‹ Recherches pour servir a l'histoire de l'Égypte pendant la domination des grecs et des romains, tirées des inscriptions grecques et latines relatives a la chronologie, a l'état des arts, aux usages civils et religieux de ce paysChapitre 67 sur 84 · CONCLUSION DE L’OUVRAGE · texte numérisé non relu

CONCLUSION DE L’OUVRAGE

§ I. Examen du sens général des Inscriptions gravées sur la façade des temples égyptiens.

Il est donc prouvé par des exemples analogues , pris dans les diverses contrées où l’on parlait la langue grecque , que la tournure elliptique admise dans quelques-unes des inscriptions de ces temples ne faisait point équivoque, et qu’elles ne présentaient qu’une seule idée à ceux qui les lisaient.

Cette objection levée , il faut maintenant examiner toutes celles qui ont été mises en avant: il est facile de prouver qu’elles reposent sur de simples raisons de convenance , auxquelles ou peut en opposer d’autres tout aussi fortes , ou sur un exposé inexact des faits; ou enfin qu’elles sont contraires à des faits positifs qu’on n’a pas connus.

I4™ objection. « Strabon parlait des édifices de » Tentyris, sous le règne d’Auguste; donc l’inscri- »i ption grecque du grand temple , laquelle est du » temps de Tibère, ne peut exprimer autre chose que

{1> Supra , p. 4io.

434 FAITS relatifs aux inscriptions des temples.

» la dédicace d’un temple construit auparavant u>. » L’argument serait sans réplique, si l’ou n’avait pas oublié de faire une distinction capitale. Le grand temple dcTentyris existait au temps de Strabon, voilà ce qui n’est pas douteux c,) ; si l’inscription faisait mention de l’édifice entier , tout serait dit, et la question décidée pour le sens de celte inscription et c elui de toutes les autres semblables. Mais lesTentyrites ont eu le soin d’y indiquer précisément qu’elle ne concernait que le pronaos <3> et non pas le temple entier. Or, cette circonstance quiannoncc l’intention expresse de restreindre à une partie de l’édifice les travaux Quelconques qu’ils avaient exécutés , fait tomber l’objection ; car il reste maintenant à savoir si le pronaos lui-même existait au temps de Strabon , ou si ce complément de l’édifice a été ajouté apres coup ; c’est ce qui a dû nécessairement avoir beu , dans plusieurs temples égyptiens, comme je l’ai déjà indiqué, et comme je le prouverai ailleurs plus en détail.

Cette erreur de fait a donné beu à d’autres objections du même genre qui tombent avec la première; telle est , par exemple, celle-ci : « Strabon, sous Au- » guste, parlait du temple de Tentyris: est-ce en une » dixaiue d’années que l’on'a construit un édifice qui » est un des plus grands de toute la haute Égypte, et >» couvert de» plus de dix mille mètres carrés de scul-

m Jollois et Devilliers , Descript. de Denderah , p. 58. = « Supra, p. i«6, '87- = <5> Suprà, p. 180.

- » ptures , toutes d’un ciseau parfait a>. >1 i° Il s’est écoulé cinquante-deux à cinquante-sept ans w entre le voyage de Strabon en Égypte et la date de l’inscription de Tentyris, et non pas seulement dix années. 2° U ne s’agit que du pronaos et non du temple. 3° Les sculptures de cet édifice ne sont pas d’un ciseau parfait ; elles sont au nombre des moins bonnes productions de l’art égyptien , et leur style annonce la décadence. Quant à l'immensité du travail qu’exigent de semblables sculptures, il suffît pour l’apprécier de rappeler ici une observation faite par des personnes peu disposées à diminuer les idées qu’on doit se faire de la difficulté des ouvrages égyptiens : « Le portique d’Esné a intérieurement et » extérieurement cinq mille mètres carrés de super - » ficie : en admettant qu’un sculpteur ait pu exécuter » An sixième de mètre par jour , il a fallu cinquante » mille journées pour exécuter les sculptures de ce » portique (3). » Quoique celles de Tentyris soient d’un style bien inférieur , je suppose qu’il a fallu le même temps pour les faire ; je suppose encore que la surface du pronaos de Tentyris soit égale à celle du pronaos d’Esné, et en conséquence qu’il présente une surface de cinq mille mètres carrés : on voit qu’en admettant que cinquante ouvriers seulement ont été occupés à ce travail, il a dû être exécuté en mille jours , c’est-à-dire , en moins de trois ans. Or , il est

Ut Jomaril , Mémoire sur les Inscriptions antiques, p, il. = ,s> Suprà , p. 54. = a) Jollois et Devilliers . Descripl. d’Esné, p. 16 , fin.

43G FAITS RELATIFS AUX I NSCRIPTIONS DES TEMPLES, bien vraisemblable que, pour des sculptures de ce genre, faites sur le même patron, légèrement entaillées sur un grès tendre , véritables silhouettes sans modelé, on employa un bien plus grand nombre d’ouvriers ; et rien ne nous empêche de croire que la décoration du pronaos de Tentyris a coûté moins de deux ans.

Il* objection. « Le mêmeé tat de vétusté, la même » couleur, le meme style, les mêmes matériaux, » la même architecture, une similitude parfaite, » voilà ce qu’on trouve dans tous les monumens de » l’ancienne Egypte (1). » Et l’on en conclut que les édifices de Tentyris, de Pliilæ, d’Antæopolis , etc., sont tout aussi anciens que les autres, et qu’on ne peut pas en reporter la construction au temps dés Grecs et des Romains. Mais que d’observations à faire sur l’énoncé de cette objection!

