‹ Recherches pour servir a l'histoire de l'Égypte pendant la domination des grecs et des romains, tirées des inscriptions grecques et latines relatives a la chronologie, a l'état des arts, aux usages civils et religieux de ce paysChapitre 58 sur 84 · IV ESTAPRILAS.NO VAE · texte numérisé non relu

IV ESTAPRILAS.NO VAE

II LAP1CAEDINAEADINVEN

11 TAETRACTAEQVESVNTFARA U 9TATIC AE.ETCOLVMNAE

14 G8ANDESETMVLTAESVB 11 SVBATIANO.AQVILAEPR 14 AEG.C VRAM. AQENE.OPDOMINIC 17 AVREL.HEBACLIDAEDECAL.MAVR.

Iovi Hammoni Chnubidi, J unoni régime , quorum sub luteld hic mous est ;

Quod primiter sub imperio populi Romani , felicissimo sceculo Dorninorum nostrorum invictorum irnperatorum Severi et Antonini piissimorum Auguslorum t et Getee piissimi Canaris , et Juliœ Domine Augustœ matris hastrorum ,

Juxstà Philas nova lapicœdinœ adin venta , traclaque sunt paraslalicie et columna grandes et mulla ;

Sub Subatiano Aquild (1) curam agente ;

Operd dominai coloni Aurelii Heraclidæ decurionis ala 1“ Maurorum.

La première ligne ne peut être que iovi. hammoni. chnvbidi : les deux copies donnent cenvbidi , et c’est vraisemblablement ainsi qu’il y a sur la pierre; le c des Latins ayant le son du K devant toutes les voyelles indistinctement, ce mot revenait à kenvbidi ; or, I’e introduit entre le c et I’n servait à rendre l’aspiration qui caractérisait la première lettre du mot égyptien, à en juger du moins par l’orthographe ( Xvovfci ) suivie dans l’inscription grecque ; car Strabon écrit Kvoùyis sans aspiration (,) ; les auteurs de l’inscription auront cherché à rendre la prononciation égyptienne.

4I) Les deuï copies portent JQUrLJE.= ® Ploldmde place une ville de Xvsupi; entre Eilithyia et Tuphium , dans la fîaute-

Les deux divinités auxquelles sont dédiées ces carrières sont donc les mêmes que celles qui ont été nommées les premières dans l’inscription des Cataractes ; vraisemblablement elles étaient alors les principales du pays ; et elles l’étaient encore sans doute à l’époque où fut gravée la seconde , puisqu’il est dit que la montagne où se trouvaient les carrières de granit était sous leur protection ; d’où l’on peut présumer que, depuis trois siècles, le culte de cette partie de l’Égypte n’avait pas souffert de grands cbangemens : et il est assez remarquable que des Romains, dans le troisième siècle de notre ère, rendissent au culte du pays cet hommage , de consacrer les carrières de granit aux dieux qui, selon les liabitans , protégeaient la montagne où elles avaient été découvertes.

La date de ccttedédicacepeutêtre déterminée avec assez d’exactitude, au moyen de plusieurs indices.

11 faut d’abord restituer la huitième ligne, qui a été effacée à dessein : elle contenait évidemment le nom du malheurenx Géta , dont la haine de son frère poursuivit le nom jusqu’aux frontières de

Égypte ( Geogr. , p. 108, ed. Merc. ) ; Je Ms Coislin ( Bill. Cois/. p. 67a , 4- ) et la version latine donnent Xvovêiî ; c’est évidemmeut le nom du dieu Chnubis donne à la ville , comme celui de Chemmis , de 3 fendes , le fut aux villes où l’an et le bouc était adore' ( Supra , p. 63.). Sur la confusion de Xvoupij et XvovÊit , voyez Kociiler (in Mise. Ol/serv. nos’., H, p. 1 /(3.) et Champollion jeune (Pgjple sous les Pharaons , I , p. 1 83.).= Slrab. , XVII , p. 817. A.

STÉLÉ DE L’iLE DE 8ACXHUS. 363

l’Ethiopie : et comme le noin de Septime Sévère et de Caracalla sont suivis des lettres àvgg. (Augustorum ) , il est certain que Géta n’était point encore Auguste , et que son frère l’était déjà ; ce qui place l’époque entre l’année 198 de notre ère, pendant laquelle ce dernier fut nommé Auguste u>, et l’année 309 , qui fut celle de l'association de Géta e>.

Il est donc certain que la lacune contenait le nom de Géta avec le titre de César. La manière dont les lettres conservées sont placées dans les deux copies, se prête à deux leçons également vraisemblables , et qui ne diffèrent que par l’épithète attribuée à Géta. Selon M. Belzoni , la ligne est disposée

ainsi : et issi

ce qui ne peut être que et.getaepiissimi.caesaris.

Selon la copie de M. Cailliaud , elles le seraient

de cette manière et ss

et alors, il faut lire et.getae.nobilissimi.caes.

Je dois remarquer, à l’appui de la leçon de M. Cailliaud, que les lettres effacées, dans l’inscription de l’arc de Septime Sévère à Rome, portaient ET.P.SEPTIMIO.GETAE.NOBIUSSIMOXAESAK1 <3). Pour SC décider entre les deux leçons , il faudrait une troisième copie plus correcte : heureusement le point a peu d’importance.

Mais une autre indication peut servir à resserrer l’intervalle de onze années marqué par ces deux cvé-

Tillemont , Hist. des Etnp. , III, p. ÿ8. = w Eckhel , Doctr. JYum. , VII, p. 176-200. — Id. p. u3o. = Acad. Inscript. , XXVII 1, p. 599 > cl k* P*- 3 , P- 579.

364 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, nemens ; c’cst le nom du préfet d’Égypte , Subatianus Aquila , dont il est fait mention plus bas. Eusèbe a parlé de ce préfet <0, et Tillemont a prouvé très-bien qu’il n’a pu gouverner l’Égypte qu’après l’an ao4 de notre ère W) ; d’où il résulte que la date de notre monument est comprise entre les années 2o5 et 209. Subatianus Aquila a dû être le successeur immédiat de Lætus , qui était préfet dans la dixième année du règne de Septime Sévère u>. en 202 : et celui-ci a dû succéder à M. Ulpius Primianus, qui administrait l’Égypte, en l’année 194 {<>.

