LE LIQUIDE AMNIOTIQUE PEUT PROVENIR DU FŒTUS
Si le liquide amniotique tire son orig-ine du fœtus ou cie ses annexes, on ne peut à priori émettre que les hypothèses suivantes. Le liquide amniotique peut être dû:
A. A. la sécrétion urinaire et à V excrétion de l'urine dans la cavité de Vamnios.
B. A /« sécrétion de la peau.
G. A une transsudation des parties liquides du sangfœtal à travers la membrane de l'aninios.
D. A une sécrétion particulière de l'amnios.
Nous allons étudier successivement ces hypothèses et essayer de déterminer leur valeur.
DE LA SÉCRÉTION URINAIRE PENDANT LA VIE INTRA-UTERINE ET DE l'excrétion DE l'uRINE DANS LA CAVITÉ DE
l'amnios.
La sécrétion des reins n'est pas une fonction absolument nécessaire pendant la vie intra-utérine, et on conçoit facilement que le fœtus puisse vivre et se développer sans que les reins ag-issent.
En effet, il est possible que le placenta, qui est l'org-ane dans lequel se passent les fonctions de la respiration chez le fœtus, soit aussi pour ce dernier l'org-ane par lequel les produits de désassimilation sont éliminés de l'org-anisme fœtal, et que les reins soient aussi inactifs chez lui que les poumons.
Cependant, aujourd'hui il est peu de médecins qui n'admettent la sécrétion rénale, et de fait les preuves qu'on en a données soni si nettes et si évidentes, qu'il nous paraîtrait oiseux de vouloir reprendre ab ovo cette question, qui doit être aujourd'hui considérée comme jug-ée.
Nous exposerons rapidement les arguments qui ont été apportés en faveur de la sécrétion rénale, nous contentant d'insister sur les quelques points que nous pouvons appuyer sur des observations personnelles.
Pour prouver que les reins agissent pendant la vie intra-utérine, on peut faire appel à trois ordres de preuves.
l°Ades observations anatomif/ues démontrant le fonctionnement du parenchyme rénal.
2" Aux faits pathologiques que l'on observe. 3° A V expérience.
4' A des analyses du liquide amniotique.
1° Observations anatomiques démontrant que les rei?is fonctionnent à Vétat normal fendant la vie intra-utérine
Tout le monde sait que chez la plupart des enfants qui naissent à terme, et bien constitués, la vessie contient une certaine quantité d'urine ; si on en doutait, il suffirait de suivre un accouchement dans le cas de présentation du sièg-e pour en acquérir la certitude.
Des recherches très intéressantes ont été faites sur ce sujet par Dohrn (1), qui a pu formuler les conclusions suivantes.
Il a cathétérisé 39 g-arçons immédiatement après la naissance, et il a trouvé 24 fois de l'urine dans la vessie, soit 61 0/0; chez 36 filles, qu'il a examinées à ce point de vue, il a trouvé 28 fois de l'urine dans la vessie, soit 77 0/0 ; soit en moyenne générale 69 0/0. En moyenne il a trouvé 8 ce. 2 d'urine dans la vessie chez les e-arcons et 7 ce, chez les filles.
Ces recherches portent à la fois sur des enfants mortnés et sur des enfants nés vivants sur lesquels on a
(1) Dohrn. Monatschrift fûr Geburtskunde, 1867, tome XXIX, p. 105, Mémoire très court et très remarquable dans lequel l'auteur se borne à exposer ses recherches.
De nombreuses courbes jointes au texte permettent de saisir d'un coup d'œil les conclusions de l'auteur.
pratiqué le cathétérisme iinniédialeiiienl après la naissance.
Sans doute il est regrettable que Dohrn, au lieu de se contenter de publier les conclusions g-énérales de ses recherches, ne nous ait pas présenté un tabi3au dans lequel il eût mis en parallèle, pour chaque observation, le sexe, l'âg-e de l'enfant, le temps de la durée de l'accouchement, et le mode de présentation; néanmoins, on ne saurait admettre, ainsi que quelques auteurs l'ont affirmé, que les quantités d'urine trouvées dans la vessie peuvent s'être formées pendant le travail de l'accouchement, ou pendant le court espace de temps qui a séparé la naissance du moment auquel Dobrn a pratiqué le cathétérisme.