Ils offrent les mêmes matériaux ! qu’est-ce que cela prouve? en serait- il autrement quand quelquesuns d’entre eux auraient été construits à une époque postérieùre ? car enfin, où aurait-on pu en prendre les matériaux , si ce n’est aux carrières de la montagne voisine d’où avaient été tirés ceux des édifices plus anciens ?f A moins qu’on ne prétende que les carrières de l’Égypte ont changé de nature, comme le pays de domination : auquel cas je n’aurais rien à répondre.

la même architecture! Pourquoi non? il n’y a jamais eu qu’un seul système d’arcliitecture en Égypte;

(') Jomard, Mémoire sur les inscriptions antiques , p. 12.

ce système, fondé sur la religion , a subsisté autant de temps qu’elle a conservé son énergie, et le génie individuel des artistes ne pouvait lui faire subir de modification. Aussi, dans les édifices égyptiens, on ne trouve de différence principale que sous le rapport de la grandeur et delà décoration, toujours subordonnées à la richesse des villes où ils furent élevés , et à l’importance du culte auquel on les consacrait.

Le même style! Sans doute, quant au système général d’imitation , toutes les figures égyptiennes ont été taillées sur le même patron ; et celles d’une même espèce sont assujéties aux mêmes formes convenues et aux mêmes proportions (,) ; à cet égard , les figures du propylon dePhilæ, exécutées sous les derniers des Lagides tt), ne diffèrent point des sculptures qu’on peut regarder comme les plus anciennes. Mais relativement aux détails de l’exécution, que de différences qui ont été récemment constatées par des yeux exercés à la comparaison des différens styles de sculpture ! il est maintenant reconnu que les figures du propylon dePhilæ, du grand propylon de Karnak , du petit temple d’Esné , et du temple de Tentyris, appartiennent à une époque de décadence où le style égyptien, tout en conservant le caractère qui lui était propre , s’était sensiblement écarté de la simplicité de lignes et de formes qui le distinguaient particulièrement. Ainsi l’argument fondé sur cette prétendue identité parfaite de style tient à une erreur d’observation, ou, si l’on veut, à un I -ancre!, Description de Philos, p. 53. — w Supin ,p. 1^7, 1 5o.

438 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, defaut d’expérience de la part des observateurs, qui leur a fait confondre des caractères que des yeux plus exercés ont distingués facilement.

Le même état de vétusté, la même conservation! Cela est contraire et à la vraisemblance, et aux faits constatés. Contraire à la vraisemblance ! car , même dans l’hypothèse où tous ces monumens auraient été élevés avant l’invasion de Cambyse, il serait absurde de croire qu’ils sont tous sortis de terre en même temps , et qu’ils n’appartiennent pas à des époques qui peuvent être séparées par des intervalles de temps plus ou moins considérables; d’où il devrait résulter une différence appréciable dans l’état de leur conservation. Contraire aux faits constatés ! car les auteurs de plusieurs mémoires dans la grande Description de l’Égypte , et presque tous les voyageurs s’accordent à reconnaître une différence marquée dans l’état de conservation des édifices égyptiens : il en est d’infiniment mieux conservés que d’autres , où la sculpture semble sortir de la main de l’ouvrier, où les couleurs ont conservé leur éclat et leur fraîcheur ; de ce nombre sont la plupart des édifices de Philæ (1) , le petit temple d’Esné co , les édifices de Tentyris <3) ; c’est-à-dire , précisément ceux où l’on trouve les caractères de dernier style égyptien : en sorte que la coïncidence de ce style avec le degré plus grand de conservation , forme maintenant un

ll> Lancret , Description de Philæ , passim.= w Jollois et Devilliers , DesaipÜon d’Esné, p. j^. = l5> Les mêmes. Description de Dendernh , p. 61 , 6a.

caractère infiniment remarquable, qui se lie avec 1 existence des inscriptions grecques découvertes sur quelques-uns d'entre eux.

III" objection. « Mais quand même desmonumens » d un âge récent offriraient ces caractères (le même » style, etc. ), il en est un qui leur manquerait tou- » jours ; c’est l’emploi des signes hiéroglyphiques , » des signes sacrés de la religion d’Isis et d’Osiris <0.» Celte objection pouvait avoir quelque fondement à * 1 époque où elle a été laite ; maintenant elle n’en a plus aucun. En principe ,U’on*ne( voit pas pourquoi les Egyptiens, si du temps des Grecs et des Romains ils avaient construit ou complété des édifices sacrés, n auraient pas décoré ces édifices comme le prescrivait une religion qui avait conservé pai'mi eux tout son empire : etj quand on consulte les faits, on acquiert la certitude qu’il n’en a pas été autrement. L’inteUigence des hiéroglyphes et leur emploi s étaient conservés fort tard $ c’est ce que prouvent et 1 inscription trilingue de Rosette, et le décret des Busirilains en faveur de Néron w> : on en décorait les monumens d’architecture au règne de Trajan (:,) ; ainsi rien d’étonnant à ce qu’on les trouve dans la décoration des édifices construits parles Égyptiens sous les Lagides et sous les premiers empereurs : et quant a l’emploi des sculptures symboliques ou des représentations religieuses qui font le sujet ordinaire des bas-reliefs égyptiens , n’avons-nous pas la preuve

*’* Jomard , Mémoire sur lesinscr. antiq. , p. 12. =: ® Supra , p. 409. = (5> Si p ni , p. 227.

440 FAITS RELATIFS AliX INSCRIPTIONS DES TEMPLES.

(à ne prendre que des monumens dont la date est connue) que les sculptures du grand propylon de Philre ont été exécutées sous les derniers Lagidcs ; que celles du propylon de Panopolis appartiennent au règne de Trajan ?