Les sigles m.k. ne peuvent être que Matris Kastroruni : le titre de mater castrorum fut donné à plusieurs impératrices, telles que Faustine ( femme de Marc-Aurèle), qui le reçut la première tt), Julia Domna, femme de Septime Sévère l6) , et Julie Mammée, mère d’Alexandre Sévère m. L’orthographe /castra n’est pas sans exemple {8).

Ligne 1 1 . Juxstà Philos novœ lapicœdinœ, etc. Il est vraisemblable , d’après les mots juxtà Pliilas , que ces carrières sont plus voisines de Pliilœ que de Syène ; autrement on aurait mis juxtà Sjenen ou Elephantinen. L’orthographe ivxsta prouve que l’usage du s après le x C9) s’est prolongé jusqu’à une époque assez tardive.

w HUI. Ecoles. , VI , 3 et 4- Eusèbe ne lui donne que le nom d’Aquila ( Àx'JXbç). — ® Tillemont, III, p, 99. = Euseb. , Hist. Eccles., VI, a , p. a58 , 5.= (4) Supra , p. a65.= ^ Eckliel. Doctr. Numm. , VII, p. 79.= ht. , p- '96- = <7) Supra , p. a8a.= w Gruler, DVIII, a.= W) Noris. Cenot. Pis., p. 449-

STÉLÉ DE L’iLE DE BACCHUS. 365

Ligue 1 1 . L’orthographe lapicœdinœ , conforme à l’étymologie du mot , est à remarquer ; on la trouve sur une ancienne inscription u>. Le mot parastaticœ, pilastres, est souvent jointavec columnœ U).

Ligne 16. J’avais cru que opdominic devait se lire opéra Domini Caii; et ici le mot Dornini aurait été un nom C3> , et non pas un titre honorifique, lequel n’était donné qu’aux empereurs , du moins à cette époque; mais la place de Domini, devant Caii, n’est pas naturelle ; je préfère de lire Domini coloni , ou dominici coloni ; laboureur ou fermier cT une terre impériale ; un rescrit de Constantin concerne ces dominici coloni l4) , qui sont appelés coloni rei nostrœ , dans un autre rescrit impérial t5).

Ligne 17. Je ne pense pas non plus qu’on puisse interpréter, autrement que je ne l’ai fait , les lettres decal. .mavr. L’intervalle entre l et m était rempli parle chiffre l(primœ). La Notice de l’Empire place à Lycopolis un Cuneus equilum Maurorum (c).

Ces détails , quoique un peu minutieux, paraîtront cependant nécessaires pour épurer le texte de ce monument. Entre autres faits curieux qu’il contient , on doit remarquer l’opération dont il conserve le souvenir. A cet egard, les mots: quod primiter sub imperio populi Romani novae lapi-

cœdinœ adinventœ sunt méritent attention. Il en

(,) Gruter, MXXXV, a. = 03 Pliu. , XXXIII , 3.— Vitruv. , IX , 19.= w Griller, DCLXXIII , 10 ; CMXXXIII , 7 ; CMXI , a.= w III Cod., lit. XXVI, 7. = W) VII Cod., tit. XXXVIII. **) Vag. 31a.

résulterait que pendant les deux premiers siècles de la domination romaine, on n’avait l'ait nulle attention aux carrières de granit que la montagne pouvait receler; qu’elles lurent enfin découvertes ( adinventœ ) au commencement du troisième siècle de notre ère , et exploitées pour la première lois : il paraît même que cette exploitation fut très-active, puisqu’on en tira des pilastres et des colonnes nombreuses et de grande dimension , expressions qui supposent que les Romains exécutaient alors à Alexandrie ou ailleurs des travaux d’architecture considérables , ce qu’ils faisaient dans toutes les provinces, où leurs troupes étaient continuellement exercées à des travaux publics ; nous en avons même des preuves positives, car on sait qu’Auguste fit curer les canaux de l’Égypte par ses soldats U) ; Probus les fit travailler également aux chaussées , aux canaux : par ses ordres ils construisirent des ponts , des temples, des basiliques w> ; et nous voyons ici que l’exploitation des nouvelles carrières fut entreprise par le gouverneur de l’Égypte, qui charge un colon romain de la faire exécuter probablement par les troupes cantonnées en ce lieu. Ceci nous mène à une conjecture.

On n’a rien dit de bien satisfaisant jusqu’ici sur l’origine de la grande colonne , en granit thébaïque , dite de Pompée , érigée à Dioclétien Q) : ce qu’il y a

W sueton. , in Aug., § 18. — Aurel. -Vicl. , E/tilom. , § i. — ® Vopisc. , in Probo,§ 9. = L’inscription rdlablie par Villoison , est ainsi conçue : rbv bffiwt avroxparopa tov

STÉLÉ DE l’iLE DE BACCHUS. 367

de certain , c’est qu’elle n’est point un ouvrage égyptien , car on ne connaît pas de colonne égyptienne eu granit, d’un seul morceau; toutes sont composées de tambours assez minces , et il est impossible d’imaginer qu’elle ait été formée d’un obélisque qu’on aurait arrondi : ce n’est pas non plus aux Grecs qu’il faut l’attribuer; car, d’après son énorme dimension, elle a été faite évidemment pour former un monument isolé ; or , l’usage des colonnes triomphales et votives est tout romain. Les Romains seuls ont donc pu avoir l’idée de tirer dt*fa carrière le lut de cette colonne , et l’on peut présumer avec beaucoup de vraisemblance , qu’elle est un des résultats de cette grande exploitation des nouvelles carrières de granit, ouvertes en aoS-aog. La colonne , tirée des carrières , à cette époque , ou bien un peu plus tard , fut ensuite élevée à Dioclétien, soit en mémoire de sa victoire sur Achilléc, soit, conu}ie le pense Villoison, à l’occasion d’une distribution de pain faite aux Alexandrins par cet empereur (,\ Pour confirmer cette conjecture , il faudrait que le granit thébaïque, dont est formée cette colonne, se trouvât de même espèce que celui des carrières où l’on a découvert l’inscription latine : c’est une vérification que pourront faire les voyageurs à venir.

