‹ Recherches pour servir a l'histoire de l'Égypte pendant la domination des grecs et des romains, tirées des inscriptions grecques et latines relatives a la chronologie, a l'état des arts, aux usages civils et religieux de ce paysChapitre 53 sur 84 · ADMINISTRATION DE L EGYPTE · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION DE L EGYPTE

rxS'2 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TF.MPLE5.

Je distinguerai trois parties principales dans cette inscription ; l’une qui contient la dédicace à l’empereur Alexandre Sévère; la seconde contenant les noms des administrateurs généraux du pays; la troisième , les membres de l’administration particulière d’Antinoé.

, La première partie se compose des sept premières lignes ; les lacunes qui s’y trouvent peuvent être remplies avec certitude, parce que ces lignes expriment des formules connues par plusieurs raonumens analogues10; et déjà M. Walpole me parait avoir complètement rétabli ce commencement0’. A la ligne 4, il lit kai iotaiai mammaiai ; à la ligne 5, après

MH TPI ATTOT , il lit : KAI TftN AHTTHTÛH , ce qui est excellent : à la ligne G, il supplée rriEP TH2 nik ; et à la 7e kai tôt rr : on a de cette manière la restitution complète de la dédicace ; savoir ;

AynQÿ ziiyn' Ainoxpahopt Katoapt Mapxro AùpriXiw Zsoyr,prp Aie£ctviîj5&) , eiiütëe ï, fùtu^eï, SfSscçtS, xat leu).!* Maupati'a It&xçri , pr,zpi aiiTO’J x.od tûv àïîTTïitwv u) çpatxoiUiiM , iir.ep tri; i/i'xr,; xai aiuvt'ou àtaiiovri; ai/X’MV y. xi toû cryprano; otitwv otxo-j.

Au lieu de kai mhtpi ton ahttiitûn, M. Jomard avait lu kai mhtpi mhn taïtii ton , ce qui ne peut avoir aucun sens, et pèche contre les premiers élémens de la langue grecque ; il en faut dire autant du

(1’ Spon, Miscell. érudit. , p. 3ag , 3^g. = Trajets in Mirions paris , II , p. 58g, 5go. — Ce mot se rencontre daus <b)TTXT&ty AvroxoaToow*. ( Cliaudl., Iriser. II, |33. )

ADMINISTRATION DE l’ÉGYPTE. 283

barbarisme aaeïanapi qui est répété deux fois (1.3), et dans la copie et dans la restitution.

M. YValpole ne s’est occupé que de la première partie ; mais le reste est plus important que cette dédicace , qui ne nous apprend aucune particularité nouvelle.

Des deux lignes suivantes, qui contiennent ce que j’ai appelé la seconde partie, la première n’offro point de difficulté; car il n’y a pas moyen de liro autrement que èrci Migouiou Ovmpiavoü énàpyov Aiyvirroi/. « Mévius Honorianus étant préfet d’Égypte. » Ce préfet est , si je ne me trompe , tout-à-fait inconnu dans l’histoire.

La ligne suivante est fort maltraitée dans la copie de M. Jomard; on n’y voit que les lettres . . . ia . h , oinioi . . . . iai . . ; aussi il n’en a pas tenté la restitution ; et dans sa traduction , il a exprimé le sens présumé par ex mandato , dont il a cru que le génitif àntinoeûn dépendait. La copie de M. Hamilton fournit plus de secours ; et pour restituer complètement cette ligne , qui est une des plus importantes de l’inscription , il mo suffira de suivre la trace des lettres conservées.

, Il AIHIOTNIOe EOT 1IBIOY. . . HAtANO

Je lis j

EniITPATUrorNTOIÏEOYtlPOVOVlBlOrAYPIIAIANOr

» Vibius Sévère Aurélien étant épislratège. » Do celte leçon certaine, nous tirons un cinquième fait à l’appui de ce qui a été dit plus haut, que les

aS4 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, épistratèges étaient toujours des Romains (,) ; et ce nouvel exemple est d’autant plus précieux qu’il est le plus récent de tous ceux qui nous sont connus ; car il appartient à l’année a3a de notre ère, comme je le prouverai plus lias.

