PREMIER MÉMOIRE
En 1848, sous l’inspiraiion do M. Rayer, cl avec son bienveillani concours, nous avons enirepris une série de recherches sur
les maladies de l’organe de l’ouïe.
Celle poriiondelapaihologie humaine esl aujourd’hui presque enlièremenl devenue le domaine exclusif des spécialisies.
Les affedions de l’organe auditif ne sonl cependanl pas lellemeni isolées, qu’elles ne puissenl se rallier, dans un certain nombre de cas , à d’aulres lésions de l’organisme.
Chacun sait combien l’olile csi fréquente dans les fièvres graves, la typhoïde, par exemple, dans la phlhiste. Rien nesl plus commun que de rencontrer certaines surdités qui doivent leur origine à des inflammations plus ou moins répétées du pharynx el des amygdales. jNous n’entendons point parler ici de ces douleurs éphémères et violentes, comme névralgiques, signalées par Itard sous le nom à'otalgit. Celles-ci ne s’accompagnent d’aucune lésiun appréciable.
Mais dans las mômes circonstances , on trouve assez souvent des cas bien dessinés dans lesquels il y a surdité avec otorrliee,
OU surdité sans trace d’écoulement.
/est un accident qui malheureusement n’est point rare, chez, l-adultc. dans la fièvre typhoïde, pendant la rougeole des jeunes enfants. On la rencotttre également à une penode avancée de !.. phthisie i et cependant les auteurs de pathologie medicale n ont
nas étudié ces questions. < , r •. n
Les médecins spécialistes ont seuls mentionne le fait sans de-
tails aucuns. Aussi ii'y a-t-il, de leur part, que de simples asseï-
lions sans preuves solidemeni établies sur des observations anatomiques.
Les cas de ce genre ne sont pourtant pas bien rares dans les hôpitaux.
Dans une note ajoutée à la traduction de Kramer, on trouve « que les otites typhoïdes doivent être attribuées à la perforation spontanée de la membrane du tympan, et probablement aux lésions consécutives profondes de la caisse , car, la surdité, à des degrés variés, est une terminaison assez fréquente delà maladie. »
Disons tout d’abord que ces propositions sont vraies dans un certain nombre de cas, mais non toujours. Pourquoi celle perforation spontanée du tympan ? Quelle en est la cause, le mécanisme?
Quelles sont les lésions probables de la caisse?
Ce sont là autant de problèmes ({ui ailendenl leur solution. Solitlion bien importante; car si ranatomie venait à nous révéler la réalité de ces lésions, il faudrait bien y trouver une cause de surdi-mutilé chez les jeunes enfants atteints de lièvre typhoïde avec otite.
Il faudrait bien y trouver la cause de tant de surdités, souvent incurables, qui alTectenl les adultes dans les mêmes circonstances.
Qu’esi-ce à dire? Que l’étude des maladies de l’oreille, basée sur l’anatomie pathologique, non pas probable, mais réelle, manque encore complètement. Peut-être la raison n’en seraitelle pas bien diflicile à trouver. Peu importe. Mais ce qu’il faut constater, c’est que l’ouvrage d’Itard, publié en 1822, est encore la meilleure monographie que nous ayons, tout incomplète qu’elle est.
Car [tard, après quelqites essais infructueux, s’est arrêté devant l’étude si diflicile des maladies de l’oreille interne. 11 émet, sous forme d’hypothèse, que les altérations du liquidede Cotugno doivent y jouer un certain rôle ; mais il ne va pas plus loin et décrit d’un seul trait, sous le nom de surdité nerveuxe, tonte surdité <pii n’oflïe pas de lésion appréciable à l’examen extérieur.
Qu’est-ce donc que la surdité nerveuse? Kramer, dans sa préface, nous annonce qu’il va combler celle lacune ; il n’en est rien.
