‹ Recherches pour servir a l'histoire de l'Égypte pendant la domination des grecs et des romains, tirées des inscriptions grecques et latines relatives a la chronologie, a l'état des arts, aux usages civils et religieux de ce paysChapitre 65 sur 84 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

De la tournure elliptique des Inscriptions gravées sur la façade des temples.

On a* dit et répété dans le grand ouvrage de la commission d’Égypte : « Si les auteurs des inscri- » ptions des temples eussent voulu dire qu’ils avaient » bâti la portion d’édifice qui les portent, ils n’au- » raient certainement pas omis les mots qui devaient « exprimer la nature de l’opération dont ils vou- » laient perpétuer le souvenir. » Je réponds : « On » a omis ces mots , parce qu’ils étaient complète- « ment inutiles , parce que le fait était évident sans » leur secours. » C’est ce qu’il s’agit maintenant de prouver.

5 I. Vues généralei sur la nature des ellipses admises dans les inscriptions grecques.

Le style lapidaire était naturellement fort elliptique -, mais les nombreuses ellipses qu’il admettait

devaient n’entraîner aucune obscurité pour personne. Comme les inscriptions étaient faites pour être entendues de tous , il fallait que la pensée* ou le fait qu’elles rappelaient fussent exprimés de la manière la moins équivoque : c’est assez dire que ces locutions elliptiques ont dû n’être employées que dans les formules consacrées et connues de tout le monde. Ainsi, quand sur la base d’une statue on écrivait le nom d’un personnage à l’accusatif, suivi du nom d’une ville ou d’un peuple , sans aucune indication de verbe , personne ne pouvait se tromper sur l’idée qu’on avait voulu exprimer. Telle est , entre mille exemples du même genre, cette inscription trouvée par Burckhardt sur un piédestal à Misséma <l> :

neTOVCIONETAUMON

XAer<t>A<MP4>AINHCI01

« Les Phænésiens [ont élevé cette statue] àPétu- »> sius Eudcme, tribun de la légion Flavia Firma®\»

Travcls in Syria , etc., p. i 18. = w Cette légion était la xvie , comme on le voit par deux autres inscriptions que Burckhardt a découvertes en ce lieu : elles ont toutes deux le même objet , et c’est le même personnage qui les a placées chacune sous une niche dans laquelle était la statued’une déesse : on les rétablit facilement l’une par l’autre ; je me contenterai d’en citer une : virip nuxripizc xat vUnt xùv xvptcuv, A. Ajpri'Uoi p \ty. if 4>X. «tu. rr.v Eieiv àvtîiixiv : c’est-à-dire : a Pour x le salut et la victoire de nos seigneurs empereurs, L. Aurèle » Maxime, tribun de la xvie légion Flavia Firma , a placé ici la o statue d’Isis. >i Les empereurs ici désignés doivent être M. Aurèle ctL. Vérus, dont les noms se retrouvent sur plusieurs autres dédicaces, recueillies par Burckhardt dans cette même contrée;

JJl4 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES.

La phrase revient à ÏIsïovoiov zroàs vJ> àvoptàvu

(ou bien zrizoù én/fptelvToç àvxçàauj èztpr^av ; et ces diverses locirtions, selon les rapprochemens consignés dans la note ci-dessous , sont identiques avec cette autre : Ylezo'j(Jiov...àviçri<ja.v ou «véSrjy.av, mots qui présentent exactement la même signification : on trouve encore, mais plus rarement içcivcuM , au lieu de «vif «vat , comme dans cette inscription , trouvée par

et je pense que les mots ürcio vixxj se rapportent à l’expédition de L. X érus contre les Parlhes, en i6a-i65. La sigle p doit signifier ou tribun , comme la sigle x ; car une

autre inscription relative au même l'étusius , qui est mentionné dans le texte (/n/ni, p. 43 * -), porte : iyjçviiTo; m-rouortou Eitftipou P >!-/. I [-] <t>X. t1- ( Burckhardt , Trav. in Syria.etc., p.»40, où la sigle p dpit avoir lë même sens que X dans l’inscription des Phienésicng. — Eiviv civtêxxiv est la même chose que rb Eîtri- Jo; iyoàj i% btvtêxxiv. I-a seconde inscription porte Eiabvriv àvj- Sr,y.!ii , et l’on trouve dans Reinésius Stav M ayxptjiiz Tl. iow.tot