Il faut restituer ainsi la dixième ligne :

ÀN^TINOEHN NEON E A AH N UN [ BOT A II

L’article h se trouvait à la fin de la ligne précédente, après AYPHAiANor ; ou au commencement de celle-ci ; la restitution est incontestable ; car l’inscription du Musée de Vérone porte : ÿ fioulh h kvxiiatwt viw DJbiyuv.

La fin de la ligne 1 1 est tronquée , ainsi que le commencement de la suivante , où il manque trois lettres. Ceci est une difficulté : les lettres apiten ne peuvent être que npirENorx ( et non pas opirEN'EOi comme lit M. J omar d ) ; mais après ce mot y en avaitil un autre ? Cela paraîtrait vraisemblable à cause de . . . tkai de la ligne 1 3 j car cette lacune de deux lettres semble annoncer la fin d’un nom au génitif terminé en or ; ce qui pourrait être celui du père d’Origène: or, comme les lettres itmn, ou tvmn qui suivent AnoAAftNior uovAError, ne peuvent être que le commencement du mot itmnaïiapxov ou rvMNA— HAPXOrpiTOS , on serait obligé d’admettre que le nom d’Apollonius n’aurait pas été accompagne de celui de son père ; ce qui ferait une disparate assez singulière , dans l’énoncé des noms des deux magistrats. Mais ce qui serait plus étrange , c’est que le

** StiprÀ p. 376.

ADMINISTRATION DE i/ÉGYPTE. 285

participe indiquant les fonctions du second magistrat ne précédât pas son nom, comme il précède celui du premier ; une pareille irrégularité serait inouïe : il faudrait donc nécessairement qu’il y eût xai yvpvaataoyoûvzoi Ar.oXXtoviov. En outre , on pourrait être surpris de voir la fonction de gymnasiarque , qui n’avait aucun rapport avec l’administration municipale, énoncée dans l’expression meme de la date, à côté de celle de prytane. Enfin , nous ne trouvons aucun mot, dans cette inscription , qui soit coupé à la fin des lignes; c'est un inconvénient qu’on a même évité avec beaucoup de soin, et voilà pourquoi les lignes sont de longueur si inégale; cela achève de rendre peu probable que le mot npiTENorz fût suivi d’un nom tronqué. Évidemment il s’agit ici d’un seul magistrat , et tout ce qui vient apres le nom npirENorz sert à le désigner d’une manière plus précise par ses surnoms, et par les titres qu’il réunissait à celui de prytane ; je lis donc : nPTTANEYONTOZ ATPHAIOT 111'IPEN[oVS To]r K.AI AIIOAAftNIOï BOTAETTOV , nMN[ASIAPXOT KAI EI1I T UN ZTEMMATÛN

« Étant prytane Aurèle Origène, dit Apollonius , » sénateur, gymnasiarque et .... » Nous trouvons de même üpiyivrn 6 xai Aoapavuoi (1) ; Avpnihoç B riaxpé»v o xai Au/xwvio; <2> ; AùprïXio; ïlpioixoi 6 xai Ilocrtdittros U), etc. Les titres de sénateur, de gymna-

(1> Suidas, voce Uoiyivijf. = ù) Inscr. ap. Niebubr. , in Inscript. JVub. , p. io. = <5) Ap. Villoison , Acad. Inscr. , T. XLVII, p. i$g.

îi8G FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, siarque, d’agonothète , etc., sont joints à celui de prytane , dans d’autres monumens œ.

Il y a encore plusieurs difficultés dans les deux lignes suivantes :

EHI TON ZTEMMATÛN KAI ÛZ XPHMAZI.

OVARZA8HNA1AOZ

La copie de M. Jomard porte xphma ; ce savant lit : KAI ai XPUMATÛN boïahï AeHNAlAOz, et traduit prop- • ter coronas ut et negolia senatus Atheniensis : mais xai w; XjSYipa'tuv n’est pas grec ; prop ter coronas n’a point de sens ; ut et negotia n’en a pas davantage; d’ailleurs ypipaxx ne signifie point negotia; on a confondu ce mot avec irpoty porta. ; enfin , j’ai peine à comprendre senatus Atheniensis. Quel rapport entre le sénat d’Athènes et la ville cC Antinoé ?

