XVI INTRODUCTION
L'alcool qu'elles permettent de recueillir pour êlre exporté et vendu, n'enlève pas aux racines une quantité de principes nutritifs équivalant au produit en argent qu'il donne le moyen de réaliser, et c'est pourquoi je résolus, dès Tannée 1857, la construction d'une distillerie dans le système le plus simple, tenant avant tout à conserver un caractère rural, et à ne pas devenir une grande usine. Le système Champonnois est assurément celui qui parait répondre le mieux à ce point de vue.
Je montai des appareils pour traiter environ 1 000 000 de kilogrammes de betteraves dans la
même campagne, sans travail de nuit, et devant donner environ 700 000 kilogrammes de pulpes qui pouvaient me permettre d'alimenter et d engraisser un nombreux bétail. Tout s'enchaîne dans une exploitation rurale avec une telle rigueur, qu'une modification de quelque importance dans les détails amène une perturbation complète dans lensemble. Ma distillerie me conduisit à élever de nouveaux bâtiments, à remplacer le modeste manège traîné par des bœufs, qui servait précédemment de moteur a ma machine à battre, par une machine à vapeur imprimant le mouvement aux instruments de ma distillerie, au concasseur, hache-paille, moulin à farine, etc. Je dus aussi modifier mes assolements et renoncer à la production du colza, pour pouvoir consacrer à la cul-
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ture de mes betteraves une quantité de terre suffisante. Les mois d'hiver qui avaient été jusqu'alors, pour moi comme pour les autres cultivateurs, un temps de disette, devinrent au contraire avec ma distillerie une période d'abondance. Les animaux entretenus sur mes pâturages d'été n'étaient plus assez nombreux pour consommer les résidus de ma fabrication, et je fus forcément conduit à l'engraissement, qui permet seul de proportionner l'effectif du bétail aux ressources dont on dispose. J'achetai des vaches maigres auxquelles je donnai 50 à 60 kilogrammes de pulpes par jour. J'ai sou* yent calculé que la ration d'entretien par vingtquatre heures, avec cette excellente nourriture, ne ressort pas pour un bœuf de 600 kilogrammes, par exemple, à plus de 50 centimes, sans compter la paille. Mes premiers pas dans cette nouvelle voie ne devaient pas être heureux : mes animaux furent atteints pendant la première année de la péripneumonie. Les cultivateurs environnants et les hommes employés dans ma ferme déclaraient que les pulpes étaient les véhicules de cette dangereuse maladie, et mes débuts furent bien troublés sous ce rapport. Je luttai avec énergie contre Tenvahissemenl du mal. Vinoculatioriy dont il a été tant parlé à l'école d'Alfort et parmi les vétérinaires, fut pratiquée chez moi sur une assez grande échelle parle regrettable M. Delafond. Je