IV* objection. « Les inscriptions grecques de » Denderah , d’Ombos, de Panopolis, etc., sont » placées sur le listel de la corniche. Comment sup- » poser qu’on eût choisi un espace aussi étroit, si » l’on eût fait autre chose que dédier un édifice » déjà construit 40 ? » Voilà encore une difficulté relative et qui se réduit à rien ; car , en raisonnant dans l’hypothèse où les parties des temples, qui portentles inscriptions grecques, auraient été bâties à l’époque que celles-ci indiquent, on conçoit que les fondateurs ne pouvaient pas les placer sur un autre endroit. Leur intention étant évidemment de compléter un édifice dans le style qui lui était propre, il fallait,. de toute nécessité, qu’ils se conformassent à ce que ce style avait de caractéristique et d’essentiel. Or, il était de l’essence de l’architeoture égyptienne, que, dans une façade, la corniche, la frise et l’architrave fussent couvertes du globe ailé, de canelures, de cartels, de figures symboliques et d’hiéroglyphes : la seule partie toujours nue, dans ces édifices, était le listel de la corniche ; c’est-à-dire, la bande qui en forme la moulure supérieure, et qui, dans les grands temples comme celui

11 Jomardt, Mémoire sur les inscr. nntiq. , p. g i<j. — Joliois rl Dcvillicrs, Description de Denderah , p. 91.

de Tentyris, a jusqu’à deux pieds de large. Cette bande suffisait à l’é tendue de la plupart de ces inscriptions qui n’ont que deux ou trois lignes , et à leur objet , puisqu’elles n’en avaient point d’autre que de constater par qui et à quelle époque avait été construite telle ou telle partie d’un édifice ; et quoiqu’on ait prétendu que les inscriptions ont été tracées dans des caractères maigres et illisibles , il faut cependant reconnaître qu’on y avait mis quelque soin , et qu’elles n’ont pas trompé l’intention de leurs auteurs , puisqu’aprés vingt siècles on les lit encore distinctement , quoique placées , en certain cas, à plus de cent pieds de l’œil du spectateur.

On ne connaît que trois exemples d’inscriptions placées sur l’architrave (1) ; ce sont celles de portions d’édifices construites à des époques dont la plus récente est de l’an 109 de J.-C. Ces constructions faites avec économie , soit par les habitans d’une pauvre bourgade, soit par de simples particuliers , ne furent pas décorées avec la même profusion d’ornemensj l’architrave en demeura dégarnie; et comme ces inscriptions, dont la plus courte a cinq lignes, ne pouvaient tenir sur le listel de la corniche, on fut obligé de les placer ailleurs ; l’architrave les reçut.

Après avoir prouvé qu’on n’a aucune raison solide à opposer à notre opinion , montrons qu’elle est la conséquence forcée de faits incontestables.

Les inscriptions de Tentyris et les autres du même genre ne peuvent s’entendre que de l’une de Suprà , p. 174» a3o. 237.

44 2 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, ces trois choses, d’une dédicace, d’une réparation , d’une construction.

Or, il ne s’agit pas d’une réparation , puisqu’on pareil cas l’usage constant e'tait d’exprimer le verbe qui l’indiquait , comme le prouvent toutes les inscriptions antiques et même celles de l’Égypte.

L’idée d’une dédicace nouvelle ne soutient pas davantage l’examen. Ceux qui ont hasardé cette explication seraient probablement fort embarrassés de nous expliquer ce qu’ils entendent par une dédicace nouvelle. V eulent-ils dire qu’on a dédié une seconde fois à un dieu le temple qui lui était déjà dédié? Cette idée paraîtrait singulière aux personnes qui ne sont pas étrangères à l’antiquité : un temple de Jupiter, d’Isis ou d’Osiris, était toujours un temple de Jupiter, d’Isis ou d’Osiris; à quoi bon l’auraiton dédié une seconde fois à ces divinités? Veut-ou dire que cette dédicace nouvelle a été nécessitée par un changement dans l’objet de la consécration d’un temple ou d’une partie de cct édifice; et, par exemple, qu’on eût ôté le pronaos ou bien 1 esécos à la divinité du temple pour le consacrer à d’autres ? Cette explication serait bien invraisemblable encore. Le moyen de croire que dans le temple d’Isis ou d’Osiris on eût ôté le pronaos à ces divinités pour le consacrer à Athor ouàNephthys? Voilà cependant ce qu’il faudrait admettre pour donner une raison quelconque de cette prétendue consécration nouvelle. A la vérité on a proposé une autre solution ; l’on a dit

Supra . p. 4 1 8-4ao.

que les temples égyptiens avaient été dédiés à des divinités grecques ; et cette assertion a été reproduite dans des ouvrages récens. A prendre cette assertion en elle-même , elle est tout aussi improbable que les autres. Dire que sous les Grecs et les Romains, les gens du pays , pour flatter leurs maîtres, ont placé sur la façade de quelques-uns de leurs temples les noms de divinités grecques , ou bien que les vainqueurs du pays ont voulu approprier à leur religion des temples égyptiens , ce serait méconnaître à la fois et l’esprit des Égyptiens et celui des peuples qui les avaient soumis. Mais une raison directe et péremptoire s’y oppose j c’est que dans les inscriptions , on ne trouve que les noms de divinités égyptiennes: ce sont Isis et Sérapis à Parembolé; Osiris à Canopej Sérapis à Cysis ; Antée à Antæopolis ; Aruéris à Ombos; Amené phis à Kasr-el-Zayanj Isis , au propylon de Tentyris. Il y en a quatre autres qui portent des noms de divinités grecques , mais il est de toute évidence que ces noms ne sont que des traductions de ceux des divinités du pays, tels que Pan à Panopolis ; Aphrodite à Tentyris et à Philæ ; le Soleil à Apollonopolis , divinités qui ne sont pas plus grecques, malgré leurs noms, que. ne l’étaient Latone, adorée par les Égyptiens à Latopolis; 7mpiter à DjospolLs ; Aphrodite à Aphroditopolis ; Hernies à Hermopolis; // ercule à Héracléopolis , etc. 11 faut donc absolument renoncer à l’idée d’une consécration nouvelle à des dieux grecs ou romains ; et, avec elle, tombe la seule explication un peu

