‹ Recherches pour servir a l'histoire de l'Égypte pendant la domination des grecs et des romains, tirées des inscriptions grecques et latines relatives a la chronologie, a l'état des arts, aux usages civils et religieux de ce paysChapitre 57 sur 84 · ÉCLAIRCISSEMENS · texte numérisé non relu

ÉCLAIRCISSEMENS

§ l. Date de l'inscription.

Le titre de dieux Évergètes , et le nom de Clégpâtre, femme du roi, nous annoncent clairement qu’il s’agit de Ptolémée Évergète n , septième roi de la race desLagides; l’inscription appartient donc au même règne que celle du petit temple de Vénus 10 , et que la pétition des prêtres d’Isis à Philæ (î) ; mais il est assez difficile de déterminer à quelle époque de ce règne il convient de la rapporter.

D’abord , il est évident que l’époque n’est pas la même que celle des deux autres monumens que je viens de citer; car ils font mentiôn de deux Cléopâtres, l’une sœur, l’autre femme d’Évergètc, et nous avons prouvé que cette indication ne peut convenir qu’à l’époque où Ptolémée Évergète , déjà marié avec Cléopâtre sa nièce , fille de Philométor , s’était réconcilié avec l’autre Cléopâtre , veuve de son frère, et qu’il avait répudiée; ce qui n’a pu avoir lieu qu’après son retour dans ses états l3).

Ici, au contraire, on ne voit paraître qu’une seule de ces deux princesses; de deux choses l’une, ou Ptolémée Évergète ïi était encore l’époux de la veuve de Philométor, ou bien cette princesse était déjà morte : dans le premier cas , notre monument serait de vingt ans plus ancien; et, dans le

w lrc Pallie ; ir* secl. ; chap. 5.= ® Chapitre précédent. = ® Suprà , p. 90 , «ut».

34s FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, second , de quelques anne'es plus récent que les deux autres inscriptions du même règne.

11 semble que l’alternative devrait êœe décidée par une circonstance importante ; je veux parler du lijtre de sœur , àde'/.yr; , que porte la reine sur notre monument : comme la seconde Cléopâtre n’était que nièce d’Évergète , ce titre semblerait prouver d’une manière péremptoire qu’il s’agit ici de la première femme et sœur d’Évergète , la veuve de Philométor.

Mais de ce caractère , si décisif en apparence , on ne peut rien conclure, depuis que j’ai établi par des preuves irrécusables , un fait qui n’avait point été remarqué , et qui avait induit en erreur plusieurs auteurs anciens, et peut-ctre Cicéron lui-même ; c’est que les femmes des Ptolémées prenaient , dans les monumens publics, le titre de sœur, ààô.yÿ, bien qu’elles . fussent parentes de leur mari à un tout autre dégré, ou même qu’elles ne fussent en aucune façon leur parente ; ainsi nous avons trouve que ce titre uc sœur fut donné à Arsinoé , femme d’Évergète i", laquelle n’était que sa cousine germaine; à Bérénice ou Cléopâtre, femme et cousine germaine d’Alexandre n ; enfin à Cléopâtre, femme de Ptolémée Épipliane, et qui no lui était parente à aucun dégré, étant la fille d’Antiochus n , roi de Syrie (1>. Il résulte de ces faits certains que le titre de sœur n’était qu’une expression d’honneur, consacrée par l’usage, et adoptée dans le protocole des actes officiels m ; en

ÜJ Su/>rà p. 7 , 1 1 ; 52 , 53. = Il serait possible que cel

STÉLÉ DE L’iLE DE BACCHUS. 34ç)

conséquence que la seconde femme d’Évergètc n a très bien pu , après la mort de sa mère , prendre le titre de sœur, que Cle'opàtrc avait porté tant qu’elle vécut ; ou plutôt il est certain qu’elle a dù en agir ainsi.