Je reviens aux deux divinités dont les noms se trouvent placés en tête de cette inscription latine

ÀX« JavJottotî iiouXoTtavôv Ztêa-ov , ITo... Aéyvfirov ( Mag. Encyclop. . Mil* année, tom. V, p. Endroit cité, p. 5g.

55 et sui\

368 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, et de celle des Cataractes. Le culte de cette partie de l’Égypte était encore en 200-209 de notre ère , à peu près ce qu’il était trois siècles auparavant , en 1 20-1 1 7 avant J.-C. ; mais , selon toute apparence , le culte que nous trouvons établi en ce lieu , sous Évergète n , datait d’une très haute antiquité : on voit , par des passages anciens <l), que Jupiter et Junon étaient adorés fort anciennement dans la Haute-Égypte, et surtout dans la région qui confinait à l’Éthiopie ; et l’on pourrait présumer que cette circonstance était connue d’Homère , quand il faisait voyager Jupiter, suivi des autres dieux, chez les Éthiopiens, pour assister aux sacrifices qui s’y célébraient (,).

Quant à l’identité que ces deux inscriptions , d’époques si différentes , établissent entre Chnubis et Jupiter Ammon, elle me semble encore confirméepar un monument, sans doute bien plus ancien, qui nous fournit l’occasion d’un rapprochement assez curieux. Strabon nous apprend que la ville d’Éléphanline, dans l’île de ce nom, contenait un templ^de C nuplus (3) : on trouve en effet , dans la partie méridionale d’Éléphantine , c’est-à-dire, sur l’emplacement de la ville antique , un temple dont la position correspond précisément à celle qui est indiquée par Strabon ; et l’on a toute raison de croire que c’est celui de Cnupiùs , dont il a parlé. Or , cet édifice, qui paraît être d’une construction ancienne , autant

u> Diod. Sic. , I, i5 el 97. = ® Iliad. a . 4^4' — W Strab. , v. XVII, p. 817. A. E» nih( ovta itpov Kvoùfidoç.

STÉLÉ DE i/ltE DE BAC.CHL’S. 309

Ou moins qu’on peut en juger , était consacré au cuite d’Àmmon , comme le prouvent les ornemcns des bas-reliefs (1) , qui offrent partout la divinité à tête de bélier , qu’on sait être Ammon. Le plus grand, qui occupe un côté de l’intérieur de l’édifice , représente la même divinité dans un petit temple porté sur un tableau thalamège (2). On ne peut douter que ce ne soit là le dieu principal ; et il me paraît vraisemblable que le sujet de ce bas-relief se rapporte à une cérémonie dont parle Diodore de Sicile , et dans laquelle tous les ans ( sur la limite de l’Égypte et de l’Éthiopie ) , on transportait le temple (c’est-à-dire la châsse) de Jupiter de l’autre côté du fleuve, sur le rivage de Libye, d’où il était rapporté quelques jours après (3>. Quoiqu’il en soit, s’il est vrai , comme tout porte à le croire , que le temple d’Éléphantine , qui fut évidemment consacré à Ammon , soit celui auquel Strabon donne le nom de Cnuphis , l’identité de Cnuphis et de Jupiter Ammon , établie par deux inscriptions d’époques si différentes, le serait encore par un monument religieux dont la date nous est inconnue. En admettant , ce qui est probable , que le temple d’Éléphantine soit antérieur à l’époque de la domination grecque, on devra en conclure que l’identité de Cnuphis et de Jupiter Ammon a son fondement dans la religion égyptienne même, en sorte que la syno-

Descript. de l’Égypte , Antiq. I , pl. 36, i j 5j, i.= sur ce mot , voyez la Iraduct. franc, de Slrnb. , T. V, p. 354 , not i . = ® Diod.Sic. , I , 97.

nymie, indiquée par nos deux inscriptions, ne serait pas due à une assimilation faite par les Grecs. Dans tous les cas, ou ne pourra s'empêcher de reconnaître ici une nouvelle preuve de ce qui a été avancé plus haut0’, c’est que le culte particulier à. chaque lieu de l’Égypte , ne subit ni changement ni altération notable sous la domination des Grecs et des Romains, au moins jusqu’au troisième siècle de notre ère, et peutêtre jusqu’à la destruction delà religion égyptienne.

Je laisse les trois divinités suivantes , Anucis dite y esta , Pétamentes dit Bacchus , Pètensel'es dit Saturne, dont je n’ai rien à dire, pour passer à la dernière, Pétensenès dit Hernies.

Cette divinité paraît avoir été, comme Chnuphis, l’objet d’un culte particulier dans la région limitrophe de l’Égypte et de l’Éthiopie; on se rappelle que c’est la divinité principale a) du temple de Dakkeh , anciennement Pselcis , ville située à soixantedouze milles romains t3), ou vingt lieues au-dessus de Syène; mais ce qui le prouve mieux encore, c’est une curieuse inscription que m’a communiquée M. Gau: elle est gravée en deux endroits de ce temple u>. eeeSMeriCToSePMHi mTNVBiAiAinnror CrNOPIHNKAIAIQloneÎN METEXON T1THN n EPITON

0) Suprà, p. 64-= W Suprà , p. 83 , 1 64- =• ü> limer, veter. , p. 16a. = H> Cet usage de répéter la môme inscription, en plusieurs endroits d’un édifice, n’est pas sans exemple. Voyez dans Burckhardt ( Travels in Syrin . etc. , p. aua , aaâ.)

STÈLE DE l’iLF. DE BACCHUS. 371

NAONXprcûJciNenoiHceN

Jf.PO I CA N H P MEME AH Mf.NOC AKVAACATOrPNfclNOCOreTPANOC f. Vï AMEN OCPûfCl N K A1T6.K N 01 C KAIFAMETHI.