Le médecin de Berlin a suivi loul simplement la voie de ses prédécesseurs qu il a si souvent blâmés. Après avoir noté sans description quelques altérations vagues du labyrinthe, l’atrophie du nerf acoustique, l’oblitération de la fenêtre ronde, il avoue que l’eiude des maladies de l’oreille interne semble ne promettre aucun résultat pour l'avenir,- et cependant n’csi-on pas eu droit de s’étonner que nulle recherche n’ait été faite sur ce sujet, quand on songe que, sur 2,000 malades dont Kramer paraît avoir recueilli les observations, l,07â présentaient ce dernier genre de surdité?
Telle est la direction que nous avons résolu de donner à nos travaux. Nous ne voulons rien avancer qui ne soit appuyé sur des faits cl des dissections; car, dans toute énide, il faut partir d’un point fixe, et ici, comme en toute autre partie de l’art médical , l’anatomie pathologique doit tenir le premier rang.
Nous ne pourrons donc présenter nos observations qu’au fur et à mesure que des circonstances favorables nous les offriront.
Ce premier mémoire n’est, à vrai dire, qu’un plan de travail : il n’est pas bien riche. Trois faits seulement le composent ; mais ces trois faits reposent sur une diiseciion complète des organes malades.
On trouvera plus bas deux cas d’otite typhoïde, un cas d’otite chez un phthisique (otite jusqu’à présent dite tuberculeuse); enfin, la dissection de deux temporaux d’une femme atteinte de surdité dite 7ierveuse. C’est bien peu, assurément ; mais nous ne pouvons pas aller plus vile.
Ne vaut-il pas mieux marcher à pas lents et à ciel ouvert que de courir au milieu des ténèbres? Et d’ailleurs, notre but aura été atteint complètement, si nous parvenons à démontrer que, dans les maladies de l’oreille, comme partout ailleurs, il faut d’abord recueillir des faits si l’on ne veut pas s’exposer à bâtir des théories illusoires.
C’est donc un appel que nous osons faire à nos collègues des
hôpitaux, bien persuadé que des efforts dirigés dans ce but ne peuvent rester infructueux.
1^® Observation. — Anatomie pathologique de l’otite typhoïde (1). — Le sujet qui nous a offert les altérations qui vont être décrites était un homme de 30 ans, mort vers la fin du troisième septénaire d’une ûèvre typhoïde.
Il y avait eu, pendant la maladie, otorrhée purulente du côté droit seulement.
Lorsque la pièce nous fut remise, le pavillon de l’oreille offrait encore des traces non équivoques de cet écoulement (2).
Pour nous guider dans cette élude, nous avons consulté différents auteurs, et ce sujet ne paraît pas avoir été l’objet de leurs recherches.
M.M. Louis et Chomel, dans leurs ouvrages sur la fièvre typhoïde, ont à peine mentionné les lésions du sens de l’ouïe. M. Chomel a écrit ces quelques mots seulement : «La surdité ou dureté de l’ouïe, qu’on observe souvent, n’est pas aussi grave qu’on pourrait le penser. »
(i) CiUte pièce tue fui remise par M. le docteur Verueuil, alors aide d'anatomie à la Faciillé (184H).
(a) Comme on rencontre souvent de graves difTicultés quand il s'agit d’enlever des temporaux (même sur des sujets qui ont succombé dans les hôpitaux), j’ai imaginé une coupe que je crois utile d’indiquer ici. Elle permet d’emporter la pièce tout en cachant, à la vue, la perte de substance :
1° Une incision horizontale (de 5 à 8 centimètres), et pénétrant jusqu’aux os, est faite dans la région temporale, au-dessus du bord libre du pavillon de l’oreille ;
a® Deux autres iocisions verticales, aux limites de la première, descendent de chaque côté, et encadrent l’oreille, au-dessous de laquelle elles se terminent, en formant un V.
Le pavillon est alors abaissé avec les parties molles.
3“ Un coup de ciseau enfonce la table osseuse du crâne dans la région temporale.