Le titre « àothfî j ne saurait donc lever la difficulté, et nous retombons dans la même incertitude. Il ne reste plus qu’une autre particularité, qui n’est peutêtre pas beaucoup plus décisive ; c’est la mention des enfans du roi et de la reine xat tcôv téxvmv : on avait pensé que , dans les monumens de ce genre , ces mots , -tùv réxvwv , étaient une formule constante “consacrée par l’usage , et qu’on les employait sans distinction dans les dédicaces, soit que les princes eussent des enfans, soit qu’ils n’en eussent pas. Mais il ne parait pas qu’il en fut ainsi, du moins à en juger parles faits connus,* au contraire ces mots sont très significatifs, et l’on avait soin de les omettre quand il s’agissait de princes qui n’avaient pas d’enfans (1> ; il s’ensuit qu’Evergète et Cléopâtre avaient des enfans à l’époque où fut gravée notre inscription. J’ai fait voir plus haut que ce prince a dù répudier sa première femme l’année même de son couronnement (,), très peu de temps après la naissance du seul enfant qu’il eut de cette princesse, et qui naquit à Memphis pendant les cérémonies de l’intronisation. Si

usage ait eu jadis, chez les Orientaux, un peu plus d’extension': nous voyons dans la Bible qucTobic appelle sa femme ma sieur.

( Tob. V , »6. )

Supra , p. 38-39. = Supra , p. i3/|.

350 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, nous rapportons à cette Cléopâtre le nom île la reine désignée dans notre monument , il en faudra placer l’époque dans l’espace de quelques mois qui s’est écoulé entre la naissance de ce Gis et la répudiation de sa mère, c’est-à-dire, dans le cours de l’année 1 45; mais je ne sais si, dans ce cas, les expressions xai tüv xéxvcàv trouveraient une explication satisfaisante : au contraire, dans l’hypothèse où il serait question de la seconde Cléopâtre, cette formule conviendrait parfaitement bien, puisqu’Évergète eut de cette princesse six enfans ( deux Gis et quatre filles ), dont les deux aînés se marièrent plusieurs années avant la mort de leur père. S’il en est ainsi, l’inscription est" d’une époque où la première Cléopâtre était déjà morte; elle vivait encore à l’époque du retour d’Évcrgète il dans ses états, et quelque temps après, comme le prouvent les deux inscriptions du temple de Vénus et de l’obélisque de Philæ: la date serait donc de peu d’années antérieure à la mort d’Évergète ii , arrivée en 1 17. Il résulterait de cette hypothèse que l’inscription appartiendrait, comme les deux autres , à la seconde partie du régne de ce prince , pendant laquelle , se montrant protecteur de la religion du pays, il tâcha de faire oublier les troubles du commencement de son règne, et les ' désordres qui s’étaient introduits pendant son absence : cette considération peut paraître une probabilité de plus en faveur de la seconde hypothèse ; et je crois devoir m’y arrêter de préférence, sans me dissimuler toutefois qu’elle n’est appuyée que sur des inductions assez faibles.

STKLÉ DE l/lLE DE BACC.HUS.

§ II. Auteurs du Monument.

Le personnage nommé en tête est Héroïde ,fils de Démophon , portant le titre à' arvhisômatophylax , ou commandant des gavdes-du-covps , que j’ai expliqué plus haut to ; et celui de stratège , sans autre désignation , ce qui empêche de l’assimiler au stratège de la Thébaïde , dont il est fait mention dans l’inscription de l’obélisque tt) ; d’ailleurs, cet officier supérieur avait le titre honorifique de parent, dont Héroïde n’aurait pas manqué de décorer son nom , s’il en avait eu le droit. Nous avons vu l3> que la qualification d ' archisômatophjlax accompagne le nom d’un commandant de ville ou d’un homme chargé d’un commandement particulier , tandis que celle de parent est donnée à des commandans généraux, à des ministres , à de grands officiers en un mot tu ; nous pouvons présumer avec vraisemblance que le personnage, dont il est ici question , était le commandant des troupes stationnées à la frontière.

L’ethnique Btf evtxevç , de Bérénice , convient également à la Bérénice de Cyrénaïque et à celle d’Égypte; cependant, comme ce mot n’est suivi d’aucune désignation particulière , il est plus vraisemblable qu’il s’agit de cette dernière , et que Héroïde était né à Bérénice sur la mer Rouge.

w Supra, p. 56. = 01 Supra , p. 3a i . = b) Supra , p. 56.= w Supra, p. 3a i et suif.