D’abord il me paraît évident qu’il faut mettre, comme je l’ai fait, kai après yvpvaoidpxov , et lire xai ér.i twv çeupdtiav ; ainsi , énvTpoitoç toü fiaaii.éùiç xai èiti rüv npayport'jùv ü) ; àpyt^uuaTOfvia^ xai érA tvi 7;ô).£wç, etc. <3). On connaît cet usage de la préposition èrA avec l’ellipse de retaypïvos (4) ; comme rparr,yiç it ri t üiv ôjtJ.uv w) ; ô ir.i twî Sto txfaew ô ètti rr,ç <îiaTa^£Mç , eTti roù iepoù <6) , etc. , la construction pleine est dans le 3e livre des Machabées, ot t-i

W Marmor. Oxon. , XIX , 8, XXX. — Spon , Mise, érudit. , p. 348 , etc. = w 2 Maccab. , II , l ; XIII , I. = 01 Supra , p. 54.= w La mb. Bos. , ellips. grœc. , p. 3a5. = t5) Dcmostlicn. Coron., p. a38. — Marmor. Oxon., XXV, 4; XXX , 4. — Thiloslr. , I, Sophist. , a 3 , p. 5i6 , ibi Olearius. = fe> Reines. , AI, 101. — Marmor. Oxon., Cl. IV.

ADMINISTRATION DE l’ÊGYPTE. 287

zûv irpayputxuv •tcraypévoi ll> ; dans Josephe : 6 rezayucvo; cm t rji çpoczoloyiixz™ , et ailleurs ; il est évidentque les mots /ai ènl twv çepuzzw désignent une charge quelconque. J’ignore si le mot çéupaza est employé ici avec un sens différent de çiyonoi , comme dans les exemples cités par Casaubon e>. Mais il me parait bien vraisemblable que la fonction désignée par les mots xai èiii t ûv çeppâzmv , est analogue à celle dont un marbre d’Oxford exprime la nature par o cm tov çeydbou 10 ; et que toutes deux doivent se rapporter à la distribution solennelle des couronnes, qui se faisait, soit aux vainqueurs dans les jeux publics, soit aux personnages dont les villes grecques reconnaissaient , par cet honneur accordé en vertu de décret, les services, les vertus ou les talens.

Je viens à la fin de la ligne : kai az xphmayi. Une inscription du palais Ricardi nous aide à la rétablir : a. 2EirriMi02.TPr<j>nN. kai. ns. xphmatizui . aaeSanapevz <HA020<1<01 ls> ; Spon a traduit L. Septimius Typhon et veluti oraculi responsum dans Alexandrensis philosophas : mais cela n’offre aucun sens, comme l’a remarqué Vandale l® ; il traduit à son tour audiens velut Alexandrinus p.; ce qui ne vaut guère mieux; et Vandale le sentait lui-même, puisqu’il dit nisi hic mendum. Xprip.azt'Çetv signifie en cet endroit cognoniinari, signification que ce verbe a très-souvent (7).

(l> 3 Htaccab.Wl. 1 .= ® Ap. Joseph Anliq. Jud., XIV, 10, 1 \.= ,5) Ad Alhen., Y, p. noi. B. = w Marm. Oron. , CLJV, 16. = ^ Ap. Spon , ’Miscel. érudit., p. 36g. — Reines., I,

= Dissert. , p. 161 , 262. = w Menag. , ad Laert. , I ,

a88 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES. Ainsi Plutarque : veaïatî èyprifxdu'n (l) « Cléopâtre prit » le nom de nouvelle Isis » ; Diodore : 6 véo« Ai ôvuooç Xpnp.<tn'&v Cî) ; Suidas : lapant uv , o At'Xio; xpnp.au<3aÇj p^Twp, ÀXsla^pevs t3) ; Etienne de Byzance : ÀXéfav-