0eci fxeyîçop Kpufi Iluzvvëiftj AcyÙTrrou 7uvopir,v xat At’Sioîtwv p.ezéyovzt , m rrept tov vaov yp'jetotjiv ertoiVi'Tîv Upotç àvinp u.ep.elri[x.évos A/ûXaj tl) Sc.Tovpvefvo; Oùezpatvô;, sù|afi£vo; pô/jtv xat rsxvot; /.ai yapczri. C'est-à-dire : « Au dieu très-grand Hermès Pytny- » bisW), un de ceux qui président à la région lirai- » trophe de l’Egypte et des Ethiopiens, Saturninus » Vetranus Àquila t3>, zélé pour la religion , a exé- » cuté la dorure du temple, en accomplissement d’un » vœu pour la santé de ses enfans et de sa femme. » On verra dans l’appendice un îrpoaxvvnua gravé sur le propylon du temple de Dakkeh, en l’honneur du dieu Paylnuphis , et j’avais conjecturé que ce mot devait être le nom égyptien d’ Hermès U) : cette conjecture est confirmée par la première ligne de notre inscription : à Hermès Pytnjrbis, analogue

M II est vraisemblable que M. Gau a oublie1 le C üual , sans doute à cause de la première lettre du mot suivant Saroupviîvo;. Le nom latin Aquila, comme ceux de Catilina , Fimbria , Sylla, est toujours terminé en grec par un ï. ( Priscian. , ap. Putsch. , p. 64 1.) — ® Dans l’autre copie de la même inscription , ou trouve écrit ïlvnûfth. = w Supra, p. 176. On lit ïxroovïvoc Oùitoovo; IlsuAiv»; , dans une inscription de Judée ( Burckhardt, Trav. in Syria , etc. , = w Journal des Savons ,

i8au , p. 290.

J72 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, à l’expression A roéris- Apollon du monument d’Ombos ; d’où nous voyons que Pétensenès , dans l’inscription de l’ile des Cataractes , est une épithète , et non pas le nomégyptien d’Hermès.

Mexé^tiv , qui se construit ordinairement avec le génitif, sous-entendu p-êpoï , est souvent employé comme ici, avec l’accusatif. La phrase Aiyûmou evvopir,v y.oii AeSidiruv pexé^ovu appartient évidemment au style poétique : l’emploi de ce style , ou du moins de ses formes, se trouve > comme on sait, d’autant plus fréquemment, que les monumens sont d’une date plus récente; la raison en est, je pense, que beaucoup d’entre eux ont été écrits par des Romains ou par d’autres personnes dont le grec n’était pas la langue maternelle, et qui mêlaient , sans y songer, les formes de différens styles.

Suidas interprète auvopta par le mot nXyjaiérriî , voisinage : je ne connais pas d’autre passage où l’on rencontre ce substantif, dont le sens paraît être pays qui sert de limite commune à deux autres.

A exécuté la dorure du temple (c’est-à-dire, de tout ce qui , dans le temple, a été doré ; la dorure signifie en cet endroit les dorures ) : ce fait est digne d’attention ; car l’inscription est d’une époque assez récente; et, à en juger d’après la forme des lettres, le style et les noms du personnage , je serais fort trompé si elle était antérieure au troisième siècle de notre ère. Le temple de Dakkeh, dont le pronaos et d’autres parties ont dû être construites sous les Ptolémées, était-il resté si long-temps sans avoir de dorures

STÈLE DE L’iLE DE BACCHUS. 373

à l'intérieur.? ou bien s’agit-il d’une dorure nouvelle exécutée pour remplacer l’ancienne qui avait disparu? c’est-là ce que je ne déciderai pas: j’observe toutefois que l’expression absolue nv nepi r 6v vaôv ypûawaiv énoirjaev est bien plus favorable à la première hypothèse ; dans l’autre cas , on aurait dit sans doute àv£xaiv«7£v , «vsvewcrato, ànoxtxiéçrioev , etc. Si telle était la pensée de l’auteur de l’inscription , il en résulterait qu’on n’aurait mis la dernière main à la décoration du temple de Dakkeh qu’à une époque très récente ; mais quelque opinion qu’on adopte , cette inscription est encore une preuve des travaux de divers genres dont les temples égyptiens ont été l’objet, long-temps après la conquête de l’Égypte par les Romains.

. La ligne lepoiCANHPMeMCAHMeNOC offre une tournure à remarquer : le sens ne peut être que hornn qui sacra curât : peuelftiOai xivt signifie proprement , dans un sens passif, esse curœ alicui , èv èitipeleioc £?vctt' rivi, comme l’a fait voir d’Orville <0 ; niais ici p£f££Xr,p£vo; est évidemment pris à l’actif, dans le sens de pEpjXw; , comme yiXônrrt peprildi w> : j’observe qu’à l’actif comme au passif la locution pep.O~rifiévos uvi ne se rencontrerait probablement que dans un poète , ou dans un auteur affectant l’imitation des formes poétiques. Ainsi la remarque que j’ai faite à la page précédente trouve ici une seconde application.

(1) D’Orvill. , «il Charilon, , p. 535. Lips. = (a) Nonmu , Dionys. XXXVII , v. i , citd par d'Orvillc.

3y4 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES.

La dernière ligne est ainsi conçue : erSAMENOc PflJClNKAITeKNOlCKAirAMETHI : au lieu de PfiîCIN , on pourrait lire iipûJcin , en ajoutant un seul jambage ; car, assez ordinairement, les deux lettres hp ne forment qu’une seule liltera nexilis-, d’après cela, le mot iiptfeiN se rapporterait aux deux suivans , c’est-à-dire, que la qualité de héros serait attribuée' par Aquila à scs enfuis et à sa femme. Rien de plus connu que l’usage de donner le titre de héros aux morts dans les inscriptions funéraires ; Villoison eu a rapporté beaucoup d’exemples <n : de là ces formules si communes «pcoç ou r,pmç yaîpe m ; de là encore , je pense , l’usage d’appeler un tombeau ■hpÿov j peut-être même le verbe à^ptut^eiv , en quelques inscriptions tumulaires , ue signifie rien autre chose que élever un hé mon (tombeau) à quelqu’un ; comme : Aùp. 'ïvydatoi xov T.azipa xal EXiri^ciuaa (3) tôv tôiov avfiëtov Tuyoioiov â<pr}pûï£av U) ; et Katpr.oç zr,v iâtm yvnouxa 2wfféîa l5) àcpripûii^tv tc) ( la traduction consecravit, donnée par Spon, est peut-être inexacte) : ce qui n’empêche pas que le même verbe àqripwÇttv n’ait aussi le sens de honorer élu litre de héros , comme le dit Villoison , d’après plusieurs exemples, auxquels on peut ajouter celui-ci : 6 àdpio; œç»jpa»ï|'e

(1) Jfagas. encyclopéd. , VII® année , T. II , p. 476 , suiv. = 0> Spon , Mise, érudit, p. 53 1 , n° a, 3, 5. = <5> Sur ces noms propres , qui ne sont autre chose que des participes , voyez une savante note de M. Boissonade ( Ad Inscr. Actiac. , p. 454- } = w Spon , Miscel. érudit., p. 34a , n» LVIII. = 01 Le texte porte c*Ii isa j j’ai cru devoir lire c«rclAA.= ** Id. ib., n° LXIX.