444 FAITS relatifs aux inscriptions des temples. soutenable, de ces dédicaces ou consécrations nouvelles, expressions hasardées par des personnes très peu versées en ces matières , et disposées à tout adi mettre , excepté que les Égyptiens , sous la domination grecque et romaine, ont pu construire des portions plus ou moins considérables de quelques édifices sacrés ; et cependant nous sommes arrivés , par une voie d’élimination assez sûre, à montrer qu’il est presque impossible de prendre dans un autre sens les inscriptions gravées sur la façade des temples.

Les partisans de l’opinion que je combats , forcés dans leurs derniers retranchemens, n’ont plus qu’un seul refuge, c’est d’avancer que les inscriptions sont mensongères, et faites à dessein de tromper la postérité ; ils paraissent même s’être ménagé celte ressource, comme s’ils s’étaient doutés de la faiblesse de leurs autres argumens ; l’un dit : « Ainsi a été trompé dans son attente la llatterie , » qui voulait faire honneur de ces ouvrages aux » modernes souverains , si , en effet , tel a été le but » de ceux qui ont composé les inscriptions tu. » Les auteurs de la Description de Tentyris nous apprennent : « Que les vainqueurs de l’Egypte ont » voulu prendre en quelque sorte possession du ma- » gnifique monument de Tentyris , en njontrant sa » façade décorée d’une inscription qui rappelait le » nom d’un de leurs empereurs (î>. » Ces insinuations

Cl) Jomartl, Mémoire sur tes inscriptions antiques , p. i5. = w l’a g. 58.

et ces\assertions sont toutes aussi gratuites que le reste. Le mensonge, dans ce cas, devait tourner au profit de quelqu’un , ou des Romains ou des gens du pays. Or, en premier lieu , les Romains ne sont pour rien dans les inscriptions de Tentyris, ce ne sont pas eux qui les ont faites :1a formule vnèp aùroxpâzopoç se lit également dans toutes celles du même genre qui ont été trouvées en d’autres pays et en Égypte même, où elle s’applique à des constructions bien évidemment faites à cette époque; ce n’est qu’une sorte d’hommage votif, rendu aux princes sous lequel on exécutait des travaux, et qui leur était fort indifFéreut : il est impossible de voir une prise de possession dans une formule si commune, employée par les gens du pays eux- mêmes. Je doute qu’on admette plus volontiers que les Tentyrites ont menti , afin de s’attribuer la gloire des ouvrages de leurs ancêtres. Indépendamment de l’invraisemblance d’une telle supposition , une circonstance la détruit radicalement; c’est le soin qu’ils ont pris de mettre dans l’inscription le nom de la partie de l’édifice , propjlon ou pronaos , qu’ils avaient élevée : des gens qui auraient voulu en imposer n’auraient pas été si scrupuleux ; à quoi bon diminuer aux yeux de la postérité la gloire dont ils voulaient se couvrir? Ils n’avaient qu’à ne mettre aucun nom , et l’on aurait cru qu’ils étaient les auteurs de l’édifice entier.

Mais pourquoi tant de suppositions gratuites ? Comment se refuser à croire que sous les Ptolémées

et sous Tibère, les Egyptiens ont pu construire des portions d’édifices telles que les pronaos de Tentyris et d’Anlæopolis , quand nous voyons que sous Trajan ils élèvent un propylon à Pano polis et dans l’Oasis ; que sous Antonin ils reconstruisent un pronaos entier ? On objectera que ces édifices sont moins considérables et ne sont point décorés de sculptures aussi nombreuses. Mais ce sont des ouvrages exécutés par de petites bourgades dans l’Oasis, ou par des particuliers , tandis que c’est une métropole et un nome tout entier qui ont exécuté les travaux de Tentyris ; la différence des moyens n’explique-t-elle pas suffisamment celle des résultats j et avons-nous la moindre raison qui puisse nous autoriser à fixer maintenant la limite précise de ce que les Égyptiens pouvaient faire à cette époque ?

On ne saurait donc se refuser à reconnaître que les inscriptions des temples doivent s’entendre de la construction des parties d’architecture sur lesquelles elles sont placées. La réunion et la comparaison des faits positifs et des preuves morales nous amènent à des conséquences dont l’expression peut se renfermer dans les deux propositions suivantes :

« La religion égyptienne s’est conservée sous les » Perses, les Grecs , et au moins pendant les deux » premiers siècles de la domination romaine, sans >> subir de modifications essentielles.

» Les Égyptiens ont réparé les temples de leurs » dieux , les ont complétés ou décorés , en ont » même construit de nouveaux , avec la protection

» des Lagideset des empereurs, au moins jusqu’à » la fiu du second siècle de notre ère : et ces travaux >1 ont été exécutés dans un style d’architecture , et » de sculpture assez semblable à ce qu’il était an- » térieurement , pour que la différence n’ait pu » être aperçue que par l’œil exercé des artistes. » Telles étaient les conséquences auxquelles j’avais élé conduit par l’examen des faits qui m’étaient connus ; et je me disposais à terminer là ce premier volume , lorsque j’ai eu connaissance d’un nouveau fait , qu’on regardera sans doute comme un des plus curieux de ce genre qui aient été découverts: il suffirait à lui seul pour ébranler les systèmes que j’ai combattus; et comme il vient à l’appui des idées exposées dans cet ouvrage, je vais l’insérer ici avec la permission de celui qui vient de me le communiquer.