Sp0i ypappimxèî nolufiaQéçazoi xpripxTi’Cwv l4) : la

forme ypriu.au^aOat s’emploie aussi dans le même sens (s) , qui n’est que l’extension de celui à' être , ûjrap/eiv <6). D’autres exemples se rapportent plus directement à la locution qu’il s’agit d’expliquer;

tels : Mrrrpô&apo; xat iypr^Aziai Xalxrfév to; (7> , et

Iloaeitovios S’a knap-tvi, ûrtpov Si Pô&o? xp*>f**Ttaaç (8); ils suffisent pour expliquer la formule de l’inscription du palais Ricardi ; il faut ponctuer : A. lenu'fuoç Tpvtpuv xat, wî xpnuort'i'J, Àfo{txvSptî>f,<pd6<jo<pot ; ce qui signifie littéralement: « Lucius Septimius Tryphon , » et, comme on m’appelle (ou me désigne) Alexandrin, » philosophe >» ; d’où l’on voit que laformule xxi û; xpnpux ti£«, revient à, wv 6 èntxal ovpevo;, npoaayoptvôpxvoi, etc., étant, appelé, dit, surnomme, et qu’on l’employait pour exprimer la désignation particulière d’une personne. Cette formule bien entendue explique une autre inscription , recueillie par Pococke et laCondamine à Alexandrie, et dont la fin n’a jamais été comprise : aytorpatopa kaicapa m àtphaion ce-

Coray, ad Heliodor., p.347- — Schleusn. Nov. Lexic. in JV.

T., IV, p. i373,etc.

« plut .In Antonio , 5 54-= m Diod. Sic. , I, 44-= W Suidas , voce Ixpaxütv.— W Steph. Byz. , voce Koriâiiov.= ® Zonaras , p. 5g3. B.= M Boissonad. ad Nicet. Eugçn., V, 4io.=(,>Strab. , XIII, p. 609. D. = m Athcn. , VI, p. i5a. E.

ADMINISTRATION DE l’ÉGYPTE. 289

othpon ANTûÎNeiNON errrxH erceBH ceBACTON ton c aS-

THPA THC OAHC OIKOTMENHC M AYPHAIOC MEAAE KAI flfC

xphmatocîi... AorpiB...t,). Bimard de la Bastie traduit ainsi la fin: M. Aurelius cognomento MeUecœus ; et des dernières lettres il fait asypib, le douze d’Athjrr:

* Leich traduit : M. Aurelius MeUecœus nuncupo ( imperatorem , etc.), ce qui est détestable ; il faut

lire M. ATPHAIOC MEAAC KAI, CiÎC XPHMATIZûfl, A0PIB

[ithc^ « M. Aurèle Mêlas a), et, comme on m’appelle, » Athribite »; c’est-à-dire, de la viüe d’ A thribis , dont l’ethnique était ÀÔpiSnvi ü)- On traduira toute l’inscription ainsi : « Marc-Aurèle Mêlas , dit » d’Athribis, [ honore par ce monument] l’empe- » reur César Marc Aurèle Sévère Antonin , beu- » reux , pieux , Auguste , le sauveur de toute la » terre. » Il est sans doute assez étrange que dans les inscriptions, dont le style est ordinairement concis, on employât la locution x«i g>î ypr)pau'Çu qui, au fond, paraît assez peu nécessaire ; mais c’est un fait qu’on ne peut nier maintenant.

On voit d’après cela, que les lettres kai ai xphmaii de l’inscription d’Antinoé, doivent se lire xal cà; yp-qpariÇet ; ce dernier mot était suivi d’une désignation, qui doit nécessairement se trouver comprise dans les lettres otahz aqhnaiaoî,- nous nous garderons bien d’y voir le sénat d’Athènes ; car l’adjectif A0»ivat« n’a jamais pu être joint au mot fiovk-n; comme cette termi-

(l> Ap. Murator., CCXLYJI , 5. — Pococlte’s Descr. of the F.nst , I , p. aj6. = Ce nom se lit ailleurs : Eopta; MtXavoc ( Chancll., Inscr., p. 16, 1. i.) — ?? Steph. Byz., Voce Â9pt6if.

