EXPÉRIENCE
Le 19 mai. Lapine sur le point de mettre bas.
Après avoir ouvert la paroi abdominable et mis l'intérus à nu, j'injecte daus la cavité de i'amnios de l'un des œufs, 20 g'outtes d'une solution contenant 10 centig-r. de sulfate de strychnine.
J'eus soin de me servir d'une sering-ue de Pravaz, munie d'un canule à bec extrêmement fin. Après avoir retiré la sering-ue, j'appliquai immédiatement une pince sur le point où j'avais fait la piqûre, afin d'être certain qu'aucune particule du liquide ne pourrait refluer dans la piqûre et être en contact direct avec les tissus maternels.
Au bout de 17 minutes, je vis apparaître une forte convulsion suivie bientôt d'autres analogues. Malheureusement, à ce moment, l'utérus fît brusquement hernie à travers la plaie de la paroi abdominale, se déchira et du liquide tomba dans le péritoine.
Bien que j'eusse la cerlitude absolue que les mouvements convulsifs étaient dus à l'action de la strychnine sur l'org-anisme maternel, je renonçai à tenir compte de cette expérience, qui pouvait donner prise à la critique par suite de l'accident survenu.
Je dois dire seulement que la lapine mourut 20 minutes après, avec les sig-nes de Tempoisonnemenl par la strychnine. Tous les fœtus étaient vivants, même celui dans la cavité amniotique duquel j'avais inoculé de la strychnine.
Je reeommençai donc l'expérience précédente. Le 6 juin. Lapine pleine, 6 jours environ avant la mise bas.
Après avoir ouvert la paroi abdominale, et mis l'utérus à découvert, j'injecte dans la cavité de l'amnios 20 g-oattes d'une solution contenant, dix centig-rammes de sulfate de strychnine. Je me suis servi cette fois d'une sering-ue de Pravaz que j'avais munie d'une canule en verre effilé, analogue à celles dont on se sert pour faire les injections de lymphatiques. J'étais sûr ainsi de faire une piqûre extrêmement petite et presque imperceptible.
Une fois l'injection terminée et la canule retirée, je laissai la cavité abdominale ouverte, l'utérus restant sous mes yeux, el, à l'aide d'une loupe, j'examinai attentivement la paroi utérine, afin de voir si une g"outte de liquide ne venait pas sourdre à la surface. Je ne vis rien de pareil se produire, d'où je crois pouvoir conclure qu'aucune particule de l'injection n'aété absorbée directement par les vaisseaux utérins. Inutile de dire que j'avais choisi pour faire l'injection une partie de la paroi utérine, où il n'y avait pas de vaisseaux, fait facile à constater par transparence; g-râce à cette précaution, pas une g-outte de sang- ne s'était échappée.
Pendant 20 minutes, rien ne se produisit ; cependant, delal7'* à la 20" minute, je crus m'apercevoir de l'existence d'un lég-er tremblement de tout l'animal, dont la respiration était plus rapide,
A ce moment, j'appliquai sur le sternum de l'animal un tambour de Marey et, à la 20° minute, je vis apparaître de violentes convulsins qui durèrent 2 minutes
pour reprendre ensuite. Etant sûr de la réalité des phénomènes convulsifs, dont je pouvais toujours contrôler la nature, g-râce à leur transcription par l'appareil enreg-istreur, je sacrifiai l'animal à la 24' minute.
J'ouvris immédiatement l'utérus. Il n'existait nulle part d'écchymoses sur ses parois, et il m'eût été impossible de reconnaître l'œuf où j'avais fait l'injection, si je n'avais au préalable noté qu'il était le deuxième à partir de la trompe g-auche.
Tous les petits étaient vivants, sauf celui dans l'œuf duquel j'avais fait l'injection. Ce fœtus étaitmort, la tête fortement étendue en arrière, en opistothonos, tandis que toujours chez les fœtus la tête est fléchie.
Nous résumerons en quelques mots les résultats de cette expérience.
1° Nous avons la conviction absolue de n'avoir injecté aucun particule de la solution de sulfate de strychnine dans le péritoine de la mère. Nous sommes convaincu qu'aucune partie du poison n'a reflué à travers la piqûre faite dans la paroi utérine. Nous croyons avoir pris des précautions suffisantes pour que notre affirmation ne soit pas contestée.
2° On remarquera que les résultats que nous donnons sont bien différents de ceux donnés par Savary et par Gusserow. Ces auteurs ont vu les symptômes d'empoisonnement apparaître 20 minutes après avoir injecté )c poison au fœtus : ils n'ont obtenu aucun résultat après avoir injecté le poison dans la cavité de l'amnios.