Il est impossible de soutenir que les quantités d'urine trouvées dans la vessie ont été produites pendant l'accouchement ; car si l'on veut bien se reporter au travail même de Dohrn (1), on verra que plus l'accouchement est long et laborieux, moins on trov^ ve d'urine dans la vessie. Les troubles apportés à la circulation placentaire par les contractions utérines, et, à un plus haut degré, les compressions auxquelles se Touve soumis le corps du fœtus pendant son passage à travers la filière pelvienne, loin de favoriser la plénitude de la vessie, amènent l'excrétion de l'urine qui s'y trouve contenue,
L'autre objection serait au premier abord plus sérieuse, si Dohrn avait laissé s'écouler un certain temps entre la naissance et le moment auquel il pratiquait le
(1) Loco citato. Voy. les tableaux, p. 125 et 126.
calbétérisme. Mais l'auteur nous dit lui-même qu'il avait soin d'opérer immédiatement après la naissance.
Ces faits suffiraient à prouver que les reins sécrètent pendant la vie intra-utérine ; car on ne peut tenir compte de cette objection qui consiste à dire que les reins du fœtus ne peuvent sécréter, parce que la pression du sang dans le système circulatoire rénal est insuffîsan te.
Il n'y a dans cette objection qu'une simple vue de l'esprit, qui ne s'appuie sur aucune recherche physiolog-ique directe.
Mais on peut dire que l'urine trouvée dans la vessie est la seule qui soit sécrétée pendant la vie intra-utérine et que « si l'excrétion rénale existe, elle est minime, sinon accidentelle » (1).
Pour prouver que l'excrétion rénale se fait en quantité non pas minime mais assez considérable, on peut trouver des arg-uments irréfutables dans l'étude des faits patholog-iques.
2° Faits pathologiques
a. Malformations. — On sait que lorsqu'une malformation produit une obturation des voies urinaires, une hydronéphrose plus ou moins considérable apparaît; un résultat semblable est obtenu quand l'occlusion de Turèthreest non pas le résultai d'une malformation, mais celui d'une inflammation agg-Iutinant l'une contre l'autre les lèvres du méat urinaire, par exemple.-
(1) Pinard Dict encyc!. des se. méd., art. Fœtus, p. 521.
C'est là un fait qui se trouve aujourd'hui démontré par de nombreuses observations (1).
Les quantités d'urine que l'on trouve alors dans la vessie ou dans les uretères sont assez variables, mais dans certains cas elles peuvent devenir considérables (1 litre, cas de Moreau concernant une g-rossesse g-émellaire de 7 mois: un des enfants était sain; chez celui qui était mal conformé, l'urèthre manquait); en moyenne, on trouve 150 ce. d'urine dans la vessie ou les uretères; les reins présentent les lésions que l'on trouve chez les adultes lorsqu'il y a hydronéphrose.
L'observation suivante que nous avons recueillie dans le service de M. Tarnier, à la Maternité, nous a paru réunir le cortèg'e de complications que l'on est habitué de trouver dans tous ces cas.
Malformation de Vurèthre^ des organes génitaux externes et internes.— Hydronéphrose double. — Dégénérescence kystique des reins. — Malformation du duodénum. (Obs. résumée.)
La nommée St..., âgée de 23 ans, primipare, accouche àla Maternité de Paris, le 29 décembre 1880.
La grossesse a été normale, sans hydramnios; accouchement
naturel.
L'enfant est né vivant, a essayé de faire quelques mouvements respiratoires, puis est mort presque immédiatement.
Ces renseignements m'ont été donnés parla sage-femme qui avait surveillé l'accouchement.
L'enfant me fut présenté seulement le 30 décembre au matin,'
Autopsie. — Enfant pesant 3,880 grammes.
(I) Voyez un intéressant mémoire de M. Depaul, Gaz. hebdomadaire. 1860 Voyez encore le mémoire de Gusserow (Arch. fur Gynœk, t. HT, On y trouvera un tableau résumant les principales observations publiées jusqu'à ce jour.
Organes génitaux externes. — Les deux grandes lèvres sont accolées l'une à l'autre par leur face interne; au niveau de leur point d'union on voit un raphé analogue à celui qui existe sur le scrotum, mais plus large, surtout dans sa partie moyenne.
En avant et en haut, le raphé médian vient se terminer sur le bord inférieur d'un appendice long de 3 centimètres, étroit à son point d'insertion, renflé en forme de massue à son extrémité libre.
