A. — CERVEAU, OU MASSE SUPÉRIEURE DU COLLIER OESOPHAGIEX
Si, après avoir détaché la membrane fibreuse qui ferme en arrière la cavité crânienne, on enlève la partie supérieure du cartilage qui forme la voûte de la boîte, on met à nu le cerveau (1), qui se présente sous la forme d’une masse arrondie légèrement atténuée en pointe en avant, présentant en arrière une bande qui dépasse la portion hémisphérique et se continue sur les côtés avec les nerfs optiques.
a. Portion postérieure (cervelet). .
Nous ne trouvons point sur cette partie que Cuvier, dans le Poulpe, a désignée sous le nom de cervelet (2), les bandelettes longitudinales, alternativement grises et blanches que j’ai observées chez le Poulpe et chez l’Élédone.
La surface du cervelet est lisse et d’une couleur uniforme. Cette masse nerveuse est comme assise sur une bande large et épaisse qui la dépasse en arrière, et se continue avec les nerfs optiques par lesquels elle semble formée. En avant, elle est continue à la portion antérieure que je vais décrire. Elle s’unit à la masse inférieure par l’intermédiaire d’une commissure en partie formée par les fibres des nerfs optiques.
b. Portion antérieure, cerveau proprement dit.
Cette portion, beaucoup plus courte, beaucoup plus étroite, en somme moins volumineuse que la précédente, offre la forme
(1) Fig. 15, n° 1.
(2) Fig. /i9, n° 7.
d’un trapèze dont la grande base est continue en arrière à la portion postérieure.
Elle est composée de deux bandes blanches transversales (t) séparées par un sillon grisâtre, analogue à celui qui sépare le cervelet de la première bande. Cette première bande est plus jongue et plus large que l’antérieure, qui donne naissance, par chacun de ses angles libres, à un cordon nerveux (2) qui, s’adossant à son congénère, se rend à l’angle postérieur du ganglion sus-pharyngien (3), lequel doit être considéré comme représentant la troisième branche du cerveau que nous avons vue exister chez l’Élédone et le Poulpe, et qui semble manquer ici.
Une commissure, qui aboutit à la partie postérieure du ganglion en patte d’oie, se dédouble (k) et envoie un cordon postérieur à la deuxième bande, l’antérieur au ganglion sus-pharyngien. Ce ganglion, qui a été considéré par Brandt comme faisant partie du stomato-gastrique, n’est autre que la troisième bande transversale du cerveau, ainsi que je crois pouvoir le démontrer.
Ce ganglion, qui existe chez la Sèche et chez le Calmar, est de forme presque triangulaire et régulière. Il est situé au-dessus de l’œsophage, un peu en arrière du pharynx, dans le dédoublement de la membrane qui s’insère sur la masse buccale à la base des lèvres (5). Quatre cordons nerveux aboutissent à l’angle postérieur de ce ganglion. Les deux médians viennent de la deuxième bande du cerveau, de chacun de ses angles libres. Ils sont minces et aplatis. Les deux autres, situés l’un à droite e' l’autre à gauche de ceux dont je viens de parier, représentent le dédoublement antérieur (6) de la commissure citée plus haut. Hfe sont minces et aplatis comme les deux précédents.
De chaque angle antéro-latéral émane un autre cordon nerveux (7), à peu près égal à ceux dont je viens de parler. Il se
(1) Fig'. 49, nos 5 et 6.
(2) Fig, 49, n° 2, etflg. 15.
(3) Fig. 49, n° 1, et fig. 15, n° 4.
(4) Fig. 49, n° 4.
(5) Fig. 17, n° 1.
(6) Fig. 49, n° 3.
(7) Fig. 17, n° 3.