390 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, liaison est propre aux noms de tribus , nous lirons sans hésiter «tahz aqhnaiaoï ; ces deux mots étaient précédés de thc, qui terminait la ligne i3. Le texte de ces quatre lignes sera donc : IIpuTavcûovToc A ùpn- Xiov ilptyévovz toü xal AiroXXwvtou , (ioulevxoù , yvpvaaioipyau , xai ini züv çtppo rrwv , xai , ù; ypr,fxau'(et , zfiç tfuïrji A0r,vat<îo{.

Ces derniers mots se rapportent, je pense, à l’usage qui existait dans les villes grecques, où le prytane était le premier magistrat , et dans d’autres encore. Chacune des tribus de la ville nommait son prjtane ; tous ces magistrats devenaient successivement éponymes; et on les désignait quelquefois dans les inscriptions par les mots rrp&iToç îtpûtaviç tl). On conçoit que lorsque la ville construisait un édifice sur lequel on plaçait une dédicace , il devait être important pour la tribu «à laquelle appartenait le prytane alors en charge, que son nom fût joint à celui de son magistrat.

Il ne nous reste plus qu’à expliquer les lettres liaiit qui doivent contenir la date ; les trois premières signifient l 'an xiv : quant aux trois autres, elles font nécessairement partie du nom du mois; et, parmi les mois égyptiens, je ne vois que celui A'épiphi Em<t>i , dont le commencement se trouve assez bien dans les trois jambages iit.

La quatorzième année ( comptée à la manière égyptienne ) du règne d’Alexandre Sévère a com-

<l> Yandal. , Dissert . , p. 3g5.

ADMINISTItAHION DE l’ÊGYPTE. 2f)l

mencé le ag août de l’an de notre ère ; le mois épiphi, de cette quatorzième année, répond à juinjuillet de l’an a35 ; or, Alexandre fut assassiné le 19 mars 235 ; ainsi l’indicatiort de la quatorzième année ne peut être juste. Et en effet la copie de M. Jomard, au lieu de liJ, donne lia", X année onzième. D’après cette leçon, qui est la véritable, la date tombe en juin-juillet 232. Cette époque n’est pas indifférente. Tillemont prouve que c’est .en 23a qu’eut lieu la guerre d’Alexandre Sévère contre les Perses 0) ; or , il faut remarquer , dans l’expression de la dédicace, la formule b-èp rfjç vtx»jç qui annonce clairement des vœux pour une expédition militaire commencée; l’épithète àrivvn-a , appliquée à ç-pxtôxe5tx, doit également se rapporter à cette idée. Il me paraît donc difficile de ne pas croire que l’érection des colonnes d’Antinoé se rattache à cette guerre. LesAntinoéens, sachant les grands préparatifs d’Alexandre Sévère , et ne doutant pas de sa victoire, voulurent se faire un mérite aux yeux du prince en élevant en son honneur deux colonnes qui compleltaient la décoration d’une de leurs places. Peut-être espéraientils qu’au retour de son expédition, il viendrait, comme Septime Sévère , visiter l’Égypte , et récompenserait, par des immunités ou par de nouveaux privilèges, ceux qui avaient été au-devant de son triomphe (i>.

Histoire des F.mper., III, p. 222 , 634- = 0> M. Jomard, ( Description d’Antinoé , p. 23. ) pense que ces colonues se rapportent à la victoire gagnée par Alexandre Sévère en a53. Cela

29a FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES.

J’ai donné la restitution entière de ce curieux monument ( Voy. la page 281.) En voici la traduction : « A la Bonne Fortune. A l’empereur César Marc » Aurèle Sévère Alexandre, pieux, heureux, Au- »guste, et à Julie Mammée Auguste, mère de’ » l’empereur et des invincibles armées ; pour la » victoire et le maintien éternel d’eux et de toute » leur maison ;

» Mévius Honorien étant préfet de l’Égypte ; » Vibius Sévère Aurélien étant épistratège ,

» Le sénat des Antinoéens, nouveaux Grecs [a » élevé cette colonne ] ,

»> Sous la prytanic d’ Aurèle Origène , dit Apol- » lonius, de la tribu Athénaïde , sénateur , gymna- » siarque, chargé de la distribution des couronnes.»

