‹ Recherches pratiques et expérimentales sur l'agronomie (volume 2)Chapitre 34 sur 84 · ET SUE · texte numérisé non relu

ET SUE

(Janvier 1856.)

La décomposition spontanée des matières végétales et animales privées de vie, la fermentation, la putréfaction, sont les moyens puissants que la nature met sans cesse en œuvre pour dégager et rendre libres les éléments qui doivent, sous unenouvelle forme, concourir à la vie des végétaux et des animaux. Le carbone, rhydrogène, l'oxygène, l'azote, ne se détachent des êtres désorganisés par la mort que pour rentrer de nouveau dans cet admirable svstème de circulation. C'est là un des plus grands phénomènes naturels que la science moderne a maintenant les moyens d'observer et de suivre dans ses différentes phases. Les fumiers, les terreaux, les houilles, les lignites, les tourbes, sont les produits fixes et immédiatement utiles de ces transformations qui, sous l'influence d'une décomposition lente, s'accomplissent chaque jour sur de grandes proportions, soit au contact de l'air, soit à l'abri de l'air, au sein même de la terre et des eaux.

D'un autre côté, des produits gazeux prennent nais-

saDce pendant la décomposition lente des niatières organisées. L'étude et lanalyse de ces gaz fourniraient de précieuses indications sur la marche du phénomène de la putréfaction. Au nombre des questions intéressantes que soulève cette élude, se place en première ligne celle de savoir ce que devient Tazote des matières en voie de putréfaction ou de décomposition lente. L'azote contenu primitivement dans ces matières se retrouve-t-il tout entier sous forme de sels ammoniacaux, de nitrates, de produits azotés fixes, ou bien cet élément, devenant libre et prenant la forme gazeuse, retournet-il dans l'atmosphère? Les expériences que j'ai l'honneur de soumettre aujourd'hui au jugement de l'Académie ont pour but d'apporter quelque lumière sur cette question.

La méthode expérimentale que nous avons adoptée avec M. Regnauît pour nos recherches iSur la respiration des animaux^ s'applique de tous points à l'étude du phénomène de la putréfaction. L'appareil décrit alors dans notre mémoire (1) remplit toutes les conditions convenables pour permettre d'observer jour par jour les progrès de cette désorganisation qui met en mouvement jusqu'aux dernières molécules de la matière.

Je rappellerai succinctement que cet appareil se compose de trois parties essentielles : 1° d'une cloche de verre dans laquelle on place la matière en voie de putréfaction ; 2* d'un condenseur de l'acide carbonique formé ; â*" d'un appareil qui remplace constamment l'oxygène

(l) Annales de chimie et de physique^ 3^ série, t. XXVI.

absorbé. Une masse de fumier ou de viande peut ainsi séjourner pendant plusieurs semaines dans un volume d'air limité, dans des circonstances telles, que le jeu même des appareils tend à ramener cet air à la composition de Tair normal.

Il est important de faire remarquer encore que les conditions de température et de pression peuvent être facilement réglées de manière qu'à la fin d'une expérience, au moment de procéder à la prise du gaz à analyser, l'air renfermé dans l'appareil présente rigoureusement le même volume qu'au commencement. On comprend que si, pendant la putréfaction d'une ma* tière organique azotée, il ne s'absorbe que de l'oxygène, et s'il ne se dégage que de l'acide carbonique, l'air de la cloche présentera encore à la fin de l'expérience la composition de l'air normal ; si, au contraire, il y a dégagement d'azote, on trouvera dans cet air une quantité d'oxygène moins considérable : c'est d'ailleurs un fait que l'analyse eudiométrique décidera nettement.

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