Ivf àvi$n* s ( I. 129, i56.),d’où l’on voit que àvxfitîvaï

Ttvx revient à svxOeîvat ctxôva tivi : on en trouve ailleurs des exemples ( Marin. O.ron. , XX\ 111,5; CLXXX1. — Spon, Mise. ernd.it. , p. 3a t. — Chaudlcr , inscr. antiq. , part. I , n°*4o. )

La locution àviî-ivxi rivà a été employée dans le même sens , pour àv. cixbvx Ttvi ( Marmor Oscon. XXV. — Chandler, part. I, n° 70. ) ; on trouve aussi âviç-oivxi rivà ix àvépiôxn (Spon , Mise, érudit. , p. 335 , n° XLI. ) : de même le mot àviçaatf , employé absolument, signifie X érection d'une statue (Spon, p. 34o, 11“ LXII ; 34 1 > "" LX1V. ), àviçaujit àvipimno; { Id., p. 34 > , n° LXVI. — Peysonnel , Voyage à Thyatira , p. 390.)

W Henri Estienne cite l’exemple ç-xflüvxi jy iyopi , tiré d’Aristote.

Burckhardt>ll> à Bostra, et qui paraît chrétienne, à en juger par la croix qui précède le mot etiiee:

* ETHEEEABINIANONTONAOIAIMONHrEMONFlA AN0EVEPrEDIHEfiriOAIEHE<I>ETEPE.

Ce sont deux vers :

2.- fiai laëivi avàv u) tov àoîiipov riytpovfia. a> àvS’ t4> eiiepyeairn fi 7:0X15 r> atpnipi].

« Sabinianus, l’illustre gouverneur, a été honoré » de cette statue par sa patrie , en récompense de » ses services, n

Entre mille autres exemples que je pourrais citer de l’ellipse du verbe en pareil cas , je me bornerai à l’inscription sculptée sur l’acrotère du portique dorique, à Athènes : 6 SfjuLoç Aovxtov K xiax^a «ùtoxparopa Bioj xo'j 2îêaroû Kaîaxpoi wlo'v t5)j elle présente la même ellipse que la précédente. L’omission ou l’emploi du verbe , soit àviçr,at , soit àvéSriy.e , ou èzifxriae , était une chose absolument indifférente , qui ne rendait jamais une inscription ni plus ni moins claire. Une autre ellipse encore plus forte, c’est celle du nom du peuple ou de la ville qui avait

Travels in Syria , etc. , p. a3l. = M C’est-à-dire : Î-ijj* Tr<v £t/.ova SaStvcavw ou SaêtvtavoO. ( Diod. Sic. 9 XX, ioo , Anthol., II, p. 1 4 1 • Jacobs.) — ® La forme {lytpovsiiç au lieu de à'/tftùv se retrouve dans une autre inscription métrique ( Pocock. , Inscrip. Ant, p. 44>n° — Jacobs, Anlhol., T. XIII,

p. 769. ). = Cette faute d’orthographe tient peut-être à la prononciation du pays : il se peut également que ce soit une inadvertance du graveur , analogue à celles qu’on trouve souvent dans les manuscrits ( D’Orvill. ad Charilon. , p. 3oa. Lips.)— Stuart, Antiquités d’Athènes, T. I, p. 20 , trad.franç.

4l6 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, élevé la statue, comme dans un monumept déjà cité: Baut Xéa IkoXîp.aîov, Seiv EvTtaTopot, ÀtfpoStvr, a> ,• ce qui signifie [ ri 7:0X14 Ilayc'oiv ] f3astXé* llToXspafov , 5eov Eù~axopa [ toü ùvopixvxzi àvaçccasi èrtpr^e , xai xàv àvSpidvxa àtpupuaev ] ktppoâ itri 0>. Ici on a sous-entendu le nom de l’objet , le verbe exprimant l’érection delà statue, l’autre verbe qui indiquait.la consé^ cration de la statue à Vénus, enfin le nom delà ville qui érigeait le monument C3) : et cependant, de toutes ces ellipses il ne résultait pas la moindre incertitude ; car l’accusatif fiacù.éa suppose àvédrixe ; le datif kfpoiizr, appelle dytépuoe (4) ; et le sujet de ces deux verbes ne pouvait être que 7:0X14 ou oüpoç (S) ; ces mots, qu’on trouve souvent sans complément , ne pouvaient jamais s’entendre que du lieu où le monument se trouvait.