On ne voit pas trace de prépuce à la partie inférieure de cet appendice ; mais sur le bord supérieur on voit un capuchon légèrement renflé sur la ligne médiane, aplati sur les parties latérales, qui forment deux lamelles membraniformes venant se terminer à la partie supérieure et interne des grandes lèvres.
A l'extrémité de l'appendice que nous venons de décrire, est un orifice obturé par une mince membrane qui s'est rompue sous l'influence d'une pression un peu foi-te que nous avons exercée sur elle.
Nous avons vu s'écouler par cet orifice une assez grande quantité d'un liquide contenant une masse considérable de débris épithéliaux. L'anus est imperforé. (1)
En voyant cette disposition anatomique des organes génitaux externes, on devait immédiatement croire que l'enfant était du sexe masculin, les testicules n'étant pas descendus dans les bourses ; telle était tout au moins l'opinion qui avait été émise par la sagefemme qui avait surveillé l'accouchement. Cependant un examen attentif permettait de reconnaître qu'il n'en était pas ainsi.
Ce qui avait été pris pour la verge n'était pas autre chose que le canal de l'urèthrequi, distendupar l'urine, étaitvenu faire une saillie di) 3 centimètres, saillie qui était recouverte par le clitoris et la partie supérieure des petites lèvres. La vulve était imperforée.
L'examen des organes génitaux internes montra l'exactitude de cette interprétation.
A'p^areil urinaire. — La vessie est extrêmement distendue ; elle s'élève jusqu'au dessus de l'ombilic, ses parois sont trois fois plus épaisses qu'à l'état normal. L'orifice par lequel le canal de l'urèthre s'ouvre dans la vessie est très étroit, mais immédiatement
(1) Le moulage des organes génitaux externes et les pièces anatomiques sont déposés au musée de la Maternité.
Bar, o
au-dessous, le canal del'urèthre forme une large poche s' étendant jusqu'à l'orifice externe, qui est obturé.
Les deux uretères sont très dilatés ; celui du côté droit beaucoup plus que celui du côté gauche.
Les calices et les bassinets sont très distendus, surtout du côté droit.
Les reins sont très altérés. Le rein droit est presque méconnaissable, et réduit à l'état d'une simple membrane épaisse de 1/2 centimètre, étalée à la partie supérieure de l'uretère de ce côté.
Le rein gauche moins malade présente de nombreux kystes.
L'examen histologique des reins nous a montré une dégénérescence kystique de tous les canalicules urinaires. Les glomérules de Malpighi sont aplatis, tandis que leurs capsules sont très dilatées par le liquide ; en un mot, toutes les lésions de l'hydrouéphrose ancienne.
La quantité de liquide contenu dans les deux uretères et la vessie peut être estimée à 300 grammes.
Le liquide ne contenait pas d'albumine, mais il contenait de 1 urée.
A'ppareil digestif. — L'œsophage vient s'ouvrir librement dans l'estomac qui n'est pas dilaté et ne peut être distingué que par l'épaisseur de ses parois.
Au point où la première portion du duodénum se continue avec la seconde, on voit le canal intestinal s'arrêter tout à coup.
La deuxième et la troisième portion du duodénum sont remplacées par un cordon fibreux imperméable.
La première poi'tion du rectum se termine par un canal fibreux, à parois épaisses, qui vient s'ouvrir dans le bas-fond de la vessie.
Appareil géniial interne. — A gauche de la vessie on trouve l'ovaire gauche sur lequel est une vésicule de Graaf en voie de développement. Le pavillon et le tiers externe de la trompe de ce côté sont bien constitués. Mais toute la partie interne de la trompe de ce côté, l'utérus, l'ovaire et la trompe du côté droit aplatis entre la vessie distendue et la paroi abdominale, ne peuvent être vus que si on excise les ligaments larges. On peut alors par transparence voir tous ces organes. L'utérus n'est plus constitué que par une couche de fibres musculaires ; sur tous les points qui lui correspondent, la membrane est un peu plus épaisse et opaque.
Il est possible de reconstituer en grande partie le processus suivant lequel toutes ces malformations se sont développées.
La cause originelle a dû être l'imperforation du méat urinaire, qui était obturé au même titre que l'oriflce vulvaire et Fanus.
A la suite de cet obstacle, une distension énorme delà vessie, des uretères et une dégénérescence kystique des reins se sont produites.