STÉLÉ DE I.’lLE DE BACCHUS ^5

■/joù ixifxriae xov Upéx Cl> ; ce qui rappelle cette autre inscription : ri j3o uXrj xai 6 ifipoi txtturiaM T crclav Netxoç-paixov xoj ïlepuléov; , véav H PMA A , <îta re T[à«] roi ixaxpèi àpyjtî xai Èpy[s7rt]ç-a<7ia; , x.t.).. w> , et le commencement de celle d’Olbiopolis : ôaat 7ro).st; èç-eoavüaav 0eoxÀea ILaxvpov , tfpua u).

Peut-être, dans cette hypothèse, ne serait-il pas même nécessaire de supposer que la femme et les enfans d’Aquila étaient morts. La tendresse conjugale et paternelle pouvait bien aller jusqu’à faire donner le nom de héros , à un époux, à des enfans. Mais, sans rien ajouter au texte de l’inscription, il vaut mieux lire ev^acpevoç pûaiv Tt'xvot; xai yapexrj, dans le sens de : ayant fait un vœu pour la santé (ou raffermissement de la santé') de ses enfans et de sa, femme. Hésycliius , en effet , donne le mot ptSot; comme synonyme de à y t t'a (1) , de même qu’il interprète èixlppcümi par les mots fieêatuoti , Stipû wot;, vyet'a <j). Quoique le datif, après vi/yjadat, s’applique plus ordinairement au dieu qu’on implore , qu’à la personne pour laquelle on fait un vœu, la locution

0> ld. il/., u° LXVII. = 0) Chandler, Inscr. A ni. , Part. I, LXXIX. U lit ipyo-aaùii ; mais la vraie leçon est ipysntxaaiai , inspection ou direction de travaux publics : c’est un mot à ajouter aux Lexiques les plus complets, qui ne donnent que ipytKtçàrix et «p'/îwt-aTi'w : de ces verbes on a dû former le substantif cpymtqxaia, de même que de iniç-axito on a fait ijrtç'SKjtst , mot connu et assez fréquemment employé. = ® Ap. Raoul-Rochette , Antiq. grecq. du Bosphore , p. 147. — Cf. Spon , Mise, érudit., p. 335 , n° XLIV. w) Hesych. hic voce , Il , col. 1 133.= *** Id. hdcvoce, I, col. i58i.

376 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES. eù|a'p.svo; pùaiv te'xvoi; xai yaprri 5 est suffisamment autorisée par ce passage de Démosthène (i> , à la lin du discours contre Aristogiton : xai ri $ti Taira noiùv , è£ov tiitfriUtïv , xai ânavraz ar.aot navra âyaôà tiiyeuOat , xai ûpa; ùuïv avzoî{. Les termes dont se sert Saturninus Yétranus Aquila doivent avoir la significalion que l’on rendrait en latin par ex voto suscepto pro salute liberorum uxorisque.

Celte inscription curieuse , où Hermès est qualifié l’un de ceux qui président au pays limitrophe de l'Egypte et de l’Ethiopie , nous apprend pourquoi ce dieu est compris parmi ceux qu’on adorait à la Cataracte, et pourquoi il était la divinité éponyme du temple de Dakkeh.

Ligne 10. Après l’énumération de ces six divinités, appelées 5ioi peydloi , les Basilistes ont mentionné collectivement les autres divinités adorées à la Cataracte : xai toi; ini rov Karapacxrov dai'-

poviv , sans aucune désignation nominale, probablement parce qu’elles étaient d’un ordre inférieur : ce que prouve en effet l’opposition de âeoi ptyal. 01 et de datjxove; ; car le mot daipove; seul peut s’entendre des dieux en général ; mais, quand il est joint à 3roi, il ne s’applique qu’à des divinités inférieures, selon la remarque de Cuper U) et d’autres critiques l3>. Aux passages qu’ils ont cités , on en peut joindre d’Aristophane l4), d’Euripide (t> , d’Atliénée : oî r.af

w Dciuoslh. , p. 800 , ed. Rcisk.= 01 Observai. , p. 3a7-33o — (5) Boissonad. , ad F.unap. , p. ; et Wyltcnb. , ad eumdem p. u i.=w Pluius, v. 81 ,=ü)Electr. v. 1 a 3 4 -—Hccub. v. i65.

STÈLE DE L’iLE DE BACCHUS. Z'j']

(ivOpoijrotî leyôpevoi ri vop.iÇ6p.evot Beoi yi iaîuove^ (l> ; de Porphyre : Sri oè oùoe Seoi"; , àXXà ftztuoai rài St/ota; npoariyciyov tt> ; et surtout ce passage où Platon parle

des Égyptiens: (êîa£av) «àç «optas àsttvas èv o 1;

Xpôvoi; xai oi;t(t7iv éxaVois twv 3e(Lv xai rraiai TovtMy xai «îacptoai yîyveaOai xpeûv (3).

Héliodore parle des prêtres du Nil aux Cataractes (o'jtm xai rrapà twv èv Kazaiïoûnot; lepécov zoû Ne O. ou TtuOôfxevoi ) u> j il se pourrait donc que ce fleuve fut au nombre des divinités désignées ici collectivement.

On disait KaTappaxrris aussi bien que le pluriel xatappaxtat; le singulier est dans Strabon w>, Pline <6> et ailleurs ; quant à la double orthographe KatappciKvrti et KaTapax-oi? , on peut voir Saumaise <7) , les annotateurs d’Hésychius (8), etc. 11 s’agit ici de la première Cataracte , appelée petite par Strabon , et dernière ( novissimus ) par Pline W).