La même observation, s’applique à des monumens d’un autre genre, aux médailles, sur lesquelles on trouve, tantôt 3eov Kctioapa, tantôt Beôv Kaioapx ri 7:0X14 , tantôt enfin Beov Kaéxapac n 7:0X14 itipr )<je : ces diverses loCulious reviennent absolument au même , et ne sont pas plus claires l’une que l’autre $ elles

W Suprà , p. i3o. — ® Sur cet usage de consacrer à une divinité la statue d’un personnage , on peut voir Vandale.

( Dissert., p. 4°5, ^06. ) = w Comme dans celte autre inscription : iouXwv 0«oJ«pa» àpsrr.ç ïvfxrv , 5ioïj. ( Ap. Vandal. Dissert. , p. 4°5. ) = w Dans un marbre d’Oxford , on trouve le seul verbe àviOr.xe avec le double sens : Osifoxç or.... miOr.xav ÀrrôXXuvt ; c’esl-l-dire , 0. à. xai aftiçiuaav AitoXÀwvt. ( Marm. Oxon. CLXXXI.) = w Suprà , p. ufa.

représentent également l’idée que la ville a fait frapper celte médaille en l’honneur du prince.

Ce petit nombre d’exemples , que je pourrais multiplier à l’infini , suffisent déjà pour établir cette proposition, d’ailleurs fondée sur le bonsens, «que, » dans les formules connues et consacrées, l’emploi » de la phrase elliptique, ou celui de la phrase com- » plète , était indifférent et, pour ainsi dire, ad » libitum. »

Il ne sera pas inutile d’appliquer cette théorie à des exemples complètement analogues à ceux que présentent les inscriptions des temples égyptiens ; et, pour cela, je citerai plusieurs inscriptions grecques gravées sur la façade de temples et d’autres édiGces publics.

Remarquons d’abord que les inscriptions de ce genre ont nécessairement pour objet» d’exprimer l’une de ces trois choses , soit la construction et la dédicace d’un édifice commencé auparavant ; soit la réparation d’un édifice ancien; soit l’achèvement et la dédicace d’un édifice laissé imparfait ou sans destination arrêtée.

Dans les deux derniers cas, l’ellipse du verbe aurait trompé le spectateur ; aussi l’exprimait-on toujours : de là ces locutions fanum à inchoatum

perfecit et dedicavit (1) vetuslate conlapsum (î) ,

corruptum C3) , consumplum t4> restituerunt , ou

m Reines., II , 3g.= ® Gruter, VII, a; XLVIII, 3, LVIII, 4- =* w G rater , I. = » Id. I.XXXIV, 6.

4l8 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES.

bien ex vetustale reslituerunt , etc. De même en "rcc j telle est celle inscription de Laoilicée :

[ ÂÙTOxpâiopi TY]tc«> Kaiffapt Itotxçü Oùfoirafftavâ» , uTicàto Z , avroxparopo; [Oùeairaotavo'j t]où[3-£&]ù vieil, xai tw Aripco' Neixdç-peczos Avxieo roù ’Nsixoçpxxov vswtepoî t* Xov** toXi'Ôov ex rû>v i6mv àvéSr,xtv zi ■Kpooïefyavza xoü ipyou zû.eiûaavzo; Neixog-patou toü xXripoycp&v aàrcû' xaOiepuaavroi Motpxoi/ OùXruou T paix vo'j zoû àvOvzâzov . »

C’est-à-dire : « A l’empereur Titus Ce'sar Auguste » Vespasieu , consul pour la septième lois , fils du » divin Vespasieu, empereur (î) , et au peuple: » ISicostrate , le plus jeune lils de Lucius [ ISicos- » trateC3)] fils de ISicostrate, a construit <4> à ses frais » cette porte en marbre t5); ISicoslralc, son héritier,

