement, sans la rétablir ni la commenter40; le second a voulu la restituer , et même la traduire en latin B> ; malheureusement la plupart de ses restitutions sont détestables, et sa traduction latine ne vaut pas beaucoup mieux.

Des deux copies, celle de M. Ilamilton est la plus complète, comme il est facile de s’en convaincre eu jetant les yeux sur la page qui les contient toutes les deux en regard.

digyptiaca , p. *83. = 0> Description d’Antinoé, p. 2'J.

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