Oi allai «tu tov KaTapaxTou iWpove; s’entend probablement de toutes les divinités adorées dans les diflférens temples bâtis au voisinage de la Cataracte, jusqu’à Syène et Éléphantine, et non pas seulement dans le temple de l’ile où ce monument a été trouvé : ce temple était vraisemblablement celui de Dionysos ou Bacchus ; du moins on expliquerait ainsi pourquoi l’ile de Sétés s’appelait île de Bacchus.

w Alhen. , V, p. 195. A. = ** Porphyr. , De abstin. , II , 58. = ü) Platon. , Legg., VII , p. 79 9. A.= w /Ethiopie . , p. 94 , ed. Coray.= w XVII, p. 817, D. 818, A.= l6> Plin. V, 9, p. a55 , a 1 ; i5y, 4- = (7> Exercit. Plin. , p. 298 , 3. B. = (8> Hdc voce ; et Schleusner , Nov. Thesaur. , III , p. a5a. = w Loc. cil.

5 IV. Objet du Monument.

L’objet de ce monunfcnt est exprimé dans les lignes 1 i-i5. Après le mot ^aiuociv , on lit zr,v ç-rArjv; les lettres kaii , qui terminent la ligne , ne peuvent être que xac zi, et zi est l’article du mot ypr,p.aza qui est à la ligne 1 5 ; la distance qui sépare ici l’article de son substantif n’a rien qui doive surprendre, car il n’en résulte aucune sorte d’obscurité; on trouve dans Démosthène : TI1N toü Siar.piiaoBai zaûza , & [ir^sii r.uir.ozt dcW.o; Maxeiôviàv {3a9iXev; , AOïAN ivzi zoû fjjv àaipaXw; fipr,uévoi lt). Une locution analogue à ri jrpàç ri; 3uat'a; ypritxaza se retrouve dans l’inscri-

ption de l’obélisque (,).

Le mot ypriuaza est suivi de iiti , qu’on ne peut séparer de ILxTttov qui commence la ligne suivante : on a donc la certitude que les mots , depuis ziv r>5lr,v jusqu’à ypjaaza , forment une phrase complète, dont il faut maintenant examiner les différens détails.

La première observation à faire, c’est que, dans cette phrase , ou ne trouve aucun verbe , ni après çrjl.r,'/ , ni après ypr.uarx ; en sorte que ces deux accu- satifs sont chacun le régime d’un verbe sous-entendu ; j’ai déjà cité beaucoup d’exemples de cette ellipse, employée toutes les fois que le sens était évident : ici, l’idée sous-entendue pouvait être suppléée, sans

(l) Olynth., II , |>. -ii , ?o. Heisk. — 0) Suprà p. 3 18.

STÉLÉ DE L’iLE DE BACCHUS. 379

nulle incertitude, et après çx/r,v et après ypr,uxza ; cette idée est celle de la consécration aux dieux, soit de la stélé qu’on avait élevée , soit de V argent qu’on avait déposé dans le trésor du temple. Il n’est pas sans exemple de voir réunis plusieurs substantifs qui sont le régime de verbes différons sous-entendus. Démocharès ( auteur attique , cousin de Démosthène ) s’exprime ainsi dans un fragment où il parle de la flatterie des Athéniens à l’égard de Démétrius Poliorcète : A eaivri; pèv xai Aafjùaç tepd’ xai Bovpîyou y.al A'JsiftavT&u y.ad O£u0Éficîo; , twv 3to).axMV aùtoÿ , xai (Scûfioi, xai rjprùa -/.ai anovSai (1) ; ce qui signifie : « Des » temples furent élevés à Leæné et à Lamie; des » autels, des liéroons à Burichus, à Adimante et à » Oxythémis , ses flatteurs ; et l’on fit des libations « en leur honneur. » Il est clair qu’avec Upù, /3wjao<, xpépa., il y a de sous-entendu à<pt#pv8ri axv , et avec <J7tov,îai , avvexskéaOr\cav ; ces deux ellipses ne causaient pas plus d’équivoque l’une que l’autre.

Dans le cas présent, le verbe «véSyjxav peut également convenir aux deux mots îiv ç-ijXriv et xd ypnfxaxa. Je trouve une ellipse du même verbe , après l’énoncé d’une somme d’argent, dans une inscription copiée en Nubie (,) : rw itpdxu TÔftw stxoat ypvoà , T&) F XPU<T* xptaxovxa, sous-entendu àvéSrixixv....

Il est à remarquer que l’on donne ici le nom de rèX» à une pierre qui n’a que cinq pouces et demi de largeur.

Ap. Athée. , VI, p. a53. A. = ® Burckhardt, Travels in Nubia , p. : a4- Voyez l’appendice.

Dans l’inscription de l’obélisque, nous lisons zpoz TÙi S't/aia; xxi ar.o vSà<; ytvo pévaç a) ; et j’ai observé que le mot y ivô/xtvoç s’entend de ce qui se fait habituellement, et, pour ainsi dire, dans un temps prescrit. Le futur èaouévxç indique au contraire des cérémonies qui ne se sont pas encore faites. De même , Polybe dit qu’Antiochus e| tittfityt npéaëe i? xai Srwpoîi? et? xàç ro).et? xxTcc/yO.oùvTaç tou? EïOMENOrz «ytiva? W).