Chaudler , Inscript. Anliq., Part. I , n° LXXVIII. = W Vespasicn mourut le a5 juin 79. La date de l’inscription appartient à la seconde moitié de cette année.= y) Supra , p. 377. = W On ne peut traduire autrement otytÔr.xn; voj. plus bas p. /Jao.= La lacune en cet endroit a été remplie diversement. Smith lisait toütov tov XiSov : Chandler t[ov ôjÀov [toStov toï] \i$ ov ; leçons qui ne me paraissent pas présenter uu sens bien net , d’après la tournure de l’inscription et la place qu’elle occupe ; car eHe est placée au-dessus d’une voûte ou arcade en marbre d’un cirque ou d’un amphithéâtre, in fomice marmoreâ circi seu amphithealri : et en effet , on voit bien par l’inscription même qu’il s’agit d’un ouvrage considérable ; ce doit être une des entrées principales du cirque ; et , en conséquence, je propose délire ri>[v rru]X<ûv[« X«ux]ôXi0ov, cette porte en marbre. L’adjectif XtuxéXtôoc ( marmoreus ) , assez rare dans les auteurs , est employé par Strabon ( V, p. 36i . C. ) ; mais on le trouve plusieurs fois sur les monumens : XiuxôXtSot çtqXu se lit dans des

» ayant achevé ce qui restait à faire ; et M. U. Tra- » jan , proconsul ll> , ayant fait la dédicace. »

Les circonstances de construction , d’ achèvement, de dédicace y ont été soigneusement exprimées, et aucun verbe n’a été sous-entendu. Une expression analogue se trouve dans cette inscription latine : M ATR I. DEVM. ET . ISIOI. C. MENA TI VS. C. F.FAB. SEVERVS. FANVM.REFECIT.ET.PRONAVM.DE.SVO.FEC1T (®. « A la » mère des dieux et à Isis, Caïus Méualius Sévérus, » fils de Caïus , de la tribu Fabia, a refait le temple » ( le naos ) , et construit le pronaos à ses frais. » Cette inscription est assez curieuse, en ce qu’elle nous fait voir qu’un temple antique, grec ou romain, pouvait rester , pendant un temps quelconque, sans avoir de pronaos ; car celui du temple d’Isis avait été ajouté après coup et assez long-temps après la construction du naos , puisqu’on fut obligé de le refaire à cette époque. Le même fait résulte d’une inscription grecque analogue (3).

C’est pour cette raison que , dans les inscriptions d’Antæopolis <4> , de Kasr-el-Zayan U), «le l’enceinte

inscriptions de Magnésie ( Ap. Pocock., Jnsrr. fini. , p. 17 , n° 3.) , d'Qlbiopolis ( Ap. Kaoul-Rochette , Autiq. du Rosph., p. aoa.) , de Sigde ( Ap. Chish., Ant. Asiat. , p. 5a. )

(I1 Ce Trajan est le père de l’empereur. ( Eckliell , Doclr. RTum. , VI, p. 435.)= 01 Gruter, XXVII, 2. — Musæum Véron., p. 82, 3. = w Spon , Miscelt. endit., p. 363. Elle commence par n. AltiiNHloznvAlMUPElsxoz. Spon et Vandale n’ont su que faire des lettres nrxiM qu’ils prennent pour le nom propre Pyœm ; il faut ponctuent. A. AIM, et lire n«»rXiou viijç Acuùiçr. = w Supra, p. 67. = ® Suprà , p. 238.

4^0 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, du Sphinx u> , où il s’agit d’une simple réparation , les verbes àveveéxjavzo , ex xatvÀ; xaziuxtvdaQr) , àj:oxazéçriaev , ont été exprimés soigneusement.

