PL 5, fig. 40 et
LOMBRICIENS TERRESTRES. 69 quelques types isolés du groupe des Lombriciens, trop peu pour que toute généralisation ne soit pas encore prématurée. Aussi craignonsnous que M. Grube, et avec lui M. Léon Vaillant, n'aient accordé une trop grande valeur au caractère tiré de la simplicité des soies des Lombries. Nous croyons même, nous le prouverons un peu plus tard, que leur mode de disposition ne peut dépasser la valeur d'un caractère générique.
En ce qui concerne les organes segmentaires, nous retrouvons ici, comme dans l'Anteus gigas, leur orifice en avant des soies de la rangée supérieure, etcela a lieu dans tous les anneaux. Voici donc une seconde exception à cette règle généralement admise et sur laquelle avait insisté Claparède, que les organes segmentaires s'ouvrent en avant des soies de la région ventrale.
Arrivons maintenant à l'anatomie proprement dite de l'animal.
L'appareil digestif ne présente aucune particularité saillante. Un pharynx à parois épaisses et glandulaires, un æsophage membraneux, un gésier à parois très-musculeuses, enfin un intestin; voilà sa constitution. Le gésier dépend du septième anneau; mais il est reporté un peu en arrière par l'allongement de l’œsophage et se trouve occuper ainsi la longueur des neuvième, dixième et onzième anneaux.
L'appareil circulatoire est essentiellement remarquable, du moins dans sa partie antérieure, la seule que j'ai observée, et encore pas aussi complétement que je l'aurais voulu.
Il se distingue tout d'abord par l'existence de deux vaisseaux dorsaux et de deux vaisseaux ventraux'; ces quatre vaisseaux sont tous situés sur la ligne médiane, les uns plus particulièrement en rapport avec l'intestin, les autres plus près des parois du corps.
Voici maintenant comment ces vaisseaux sont reliés entre eux :
les deux vaisseaux, dorsal et ventral, les plus éloignés de l'intestin,
sont unis par des anses flottantes qu'on peut désigner sous le nom d’anses périphériques. Il m'a semblé qu'à la partie antérieure le vaisseau ventral se bifurquait; mais c’est là un fait qui me laisse encore quelques doutes que comprendront tous ceux qui ont essayé d'étudier des parties aussi délicates sur des animaux conservés depuis longtemps dans l'alcool et que l’on est dans l'obligation de ne pas détériorer, où il faut presque, par conséquent, voir sans toucher.
Quant aux deux vaisseaux plus voisins de l'intestin, ils sont réunis par des anses embrassant assez étroitement l'intestin et qui deviennent plus libres et assez volumineux dans les anneaux 20, 21 et 22, elles prennent même l'aspect irrégulièrement bosselé propre aux cœurs des Lombrics dont elles n’atteignent cependant pas le volume. C’est ce qu'explique lexistence dans les trois anneaux qui précèdent d'autant de paires d'organes que nous croyons être les véritables cœurs. Chacun de ces organes est en rapport par un vaisseau spécial d'une part avec le vaisseau dorsal inférieur, de l’autre avec le vaisseau ventral supérieur. De plus, sur chacun d’eux on distingue deux parties bien distinctes : l’une inférieure, à parois transparentes, gonflée par un sang bleuâtre coagulé, de forme sphérique; l’autre supérieure, blanche, opaque, plus volumineuse, de forme ovoide et s’abouchant par son petit bout avec le vaisseau qui conduit au tronc dorsal. On ne peut s'empêcher de voir là un cœur muni de son oreillette, qui serait la partie inférieure de l'organe et de son ventricule qui serait la partie supérieure. C'est la détermination à laquelle nous nous arrêtons.
Sur le ventricule on aperçoit quelques veines bleuâtres partant du sommet et disparaissant bien vite. L'existence de ces veines nous avait fait d’abord concevoir quelque doute, car elles semblaient être disposées en vue de produire une sorte d'irrigation dans l'organe qui aurait eu, dès lors, quelque analogie avec un appareil glandulaire ;
mais l’apparence en question tient sans doute à ce que, sur certains
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points, près du sommet du ventricule, les fibres longitudinales s’écartent et laissent apercevoir la membrane interne et le sang qu’elle contient. D'ailleurs, la présence de l'oreillette et l'absence de tout autre appareil suffisant d’impulsion pour le sang démontrent bien que les organes en question ne peuvent être que des cœurs analogues à ceux du Titanus brasiliensis. Ici ces cœurs, au nombre de six, ont chacun un volume relatif moins considérable que les cœurs du Titanus, qui ne sont qu'au nombre de deux. C’est là évidemment une conséquence de leur nombre. Leur disposition anatomique est d’ailleurs la même : l'oreillette en rapport avec le vaisseau ventral, le ventricule en rapport avec le vaisseau dorsal interne. Dans ces deux vaisseaux, le cours du sang est donc le même que celui que nous avons décrit pour le Titanus. Quant aux vaisseaux externes, nous ignorons comment ils communiquent avec les autres; nous ne pouvons rien dire de la marche du sang à leur intérieur.