Les cérémonies doivent être exécutées dans le synode, tv if, avvôdus ; je crois que ce synode n’est autre chose que la réunion de vingt-neuf membres de la corporation des Basilistes , dont les noms sont mentionnés après. Ces sortes de réunions s’appelaient en • effet axivoSoi (3> chez les Grecs. Ainsi nous trouvons ri iepi avvoioz xü>v r.epl xèv lipeiaéat Aiovvaov TEyviTÛv xxl fxvçüv <4) ; et f, Upà oûvoÆo? xüv nepl H pxx'kia. à9XrjxcSit <5>. 11 paraît que ces t tyvïxcu, [xvçai et à9).r)xou , formaient des espèces de confréries d’initiés ou de personnes liées par une dévotion particulière envers telle ou telle divinité , sous les auspices de laquelle leurs réunions ou èxxlrta(ai avaient lieu : on pourrait les assimiler à nos confréries de pénitens. Elles avaient un chef ou président appelé r.poçx.xr,i, et un grandprétre àpyiepvji cc), dont les noms étaient relatés dans les actes de la corporation, un tel étant grandprêtre , etc. <7) ; de même , dans notre inscription , on

u* Supra , p. 3i8. = 07 Polyb. , XXXI, 3, i. = w Spou , Mise, érudit., p. 343 , n° LXX. — <4) Ap. Validai., Dissert , p. 58o. — w Ap. Spon , Mise, érudit , p. 36o , n° CIV, 36i , n° CV, CVI. = w Spou, 1. 1. = ^ Spou, n° LXX , p. 344-

STÉLÉ DE L’iLE DE BAC.CHUS. 38 I

lit : Papias étant prostate ; Denys étant prctre du synode. Cette analogie , jointe à la désinence du mot fix'jihça.i , me persuade qu’il s’agit d’une corporation ou confrérie , à peu près de même nature , qui tirait son nom de ce qu’elle était sous les auspices du roi et de sa famille , comme les Atovjataç-ai prenaient leur nom de Bacclius ; ce qui explique très bien la raison qui leur a fait déposer une somme quelconque , dans le temple des divinités du pays , pour les frais des sacrifices en faveur de la famille royale.

L’usage de ces corporations était , selon toute apparence , purement grec : aussi , des vingt-neuf noms sous-signés , il n’y en a que quatre qui soient égyptiens ; tous les autres sont grecs , ainsi que les noms des pères : tels sont le prostate Papias fils d 'Ammonius , et le prêtre Denys fils d’ Apollonius ; les quatre égyptiens, que nous trouvons' au nombre des Basilistes , étaient sans doute entrés dans cette corporation ou confrérie , en qualité de fonctionnaires publics.

Ce monument est donc parfaitement grec par son objet 5 il ne diflere de ce qu’il aurait été dans tout pays, soumis aux usages de la Grèce, qu’en ce que les divinités sont égyptiennes ; encore trouvonsnous que les auteurs ont eu le soin d’assimiler ces divinités à celles qui étaient l’objet d’un culte dans la rebgion grecque.

Aussi j’ai tout lieu de croire que ce monument est tout grec par sa forme : selon M. Rüppel ,^1’inscri-

382 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, ptiou est surmontée d’un vase en haut-relief; ce qui fait allusion , je pense , au culte de Bacclius, divinité qui donnait son nom à File. Ce vase est sans doute un ornement grec; à la vérité, M. liüppel parle de * deux croix ansées, placées de chaque côté , mais il est possible qu’il ait pris pour des croix ansées quelque autre attribut du culte de Bacclius.

11 reste à expliquer les expressions servant à désigner les jours auxquels on célébrera les sacriflces. Cette indication se trouve dans les mots xatà tàj upcira; sva-a; toû fJ.r,v6; éxocçou , r.ai ri; aiXa; èîrwvûp iou; ijptepa; ; les premiers offrent une locution singulière et unique , à ma connaissance : èvâvn étant l’adjectif ordinal neuvième , la traduction httérale serait, dans les premiers neuvièmes jours de chaque mois ; ce qui est susceptible de deux sens : on sait que les mots grecs àexàt, eixa; , Tpiaxà; , et autres du même genre, jouissent chacun de plusieurs significations différentes ; car , selon la place qu’ils occupent, on peut les rendre par dix , dixaine , dixième ; vingt , vingtaine , vingtième , etc. ; ils expriment donc , soit un nom de nombre , soit un nom collectif, soit un adjectif ordinal. En raisonnant par analogie , on pourrait penser que l’ordinal èvdari a le même sens que le cardinal èwéx , et que xavx îàç Ttpwraî èvciraç signifie les neuf premiers jours de chaque mois, x«t à Ta; irpcura; èwéx , comme s’exprime Polybe : xxxà xpixxovS’ rjuépa;, év al; Ta; Béa-;

avvexéht , né vit rà; irpeàra; jravrt; èXei'yovro u). Si

w Polyb. XXXI, 4,i.

STÉLÉ DE L’iLE DE BACCHUS. 383

tel était est le sens, il s’ensuivrait que les cérémonies devaient être célébrées cent-huit fois dans l’année, indépendamment des autres jours éponymes. Mais outre la difficulté littérale qui résulte de cette interprétation , il est bien peu vraisemblable que les cérémonies aient été si multipliées , au point d’être célébrées neuf jours de suite dans chaque mois, sans compter les jours éponymes. Je croisdonc plutôt qu’il s’agit ici d’une expression propre au calendrier grec , dont les Grecs, en Égypte , devaient faire usage entre eux : le mois grec étant divisé en trois décades de dix jours chacune, il y avait dans chaque mois , trois fois un neuvième jour, savoir , du mois commençant , moyen et finissant : en sorte que ce qu’on appelle un premier neuvième jour est le neuvième du mois commençant , et , par analogie, les autres ont du être appelés le second neuvième jour, le troisième neuvième jour. Il ne reste plus qu’à demander pourquoi l’on n’a pas mis xaTti vnv ivarr.v rip-êpav, au lieu de xottà t à; npoira; évtxxai ripépai uTjvô; ; mais on sent que le rédacteur a pu être facilement entraîné à mettre le pluriel. Au reste , dans l’une et l’autre explication , il faut admettre ici une incorrection de langage.

Quant aux expressions , et dans les autres jours éponymes , elles peuvent s’entendre de deux manières: ou bien les premiers neuvièmes jours étaient euxmêmes éponymes -, ou bien il est question des autres jours de chaque mois qui étaieût éponymes, par

384 *'A,TS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, exclusion de ceux qui ont été nommes plus haut : ce dernier sens me parait le seul admissible. Nous avons déjà dit qu’on appelait en Égypte jours éponymes , ceux qui portaient le nom du prince <l> ; c’étaient ceux de la naissance et de l’avénement du roi , ils revenaient au même jour dans chaque mois égyptien ; par exemple , pour Ptoléméc Épiphane , le 17 et le 3o W) : or, le calendrier macédonien ayant une marche toute différente de l’égyptien, il est clair que le premier neuvième des mois grecs ne pouvait répondre «à un jour fixe dans les mois de l’autre calendrier ; donc ces premiers neuvièmes n’étaient pas des éponymes. 11 s’ensuit que le nombre des jours de Fêtes, pour lesquels lu synode fournit la dépense nécessaire , doit monter à t/'ente-six dans l’année, en comptant les vingt-quatre éponymes.