D’où l’on voit que les inscriptions dédicaloires , où se trouvent simplement les mots e’jro îriectv , xatreoxEvaaav , àvéSrixav , àvrjxav , ne doivent s’entendre, ni d’une réparation, ni d’une restitution , ni d’une simple dédicace. Tous ces verbes représentent la même idée exprimée diversement; inoitjaav, xarre- CTxfvaffstv , àv£0r;xav , àvrjxav h) , àvéçr^a.v , indiquent qu’on a fait l’ouvrage que l’on dédie ; ou que l’on dédie l’ouvrage que l’on a fait : la double idée est comprise également dans tontes ces expressions; c’est ce qui ne sera mis en doute par aucune personne un peu versée dans la connaissance de l’antiquité. Après l’exemple rapporté ci-dessus C3> , il me suffira de citer, pour le sens de àve'fitixe, une inscription bilingue, trouvée à Magnésie du Méandre,

où la formule grecque Apréptit Eoeala m yé^t/pav

ex twv tài ;mv àviOr.xs est rendue dans la partie latine,

par les mots Dianœ Epliesiœ ponte m de sua

pecuniâ faciundum curavit M). Ainsi, «véSrixe a le même sens que ènotwe , qui signifie également , comme on l’a vu plus haut, faciundum curavit <5). Je ne connais pas d’exemple où le verbe ôvéÔJixe ,

MSuprà, p. a4a> = ® Diod. Sic. , XX , 100. — Plut., in Timol. , § 3g. = ® Supra , p. 4 > 8 , not. 4- = ® Cliandler , Inscr. Ant ., part. X, n° XXV. — Cf. D’Orvill. , Obsen >. mise. IV, p. 343 , seq. =r ® Suprà , p. a34.

précédé de ex tûv iiiwi , ou bien employé seul , ne doive s’entendre de la construction même de l’édifice, et ne comprenne la double idée de faciundum eu ravit dedicavitque.

§ II. Exemples identiques avec ceux des inscriptions de Te/itjrris , dOmbos , d Anlœo polis , et de Pano polis.

D’après le soin que les anciens avaient toujours d’éviter l’ellipse du verbe , q uand il était question de réparation et de restitution , parce qu’il devait en résulter une équivoque, on conçoit que quand ils ont admis cette ellipse , c’est que le sens était évident pour tout le monde; c’est qu’il n’était question ni de réparation , ni d’une simple dédicace. Ainsi , par exemple, l’inscription du propylon deTentyris, les gens du pays à Jsis, le pmpylon , signifiait, pour tout le monde, ont élevé le propylon : chacun suppléait à son gré l’un de ces mots, èitoiriaav , àvi6nxxv, xazeaxs’jecaav ; mais tous suppléaient la même idée, parce qu’en effet l’inscription n’en pouvait présenter qu’une seule.

11 faut appuyer ces considérations , purement rationelles, d’exemples positifs, absolument identiques avec ceux des inscriptions qui nous occupent; de ce nombre sont celles dont l’objet est d’apprendre que tel ou tel a élevé un tombeau ou accompli un Vœu , et daris lesquelles les substantifs ri npeSov, trîv Ù>x.t;v (1> , ri ^aptçijpiov w> ne sont suivis

w Gmter , DI. XXXV , 9. = » Reines., I. 73.

FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, d’aucun verbe, soit iitotwav ou xareoxs ûaarav , soit txviôrixav ou ex-rtaai/ , sans que les auteurs de ces monumens aient eu la moindre crainte que personne put se méprendre sur ce qu’ils voulaient jlire.

I. Je citerai d’abord une inscription trouvée à Olbiopolis, sur le bord du Pont-Euxin U) : Ôpovzri Acaêou m Atoutiihiz otY.ov6fj.oz èx itôv t’Jiuv nv è&Spotv. « Pour Oronte lils d’Ababus , Diomède son régis- )> seur T a fait construire 1 cet exèdre à ses propres »» frais ». »

Il est de toute évidence que la phrase revient à h. Tciv iimv erotriaty : il n’est point question là de dédicace ; et Diomède savait très bien que personne ne se méprendrait sur le sens.