35a FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES.

Après le nom de cet officier, sont mentionnés collectivement les coopérateurs de cette dédicace, xxi ot avvoiyov te; ev 2r,zet , zÿ zov Aiovùaov vfouy , fixaihçal, et les Basilistes (fui se rassemblent à Setis ou Sélès, l’tle de Bacchus. Le participe ol avvocyov te; me paraît avoir ici le sens du moyen ovvecyovzei éautoûç ; de même on trouve owuyeaQe pour avvâytaOe vp. à; (>) ; ce verbe est ordinairement suivi de èni avec l’accusatif ou bien de et; ; cependant on lit dans l’inscription de Rosette , ot tepeî; cvva%6évzei èv zü èv

Méfupît Upâ>0). Le sens de avvdyovztç, zài avzùv èxxXrjat'aç , que je donne à cruvayom; , sera motivé plus bas.

Je ne me dissimule pas que awoiyovzeç pourrait être pris dans le même sens que le passé ovvxyayôvzsi; ( qui se trouvent rassemblés ) ; ce qui ne serait pas sans exemple ; ainsi: sztoe â’è Jtxa; èv PoSpoj, npoa-

Tzoïovptevoi pkv tpth’av , èley/Jhii oe xat xazoupyûv y.ai

ânozprfîeiç zr.v v.e.<ptù.r,v (3). La même construction se voit , ce me semble , dans une inscription assez curieuse du colosse de Memnon , mais extrêmement fruste. La copie de Pococke (<) porte :

KOTNTI

' NefiÎKOPOCTO ,

CAPAI1IA0CT CEITOYMCMNONA XA PIANO

Les auteurs cte la Description de Thèbes <5) lisent Neeîxopoc toy capaüiaoc kài toy mcmnonoc,1 et ils

w Apocalyps. XIX, >j. = w /. 8. = ® Strab.. XVI, p. 78a. — w Descr. ofthe F.n$l , p. io4. = ® l’ag. 96.

STÉLÉ DE L’iLE DE BÂCCUCS. 353

en concluent que le Memnonium renfermait un temple deSérapis ; mais il est facile devoir que cette restitution ne convient nullement aux parties conservées. M. Hamilton (,) a donné de cette inscription une copie un peu plus complète , que voici : NeefROPOCTo *

cAPArmoer cerrorMeNefNAT MEMNONOCfiJPA . AAPIÀNO

Le petit nombre d’indications nouvelles, qu’offre cette copie, fournit les élémens d’une restitution certaine. Les lettres ceiTor, qui commencent la troisième ligne , sont évidemment la fin d’un mot , et ce mot ne peut être qu’une épithète de Sérapis , ce qui nous prouve que les deux lignes précédentes sont tronquées; d’une autre part, les lettres MeNfflNAi ne peuvent avoir le moindre rapport avec Memnon, à cause du mot memnonoc qui est à la ligne suivante ; ce dernier mot dépend nécessairement d’un verbe qui terminait la troisième ligne ; enfin , oSpa devait être suivi d’un nom de nombre. Au moyen de cette analyse, je lis :

kointi[oc

NetfKOPOCT[orMerAAor CAPAIIIAOCT[OrMeM 4>€ITOYMENûÎNA[k.OVûJ MeMNONOC0ÎPA[l..eT€l z aapiano[y : tel mois , tel jour.

w -£gyp‘- .P- '73-

354 FAITS relatifs aux inscriptions des temples.

C’esl-à-dire : «Quiutius néocore du grand Séra-

» pis de Memphis , après avoir attendu quelque

» temps , entend la voix de Meinnon , à la

» heure du jour, la vu* année d’Adrien, le... du

» mois de >> L’addition roû peyaîXou est certaine ;

on trouve souvent Ait HXt'co peydhp Seepec mât <u , et même ve (oxopoç roü p.v/d~ko\t lapditiSbi U). Quant à la leçon Mep^eîzov, elle repose sur ce que cciTOr ne peut être que «pcitot; car on sait qu’à cause de la ressemblance les copistes des inscriptions confondent souvent c avec o, et o avcc<i>j or ♦eiTOv est la lin de l’épithète Mepupetrou , qui désignait le Sérapis adoré à Memphis, dont le Sémpéum était le plus ancien de l'Egypte (3) } et, de même que nous voyons le Sérapis de Canope désigné par les mots Ali Mei'AAfifl CAPAKIAl Tefl EN KANtfB&ÎI (4) , on devait désigner celui de Memphis par o èv Mépupet ou bien è Mcp-pii km * en effet , Eustathe le nomme Zeù; M enflxrn <M.