4° Une petite scie à main, à lame fine et étroite, passe dans la trouée, et répète, sur les os, la coupe faite par le scalpel, sur les parties molles.
5“ Il ne reste plus qu'à ébranler le rocher avec un levier quelconque : s’il reste ((uelques points de {Kirties molles ou dures, on achève de les diviser.
M. Louis a noie trois lois une indammalion manifeste du conduit auditif externe.
« £t dans un autre cas, terminé par la guérison, la suppuration de l’oreille droite était accompagnée de la perforation du tympan. »
Dans les notes ajoutées à la traduction de Kramer, on lit que celte lésion est assez fréquente à la fin des fièvres typhoïdes.
Pour nous, sans préjuger les assertions que nous venons de rapporter, nous nous bornerons aujourd’hui à faire connaître ce que la dissection de l’organe malade a permis de consiaier.
En procédant de l’exléi ieur à l’intérieur, nous avons trouvé :
1“ Une inflammation profonde de la membrane qui revêt le méat auditif externe. Comparée à celle du côté sain, elle est au moins triplée de volume, turgide de sang infiltré dans son tissu.
Cette membrane se détache avec facilité, et, au moindre effort de traction, elle se déchire en lambeaux. Il y donc à la fois, inliliraiion sanguine et ramollissement.
2“ La conque osseuse du conduit auditif offre des stries rougeâtres que le lavage et la macération n’ont point enlevées.
Ce sont évidemment des canalicules osseux enfiamméé.
3® En arrivant au fond du conduit auditif, nous trouvons d’autres altérations, et d’abord un caillot sanguin de la grosseur d’un petit pois repose sur la face externe de la membrane du tympan, à laquelle il n’adhère que faiblement.
Le tympan est complet : une couleur rougeâtre violacée remplace sa transparence normale. Son épaisseur est augmentée.
En le décollant du cercle osseux dans lequel il est encadré, on trouve l’intérieur delà caisse rempli d’un pus brun, sauieux, rougeâtre, évidemment mélangé de sang.
5® Les osselets, la corde du tympan, présentent une teinte rouge, uniforme.
6® La membrane qui tapisse l’intérieur de la caisse présente aussi des caractères d’infiammalion non équivoques ; elle est baignée d’un pus sanieux. Ce liquide se rencontre encore en grande quantité dans l’intérieur des cellules mastoïdiennes.
La muqueuse de ces cellides, qui est la continuaiion de celle
que l’oii trouve dans l’oreille moyenne , offre les mêmes caractères : rougeur , vascularisation , épaississement; en plusieurs points même elle n’existe plus et les lamelles osseuses sont complètement dénudées.
7“ L’oreille interne ou le labyrinthe n’offre aucune altération. L’étrier fermait encore la fenêtre ovale et semblait avoir barré le passage à l’inflammation. Après l’avoir enlevé , on trouve le vestibule à l’état sain, le limaçon parfaitement normal, ainsi que le nerf auditif.
L’altération, de nature inflammatoire, occupait donc setilemeiil l’oreille externe et moyenne , d’où elle avait envahi les cellules mastoïdiennes.
2® observation. — Otite des phthisiques. — Un jeune homme de 25 ans, corroycur, d’une constitution délicate, entra à riiôpital de la Charité en octobre 1848, service de M. Rayer.
A cette époque, il présentait déjà tous les signes d’une affection pulmonaire très-avancée. Les deux oreilles, et la droite plus particulièrement, étaient en outre le siège d’un écoulement purulent dont la consistance et la quantité ont souvent varié depuis lors.
Les détails fournis par le malade, sur l’origine et les premiers symptômes do l’affection de poitrine, ne sont pas aussi complets qu’on pourrait le désirer, à cause de son état de surdité. En outre, l’intelligence semble participer à la faiblesse générale.
Il y a un an environ, qu’à la suite de travaux pénibles, ce jeune homme fut pris de froid. La toux devint fréquente, et bientôt l’état de malaise et la débilité qui survinrent l’obligèrent à quitter son atelier.