J II. Inscription tracée sur une colonne du pronaos , du petit temple au nord d'Esné, découverte et communiquée par

Vf. Gau.

À trois quarts de lieue au nord d’Esné (Zatopolis), et à deux mille cinq cents mètres du fleuve, on voit les restes d’un temple égyptien , dessiné et mesuré par MM. Jollois et Devilliers , qui l’ont décrit avec beaucoup de soin et de précision.

« Ce temple, disent-ils, est beaucoup moins con- » sidérable que celui qui existe dans l’intérieur » de la ville ; il est aussi d’une conservation moins » parfaite. Ses ruines ne portent pas l’empreinte » d’une dégradation ancienne : l’état dans lequel il

» sc trouve, ne paraît pas être un effet de la vétusté ; » il semble plutôt provenir d’un travail récent, au- » quel ont échappé plusieurs parties de l’edifice. Les » habitans d’Esné nous ont effectivement assuré » qu’on devait l’attribuer aux fouilles multipliées « faites dans ses fondations par ordre d’Ismâyl-Bey, » qui avait conçu l’espoir d’y trouver des trésors. » Les mêmes habitans nous ont dit qu’avant cette » époque le temple était presque entier , et que les » couleurs dont les sculptures sont en partie cou- » vertes, étaient très brillantes et très bien con- » servées (1).

» Ce temple paraît avoir été construit à

» la hâte et avec beaucoup de négligence. Il a été » mal fondé : l’appareil des pierres est on ne peut » plus irrégulier ; les assises ne sont pas toujours » dans le même plan , et les joints ne sont presque » jamais verticaux w>. Dans l’épaisseur des murs on » avait pratiqué sans précaution des couloirs qui » ont beaucoup nui à la solidité : les pierres n’ayant » pas assez de liaison entre elles , plusieurs de ces » murs se sont partagés dans toute leur longueur.»

Après avoir donné la description de la construction du prouaos, des dimensions et de la forme des colonnes et des chapiteaux , les auteurs parlent de la décoration en ces termes : « Les sculptures de ce » monument sont moins soignées que celles du por- » tique d’Esné; elles ne sont ni d’un dessin aussi

W jollois el Dcvilliers , Description d’Esné , p. i4- = 'H la même, p. i5.

» correct , ni d’un fini aussi précieux le por-

» tique a été entièrement décoré ; le temple pro- » prement dit ne l’a point été : on ne trouve de scul- » pture que sur la porte qui conduit de la première » salle à la seconde : elles sont beaucoup mieux exé- » cutées que celles du portique. Les colonnes sont en- » tièrement couvertes de sculptures : toutes les scul- » ptures étaient peintes ; et ce monument a conservé, » plus qu’aucun autre , des couleurs fraîches et » brillantes , parmi lesquelles on remarque parti- » culièrement le rouge, le bleu et le jaune d’or (1>.»

D’après les différons traits de cette description, il était facile de conjecturer que la construction de ce petit temple n’est pas d’une date très ancienne. En outre , le style des sculptures et le brillant des couleurs étaient autant d’indices que la décoration de ce temple doit être d’une époque assez tardive : et l’on peut croire, au soin que les auteurs de la description ont mis à relever ces caractères, qu’ils en auraient tiré la même conséquence , si le plafond du pronaos ne s’était trouvé décoré de l’un des deux zodiaques , sur lesquels on a déjà tant disserté. Comme ce zodiaque, de même que celui du grand temple, a paru commeucer par la Vierge, on lui a supposé la même antiquité, c’est-à-dire, qu’on en a placé la date entre l’an 2700 et l’an 3ooo avant J.-C. (î> ; et, en combinant cette époque avec l’exhaussement du sol, on l’a prise pour celle de l’érection des deux temples

La môme, p. 7. = Jollois et Ucvilliers, Recherches sur les bas-reliefs astronomiques , p. Gi ,fn.

450 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES. d’Esné <n. Avec un peu de réflexion, il eût paru, bien difficile d’admettre qu’un édifice si mal construit, si peu solide , eût résisté pendant cinq mille ans à l’action des siècles j mais ce qui n’était pas moins incroyable , c’est que ce temple , construit trois mille ans avant J.-C., à la porte d’une ville considérable, n’ait jamais eu de sculptures et de peintures autre part que dans son pronaos, quoique ses fondateurs l’aient évidemment consacré au culte dès le moment de sa fondation. C’était là des indices Irappans qui déposaient du peu d’ancienneté de cet édifice j malheureusement les preuves morales les plus fortes ne semblaient pas devoir entrer en comparaison avec les preuves de fait qu’on croyait tirer des monumens astronomiques, lesquelles preuves de fait sont à la vérité si peu probantes, que chacun a depuis imaginé les siennes, et interprété ces monumens à peu près comme il a voulu.

Je crois cependant que les auteurs de la Description d’Esné auraient hésité davantage à présenter une telle opinion, si, en dessinant soigneusement, comme ils l’ont fait, toutes les colonnes du pronaos, avec leurs chapiteaux et leurs ornemens, ils eussent remarqué l’inscription grecque suivante w , dont les lettres ont deux à trois pouces de long, et qui est placée à environ sept pieds de hauteur, audessous du chapiteau de la deuxième colonne du fond.

