‹ Recherches pour servir à l'histoire des daphnéChapitre 11 sur 12 · DES FIBRES ÉPAISSES · texte numérisé non relu

DES FIBRES ÉPAISSES

11 ressort de l’exposé précédent que les particularités qui distinguent les tiges des Daphné de celles des autres plantes ligneuses angiospermes consistent non pas tant dans les rapports de position des divers systèmes de tissus entre eux, que dans la présence d’éléments remarquables par leur forme et leur mode de répartition. Je rappellerai plus loin, dans un court résumé, quelles sont ces particularités et comment elles peuvent servir dans la détermination des trois espèces de tiges étudiées; mais auparavant je désire m’arrêter un peu à ces faisceaux de fibres épaissies jusqu’à se trouver quelquefois complètement dépourvues de canal central, dont j’ai signalé la présence à la périphérie du liber et autour de la moelle.

J’ai évité jusqu’ici, dans mes descriptions, de leur donner un nom qui pût indiquer à quel tissu elles appartiennent. J’ai cru en effet devoir traiter à part cette question, et seulement après avoir pris une connaissance aussi complète que possible de la structure de ces tiges. Je les ai nommées fibres épaisses. Sont-ce des fibres libériennes, ou bien sont-ce des produits d’une différenciation spéciale du tissu fondamental?

Je vais exposer mes recherches sur ce point.

Rapports des fibres épaisses avec les divers systèmes de tissus qui forment la tige. — Si l’on se reporte aux précédentes descriptions, on peut voir que ces fibres siègent, d’une part, dans l’écorce, à la limite de séparation entre le liber et le parenchyme cortical. Quelques-unes, s’isolant nettement, se trouvent enfermées au milieu de ce parenchyme (fig. 4) ; d’autres, par contre, s’isolent au milieu desélémentsdu liber fig. 1). D’autre part, en dedans du bois, où j’ai également constaté leur présence, elles se tiennent très-exactement en dehors de la moelle et en dedans du bois, sans jamais se mêler aux éléments qui concourent à la formation de ces deux systèmes de tissus. Pour ajouter à ces renseignements, j’ai suivi ces fibres dans les feuilles, et voici ce que j’ai vu : sur des coupes transversales du pétiole court des feuilles du Daphné Gnidium, le faisceau libéro-ligneux principal occupe le centre du pétiole; il est plongé au milieu d’un tissu parenchymateux uniforme, dont les cellules, à parois fortement épaissies, offrent une section transversale assez irrégulière. Ce faisceau fibro-vasculaire a la forme d’un éventail (fig. 10 d) dont les plis, figurés par les rayons médullaires, tendent à se réunir vers la face supérieure du pétiole. Il présente à sa partie inférieure un arc épais formé par la coupe d’un gros faisceau de fibres épaisses occupant la place du liber, et qui se perd insensiblement au milieu du parenchyme fondamental du pétiole, où l’on aperçoit un certain nombre de fibres isolées.

Dans le limbe des feuilles du Daphné laureola (fig. 12) j’ai retrouvé une disposition semblable; toutefois les fibres épaisses sont beaucoup moins nombreuses et plus isolées du faisceau fibro-vasculaire, bien que réparties dans le pa-

renehyme voisin de ee-faisceau, à l’exclusion de toute autre portion du mésophylle.

Il ressort de tout cela que l’étude des rapports de position de ces éléments et des divers systèmes de tissus qui forment la tige ne suffit pas pour résoudre la question que je posais tout à l’heure. Ces fibres peuvent être considérées comme libériennes, puisqu’on les voit toujours accompagner les faisceaux fibro-vasculaires au voisinage de la région libérienne, avec laquelle elles se confondent même quelquefois. Elles peuvent également être considérées comme le résultat d’une différenciation spéciale du tissu fondamental, puisqu’on les trouve au milieu d’un tissu parenchymateux, à la limite extrême de la moelle, et également dans le parenchyme du pétiole et dans le mésophylle des feuilles. Après examen de ces diverses considérations on serait même tenté de leur refuser le nom de fibres libériennes, d’autant plus que le liber est presque uniquement formé d’une autre espèce de fibres bien différentes de celles dont je m’occupe. J’en ai donné la description plus haut, je n’y reviendrai donc pas, et je ne mentionne ce fait que pour rappeler combien ces éléments sont dissemblables.

Pour lever ces doutes, il m’a paru nécessaire de suivre ces éléments dans leur développement.

J’ai donc fait sur les tiges de Daphné des recherches dans ce sens. Il me suffira de rapporter ce que j’ai observé pour l’une de ces espèces, les deux autres offrant la même marche dans le développement, — la plus ou moins grande quantité d’éléments constitue la seule différence. — Je prendrai pour type le Daphné Mezereum, car c’est lui qui l’emporte, sinon parla grosseur des fibres, du moins par leur nombre.