Au commencement du mois de septembre 1848, neuf mois après les premiers symptômes de la maladie de poitrine, de nouveaux accidents vinrent s’ajouter aux premiers.
1" Il éprouva des céphalalgies violentes, des bourdonnements et des élancements dans l’intérieur des oreilles.
2“ Bientôt un écoulement purulent se manifesta par le conduit auditif externe.
Kous n’avons pu savoir exactement le nombre de jours qui s’écoulèrent entre les premières douleurs d’oreille et la suppuration , les souvenirs du malade n’ayant rien de précis à cet égard.
Jusqu’à l’époque où commença la maladie de poitrine, su santé avait été excellente.
A son entrée dans les salles del\I. Rayer, ce malade, quoique n’entendant qu’avec difficulté les questions qu’on lui adressait, offrait cependant une sensibilité très-vive dans l’appareil de l’audition.
Tout bruit fait près du pavillon de l’oreille exagérait cette sensibilité et parfois la changeait en douleur. Ces symptômes disparurent en quelques Jours et la surdité devint complète, malgré l’emploi des vésicatoires, de la pommade stibiée, etc.
L’écoulement purulent continua et prit une odeur fétide. Nouveaux et rapides progrès de la phthisie. Cavernes au sommet du poumon droit. La faiblesse et l’abattement augmentèrent, et le malade succomba dans les derniers jours de décembre 1868.
A l’autopsie, on trouva les lésions suivantes;
1° Cavernes pulmonaires à droite.
2° Tubercules ramollis du côté gauche.
Sens de l’ouïe. — De chaque côté, le conduit auditif externe offre encore la trace de la matière qui s’écoulait pendant la vie. A droite, le rocher est si friable qu’il se brise sous la moindre traction et sans aucun effort.
En procédant de dehors en dedans, nous avons trouvé des lésions communes à droite et à gauche, c’est-à-dire :
1“ La membrane du conduit auditif externe tuméfiée, comme fongueuse, le périoste décollé.
2° La membrane du tympan n’existe plus; la cavité de la caisse communique largement avec l’extérieur ; elle est remplie d’un liquide jaune, épais, visqueux, fétide, qui présente beaucoup d’analogie avec la matière des clapiers phlegmoneux.
3“ Les cellules mastoïdiennes, les trompes d’Eustachi sont également baignées par le même liquide et en grande quantité.
lx° Des deux côtés encore, destruction presque complète des
osselets tympaniques ; on trouve çà et là, au milieu du pus, quelques minces esquilles de la grosseur d’une pointe d’épingle qui semblent être leurs faibles débris. On peut distinguer, du côté gauclie, un tout petit fragment à deux branches qui rappelle assez bien l'étrier dont la base aurait été enlevée.
Du côté gauche, les cellules mastoïdiennes sont tellement amincies qu’elles ressemblent à une gaze transparente. La membrane ténue qui les tapisse à l’état normal a disparu entièrement.
Le plus grand nombre des trabécules qui les composent semblent frappées de nécrose : 'aussi le stylet le plus lin, promené à leur surface, donne la sensation d’une multitude de petites fractures.
yiu côté droit, la membrane existe partout, mais couverte du liquide jaunâtre dont nous avons parlé.
Ici, les cellules ont l’épaisseur et la consistance qui leur sont propres.
Des deux côtés, les fenêtres ronde et ovale sont ouvertes et pleines du liquide : des deux côtés, les cavités labyrinthiques, ou plutôt l’espèce de clapier qui est à leur place, en est également rempli.
A gauche , les canaux demi-circulaires et le limaçon sont complètement détruits : on n’en trouve plus de trace.
A droite , le limaçon existe seul, mais complet.
Des deux côtés , les nerfs auditif et facial peuvent être suivis jusqu’au fond du conduit auditif interne, mais non au delà.
La face supérieure et interne de chaque rocher n’offre pas de lésion uotable.