Le participe pi'v&jv est pour fwt'va; , le présent pour le passé , comme dans une autre inscription du colosse de Memnon (6) : rixouva àvsnXewv üpaî F, xarra- TiXtwv woa; B , où les participes àvx7t\i'<yv et xoraicXauv sont pour àvaTrXEvaaç et xaTa7iXEÛaa;.

Quant à àxoûw, au lieu de ÿfxouaot qui est plus or-

OI Spon, JUiscell. érudit., p. — Vaudal., Dissert., p. 3oo, 302.SÏ®1* Spon, p. 34o, 36a. — Reines., T, 199. Gudius, CV, 7. = oî Pausan., 1 , 18. = <4> Hamilton's ,Ægypt. , p. 4o5. = Ad Dionys. Pêrieg., v. i5o = * Hamilton’s, Ægyptinrn . p. i73.

STÈLE UE L’iLE DE BACCHUS. 355

dinaire, ou n’en doit pas cire surpris : on trouve également dans les inscriptions latines du colosse de Mcmnon audio Memnonem ; audit , audimus , audit Memnonem et donal carmen l0. Telle est surtout celte inscription latine que nous devons à M. Girard :

MNSSVLIVS.TENAX.PRlMIPILARIS.LEG.XlF

pvlminal.et.valerivs.priscvs.a.leg.xxiF

ET.L.OVINTÏVS.VIATOR.DECVRIO.AVDIMVS.MEMNONEM

ANNO xF NERONIS. 1MP. EALEND

Selon les auteurs de la description de Thèbes (1> , l’objetde celte inscription est de constater que Julius Tenax , Fulminai, Valevius Priscus et L, Ovintius Viator ont entendu Memnon. Cet énoncé présente plusieurs inexactitudes : je ne sais quel nom est caché dans les lettres mnssvlivs w ; mais à coup sûr ce n’est pas Julius : le second nom Fidminal n’a jamais pu être celui d’un Romain; il faut lire évidemment fulminât ( Fulminalricis ) , épithète propre à la xne légion (J> ; et quant à L. Ovintius, c’est l. QviNTivs que doit porter l’original.

De la lettre F, qui est dans la copie de Pococke, ou ne peut faire qu’une lettre numérale, indicative de l’année du règne d’Adrien; cette lettre ne saurait être que z, l’an vil. ( 1 23 de J.-C. )

Je reviens à la stèle. Il parait donc que les auteurs

(1) l’ocock., Descr. oj lhe Ens! , p. io5 . — Inscrip. Anliq, , p. 85. = ® Pag. 109. = 01 rcut-être a. instuleiüs. =r ,4) Gruter, CXCIII, 5 ; DXII1 , 2; DXLV11 , 6 ; MLXVII, 10; MXC, i5. — Cf Fabric. ail Dion. Cass., LV, a3.

356 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, se réunissaient dans le lieu où ils devaient l’élever, et où l’on adorait les divinités auxquelles ils voulaient la consacrer : ce lieu est appelé Setis ou file de Bacchus, et ce ne peut être que l’île où l’inscription a été découverte. D’après l’expression cv 2)frret , xr, toû Aiovùaou vr,ou> , il semblerait que Setis ou Sétès était le nom égyptien , et que Atovûaov vrjrjo; en serait la traduction : c’est aux orientalistes à voir si cette conjecture a quelque fondement. Aucun auteur ancien ne parle de cette île ; mais il serait possible, d’après sa position, qu’elle fût la même que celle qu’Aristide appelle file des Cataractes w>, vjjao; x ü>v KattapaxTôiv , où demeuraient les bateliers qui conduisaient les étrangers voir les cataractes du Nil ; et, dans ce cas, il serait également possible que Efiriç ou 2wiç , en égyptien , eût du rapport avec le sens de cataractes ; c’est ce que j’ignore.