Enfin, à la suite de la compression exercée parla vessie sur les organes génitaux internes, et il y a eu atrophie de ces derniers ; nous avons vu que les seules parties normalement développées étaient l'ovaire gauche et la partie externe de la trompe gauche, qui, situées sur la partie latérale de la vessie, avaient échappé à la compression.
Toutes les observations qui ont été publiées sont analog-ues, au moins dans les grandes lig-nes, à celle que nous venons de rapporter. Or, l'étendue des lésions, leur marche, sont tellement identiques à ce qui se produit chez l'adulte, quand il y a un obstacle à l'excrétion de l'urine, qu'il nous semble impossible de contester l'énergie de la fonctioQ rénale pendant la vie intrautérine.
Cependant les adversaires de l'opinion que nous soutenons rejettent complètement cet ordre de preuves en disant que :
A. Ces faits sont sans valeur, parce que ce sont des cas de malformation, qui ne peuvent servir à prouver un fait physiolog-ique.
.5. Que du reste, le liquide contenu dans les voies urinaires ne présente pas la constitution de l'urine.
C. Que la quantité du liquide amniotique n'est pasdiminuée dans ces cas.
11 est facile de répondre à ces objectionset de montrer leur peu de valeur.
A. Ces cas de malformation ne peuvent servir à expliquer les faits physiologiques. — Cette objection aurait une grande valeur, si l'on portait la discussion sur des faits dans lesquels les g-landes rénales sont elles-mêmes mal formées; mais il n'y a rien de semblable dans les cas auxquels nous avons fait allusion.
Les reins ne sont pas mal formés, mais modifiés par un processus patholog'ique trop connu pour qu'il soit besoin de le discuter. .
La malformation ne porte ici que sur les voies d'excrétion de l'urine, et ils donnent lieu à des accidents tout aussi capables de prouver la sécrétion urinaire qu'une malformation existant sur le tronc delà veine crurale, par exemple, donnant lieu à de l'œdème par arrêt dans la circulation du sang, pourrait servir à prouver que le sang- circule dans les veines, en se dirig-eant vers le cœur.
B. Le liquide contenu dans les voies urinaires ne présente pas la constitution chimique de l'urine. — C'est là une objection qui s'appuie sur des assertions purement gratuites.
Les analyses de ce liquide ont été peu faites, mais il n'est pas d'observations d'analyses dans lesquelles on n'ait trouvé de l'urée.
Exemple. Cas de Prout : on a^ivonvé de l'acide urique,
de l'urée, de l'albumine.
Cas de Freund : urée, albumine, pas d'acide urique. Cas deJany : urée, pas d'acide urique, albumine. Cas de Dohrn: n° 1, chlore, urée; n« 2, chlore, urée. Cas de Bar : urée, (voy. observation ci-dessus).
Dira-t-on que la présence de l'urée dans ce liquide n'a aucune sig-nification, parce que les autres liquides épanchés dans les cavités séreuses du fœtus en contiennent?
Nous répondrons à cette objection en citant l'observation de Jany dans laquelle il y avait à la fois ascite et hydronéphrose. Le liquide ascilique ne présentait pas de traces d'urée, tandis qu'il y en avait dans celui qui était contenu dans les voies urinaires.
G. Dans les cas où il y a occlusion des voies urinaires, la quantité de liquide amniotique ne présente aucune modification. — Cette objection repose sur un fait vrai, car si quelques auteurs sig-nalent une diminution de la quantité du liquide amiotique, la plupart disent que de ce côté il n'y a rien à remarquer.
Nous répondrons que cela prouve seulement que l'excrétion de l'urine n'est pas la seule source du liquide amniotique.
Nous avons dit que l'on trouvait g'énéralement de 150 à 200 g-rammes d'urine en amont de l'obstacle. Peut-on dire que cette quantité représente toute la masse d'urine que peut sécréter le fœtus pendant la vie intra-utérine? Il n'en est rien, car il est bien certain qu'au fur et à mesure que les reins sont refoulés, aplatis, détruits par la compression à laquelle ils sont soumis, le champ de la sécrétion rénale va diminuant de plus en plus ; le liquide est alors sécrété en très petite quantité. Aussi croyonsnous pouvoir admettre que les quantités de liquide trou-
vées dans la vessie à l'autopsie d'enfants nouveau-nés atteints d'hydronéphrose sont de beaucoup inférieures à celles qui normalement sont sécrétées pendant la vie inlra-utérine entière.