Cet exemple nous fait voir comment on doit entendre l’inscription trouvée dans l’île de Milo, publiée et restituée par M. de Clarac : BâY.yjioz Auoo ùn6yo[u.vx'jizpyr,a]x; zciv zs ÉÇéiïptxv xai zô [üpôvaov] Épuaï xat HpaxXzt. « Bacchius fils d’Atius [ou Attius],

ll> Chandler , lnsc. Ant. Append. IX. = ® Cet Oronte , (ils d’Ababus , est le personnage en l’honneur duquel fut rendu le décret des Byzantins , publié par Chandler et Clarke . et dont un passage a été savamment expliqué par M. Raoulnochctle ( Antiq . du Bosp/t. , p. i65. ). Ababus , le père de cet Oronte, est le même qui fit construire un portique à Olbiopolis , comme nous l’apprend une inscription rapportée par Clsrkc et dans les Antiquités grecques du Bosphore ( pl. Vil , n" 3.). M. Raoul-Hoe bette soupçonnait avec raison l’identitc tics personnages mentionnés dans ces deux monumens. L’inscription que je rapporte ici ne laisse aucun doute sur cette identité. = l5) Sur la l'vnus de Milo , p. a5.

» après avoir été sous-gymnasiarqne, a fait construire » cet exèdre et le [pronaos du temple] à Hermès et » à Hercule. »

II. On lit sur l’architrave d’une des portes extérieures de l’Acropolis d’Athènes : mapkeaainoe

♦ AAMKAIAnOTnfiArillVOSETnNEKTUNliiaNTOrïnrAnNAS THIHOAEI (,) : <P).cî€i oç lenripto; Mapxetàîvo; Qlaurv xxi àr.ô xùv àyrj)vo9trü>v , ex xûv iitaiv tous ruXtüva; tri 7rô—

).£i ; ce qui ne peut signifier que « Flavius Septimius » Marcellin, llamine et ex-agonothète [ a fait con- » struire] à ses frais ces portes m de l’Acropolis t3>. »

Sans nul doute ce personnage tenait à ce qu’on ne se méprît pas sur la nature des travaux qu’il avait fait exécuter; et cependant il a négligé de mettre le verbe èitolrtat.

1H. Un quatrième exemple nous est fourni par une inscription trouvée en Chypre, et où la double idée de construction et de dédicace est comprise évidemment , quoique le verbe manque : Ait Kepxvvéj) , Aypoiïixp , IIoO.si , Anuy , Ouovotx, Abavia , x xi Aiia.via.v0' -ri; ç-oà; xai xà r.âvxa iv xbxxïi èx toü lilov H>.

«A Jupiter Céraunius, à Vénus, à la ville, au

(1> Wheler, p. 4*7- — Leake’s topogr. of Athens , p. 102.=

® Sur le mol irukùv , voyez plus haut , p. 28. = ® Ceci prouve que le mot a été employé assez tard pour désigner l’Acropolis d’Athènes ( Thucyd. , Il , i5; V. 18 , 23 , 47- )• Cependant il parait que du temps de Pausanias , cette acception du mot rr n’était plus d’usage ( I. 26. ). Ainsi l’inscription doit être plus ancienne que ce voyageur. = Ap. Hammer , t Topogr. Ansichten , p. 176.

4ï4 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES.

«peuple, à la Concorde, A vania et Avanianus [ ont » fait construire ] de leurs deniers le portique et « tout ce qu’il contient. » Elle est complètement identique pour le sens avec celle-ci, trouvée dans la Troade lu , et où les deux verbes exprimant la construction et la dédicace, ont été très soigneusement

exprimés : Ttôsptw KXav&u K.aîaapi xal rn ASrjvà rn

I'mx'Jl Tt ëipioi K/aûoio; xal ri yvvh air toû t r,v

çoiv y ai zi iv avzp r.dvza xazaaxtodaavztz ex zcov tâiwv àvé9r,xav m : sans ces deux verbes, la précédente inscription est tout aussi claire : la phrase est moins complète ; mais les propositions sont les mêmes.