Les mêmes, Recherches sur les bas-reliefs astronom., p. 60. Description d’Esné , p. 76. — ^ M. Gau en a copié cinq autres sur les parois même du pronaos. — Infra , p. /(58.

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marquée c et contiguë à la porte du naos10. Elle a été écrite dans l’intervalle laissé exprès entre les sculptures et les hiéroglyphes qui décorent cette colonne, de même que toutes les autres ; et l’on a choisi un lieu très évident , puisque d’après la place qu’occupe cette inscription , celui qui entrait ou sortait du naos passait tout auprès, et ne pouvait manquer de l’apercevoir.

Je me hâte d’observer que l’identité de l’édilice, où elle a été découverte avec le petit temple dessiné dans l’ouvrage de la Commission d’Égypte , ne peut être douteuse. Il n’existe à Esné que deux temples sur la rive occidentale du JN'il, dont l’un beaucoup plus petit est au nord de l’autre. C’est celui dont M. Gau a copié l’inscription ; il eq a levé le plan , qui est en tout conforme à celui qu’on doit aux soins de MM. Jollois et Devilliers.

La forme très irrégulière de cette inscription (voyez ci-contre) provient de la place qu’elle occupe entre des ornemens dont on n’a voulu gêner ni la disposition ni le dessin. Les lignes sont d’inégale longueur; mais toutes celles qui ne sont pas suivies de marques de mutilation finissent à la lettre copiée par M. Gau ; il n’a vu aucune trace au-delà : c’est pour nous une obligation de ne rien ajouter à ces lignes.

Quoique l’inscription ait souffert, et que M. Gau n’ait pu ni tout lire , ni distinguer bien nettement toutes les lettres encore visibles, il reste encore assez

' 10 Descript. de l'Égypte , Antiq., pi. 85, n° î.

45a FAITS RELATIFS AUX INSCRJPT10NSDES TEMPLES.

d’élémcns certains pour qu’on retrouve exactement ce qu’elle offre d’important et de caractéristique.

Elle ne devient lisible qu’à la sixième ligne , où nous apercevons d’abord KAiAPilocpACTioonorcf.no ne a N ; le deuxième nom est selon toute apparence ti eoHorc ou TieoiiTorc, non» propre égyptien , semblable au nom tiqoutoc (génitif de Tieonc), qui se lit dans une des inscriptions de Khardassy La différence entre TieoiiTorc et TieoHorc se réduit à rien , quand on sait que le t et le n ne forment souvent qu’une littera nexilis , au moyen d’une barre transversale sur le second jambage de Y êta; ainsi uous lirons : xai Àp7ro*p*î TiOoiîtovî £rcot»!aav. On remarquera que le N final de ce mot avait été oublié, et qu’on l’a placé dans l’interligne ; ce qui n’est pas sans exemple (,).

Quant au mot enoHCAN pour ciioihcan , il peut bien être écrit de cette manière sur le monument ; car nous retrouvons cette orthographe dans deux inscriptions de Philæ, Pu ne rapportée plus bas (3), l’autre faisant partie de la collection de M. Gau , et dans une troisième de Dakkeh (t>. Il est vraisemblable que Viola et Y êta, dans la prononciation , se confondaient en une seule lettre par iôlacisme.

Le pluriel ènolwciv et les mots *cù Âp it . T i9. , nous avertissent qu’il y avait auparavant les noms d’autres personnages avec celui de leur père; et en effet, les lettres oTnoc, à la quatrième ligne, sont les restes

*!* Infrà , p, £83.= u> Boissonad., ad inscript. Act. , p. 45 1 , ad cale, epist. Uolsleu. = w Infra, p. \66. = ,4) Infra , p. 478, n°4.

d’uu nom propre au génitif, nptfNOC ou tout autre. Par la comparaison avec les monumens de ce genre (1> , nous sommes certains que, dans les cinq lignes précédentes , il n’y avait rien autre chose que le nom au datif de la divinité pour laquelle a été fait le travail quelconque dont il est ici question , et les noms des auteurs de ce travail , dont le dernier seul peut se lire d’une manière distincte. Les lettres û?ian, qui commencent la première ligne, annoncent une ligne précédente : je ne doute pas qu’il n’y eût 0CûîiMeriCT]efiAM[MrfNi ; car le temple était dédié à Arnrnon (,). Le nom d ' Harpocrâs fils de Tithoctès indique un Égyptien : et l’on a lieu de présumer qu’il en était de même des autres noms: ainsi les travaux que l’inscription rappelle, n’ont été faits ni par des Grecs, ni par des Romains. Ces noms ne sont accompagnés d’aucun titre ou qualité : preuve que c’étaient de simples particuliers , sans fonctions publiques, qui agissaient en leur nom, et, comme il l’ont dit, par pieté.

Après enoiHCAN, on distingue dans les deux lignes suivantes, thn taimn kai tun zofrPA<HAN. Dans le premier mot le copiste a mis un a pour un a, et dans le second, un a pour un a ; la ligne transversale du r n’était pas visible; et il a cru apercevoir un trait qui donne à cette lettre quelque ressemblance a\cc un r; rien de plus ordinaire que ces confusions de lettres quand on copie une inscription fruste qu’on n’cii-

(1> Surtout celui de Dakkcli , supra, p. J70, 1 lal Infra,

454 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, tend pas ; elles déposent même de la fidélité du copiste qui reproduit ce qu’il croit voir réellement.

Les deux lettres t.y sont l’article tôt, qui annonce un mot neutre ou masculin au génitif, dont la dernière lettre r commence la ligne suivante : les lettres qui subsistent représentent clairement le mot cttaot.