» La xie année, le du mois cpiphi. »

Il nous reste maintenant à expliquer le trait caractéristique de cette inscription , je veux dirç l’ordre et la nature des noms de magistrats qui s’y trouvent désignés.

On en voit de deux espèces bien distinctes: les deux

n’est pas possible, puisque cette année u33 tombe à l'an XII de ce prince j tandis que l’inscription est de l’an XI. Il affirme de plus que le voyage d'Alexandre Sévère en Égypte est de l'an a34 ; mais ce prince n’est pas revenu en Égypte, après l'expédition contre les Perses. Enfin , A l’endroit (pag. 5.) où il parle du voyage d’Alexandre (lisez Sepiime) Sévère en aoa , le même savant cite Aurélius Victor pour prouver que cet empereur ajouta quelques monuracos à la ville d’Antinoé : cependant je ne vois rien de semblable dans Aurélius Victor, qui ne parle point d’Antinoé.

ADMINISTRATION DE L’ÉGYPTE. ag3

premiers sont le préfet d’Égypte et l’épistratège. Après , on s’attendrait à trouver le nom du stratège comme ailleurs ; mais tout change : les formes de l’administration propre à l’Egypte disparaissent, et celles d’une administration toute grecque se montrent exclusivement.

L’absence du nom du stratège ou nomarque est remarquable; elle se lie avec ce fait, déjà observé, que la ville d’Antinoé est la seule dont on ne trouve pas de médailles de nome ; ce qui a fait douter qu’elle fût en effet la métropole d’un nome 0) , quoique Ptolémée le dise formellement (vopôç Amvofniî xai fxyiTpôroî.i; en’ «ùtoû ÂvttvooviroXiç w> ). Il se peut qu’en effet, comme on l’a dit <3) , Ptolémée ait confondu avec un nome , le district ou territoire particulier dont Antinoé était le chef-lieu. Quoiqu’il en soit de cette question, que je ne puis examiner ici , il est certain que , dans le cas même où Antinoé aurait donné son nom à une division provinciale, appelée nome , le nomarque n’entrait pour rien dans l’administration de la ville ; puisque son nom ne paraît point sur les actes publics : à sa place, nous trouvons le sénat des Antinoéens, et un prytane , qui pai’ait avoir été , comme à Corinthe , à Rhodes, et dans d’autres villes grecques, le premier magistrat, le magistrat éponyme (4). Ce

(l> Jomard, Descript. (T Antinoé, p. 6. = ® Geogr. , p. 107, Marc. = ® Jomard , endroit cité. = w Spanheim , De usu et prœst. num. , T. I , p. 700 seq.— Vandale , Dissert. , p. 3go seq. — K.rebs ad Décréta Roman. , p. 3ao, seq. , etc.

2Q 4 FAITS RELATIFS AUX 1NSC.RIPT10RS DES TEMPLES, que notre inscription offre de particulier, c’est le soin qu’on a pris d’indiquer le nom , le surnom et les qualités du prytane.

Le système municipal d’Antinoé était donc toulà-fait grec, comme celui de Ptolémaïs (1> , ville fondée par les Ptolémées ; ce qui suppose que la population de ces deux villes fut presqu’entièrement grecque ; fait d’ailleurs prouvé par les mots vést ÊXXyjvî; qui accompagnent le nom des Antinoéens; car il serait bien peu probable que si les habilans eussent été composés de Grecs et de Romains, ces derniers n’eussent pris aucune part à l’hommage qu’ori rendait à l’cinpereur. On a donc tout lieu de croire, contre l’opinion émise par M. Jomard tt) , qu’il n’y avait presque rien de romain à Antinoé.