Nous sommes certain de ne pas avoir fait notre injection dans le fœtus : car nous avons pu nous assurer, par la facilité avec laquelle nous pouvions imprimer des
mouvements à notre canule, qu'elle était, dans la cavité de l'amnios.
Il est probable que dans leurs expériences, les auteurs que nous venons de citer, ont dû laisser tomber quelques g-outtes de liquide dans la cavité de l'amnios soit en retirant leur instrument, soit parce qu'ils auront injecté une trop g-rande quantité de liquide dans les tissus du fœtus, et qu'une partie aura reflué par la piqûre faite à la peau.
Du reste, il y a une contradiction flag-rante entre l'opinion de Gusserow qui veut que les liquides passent avec une très g-rande lenteur à travers le placenta, quand ils vont de la mère dans le fœtus, et qu'ils passent très vite par le même organe, quand ils vont du fœtus chez la mère (1).
Quant aux résultats nég-atifs que ces auleurs ont obtenus en injectant de la strychnine dans la cavité de l'amnios, je ne sais comment les interpréter, sinon par un vice dans l'expérience. Il serait à désirer que ces expériences fussent reprises par de nouveaux expé- 'rimentateurs et avec des produits diflérents :
3° La lapine a bien eu des convulsions dues à l'empoisonnement par la strychnine.
Nous avons pu comparer le tracé que nous avons obtenu à d'autres, que nous avions recueillis l'année dernière en empoisonnant des lapins avec de la sirychnine,
(1) Arch. fur Gynœk, t. IX, p. 314. Voyez aussi sur ce point le récit des expériences de Febling qui, ayant donné du curare à des lapines pleines, a vu les mères succomber, Tune au bout de quinze minutes, l'autre au bout de quatre heures et demie, sans que les fœtus fussent tteints. Après une injection faite din-.ctement sur ces derniers, ils moururent en quelques instants.
dansunbutdifférent,etnousavonspu nous convaincrede leur identité.
4° En considérant le fœtus qui seul était mort, nous croyons pouvoir dire, surtout en tenant compte de la forte extension de la tête sur le tronc, que lui aussi est mort par suite de l'action de la strychnine. (Remarquons que la mère a eu des convulsions avant que nous la sacrifions, et que nous avons dû perdre 2 ou 3 minutes avant d'ouvrir l'œuf.) Il est possible que le fœ.tus ait subi un commencement d'asphyxie.
11 est certain qu'il se fait un échange rapide entre les matériaux contenus dans l'œuf et ceux contenus dans les vaisseaux maternels.
Nous avons dit plus haut (p. 79) avec quelle rapidité des liquides injectés dans le sang* maternel peuvent passer dans l'œuf, et nous avons vu que ce passag-e s'effectuait directement, sans traverser l'org-anisme fœtal, nous avons même pu pour ainsi dire voir passer ces liquides entre les cellules pavimenteuses de l'amnios ; maintenant, nous voyons que les substances dissoutes injectées daus la cavité de l'amnios, peuvent passer rapidement dans l'org-anisme maternel.
Par quelles voies s'effectue ce passage? Pour l'établir, il nous eût fallu faire des recherches chimiques délicates, que nous n'avons même pas essayé d'entreprendre, à cause de notre incompétence.
Elles ne peuvent du reste être faites que dans un laboratoire et nous n'en n'avions pas à notre disposition.
Bien que nous ne puissions donner aucune conclusion absolue, nous inclinons à croire que le liquide
allant de l'œuf vers la mère, suit les mêmes voies que oelui allant de la mère vers le fœtus.
Il ne nous paraît pas nécessaire d'admettre que le fœtus ait dû primitivement absorber le poison, et le passag-e de celui-oi se faire par le placenta (1).
11 nous semble certain, qu'il ne faut pas considérer la cavité amniotique comme un sac fermé qui reçoit toujours sans jamais donner.
C'est à ces échang-es continuels qui existent entre la cavité amniotique et l'org-anisme maternel, qu'il faut en partie attribuer ces variations si g-randes qui existent entre les analyses de liquide amniotique données par les auteurs.
(1) On nous permettra de rapprocher de nos expériences ecUes qui ont été entreprises par MM. Tarnier et Pinard et qui sont rapportées dans le Traité d'accouchements de MM. Tarnier et Chantreuil, p. 602.
Ces auteurs, à la suite de trois séries d'expériences, ont pu constater que les liquides transsudent facilement à travers l'amnios, quand on les soumet à une certaine pression.
Pendant le travail, le vagin est très humide; c'est à la perméabilité des membranes qui permet l'exosmose des liquides contenus dans l'œuf, qu'est dû ce phénomène.