IV. Cette ellipse existe dans d’autres inscriptions gravées sur des colonnes du temple de Labranda en Carie j elles occupent la place d’un panneau quadrangulaire, encadré au seul endroit de la colonne qui n’ait pas été cannelé. Chaudlcr <3) en a rapporté deux qui ont été reproduites dans les Antiquités ioniennes l’une porte : Aéwv Aéovzoz Koïvtos <5) çvpavr^opùv intoayjcszui; zov xeiova altv aneîpp xai xeyalfi; c’est-à-dire : « Quintus Léon , fils de Léon , a fait » faire cette colonne avec la base et le chapiteau, » conformément à sa promesse. » L’autre : M«vsxpoizriz Mevsxpaxou; 6 àpyjaxpoz (6) t»; r.ôleuz çeyavri-

(1) Daus Clarke’s Travels , II , p. go. — Le Chevallier, Voyage en Traaile , III , p. 3ia. = l2) Cf. Eunap. , p. go, ed. Boisson. = 01 Iriser. Ant. , part. I , n° LIV. = w Ant. of J onia , p. 5y. = w i Suprà , p. 176. = ® Le litre de ap^iarpot se trouve dans une autre inscription. ( Ap. Villoison , Acad. Inscr. , T. XI.VII , p. 286. ).

tpopûv tgv xi'ova axiv ar.eipp xai xe^alf, , npovo/idapiév»]; t>:î Suyazpèi «vtgû Tpi/^atV/j; t>5; xai avufc ftyavrifôpov xai yjpvaaiâpyou : .< Ménécrate , fils de Ménécrate , » premier médecin de la ville, stéphanophore a » fait construire cette colonuc avec la base (1) et le » chapiteau, par les soins de Trypliènc sa fille, » elle -même stéphanéphore et gymnasiarque. » On voit que lorsqu’on construisit le temple de Labranda, qui est du temps des Romains, plusieurs particuliers s’engagèrent à faire la dépense de diverses parties de cet édifice, et entre autres celle de plusieurs des colonnes de la façade , et obtinrent la permission d’inscrire leurs noms sur la colonne qu’ils avaient élevée à leurs frais. Une inscription d’Oxford contient une liste de personnes qui se sont engagées ( ii-éay/jv-o ) à faire exécuter à leurs frais telle partie des travaux publics W). L’un, entre autres, s’engage à faire une colonne avec sa base et son chapiteau : noufosiv xetova abv ar.sipoxt^oû/p ; ce dernier mot, qui peut-être revient au azteipa xai xeçaW; (3> des autres inscriptions, me parait sans exemple. Quoiqu’il en soit, il est évident que le verbe izioiriciv est sous-entendu dans celles de Labranda.

(1) Il résulte de là que aitttpa ue se disait pas seulement de la base d'une colonne ionique , comme le prétend Foliux ( YII , 1 1 1 . ) : ce mot s’employait d’une manière plus générale pour la base de toute colonne , ainsi que le spira des Latins. = *** Marmor. Oxon. , n» X , ed. Maitt. = ® On pourrait supposer aussi, et avec vraisemblance, que a-ntipoxifaloi signifie un chapiteau ionique ( à volutes).

FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES. Nous trouvons ce verbe en effet dans d’autres inscriptions, absolument semblables, que Burckliardt a découvertes sur un temple antique à Aatyl , dans l’ancienne Auranitis : « Ce temple est de petite di- » mension , mais de construction élégante. 11 a un » portique (ou pronaos) composé de deux colonnes » et de deux pilastres , en avant desquels se trouve >1 un piédestal destiné pour une statue U). »

D’après cette inscription , ou voit que le temple est de l’espèce de ceux qu’on appelle in antis , ou tv TTapaç-ot'atv en grec. Sur la base de chacun des deux pilastres ou trouve une inscription ; l’une d’elles, à peu près entière, est ainsi conçue:

rnEPEOÎTin’IAT.KTPIOVKAlEA OE A NTOÎNEt NO VEEBAETOVE EEBOr.OVAAAHAOSMAOEÏOlT.rO A.AIIAOlTAEnAPAETAAAEKAIKIO AK AITOEU ANtfAlTûJNEnirTTA I A KA1 K... EEKTûjNIAlrfNEHOIHEENETOrC

AIANTefNElNOTKE

Les fragmens de l’autre prouvent qu’elle était identique; on lira : Yr.kp aw-yjpt'a; xvpiou Kaiaapo; A vtmveiWj v Eùasêoü;, ObdoorYoi MaSst'ov toû Oùa oorr

Xou îà; itctpctçàiïai xai xtovx /.ai rà èiravw aùtwv èt:iç\iha /.au (Baasi; il eot'wv èzùîrtaev , sTtou;... Avtmvei'vov Kaiaapoç. « Four la conservation du seigneur César Anto- » nin, Auguste, Pieux, Yaddelus, fils de Mathias, » fils de Yaddelus, a fait faire, de ses deniers, les

M Hurrkhai dl , Tmvels in Sjrria , etc., p.