C'est l'état des reins qui règ-le pour ainsi dire la sécrétion ; moins la désorganisation est g-rande et plus les uretères se laissent dilater, plus on trouvera de liquide dans leur intérieur, ce qui explique les grandes variétés qui existent dans les chiffres donnés par les auteurs.
b. Preuves tirées de la 'prè.se7ice d infarctus uratiques dans les reins des fœtus. — A côté des faits que nous venons de rapporter nous en citerons d'autres qui nous paraissent être assez importants, bien qu'ils aient été encore peu étudiés. Nousvoulons parlerdesinfarotusrénauxque l'on trouve quelquefois, quoique rarement, chez les fœtus mort-nés.
L'histoire des infarctus rénaux chez les nouveaunés est relativement récente, car ils paraissent avoir été sig-nalés pour la première fois par Vernois (1).
Depuis cette époque plusieurs mémoires importants ont paru sur la question, et aujourd'hui il semhle g-énéralement admis que ces infarctus, qu'ils soient le résultat d'une modification toute physiolog-ique comme le vent Virchow, ou d'une altération pathologique de tout l'organisme, commele soutientParrot, ne se rencontrent que chez les enfants nouveau-nés.
(1) Vernois. Etudes phys. et cliniques pour servir à l'histoire des bruits des artères. Th. Paris, 1837, p. 137.
Il y a dans cette expression de nouveau-né quelque chose d'un peu forcé, car on peut trouver des infarctus rénaux chez des fœtus mort-nés.
Déjà plusieurs auteurs, Martin, Hoog-eweg- et Sclivs^artz, Badin en ont cité des observations; nousmême avons pu en observer deux cas ; et, chose curieuse, le cas le plus intéressant d'infarctus du rein, observé chez un fœtus est exposé avec les plus grands détails dans le méaioire de Virchow, auquel on fait toujours allusion quand on veut soutenir que cette lésion ne se rencontre que chez les nouveau-nés.
Nous croyons devoir dire quelques mots des mémoires de Schlossberg'er,de Virchow et de Parrot, qui marquent les trois g'randes étapes parcourues dans l'étude de cette question (1).
Schlossberg-er (2) a examiné 49 enfants mort-nés ou nouveau-nés.
Sur ces 49 enfants il y en avait 31 mort-nés, ou qui
(1) Archiv. fûr phys. Heilkunde, 1842, Heft 3, Bd. I.
(2) Voyez encore :
Cormack. Edinburgh Monthly Journal, d845, Heusinger. Zeitschrift fûr organ. Physik, II, p, 63. Œsterlea. Neue Zeitschrift fûr Geburtskunde, VII, 3. Meckel. Arch. fur Phys., VII, p. 114 et 123.
Milue-Edwards. Leçons sur la phys., t. VII, 1862, p, 476. L'auteur croit que les cristaux sont de l'urate d'ammoniaque.
Lehman. Précis de chimie ■ phys., trad. franç., 1855. Les cristaux des infarctus ne sont pas de l'urate d'ammoniaque, car ce corps n'apparaît dans les urines que par suite de la fermentation alcaline.
Perret. Société anatomique, 1864, p. 11. Infarctus d'urate de soude chez un foetus.
Cornil. Société anatomique, même séance,
Vogel. Traité élémentaire des mal. de l'enfance, trad. franç. Paris 1872, p. 444. Soutient l'opinion de Virchow.
nés vivants avaient vécu moins de deux jours, et 18 qui avaient vécu de 2 à 19 jours ; chez les enlants de la première catég-orie, il n'a jamais constaté l'existence d'infarctus uratlques dans les reins : chez les derniers, il a toujours trouvé des infarctus.
Touchant l'interprétation que l'on peut donner de ces faits, l'auteur se borne à dire qu'il a souvent observé chez les enfants qui font le sujet de ses observations, et qui présentaient des infarctus, des signes correspondant à ce qui a été décrit chez nous sous le nom d'athrepsie ; il lui semble que la présence des infarctus peut avoir quelque rapport avec l'atrophie rapide et l'ictère des nouveau-nés.
L'auteur s'étend peu sur l'anatomie patholog-ique, il décrit bien l'aspect macroscopique de la lésion.
Quelques années après la publication de ce mémoire parut celui de Virchow (1).
Après avoir décrit la lésion au point de vue microscopique et donné ses caractères histolog'iques, l'auteur essaye d'expliquer sa pathog-énie.