Des coupes transversales et longitudinales ayant été faites au voisinage du point végétatif, voici ce que j’ai observé.

Dès qu’apparaissent les faisceaux primitifs on constate également la présence des fibres épaisses à la face interne du parenchyme cortical et à la périphérie de la moelle, mais seulement dans les points où se trouvent les faisceaux primitifs. Il y a cependant une exception pour 1 v Daphné (auréola, chez lequel on ne les voit apparaître à, cette époque qu’à la face interne du parenchyme cortical ; on n’en trouve pas à la périphérie de la moelle. Un peu plus bas le tissu fondamental, par subdivisions successives, donne naissance à une série d’arcs de petites cellules qui relient entre eux les faisceaux primitifs et forment ainsi un anneau complet séparant le parenchyme médullaire du parenchyme cortical. Dès cette époque, et avant qu’aucun vaisseau ne se soit encore développé aux dépens de ce cambium secondaire, on observe déjà l’existence de fibres épaisses à sa face interne et à sa face externe, (les fibres sont d’abord isolées ; leur paroi, quoique épaisse, circonscrit un canal relativement assez large, mais elles sont aisément reconnaissables à leur grande réfringence. Par la suite du développement, leur nombre augmente; elles s’épaississent considérablement et forment (/ig. 13) deux anneaux complets, l’un interne, l’autre externe, par rapport ait bois. Bientôt toutefois elles cessent de s’accroître en nombre, et le développement en épaisseur des faisceaux libéro-ligneux finit par briser l’anneau externe, et dans les écorces de tiges âgées ces fibres épaisses ne se trouvent plus que par faisceaux plus ou moins isolés; en même temps des fibres libériennes, bien différentes des fibres épaisses, se sont formées et constituent la plus grande partie du liber.

Que doit-on conclure de l’étude précédente? Bien qu’il m’ait été imposssible de saisir le moment et, le mode exact de formation de ces libres, les faits que je viens d’exposer me semblent bien démontrer que ces éléments doivent être, considérés comme des fibres libériennes. Leur forme plaide déjà en faveur de cette opinion, mais on ne doit pas lui accorder une grande prépondérance, car on trouve dans les conifères, par exemple, des éléments également fibreux à parois épaisses et fort semblables à des fibres libériennes, qui siègent à la face interne de l'épiderme et qui doivent être considérés comme le résultat d’une différenciation du tissu fondamental ; mais, en présence du mode et de l’époque d’apparition des fibres épaisses de la tige des Daphné, je ne crois pasdevoir leur refuser le nom de fibres libériennes.

Par suite, il existe dans la tige des Daphné deux espèces de fibres libériennes : les unes, qui prennent naissance dans les premiers temps du développement de cette tige, sont caractérisées par leur épaisseur et la réfringence de la substance qui les forme; les autres, moins épaisses et plus nombreuses, naissent ensuite et forment plus tard le liber presque tout entier. Les premières siègent à la fois dans l’écorce et au voisinage de la moelle. Cette dernière considération n’infirme d’ailleurs en rien l’opinion que j’émets, car parmi les JJicotylédonées il existe un assez grand nombre d’exemples de fibres libériennes réparties dans des systèmes de tissus différents. M. A. Gliatin (1) a fait connaître l’existence de fibres libériennes dans le bois d’un certain nombre de végétaux, par exemple, dans le bois des Petasites, Anti-

Coniptu» rendus, I. X, |>. 87,

rs 1875.

daphne, Medicago, Ulex, etc. On connaît également quelques exemples de faisceaux libériens entourés parle bois, comme cela se voit dans la tige de l’Aralia racemosa, dans l’axe 'd’inflorescence du Ricinus communis, etc.

Avant de terminer je veux ajouter quelques mots. S’il parait bien démontré que ces fîbrès épaisses sont des fibres libériennes, on ne peut s’empêcher cependant d’être frappé de l’épaississement énorme qui les distingue; quelle est la raison de cet épaississement ? Je ne crois pas m’éloigner de la vérité en recherchant l’explication de ce fait dans une cause inconnue, il est vrai, mais dont les manifestations sont nombreuses. Je fais allusion à ces épaississements des parois de certaines cellules que l’on rencontre dans nombre d’écorces telles que celles des cannelles, ou encore, ainsique l’a montréM. Maisonneuve (1), dans l’écorce et dans la moelle du Dryobalanops aromatica. Des éléments de nature différente sont enjeu dans les exemples que je rapporte, mais la cause qui détermine leur manière d’être spéciale pourrait bien être unique, puisqu’elle se manifeste de la même manière sur des éléments occupant une même position relative dans des tiges différentes.

(I) Étude sur la structure et les produits du camphrier de Bornéo. Paris, 1875. Thèse de l’École de médecine.

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