Les organes génitaux sont constitués par une paire de glandes situées immédiatement en arrière du gésier et qui sont des testicules. Un canal déférent y aboutit de chaque côté. Ce canal est muni d’un pavillon vibratile, enfermé avec le testicule dans une membrane commune.
Nous n'avons vu aucune trace de poches copulatrices; nous pouvons donc faire ici la réflexion que nous avons déjà faite à propos du genre précédent:
Les Ahinodrilus sont-ils réellement hermaphrodites ?
GEN. EUDRILUS', Nov. Gen.
J'ai déjà présenté à l'Académie des sciences une note relative à l'or-
ganisation d'un ver appartenant au genre dont je vais maintenant parler.
A Pl. ur, fig. 26 à 30.
A l’époque de ma communication je ne connaissais encore que l'échantillon vivant que j'avais disséqué ; j'ai depuis rencontré dans la collection du Muséum deux Lombriciens provenant, l'un de la Martinique, l’autre de Rio-Janeiro, qui rentrent évidemment dans ce genre et qui, dans tous les détails de leur anatomie, différent à peine du premier £udrilus que j'ai vu : l'Eudrilus decipiens.
Toutefois je dois faire ici une remarque importante. Les deux vers que j'ai pu voir conservés dans l'alcool sont évidemment intraclitelliens, quoique leurs orifices mâles soient rejetés entre le dernier et l’avant-dernier anneau de la ceinture; au contraire, l'individu que j'ai eu vivant a été indiqué dans mes notes et dans ma communication à l'Académie comme postclitellien; toutefois j'ai indiqué un aréole partant de la ceinture et semblant la prolonger jusque sur les orifices mâles.
Y a-t-il eu là une méprise de ma part? Je regrette de ne pouvoir le vérifier actuellement par suite de la destruction accidentelle de l'échantillon qui servit alors à mes recherches.
Quoi qu'il en soit, les orifices mâles dans l'échantillon en question et dans ceux que j'ai actuellement sous les yeux se trouvent occuper exactement la même position, c'est-à-dire le bord postérieur du dix-septième anneau.
La ceinture qui occupait les anneaux 13, 14 et 15 dans l'£Eudrilus decipiens, occupe les anneaux 13 à 18 inclusivement dans l'Eudrilus de la Martinique, et les anneaux 1/4 à 18 dans celui de Rio-Janeiro, elle est du reste dans les deux cas assez peu distincte etles anneaux paraissent se modifier graduellement, surtout dans le ver de la Martinique.
En somme, c'est seulement sur l'étendue en arrière de la ceinture que porte la différence ; comme elle englobe les orifices mâles dans les individus conservés, je range les Eudrilus parmi les Lombriciens intraclitelliens, tout en signalant un point douteux, propre d’ailleurs à
infirmer la valeur des caractères tirés des organes génitaux, s’il était
LOMBRICIENS TERRESTRES. 73 démontré qu'iln'y a pas eu erreur de ma part en ce qui touche l’£udrilus decipiens.
Les Eudrilus sont d’ailleurs des vers fort remarquables.
Leur taille est médiocre, leurs soies simples, disposées par paires sur quatre rangées latérales symétriques deux à deux. Les deux rangées d’un même côté sont très-rapprochées l’une de l’autre,
Les orifices des organes segmentaires sont en avant des soies de la rangée supérieure comme dans les Anteus et les Rhinodrilus.
Les orifices mâles s'ouvrent en avant des soies de la rangée inférieure.
Si l'on suit la rangée supérieure des soies de chaque côté, en arrivant au quatorzième anneau on distingue immédiatement en avant des soies, ou même à leur place, un orifice très-net, quelquefois bordé d’un bourrelet, ce qui n'empêche pas l'orifice de l'organe segmentaire, un peu réduit, d'occuper sa place habituelle; les soies de la rangée inférieure ne sont d’ailleurs aucunement modifiées.
Quelle est la signification de ces orifices? Je l’indiquerai en parlant des organes génitaux.
L'appareil digestif des Æ£udrilus diffère à peine de l'appareil digestif des autres Lombriciens ; l’æsophage est très-court et le gésier situé vers le septième anneau.
L'appareil circulatoire est constitué sur le plan de celui des Lombrics proprement dits, quant à ses centres d'impulsion. Ces derniers sont en effet de simples anses latérales bosselées situées entre le gésier et l'appareil génital.
Celui-ci est constitué d’une manière remarquable.
Les testicules sont au nombre de trois chez l’£udrilus decipiens ; chez les autres vers, je n’en ai vu que deux bien développés ; mais il m'a semblé qu’en avant s’en trouvait un autre bien plus petit et pour ainsi dire rudimentaire.
De ces testicules part de chaque côté un canal déférent qui