JULES CUÉRON.
porte au ganglion sous-pharyngien, enfermant ainsi le pharynx dans un cercle nerveux, et aboutissant à l’angle postérieur de ce ganglion. Le cordon nerveux, à son arrivée au ganglion souspharyngien, passe sous son névrilème, et donne des fibres qui s’entrecroisent avec celles du côté opposé; mais la majeure partie du faisceau longe le bord externe du ganglion et sort du névrilème à l’angle antérieur, pour former le nerf buccal (1 ) que fournit, chez le Poulpe et chez l’Élédone,la troisième branche transversale ou antérieure du cerveau.
Entre les origines de ces nerfs au ganglion sus-pharyngien, émanent du meme organe une dizaine de rameaux nerveux trèsfins destinés aux lèvres (2). En arrière de l’origine de ces mêmes nerfs qui se portent au ganglion inférieur, nous trouvons aussi quelques fdets nerveux qui ont la même destination que les précédents. Les uns et les autres sont les analogues des nerfs labiaux observés chez le Poulpe et l’Élédone, le gros nerf qui part de l’angle antéro-latéral du ganglion sus-pharyngien étant l’analogue du nerf buccal.
Après cette description, il me paraît nécessaire de résumer les raisons qui me portent à séparer le ganglion sus- pharyngien du système stomato-gastrique, et à le considérer comme représentant la troisième bande du cerveau, qui semble manquer chez la Sèche et chez le Calmar.
Le cerveau du Poulpe et celui de l’Élédone présentent trois bandes transversales.
Du bord libre de la troisième bande, ou bande antérieure, émanent les nerfs des lèvres et les nerfs buccaux.
Une commissure unit la deuxième et la troisième bande à la masse sous-œsophagienne.
Le stomato-gastrique ne présente dans sa composition que deux ganglions: le stomacal et le sous-pharyngien. Ce dernier reçoit une anastomose du nerf buccal.
Si nous admettions l’hypothèse de Brandi, qui rapporte le ganglion sus-pharyngien au stomato-gastrique, le cerveau de
(1) Fig. 17, n° 5.
(2) Fig. 15, n0 5, et fig. 17, n» 2.
la Sèche et celui du Calmar n’auraient que deux bandes transversales.
Les nerfs des lèvres et les nerfs buccaux ne tireraient pas leur origine du cerveau, mais bien du stomato-gastrique.
Et le stomato-gastrique lui-même serait construit sur un plan différent de celui des Octopodes, puisqu'il serait constitué par trois ganglions : le stomacal, le sous-pharyngien et le sus-pharyngien.
Si, au contraire, ou regarde le ganglion sus -pharyngien comme représentant la troisième bande du cerveau, et si, par conséquent, on le sépare du stomato-gastrique, on remarque :
Que les nerfs buccaux et les nerfs labiaux émanent de ce ganglion, comme ils émanent de la troisième bande chez le Poulpe et l’Élédone.
Que la commissure antérieure réunit la deuxième bande et le ganglion sus-pharyngien à la masse sus-œsophagienne, comme elle réunit à cette dernière la deuxième et la troisième bande chez les Octopodes.
Enfin, que le système stomato-gastrique est ramené à une composition identique, et que l’anastomose qui existe chez l’Élédone elle Poulpe entre le ganglion sous-pharyngien et le nerf buccal trouve son analogue, chez la Sèche et le Calmar, dans le passage de ce dernier nerf sous le névrilème du ganglion souspharyngien.
Cette comparaison, aussi bien que l’étude des éléments anatomiques qui m’a permis de retrouver dans le ganglion sus-pharyngien les grandes cellules polaires observées dans le cerveau, cellules dont je n’ai jamais constaté l’existence dans les ganglions sous-pharyngien et stomacal, me semblent des raisons suffisantes pour me permettre de ramener hardiment à un même type les centres nerveux du Poulpe, de l’Elédone, de la Sèche et du Calmar.
Le stomato-gastrique se trouve aussi ramené par ce fait à la même composition chez les Octopodes et chez les Décapodes.
JULES CUÉROIV.