Au reste, cette partie importante de l’inscription est confirmée par celle du Musée de Vérone , relative à Aristide , et dont l’objet a été expliqué plus haut C3> ; elle est ainsi conçue : 11 zôAn twv Àî-Ecav- Spiun xai LpuoCnoAi; r, ptsya'Xrj xai -h (iou/.r, fi Avuvoéuv vétov EXXnvw xeù ot iv tcï» Âs'Xra xüt Aiyvirrou xai ot ro> 0»]& xUôv vop.lv oixoùvte; E/x^ve; ixtpr,axv IÏo'ttXiov Alhov Apiçciàw 0îé/îupov int àvopzyzOix y.x't Xo'yotç M>.

« La ville des Alexandrins elHermopolis la grande » cl le sénat des Antinoéens , nouveaux Grecs , et

(1> Strab. XVII, p. 8i3. Ë^ouja xai o-jçn/iz tro).iTJ*o» tv rw EXXr.vixû Tpojfw ; expressions qui reviennent à celles-ci <le Josephe ; tiiv EXWtxqv noXirticni i'yttv. ( Anliq. JuJ. , XII , 5 , i.) — w Description d’ Antinoé , p. 4. = 0> Supra , p. u54- = ® ?Tus. feronens. , p. XI. I , Mq.

Digilized by Googli

ADMINISTRATION DE l’ÉGYTPE. 1Ç)5

»> les Grecs qui habitent le Delta d’Egypte et le » nome Thébaïque , ont honoré [ par cette statue ] » Publius Ælius Aristide Théodore, pour ses hautes » qualités et son éloquence. » La date de celte inscription ne peut être de beaucoup postérieure aux années i45 à i47 de notre ère 0). Ainsi, il est certain que le nom de nouveaux Grecs est celui qu’a prise la colonie même d’Adrien, et non pas uhe colonie nouvelle qui se serait établie après le règne de cet empereur. Ce qui est également digne d’attention , c’est l’énoncé différent dont on.s’est servi pour exprimer la coopération des Grecs de l’Égypte à l’hommage rendu à Aristide. Antinoéestla seule ville doutlesénaf soitmentiouné : tandis qu’il est dit simplement la ville d’ Alexandrie et Hermopolis ; en effet, à cette époque, Alexandrie n’avait pointencore de sénat, car ce fut Septime Sévère, en 200, qui accorda le.premier ce privilège à cette ville (2). Ces deux villes du premier ordre % étant habitées principalement par des Grecs et des Romains, avaient une administration distincte des autres , et voilà pourquoi elles sont nommément indiquées , comme ayant coopéré à l’érection de la statue d’Aristide ; tandis que les autres Grecs de l’Égypte sont collectivement désignés par les mots , et les Grecs habitant le Delta , etc. De cette expression on peut conclure,

(l^ Supra , p. a56 , w Deinde Alexandrinis jus buleu-

farum dédit, (fui sine publico consiho , ita ut sub regibus , ante vivebant uno judice contenti quem Cœsar dedissel (Æl. Spartian. in Sever. § 17. — Cf. Dion. Cass. , LI , 17. )

296 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLE5. en attendant d’autres faits, que partout ailleurs qu’à Alexandrie , à Hermopolis et à Antinoé , les Grecs étaient en quelque sorte fondus dans la population Égyptienne , et ne formaient nulle part une réunion soumise à des lois ou à une administration particulières.

L’inscription de la statue d’Aristide et celle d’ Antinoé s’expliquent donc l’une par l’autre. Celte ville étant toute grecque , devait être indépendante du stratège; aussi ne voyons-nous pas le nom de ce magistrat dans la dédicace ; mais Antinoé devait dépendre administrativement , et de la division de l’Égypte à laquelle elle appartenait, et de l’Égypte toute entière j voilà pourquoi les Antinoécns ont fait mention du préfet et de Yépistralège.

Il me semble que l’inscription d’Antinoé confirme toutes mes idées sur l’ordre , la nature et les fonctions des épislratèges et des stratèges en Égypte ; ou pour mieux dire , c’est avec eps idées seules qu’on peut expliquer les formules remarquables de ce monument curieux, et de tous ceux dans lesquels ces termes se rencontrent.

Page 1