J’arrive au nom qui sert à désigner collectivement les auteurs de l’inscription. Il est écrit dans la copie de M. Rüppel basiaixtai , mais il est évident que ce voyageur a pris un a pour un a , et qu’il faut lire baziaixtai. Ce mot , qui m’est inconnu , présente toutefois une forme analogiquement dérivée du verbe fiaoiltfctv qu’Appien a employé dans le sens d 'exercer la puissance rojale (î> ; mais aucuu exemple ne peut nous avertir du sens dans lequel il faut prendre ce mot : Polybc se sert du

M Aristid. ,11, p. 344 > ed. Jebb. = 0) Appian. , Bell, eiv., 111 ,47; scns propre et ordinaire est se conduire, se comporter en roi ( id. Bell. Hfithrid. , § 109.)

STÉLÉ DE L’iLE DE BA< CHUS. 307

substantif (ioiaikixài , pour désigner les gens de la cour, ou bien les personnes qui approchaient et servaient les rois <l> ; à la cour byzantine , on donnait la même signification à ce mot; on trouve même, selon Du Gange, basilides, avec le sens de palatinus homo , àvr,p to? fixa lï.tioç ; et basilicus avec celui de mandator , qui imperatorum mandata perferebal w>. Suidas nous apprend qu’on donnait le nom de fixaCXetoi à six mille enfans qui, parles ordres d’Alexandre de Macédoine, étaient dressés en Égypte aux exercices militaires t3) : on ne sait d’où Suidas a tiré ce passage , et par conséquent quel degré de confiance il mérite ici ; dans le cas même où le fait serait incontestable , on ignorerait si une telle disposition n’eut son effet que pendant le règne d’Alexandre , ou si elle fut continuée par ses successeurs , et si le (3atjt)uxiv dyriua , ou corps royal , qui faisait partie de l’armée des Ptolémées <4) comme de celle des Séleucides, était composé de ces enfans grecs ou égyptiens, auxquels les rois avaient fait donner une éducation militaire. Quoiqu’il en soit , cette disposition est trop remarquable pour que je

w Polyb., IV, 76 , 2, VIII, 12, 10.= m Lexic. Med. Latinil I , 1 0D7. = ® Suidas , voce fixatktioi. Peut-être faut-il entendre de cette manière le passage où Polybe dit qu’Antiochus avait confié la garde de quelques éléphans à un certain Muïscus , un des enfans royaux tüv jSastltxûy rcvà -/C'/ovora raiiatv intçriaxi ( V , 82, 1 3. ) ; la traduction de Casaubon me paraît bonne en cet endroit , du moins rend-elle mieux compte du texte que celle qu’a proposée M. Schweigb*user.= <4) Polyb., V, 65, 1; 82, 4-

358 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, n’aie pas cru devoir la signaler , en attendant des monumens qui nous éclairent davantage à ce sujet.

Les pavihçxi de notre inscription ne sont-ils autre chose que les (3«dt).ixoi de Polybe ? Faut-il interpréter ce mot jiar les gens du roi, les officiers rojraux ? je suis loin de le penser. S’il en était ainsi , on pourrait s’étonner de ce que , le terme (iaoilixo s étant si commun dans les monumens grecs de celte époque , les rédacteurs de l’inscription en aient été choisir un qui très certainement, vu sa rareté, n’était point de la langue habituelle, et semble avoir été le nom propre d’une classe de personnes j en effet, la terminaison de ce mot est assez souvent caractéristique des noms de classe, ou de corporation, tels que yù.tdoviçzi , xopwuç-ai tl), èpavtçai w>, âiovvauxrai , nenaUrivaiçai u> , îrrrwXirw- 7«t t4> , et tant d’autres -, j’observe que parmi les noms des signataires, compris sous la' dénomination de Basilistes , on retrouve celui de Héroïde le stratège j celui de Papias , le prostate du synode, et celui de Denys , le prêtre de ce même synode ; on pourrait soupçonner que ce terme exprime un titre honorifique qu’on donnait à des personnes d’un certain rang, ou bien qu’il désigne une espèce de corporation ; l’examen de quelques circonstances nous conduira tout à l’heure à proposer cette seconde hypothèse.