Après irMvùpou; hpépaç , on lit Si ixdçov ; il peut paraître incertain si ces mots dépendent de ripépa; , ( dans le sens de Sé ixàçov privé; ) , ou bien de eicevrtvtypéva ; la dernière construction me semble préférable : 1° ces mots sont inutiles au sens après ryipx; ; 2° le participe eiaevriveypévx, étant privé du complément 9t éxa'cov , n’offrirait point un sens net , puisque rien n’expliquerait quels sont ceux qui ont donné l’argent : au lieu que 9t éxaç-ou eiaevr,veypévx ypriuxxx, l’argent fourni par chacun d’eux, donne un sens excellent ; et il est inutile de citer des exemples de $uk employé dans un cas pareil.

Suprà , p. j 66. = ® Iriser. Ros. , l. 46-

STÉLÉ DE l’iLE DE BACCHÜS. 385

Ici commence la seconde partie. Comme elle ne contient que les noms de tous ceux qui ont contribué à la souscription, elle ne nous occupera pas long-temps. Quelques-uns de ces noms sont légèrement altérés; mais il est facile de corriger ces fautes: ainsi , lignes 18 et a3, j’ai lu Aptpcàvio; ; et ligne 19, col. 2 , Eeivtaiîrîî ; iTAror cache peut - être le nom 2&>xpaTou. — Ligue ai, col. 2, vriaidnrii , insulaire, peut avoir été suivi de ex Ktbtpou, ou de tout autre mot indiquant le nom d’une île. Je pense toutefois que vrjaiwtrî; pourrait bien désigner un homme né dans l’ile de Chypre qui fut toujours soumise aux Lagides. Si cette conjecture est vraie , ce mot peut n’avoir été suivi d’aucun autre , puisqu’on devait l’employer absolument et par excellence. — Ligne a3. J’ai eu raison de lire Atovüaioç. — Ligne 24. Le nom 4>akov<M2 est dans une autre inscription (n et dans le papyrus BorgiaW). — Ligne 25, col. 2 , j’ai lu 2a>xpaT0'j au lieu de Actxpaî tou. — Lignes 26 et 29, col. 2, j’ai lu HEAAior au lieu de nEAAior, car le même nom se lit plus bas ligne 34- — Ligne 27, le nom IlavéTxo; se rencontre aussi sous la forme Ilaviaxt'wv <3) ; on verra , dans l’appendice , d’autres exemples du nom Ilit/m;. — Ligne 29, Ilpûmwv au lieu de IIpuTuv. — Ligne 3i, Saparct &>v au beu de Zapàr.uv. — Ligne 32, il faut évidemment Aiovûoioç u>

<l) Voyez l’appendice— ® Pag. 12, lig. i ; pag. , lig. ï3 ; et Schow , p 58.= Silprà, p. 3s8.= Sur Aiivueoç et \'0vJanoî voyez M. Boissonadc ( Notice des Manuscrits , X, p. 282 ; et not. ail Eanap. , p. i5o. )

Keya'Xwvoî.— Ligne 33, toteoti est analogue ^ rovtothc du papyrus Borgia (,) .

Cette liste de noms, parmi lesquels il en est plusieurs d’Égyptiens , pourrait donner lieu sans doute à des remarques intéressantes de la part d’un orientaliste; je me borne à deux observations:

1“ Le premier nom est celui d’Héroïde, fils de Démophon, le capitaine des gardes-du-corps. Deux lignes après, on trouve successivement Papias fils d’Ammonius, et Denys fils d’Apollonius; comme ce sont les mêmes uoms que ceux du prostate, dugrandprêtre et de leurs pères , il est difficile de douter que ce soient les mêmes personnages; d’où il résulte que le prostate et le grand-prêtre du collège sont au nombre des souscripteurs , et l’on peut conclure encore qu’ils sont également compris dans le nombre des Basilistes dont les noms doivent être soussignés, comme il est dit plus haut.

a0 Parmi les noms des Basilistes, on en distingue quatre qui sont purementégyptiens, tels que Péteaioesis, Psenchnubis, Psenoèris , Pachnotès ; c’est une preuve que les Ptolémées admettaient les Égyptiens aussi bien que les Grecs aux titres honorifiques, ou aux fonctions de l’état, selon le sens qu’on adoptera pour le mot Basilistes dans les deux cas, le fait qui résulte de notre observation est encore du nombre de ceux qu’il importe de signaler. Le mélange de Grecs et d’Égyptiens , parmi les signa-

(0 Pag. 10 , lig. i3 ; il, 1. ao 18 , 1. ai. = • Suprà, p. 358, 38o.

STÉLÉ DE L’iLE DE BACCMUS. 387

taires de la pétition , est sans doute la cause de la double expression qui a été donnée aux noms des divinités égyptiennes : il faut remarquer cependant que le nom égyptien précède le second -, et l’on voit que les Grecs, contribuant, comme les autres, aux frais des sacrifices en l’honneur de ces dieux de l’Egypte, ont tenu à ce que la synonymie convenue entre les noms égyptiens et grecs , fût consacrée sur le monument : on peut conjecturer que s’il n’y avait pas eu de Grecs parmi les signataires , les divinités n’auraient été désignées que par leur nom égyptien.

On a vu, dans l’explication de l’inscription d’Ontbos (l> , que des employés civils et militaires construisirent un sécos (î) à une divinité qu’ils ont désignée par la double expression égyptienne et grecque , Aroéris Apollon , c’est-à-dire , précisément «le la même manière qui a été employée sur la s télé de l’île de Bacchus. Gette similitude nous autorise à penser que ces employés étaient, comme les Basilistes , mêlés de Grecs et d’Égyptiens j ce qui nous amène encore une fois à la conséquence que les Ptolémées admirent fréquemment les derniers aux emplois publics, civils ou militaires.

Supra , p. jH. — m Suprà , p. 87.

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