LEUR STYLE ELLIPTIQUE. 4a7

» pilastres u> et la colouue, avec leurs entableinens et

» leurs bases, dans l’année 'd’Antonin César.... »

L’autre inscription , étant absolument semblable , comprend dans son énoncé la seconde colonne, avec l’autre pilastre , en sorte qu’il résulte des deux ensemble que le portique entier a été construit aux frais de Vaddelus. On a mis rà{ ir apaç-ada? au pluriel, probablement parce qu’à chacune des deux antes , il y a deux pilastres , l’un sur la façade, l’autre sur le côté : dans le vers d’Euripide 0) ( Àdpaç-ov 8' rjl9 ov tii itxpaç-ccioti) , ce mot, qui ne signifie pas portique en cet endroit, ainsi que l’a fait voir Valckenaer, pourrait bien s’entendre , non des colonnes , mais des pilastres formant les montans des portes du palais.— Les mots xi èreavw aùxwv èniç-xiha. sont pris dans le sens général d’ entablement ; c’est une signification assez ordinaire au mot i- nç-vXtov w> , quoiqu’il s’entende quelquefois de l’architrave en particu-

<l> Ai jtapa-iJi; répond au parastaticce des Latins ( suprà , p. 365. ) ; n nxpaçàf paraît signifier vestibule dans certaines inscriptions, où il est dit quelles seront gravées iv rfi nxpx'xfi rü np'o t où àpytio'j ( Ap. Chandler , Inscript. Ant. , part. I , n° LX ; LXI; LXVI.) : à moins qu’il ne (aille entendre par là l 'album où les actes publics étaient exposés : on en trouve un dans les ruines de Poropéi , placé en avant de l’édifice appartenant à la corporation des Foulons : c’est une longue façade divisée par des pilastres , entre chacun desquels on gravait ou l’on affichait les décrets et autres actes de l’autorité. J’en ai vu le dessin dans la belle collection deM. Mazois. = ® Euripid., Phœnis. , v. 4>8; ibi t Valcken. — ® Wincketman , Observ. sur ü Archit. des anciens , ch. II, J i4-

4*j8 faits relatifs aux inscriptions des temples.

lier (,\ — Les lettres K e me paraissent devoir se

lire BAEEiE ; car il n’y a rien de plus commun que la confusion du b et du K (2) : et par ces bases il faut entendre les piédestaux placés , selon Burckliardt , en avant des deux colonnes et des deux pilastres , comme on le voit à la grande colonnade dePalmyre, dans plusieurs des monumens de Pompéi et ailleurs. — 11 est vraisemblable qu’on doit lire ka au lieu de ke, et que c’est le commencement du titre kaiïapoï. Comme l’année manque, on ne peut déterminer l’époque précise de la construction du pronaos. Tout ce qu’on peut dire, c’est qu’il a été construit entre les années i38 et i(ii de notre ère.

Une autre inscription du même genre a été découverte par M. Mazois, dans les ruines de Pompéi : ce savant architecte y a trouvé la moitié d’une belle colonne ionique, en marbre veiné, avec son chapiteau en marbre blanc: au milieu du fût, on a disposé une sorte de cadre, dans lequel se lit celte inscription , que M. Mazois m’a communiquée :

* De Sud Pecunid Faciundam Curaverunt.

(l> Àthen. , Dcipno ». V, p. io5. C.= (a) Boissonad. ad Eunap. , p. i^fi , 229.

« L. Sépunius Sandilianus fils de Lucius, M. He- » rcnnius Epidanus fils d’Aulus, duumvirs, ont n fait construire [ cette colonne ] à leurs frais. »

Tous ces exemples mettent hors de doute l’ellipse du verbe èr.otriaev, dans les inscriptions de Labranda.

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