Jl a toujours trouvé des infarctus rénaux chez les nouveau-nés qui avaient vécu plus de deux jours ; il en conclut que leur existence pourrait servir, au point de vue de la médecine lég-ale, à prouver qu'un enfant a respiré au moins deux jours.
Nous n'entrerons pas dans les expUcations théoriques données par Virchow,pour démontrer que l'apparition d'infarctus rénaux est bée à la présence de phénomènes
(1) Verhandlungen der Gesellschaft. fur Geburtshûlfe, in Berlin, 1847, p. 170.
purement physiolog'iques ; car il y a une contradiction flao^ante entre les faits qu'il cite et ses conclusions.
Virchow dit, en efïet, qu'il a examiné les reins d'un fœtus mort-né, qui présentaient une dégénérescence kystique extrêmement étendue sans que cependant on pût trouver d'obstacles, en suivant le trajet des voies urinaires. L'examen histolog-ique lui montra que les canaux urinifères se trouvaient obstrués par des dépôts uratiques, et « il lui semble difficile de douter que dans ce cas, les kystes des reins ne se soient développés à la suite de l'oblitération des canaux urinifères par les matières uratiques. «Ajoutons que Virchow avait conseillé de donner dans le cas de grossesse ultérieure un traitement alcalin à la mère qui, trois fois déjà, avait eu des enfants mort-nés, atteints de dégénérescence kystique des reins. 11 avait pour but d'augmenter ainsi l'alcalinité de Turine fœtale et d'empêcher la formation des dépôts uratiques. Parrot (1) n'a étudié les infarctus que chez les nouveau-nés , et il regarde cette lésion rénale comme la conséquence d'une modification pathologique de tout l'organisme.
Quoi qu'il en soit, les infarctus rénaux peuvent se rencontrer chez les fœtus. A l'exemple donné par Virchow, aux cas signalés par Martin, Hoogeweg et Budin, nous ajouterons les deux faits que nous avons observés.
Lti premier fœtus présentait des hémorragies dans plusieurs organes, et sous la peau ; il était mort pendant le travail.
Chez le second, la mort semblait remonter à deux ou
(1) Société médicale des hôpitaux, 1871, p. 101,
trois jours; il était macéré : nous n'avons pu par l'autopsie trouver les causes de la mort.
Les reins chez ces deux enfants présentaient des traînées jaunâtres, s'irradiant dans la substance corticale ; si par la pression on faisait saillir ces traînées, on voyait sourdre ces g-rains, que l'on a comparés avec juste raison à de la poussière de pollen.
Examen histologique. — Si on fait une coupe des reins et si on lave ensuite avec soin la préparation, la substance médullaire apparaît comme un véritable crible, dont les espaces clairs sont constitués par la lumière des tubes, qui sont considérablement élarg'is.
Si on se sert d'un objectif un peu fort et que l'on ait à examiner des pièces recueillies sans avoir subi d'altérations cadavériques, on voit que la surface interne des tubes est tapissée par une couche épilhéliale très complète ; les cellules se colorent facilement sous l'influence des réactifs et ne sont nullement imprég'néesde matières uratiques, comme le pensait Virchow^,
En faisant une coupe long-itudinale de la substance médullaire, on peut voir que les tubes collecteurs ne sont pas également dilatés suivant toute leur long-ueur.
La fig-ure 1, planche I, montre bien la disposition variqueuse des tubes de la substance médullaire.
Cette fig-ure reproduit un frag-ment de préparation qui n'avait pas été lavée ; aussi la substance uratique est-elle restée dans les tubes.
Ainsi qu'on peut le voir, le revêtement épithélial est presque partout complet.
Dans l'intérieur des tubes, est une masse g-renue qui apparaît fortement teintée en jaune si on a coloré la préparation avec du pierocarmin ; mais.qui a une teinte noire, si on n'a employé aucun réactif colorant.
L'alcool dissout lég-èrement ces masses ; l'acide acétique les dissout rapidement, et on voit apparaître ensuite des cristaux caractérisliques. Ce sont ces masses o-renuesqui constituent les infarctus; tantôt, ils n'occupent pas toute la lumière du tube urinifère, tantôt, au contraire, le canal en est complètement rempli.