La dure-mère est un peu amincie à gauche, mais sans décollement.
Une question importante reste à résoudre ;
Quelle est la nature de ce liquide jaune-verdàtre, épais, qui baignait l’intérieur de toutes ces cavités et semblait les convertir en un vaste clapier? Nous l’avons déjà dit : à l’œil nu, ce liquide ne diffère pas sensiblement du pus phlegmoneux qui a croupi dans des sinus plus ou moins tortueux. On peut l’enlever en
gouiteleiles : chaque goiuieleile est formée par un liquide crémeux, épais, homogène, sans granules, sans fragmeius grumeleux qui puissent môme éveiller l’idée de inaiière tuberculeuse ou caséeuse.
Cependant, pour avoir toute la certitude désirable, ce liquide a été examiné au microscope et l’on a trouvé tous les caractères du pus phlegmonenx. Cette otite, bien qu’observée sur un phthisique, n’avait donc point pour cause des tubercules du rocher. Telle est pourtant l’opinion généralement admise par les auteurs qui ont écrit sur ce sujet. M. Louis n’en a pas d’autre.
La môme assertion se trouve répétée sans preuves dans l’ouvrage de Kramer, la plus récente, sinon la plus complète des monographies qne nous ayons sur les maladies de l’oreille.
Dans leur Traité des maladies des enfants , MM. Rilliet et Barthez ont rapporté quatre cas d’otite chez des tuberculeux.
Dans CCS quatre cas, surdité complète avec destruction plus ou moins avancée des parties profondes du rocher qui logent l’organe de l’ouïe. Deux de ces cas, relatés brièvement, paraissent avoir une grande analogie avec la pièce dont nous avons donné une dissection complète.
Dans deux autres cas, MM. Rilliet et Barthez ont trouvé dans le rocher deux tubercules enkystés bien évidents.
Cette assertion, émise par des auteurs aussi consciencieux, a bien certainement une grande valeur. Cependant de graves raisons doivent nous imposer l’obligation d’attendre de nouveaux faits avant d’adopter cette opinion.
Du pus concret, solidifié, si je puis ainsi dire, dans une ou plusieurs des cavités de l’oreille interne, ne peut-il pas simuler jusqu’à un certain point, un ou plusieurs tubercules du rocher? L’examen, fait à l’œil nu, ne doit-il pas contribuer à rendre l’illusion complète? D’ailleurs, M. Lebert, si habile dans l’art du microscope, doute qu’on ait rencontré jusqu’à présent de vrais tubercules dans le rocher (1).
(ij J’ai faifj depuis ce'tc cp.iqiie, dnix aiilies ilisseclions cnlièreiiitMil senitda-
Cependant j’ai trouvé tout récemment un fait, déjà ancien et comme perdu, dans Presse medicale de 1837, n® 32.
C’est une observation de jNI. le professeur Grisolle, dans laquelle on trouve la description suivante ;
Un phthisique qui, dans les derniers temps de sa Nie, avait eu un écoulement purulent par l’oreille, offrit à l’autopsie :
1° Des tubercules dans les deux poumons ;
2° Le rocher a présenté les lésions suivantes : à sa base , tache d’un blanc jaunâtre subjacente à la dure-mère ; celle-ci détachée de l’os, on trouve, dans le point correspondant à la tache, une matière solide, friable, d'un blanc mat, ressemblant à la matière tuberculeuse.
Assurément, cette description ne permet guère d’hésiter à croire qu’il puisse se former des tubercules dans le rocher, comme partout ailleurs : et, du reste, cette proposition a été prouvée (autant qu’une chose peut l’être) par noue excellent maître M. le professeur ^îélaton {thèse inaugurale , 1836, n“ 376).
Mais de ce que des tubercules peuvent se développer dans le rocher, s’ensuit-il nécessairement que toutes tes otites rencontrées sur des phthisiques, doivent avoir pour cause constante la présence de ces productions héiéromorphes dans une portion quelconque du réceptacle osseux, qui loge le setis de l’otJe? Non, assurément; et c’est ce qu’il fallait démontrer, contrairement i\ certaines assertions , émises sans preuves {Voir Kramer).
