IV INTRODUCTION
surface de 80 hectares; j'y ai ajouté depuis lors 20 hectares de terres nouvelles conquises sur des bois défrichés, et qui m'ont donné des récoltes admirables, particulièrement pendant les premières années qui ont suivi leur mise en culture. Le sol tout entier de la ferme forme un vaste plateau composé de terres d'assez bonne qualité, sans être tout à fait cependant du premier ordre. Ma ferme étant située à 10 kilomètres de Dieppe, dans un pays riche et peuplé, je ne devais pas manquer de débouchés; et j'étais dans toutes les conditions voulues pour me livrer à ce que les agronomes oui appelé la culture intensive, c'est-à-dire un système d'exploitation qui consiste à ne jamais laisser reposer le sol, el à élever chaque pièce de terre à son maximum de fécondité par des sacrifices d'argent el par des façons coûteuses qui exigent une première mise de fonds importante.
Sous ce rapport, il est certain qu'en agriculture comme en industrie, le capital engagé joue un rôle considérable, el la plus grande faute que commcltent habituellement les cullivaleiirsdes terres riches el fertiles, c'esl assurément d'embrasserunc culture trop étendue pour le capital dont ils disposent. Il arrive, la plupart du temps, que l'argent qu'ils onl entre les mains au moment de leur premier établissement, esl engagé tout entier dans un matériel d'exploitation trop souvent insuffisant. An moindre
reversée produit un déliril irréparable, qui ensuite se creuse de jour en jour davantage. Le mobilier de peu de valeur du fermier auquel je succédais me suggérait ces réflexions au moment où j'allais me mettre à l'œuvre. Cet excellent homme me décourageait d'ailleurs de son mieux. Il assurait qu'après vingt ans passés à remuer le sol que mon ]ière lui avait affermé, il se retirait sans bénéfice, et que s'il ne s'était pas appauvri, c'était uniquement par suite des résultats obtenus dans une autre industrie qu'il avait toujours exercée et qui était sans aucune relation avec la culture. L'état de malpropreté des terres qu'il remettait entre mes mains montrait assez d'ailleurs qu'il disait vrai. Une de mes plus grandes difficultés devait être, en effet, dans cette lutleobscure contre l'envahissement des mauvaises herbes, que peuvent seuls comprendre ceux qui ont voué leur vie à la pratique agricole. 11 serait certainement exact de tenir compte des progrès obtenus sous ce rapport dans l'inventaire do chaque année; mais les bases certaines manquent pour déterminer les chiffres qui peuvent exprimer ces résultats dans le bilan du cultivateur, et la récompense de ceux qui persévèrent est de voir l'avenir seul restituer les dépenses faites pour le nettoyage des terres.
L'assolement généralement en usage dans le département de la Seine-Inférieure est triennal :
vi iiranmicnoN.
blé, avoine et fourrages, telles son! les trois périodes qui parlaient les cultures 'In pays; sur la troisième sole seulement, des terres sont réservées pour être consacrées à la culture des plantes industrielles, et principalement du colza. Le blé sert à l'alimentation des hommes de la ferme, l'excédant seul est vendu; l'avoine entre presque tout entière dans la nourri dire des chevaux et. des moutons; le colza, exporté au dehors, ne Lisse à peu près rien au sol qui l'a nourri : de Ici le sorte que ce système a pour cause fa laie l'appauvrissement de la terre, lorsqu'il n'est pas suivi par des cultivateurs qui achètent des engrais ou qui se livrent à des engraissements de bestiaux avec des aliments apportés du dehors. Je donnai la préférence à l'assolement de quatre ans, qui laisse une plus grande place aux fourrages, et permet d'entretenir un plus grand nombre de tètes de bétail par hectare. .Mon but était du reste de mettre mon exploitation en état de se suffire à elle-même, et de ne rien acheter, à l'exception des engrais que je pourrais me procurer en dehors de mon exploitation. C'était tin plan tout opposé à celui que me traçait l'exemple des cultivateurs environnants. La ferme qui voit naître les animaux n'est pas ordinairement celle qui les élève, et encore moins celle qui les engraisse et les amène à la boucherie. Les transactions faites sur les marchés jouent un rôle capital dans la vie de nos