Le reste de la dixième ligne se lit sans plus d’incertitude : ercc.BiACXAPiNenArA0&?i ; le k mis pour le n n’offre rien qui doive surprendre: la ressemblance de ces lettres les fait souvent prendre l’une pour l’autre; i pour El ( tvccGiaz pour eÙGîêsîaç) est une orthographe connue : la formule si ordinaire en’ àyxQû ne peut donner beu à aucun doute.

Les cinq lignes suivantes contiennent la date, qui heureusement est assez, distincte ; je lis sans hésiter :

l.Fan

to?[ni]n[o

yto[y]ky

pioy[iiax]

Ainsi toute la partie lisible de l’inscription sera reproduite fidèlement de cette manière :

0£w fieyîçtû Appwvt xai Apnoxpâ; TiGojîtou; èr.oCriGav

T rjv yl'jtfriv xai Vf v Çtoypxoiav toû ozvïou ritasêei ’aç, yocpiv, lr' àya.0ù i* Li . Âvtmvi'vgu tcû xvpiou, r,ayù)v

Les expressions yluox et Swypaqua sont remarquables; et le sens de l’une et de l’autre ne peut être l’objet d’aucune discussion. Le mot ylvipr, porte sa signification avec lui-même, et s’entend spéciale-

nient (le la sculpture en bas-relief: c’était de plus le mot propre pour désigner les bas-reliefs qui recouvrent les temples égyptiens : Diodore de Sicile n’en emploie pas d’autres en décrivant les sculptures des pylônes et des diverses pièces du tombeau d’Osyman-

dyas : yluyaiç xutvxolaii tipyaapévov U) , èv tu yXyyàç

unoipyeiv Travtoia; U) ; tôv 9k rpîxov (xotyov) eyeiv yXyçàç -avxoîaç, ü) ; et de même toutou; Sk èy évo; twv to lyjav èyysylvySx i M) ; et Strabon emploie de même le mot ivayXuçai , en parlant des sculptures du temple d’Héliopolis, àvayhjffii kyovaiv oi xoïyoi ovxoi fuyeéXuv ewcôXwv <5). Mais pourquoi tant de preuves pour un fait aussi clair?

D’une autre part , le sens de {tuyoaçua: est bien déterminé j ce mot s’entend de la peinture , et proprement de la peinture de Jigures d’hommes et cT animaux: Çctiuy ypayh , Çwa y paye tv, comme disent Hérodote <6>, Denys d’Halicarnasse (7), etc. On ne pouvait trouver de mot plus convenable pour exprimer l’opération par laquelle on terminait la décoration des temples égyptiens, celle de peindre les sculptures -, c’est-à-dire, d’étendre sur toutes les figures ces couleurs variées et vives, dont l’éclat s’est conservé à t ravers les siècles.

Une dernière observation. Nous avons vu plus

<l) Diotl. Sic. , I, § 47, p> 1 44 , T. I , cd. Bip. — m Id. ibid. p. i45 , 1. 9. = ® Id. ibid., p. i47> *• = W. ibid. —

^ Strab. , XVII , p. 1 i5g. B. Alrael.= w) I, 203. Ibi, Schwcigb. = Comp. vcvb. , p. 288. Ibi, Sch.efer. — Cf. Buisson»']. , nd P kilos! r. , p. 58o.

456 FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES, haut (l> que, dans une circonstance pareille, Fauteur des dorures du temple de Dakkch, a employé le nom abstrait ypvowoi;, la dorure , au lieu du nom concret les dorures (du temple): de même ici, on s’est servi de l'abstrait t xv , rr.'j Çuypatpiav -où azùlou au lieu

de z ici ii Ça>-/pa<f>ftfjjtzza qui auraient présente

tout juste le même sens. t

D’après ces éclaircissemens, je traduirai ainsi la partie restituée plus haut : « au dieu très grand

» Àmmon tels et tels .... et Harpocrâs fils de Ti-

» thoétès, ont fait m lasculpturect la peinture decetle » colonne par piété, pour un but utile1”. La dixième » année d’Antonin le seigneur, le de pachon. «

Cette date tombe en avril-mai de l’an l47 de notre ère.

La conséquence rigoureuse à tirer de cette inscription; c’est qu’une colonne restée toute nue dans le pronaos fut couverte de sculptures peintes, l’an i47, par de simples particuliers égyptiens. Mais on doit en tirer d’autres conséquences ultérieures, et qui , pour n’y être point exprimées , n’en sont pas moins de toute évidence.

Nous devons nous souvenir en effet que les auteurs de la description d’Esné n’ont aperçu dans les sculptures de ce pronaos aucune différence de style; que les couleurs y sont partout aussi vives ; et que le zodiaque ne fait point exception : aussi l’idée ne

1,1 Suprà, p. 3 yi. = w C'est-à-dire ont fait faire ( Supn't , p. iZ\. ) = w Ou pour que tes dieux leur soient prospères.

leur est pas même venue qu’il pouvait y avoir là le travail de plusieurs mains ou d’e'poques différentes.

Il est donc certain, d’apres leurs propres observations , qu’ils auraient nécessairement modifié leur opinion, s’ils avaient aperçu l’inscription grecque; car , en combinant alors le . peu de solidité du temple , avec le fait que le pronaos seul a des sculptures , et que le naos n’a jamais été sculpté , et surtout avec l’identité parfaite du style et l’éclat partout égal des couleurs, ils seraient demeurés convaincus que le reste des sculptures et des peintures doit appartenir sinon à la même époque, du moins être de très peu de temps antérieur ; car , en montrant l’époque tardive des peintures et sculptures de la colonne, elle rendait tout-à-fait absurde l’hypothèse que les autres sculptures avaient été faites trente siècles auparavant.