Ce premier point démontré, on est conduit à se demander s’il ne serait pas convenable, de chercher à diminuer, améliorer ou guérir l’écoulement et la surdité chez ces pauvres malades, de la même manière que M. le professeur Trousseau en France, et M. Hennet en Angleterre, s’efforcent de combattre, le plus sou-
bles à celle-ci, et la description qu’on vient de lire s’y rapporte de tous points. Dans ces trois dissections, j’ai trouvé constamment du pus dans les casites inoyeimes et internes de l’oreille, et le microscope loi-méme n’a pu y démontrer aucune trace de matière tuberculeuse. Je continue actuellement ces lechercbes.
veni avec succès, la laryngite cl Vapho7iie, qui peuvent aussi survenir, comme on le sait, dans le cours de la môme maladie (phthisie).
Il y aurait donc, selon nous, une phthisie auriculaire , comme il y a une phthisie laryngée (1).
Ce sujet important nous paraît digne de fixer railenlion, et nous avons commencé une série de recherches, dirigées surtout au point de vue de l’étiologie et de la thérapeutique.
Il y a là aussi quelque chose d’utile à tenter contre celle affection de l’ouïe qui vient compliquer si péniblement la tuberculisation pulmonaire.
S® Ohservatioti. — Surdité nerveuse. — Ce troisième fait est d’un grand intérêt au point de vue de la pratique et de l’art. Il est relatif à ces affections profondes de l’organe de l’ouïe, sans lésion apparente bien notable, et que les médecins aurisles ont englobées sous le nom de surdité nerveuse.
En octobre 18à8, une femme âgée de 30 ans vint mourir à la Charité d’une péritonite aigue. Elle avait presque entièrement perdu le sens de l’ouïe depuis plusieurs années.
L’état de souffrance extrême, une mort rapide, ne nous ont permis de recueillir aucuns détails sur les causes présumées, ou du moins sur les circonstances qui ont dû accompagner chez celle malade la perte de l’audition. Il n’y avait pas trace d’écoulement par le méat auditif.
Pour donner quelque valeur à notre diagnostic, nous aurions désiré examiner la membrane du tympan et la trompe d’Eustachi; mais, pour les motifs exposés plus haut, cet examen ne fut possible que sur le cadavre.
Le tympan, sans être épaissi notablement, avait perdu sa transparence ; vers sa circonférence, on dirait qu’il y a là un cercle sénile, analogue à celui que l’on voit sur la cornée des
(i) La présenci! des tubercules ne nous semblerait pas plus nécessaire à l'existence de l’une qu’à l’existence de l’autre.
vieillards. De chaque côté, la trompe était perméable : l’air insufflé faisait entendre à notre oreille un bruit sec et interrompu çà et là par quelques bulles bien rares : c’était plutôt un susurrus léger qu’un hruit muqueux. Il y avait donc probablement un ♦peu de liquide dans chacune des caisses, et, pour nous, ce liquide était probablement dû à un état catarrhal de l'oreille moyenne.
Celte probabilité trouvait en quelque sorte sa raison dans l’inspection anatomique de l’arrière-gorge.
Les deux tonsilles étaient légèrement hypertrophiées, mais chroniquement : elles offraient cet aspect cribleux, cette apparence comme fibreuse que nous leur voyons prendre avec une si merveilleuse facilité.
Ces lésions qu’on a décrites si souvent comme symptomatiques du catarrhe de la caisse n’étaient donc pas suffisantes ici pour expliquer une surdité presque complète.
Non-seulement le bruit d’une montre ne pouvait plus être perçu, mais encore la voix, dans ses notes les plus hautes, éveillait à peine une sensation confuse.