Outre ces dépôts uratiques, on trouve dans les tubes de gros cylindres. A l'aide d'un fort g-rossissement (voir pl. I, fig-. lI),onpeut voir que ces cylindres sont incomplètement recouverts d'une couche épithéliale, dont les cellules sont colorées en rose sous l'action du pierocarmin et semblent avoir subi une sorte de dég-énérescence colloïde. Si on se rapproche de l'axe de ce cylindre, on voit que l'intérieur est formé par des granulations uratiques.
En somme, la lésion ne paraît pas limitée seulement à la substance médullaire, mais les tubuli contorti, les anses de Henle sont ég-alement atteints : sur ces derniers tubes, on voit que les cellules épithéliales de revêtement ont subi une dég'énérescence colloïde, et des cylindres épithéliaux dont les parties centrales sont formées de masses uratiques peuvent s'en détacher, pour venir s'arrêter dans les parties élarg-ies des tubes collecteurs.
Si on note la g-rande quantité d'infarctus que contiennent les reins et l'état variqueux des tubes qui indi-
que une formation lente et continue ; si, d'autre part, on tient compte de la petite quantité de matières fixes contenues dans l'urine normale du fœlus, on devra cîonvenir que la sécrétion urinaire doit se faire avec une grande énergie pendant la vie intra-utérine.
3° Preuves expérimentales.'
A tous les faits que nous venons de rapporter, et qui nous semblent prouver d'une manière bien démonstrative la sécrétion urinaire du fœtus, nous pouvons ajouter des preuves d'ordre expérimental.
On connaît les expériences de Fehling* (t), de Gusserow (2), de Benicke (3), de Zweifel(4) et de Porack sur le passage, à travers le placenta, des médicaments absorbés par la mère.
Or, on a pensé que si on trouvait des traces de la matière médicamenteuse dans le liquide amniotique et dans Turine du fœtus, on pouvait en déduire que l'excrétion rénale se faisait pendant la vie intra-utérine.
Les résultats obtenus par les auteurs précédents sont très différents. De plus ces expériences ne peuvent servir à résoudre le point que nous voulons étudier, les phénomènes à constater étant trop nombreux et trop complexes. 11 faut, en effet, étudier tout d'abord le mécanisme par lequel les substances médicamenteuses
(1) Arch. fûr gynœk, Bd 9, p. 313.
(2) Loc. cit. Arch. fur gynsek,',Bd III.
(3) Verhandiungen der Grazer naturtorscher Versammlung.
(4) Berliner Klinischen Wochenschrift, 1874, n» 21.
peuvent passer del'org'anisrne maternel dans le système fœtal; ce qui complique inutilement l'expérience, et ne peut qu'en vicier les résultats.
C'est en faisant de semblables recherches,que Feliling a cru pouvoir dire que la sécrétion urinaire ne se faisait pas pendant la vie intra-utérine. Cet auteur, après avoir fait prendre de l'acide salicylique à des femmes enceintes, remarqua que la première urine excrétée par le nouveau né contenait très peu de matières' étrangères, mais que la proportion de celles-ci aug-mentait dans les urines excrétées postérieurement.
De ce fait, Fehling- crut pouvoir conclure que la sécrétion urinaire ne commençait qu'après la naissance, et que l'élimination des médicaments absorbés par le fœtus s'accentuait au fur et à mesure que l'excréti.on urinaire devenait plus rég-ulière et plus abondante.
Mais il résulte des recherches de Martin et de Rug-e que ce fait doit être interprété différemment. Grâce à l'évaporalion qui se fait à la surface de la peau et des poumons, les urines sont plus concentrées après la naissance que pendant la vie intra-utérine, et par suite les solutions sont plus fortes.
Dans les expériences de Febling", la première urine recueillie et analysée avait été sécrétée pendant la vie intra utérine; elle contenait peu de matériaux fixes et peu de substance médicamenteuse. Les examens ultérieurs ont porté sur des urines sécrétées après la naissance et partant plus concentrées. En résumé, les conclusions de Martin et de Ruge sont de point en point contraires à celles données par Fehling*.
(1) Zeitschrift fur Geburtshulfe und Fraaenkrankheiten, 1876, t. I.
Nous croyons cependant que par l'expérience on peut prouver non seulement que le fœtus urine, mais on peut encore apprécier l'énerg-ie de la fonction rénale.
Pour résoudre ces points, nous avons pensé que la nieilleure méthode consistait à injecter au fœtus une matière se diffusant facilement, et à voir au bout de combien de temps, on en trouverait dans les urines.