(l> l’amphiJ. et Thcogn., «/>. Allieo. , VIII, p. 56o. B. = w Chamllcr, tnscr. nnl. , Pari. II , n° XXII. = w ht. Part I , n° XXIII. = ® Contrat de Ptolémaïs . i. y.

STÈLE DE L’iLE DE EAtXHLS. 15f)

En conséquence, on peut présumer que, parmi les fonctionnaires militaires et civils qui se trouvaient alors dans le département des frontières de l’Égypte, il y avait une trentaine de personnes décorées du même titre, ou agrégées à la meme corporation, laquelle tenait ses réunions dans l’ile de Bacchus.

$ III. Divinités auxquelles la stele est dédiée. — Chnuphis , ou Chmibis. — Inscription latine de Syène. — Ses carrières de granit exploitées par les Romains. — Colonne de Pompée.— Hermès, ap/telé l’aytuouphis. — Inscription inédite. — Un temple égyptien a été doré dans le second ou le troisième siècle de notre ère. •

Cette liste des six grands dieux adorés à la Cataracte est très curieuse, et par la synonymie qu’elle contient , et par l’ordre observé entre eux ; car il est difficile de douter qu’on n’ait suivi l’ordre marqué par le rang de chacune de ces divinités dans la religion égyptienne.

Dans cette énumération , le nom égyptien précède le nom grec ; j’ai dit que j’abandonne l’explication «les noms égyptiens aux orientalistes; je ne hasarderai qu’une observation; c’est que les trois premiers Xvoüêtç , làuç et Avouxt;, donnés comme synonymes d’Ammon , de Junon et de Vesta , sont bien des noms propres , tandis «pie les trois derniers , Pétempain entes , Péteuse tés et Pétensénès , sont évidemment des qualificatifs : cette différence est singulière; pourquoi Bacchus , Saturne et Hermès

36o FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, ne sont-ils pas , ainsi que les autres , désignés par leurs noms propres égyptiens?

Les mots égyptiens, en passant dans la langue grecque ont tous pris au datif la désinence El , qui peut convenir également bien aux mots dont le nominatif est en hï ou en iï ; en effet, xnotbei provient évidemment de xxorsn , et epmei de epmhz ; je suis donc incertain sur la terminaison qui convient au nominatif des autres; doit-on dire Salis ou Salés , Anucis ou Anuc'es ? je l’ignore ; et je n’ai pris de parti à ce sujet que parce qu’il en fallait prendre un quelconque.

Les deux premières divinités sont Chnubis , dit Artimon, et Salis, dit Junon. Je remarque que Chnubis est un mot identique avec Chnuphis ; j’ai cité plus haut (1) des exemples de noms égyptiens où le r et le <t> sont employés indifféremment , et j’en citerai d’autres tout à l’heure. Cette inscription constate une synonymie qui se trouve également dans un monument dont la date est postérieure de trois siècles ; je veux parler d’une inscription trouvée dans les carrières de granit entre Syène et Pliilæ, par MM. Cailliaud et Bclzoni, et publiée par ce dernier a) ; comme c’est peut-être la plus curieuse des inscriptions latines qui ont été jusqu’ici découvertes en Égypte , je reproduirai ici le texte de M. Bclzoni, avec la restitution et les éclair cissemens que j’en ai donnés dans le Journal des Savans a> :

(l> Supra , ■iîg-i^o. = w Voyage , T. I , p. 270, traduct. lïanç. as <3) jlnnéc 1820 , p. 718-720.

STÉLÉ DE L’iLE DE BACCHUS.

* lOMHÀMMONlCIN'VBIDI

I ITNOin.RZGINAEQVOK.SVB

* TVTELA.HIC.MONS.EST.QVOD

4 PRIMITER.SVB.1MPERI0PR

5 FELICISSIMO.SAEC YLO.D.D.

* KHIH VICTOR VMIMPPSE VER IET T ASTONINIPIISSIMORVMAVGO

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