Cette surdité, chez une malade dont les oreilles ne présentaient aucun suintement, chez laquelle les trompes pouvaient adniettrela sonde d’I tard, se rapprochait donc, à plus d’un titre, de cette classe qu’on appelle nerveute, parce qu’elle est inconnue.
La dissection des organes malades nous a montré des deux côtés :
1" Méat auditif externe normal; çà et là quelques poils agglutinés pur une petite quantité de cérumen.
2” La membrane du tympan avait conservé sa transparence à son centre, à peu près vers le point où s’insère le manche du marteau : la circonférence était un peu épaissie, d’un blanc nacré, opaque.
8® La muqueuse des trompes et de la caisse à son pourtour est d’un rouge pâle, indurée, plutôt ratatinée qu’augmentée de volume : mais sur les parois interne et postérieure de la caisse, la muqueuse offre une autre altération : elle forme de petits mamelons rougeâtres, fongueux , de la grosseur d’une forte tête
(1 épingle; ti leur base, on trouve quelques goulleletles de pus.
k" La chaîne des osselets est rompue : des deux côtés, la longue branche du marteau existe à peu près complètement. A droite, il ne reste plus qu’une branche de l’étrier. A gauche, ce dernier osselet seul est complet; il obture encore la fenêtre ovale; la tête du marteau, l’os lenticulaire, l’enclume, ont disparu ; quelques petites esquilles, aussi fines que des pointes d’épingles, en sont probablement les faibles débris.
5® La membrane des fenêtres rondes est détruite.
6® Les cordes du tympan sont à leur place, mais rouges, ramollies, pulpeuses.
7® Les cellules mastoïdiennes offrent les mêmes lésions que la paroi interne de la caisse : muqueuse épaissie, mamelonnée avec du pus en petite quantité ; la plupart des lamelles osseuses sont nécrosées.
8° Al gauche, les cavités de l’oreille interne paraissent normales ; mais les canaux demi-circulaires ne contiennent plus de liquide.
9° Le limaçon est également intact, ainsi que le nerf auditif.
A droite, les canaux demi-circulaires sont aussi privés du liquide de Cotigno.
11° La membrane qui les tapisse est sillonnée de stries vasculaires, fines, nombreuses et serrées en réseau.
12® Le névrilème des nerfs acoustique et facial offre une injection semblable au fond du conduit auditif interne.
13° La cochlée nous a paru normale.
Voici donc une série d’altérations de nature inflammatoire bien constatées.
En procédant du connu à l’inconnu, si nous essayons de reconstituer la marche de la maladie, nous voyons qu’une phlegmasie du pharynx a été probablement le point de départ de tous ces phénomènes morbides. L’inflammation, partie de l’amygdale, a cheminé dans la trompe d’Eustachi.
Arrivée dans l’oreille moyenne elle s’y est concentrée ; la carie, la nécrose des osselets, les points fongueux de la muqueuse en sont la preuve.
D’un côté, l’étrier reste en place dans la fenêtre ovale, et la pblegmasie respecte celle fragile barrière ; de l’anire, l’éirier déiruii permet à la maladie d’envahir librement le vestibule, les canatix demi-circulaires , la iermiiiaiso?i du nerf auditif.
L’oreille interne peut donc subir les mêmes altérations et de la même manière que l’oreille moyenne. Mais ue nous hâtons point de généraliser ; nous devons attendre de nouveaux faits établis sur de nouvelles dissections. Celui-ci, tout curieux et tout isolé qu’il est encore (car les auteurs n’ont rien décrit de semblable jusqu’à présent), a besoin d’être appuyé par d’autres observations, et c’est vers ce but que nos efforts tendront désormais.
Cependant , dès ici nous croyons pouvoir dire que la thérapeutique des maladies de l’oreille ne doit pas être aussi restreinte, aussi empirique , et pour prendre un exemple , notre malade n’aurait été bien cerlaiuemenl ni guérie, ni soulagée par les douches d’air ou les vapeurs d’éther.
DEDXItlE MËHOIRE.