La justesse de leurs observations est confirmée par M. Gau, qui m’a décrit le temple d’Esné en ces termes , avant même de savoir quel pouvait être le sens de l’inscription qu’il avait recueillie :

« Le petit temple au nord d’Esné est un des plus » récens de l’ Égypte. Cela m’est prouvé par le ca- » ractère de l’architecture et la nature de la bâtisse.

» Les sculptures appartiennent évidemment tout- » à-fait à la dernière époque de l’art égyptien.

» Il n’existe aucune différence entre elles ; elles » sont toutes du même style, sans excepter le zodia- » que , et l’on ne peut douter qu’elles ne soient » toutes du même temps. »

» Les couleuis qui les recouvrent ont partout le » meme éclat, la même fraîcheur, les mêmes teintes; » et il est de toute évidence qu’elles ont été appli- »> quées par les mêmes mains. »

Celle identité parfaite a frappé également lesavant voyageur M. Bankes ; son opinion , extraite d’une lettre citée dans une Dissertation anglaise sur les zodiaques d’Esné et de Dendérali, est ainsi conçue : « Les sculptures des colonnes sont du temps d’An- » tonin-le-Pieux , comme le prouvent des inscriptions » grecques w ; celles des plafonds sont évidemment du » même temps m, et l’architecture elle-même n’est » point antérieure au règne d’Adrien (3>. »

D’après l’évidence de ces caractères, qui ont également frappé tous les voyageurs, il est impossible de ne point reconnaître avec MM. Jollois et Devillicrs. Gau et Bankes, que les sculptures et les pcin-

Classical journal, decembcr i8ai,T. XXIV, p. a5a. — w lb. , p. a5i. = 0) Ou voit que M. Bankes a copié , dans ce temple, les mêmes inscriptions que M. Gau; excepte' celle que j’ai rapportée, les autres sont très mutilées dans la copie de ce dernier. La forme des lettres dénote une époque très tardive ; et clics me paraissent toutes postérieures à la première : ce sont des irpoexuvèptata ; je distingue sur l’une d’elles les mots

to wpo oxii«!fi« wpou x*t Àptpuuviov* Trxpà tû xvpèu

Âppiuvi ue À*Tu[vévou; on aperçoit dans une autre les mots

Aîro).Àwvio; d’autres noms tironseav to rcpoaxovxfta «rxpà

3î<ü Àppujvi fur/içtfl ûjîip txc Otuptauâ; toù cuiraanTo;, qui

fcyit partie d’une formule impériale , qui devint surtout en usage au siècle des Antonius. L’époque tardive de toutes ccs inscriptions confirme indirectement les autres caractères.

lures du pronaos sont toutes à très peu près de la même époque: or, cette époque, ainsi que le démontre l’inscription grecque, est celle des premières années du règne d’Àntonin, d’où nous voyons que toutes les sculptures du pronaos, ainsi que le zodiaque d’Esné, ont du être tracées dans la première moitié du deuxième siècle de notre ère.

Pour n’insister ici que sur les points qui intéressent le sujet de mes recherches , je dirai , d’après cette inscription , combinée avec celle de Dakkeh : i° Que les Égyptiens, au milieu du second siècle de notre ère, connaissaient encore tous les procédés des arts que leur avaient légués leurs ancêtres;

2° Qu’ils savaient dorer les ornemens d'architecture et de sculpture de leurs temples;

3° Qu’ils n’avaient point perdu le secret de ces couleurs si vives, si durables, dont leurs pères avaient recouvert les grands édifices de Thèbes et les grottes de la Nubie; et peut-être même du lait remarquable qui vient d’être exposé, devons-nous conclure que si l’on trouve de ces couleurs si éclatantes dans des édifices exposés à l’air, et consacrés au culte égyptien jusqu’à l’établissement de la religion chrétienne , c’est que les sculptures en avaient „ été repeintes à une époque assez voisine du temps où ils furent abandonnés ;

4° Que les Égyptiens tenaient encore à décorer les murs de leurs temples de ces mêmes sculptures , de ces liiéroglyphes si multipliés, dont ils les recouvraient dans de plus anciens temps ;

4Go FAITS RELATIFS AUX INSCRIPTIONS DES TEMPLES.

5° Qu’ils avaient si peu perdu le caractère général des arts qui leur étaient propres, que des sculptures, faites dans le second siècle de notre ère , ont été regardées, par des personnes habiles, comme ayant pu être exécutées en même temps que le zodiaque , trois mille ans avant J.-C.

Ces conséquences ressortaient évidemment de la 'seule inscription du petit temple d’Esné, rapprochées de toutes les circonstances relatives à cet édifice. Pour lier entre elles ces diverses circonstances , qui n’ont point échappé à nos compatriotes, il ne fallait plus qu’apercevoir et lire l’inscription de la colonne ; et malheureusement c’est ce qu’ils n’ont point fait} telle peut être cependant l’importance d’une seule observation ! La découverte de l’inscription grecque, en dévoilant tout-à-coup ce qu’étaient encore l’art égyptien, l’esprit religieux du peuple et l’état de la religion égyptienne dans le second siècle de notre ère, aurait dirigé l’attention des observateurs sur une multitude de faits qui n’ont été vus que plus tard ; et il est impossible de deviner l’influence qu’aurait pu exercer la découverte de quatre lignes de grec sur les idées ultérieures de la Commission d’Egypte, qui compte des hommes si distingués , habitués d’ailleurs parle genre de leurs études, à discuter des observations et à s’élever à des vues générales en combinant des faits particuliers.

APPENDICE

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