‹ Recherches pratiques pour servir à l'histoire des maladies de l'oreilleChapitre 3 sur 6 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

à® Obsercation. — Anatomie pathologique des otites dans les fièvres graves.— Otite scarlatineuse (l).— Une femme de 30 ans, atteinte depuis huit jours d’une scarlatine à forme ma-

(i) Ces observations ont été recueillies à l'Hôtel-Diiu , quand j’étais interne de MiM. llono’é cl Caillard. Qu’il me soit permis, en celle circonstance, de rendre ce faible buiiiniagc à leur mémoire.

>UL. ne i.'oBEiLi.e. 9

ligne, vint mourir à l’Ilôiel-Dicu. Les graves symptômes ataxiques, par lesquels toute leconomie dtail influencée, n’ont point permis de s’inquiéter des épiphénomènes fournis par les organes des sens en général et de l’organe de l’ouïe en particulier.

Ce qui frappa seulement rattention, ce fut un écoulement par l’oreille droite.

La pièce me fut remise deux jours après la mort, et la dissection me permit de constater, en procédant selon notre habitude de l’extérieur à l’intérieur :

1“ Un épaississement avec vascularisation de la membrane qui tapisse le conduit auditif externe : cette membrane nous paraît avoir au moins deux fois son épaisseur normale. En la saisissant avec une pince, on peut la décoller avec facilité ; son tissu, qui est imbibé de sang, est ramolli, et les mors de la pince peuvent assez facilement le déchirer.

2° L’étrier osseux qui supporte cette membrane présente des stries rougeâtres et des points violacés çà et là : ce sont là évidemment des traces d’ostéite ayant la plus grande analogie avec les altérations que nous avons longuement décrites dans l’otite typhoïde.

S” Le tympan est déchiré à son centre ; cette perforation inégale, à bords frangés, a au moins 2 millimètres d’étendue dans tous les sens; la portion de membrane restante est rouge, tuméliée, ramollie et privée de transparence.

à® L’intérieur de la caisse est baigné d’un pus sanieux , rougeâtre et fétide.

6° La membrane qui tapisse cette cavité est également plus rouge, comme tomenteuse, avec des sot tes de végétations de la grosseur d’une tête d’épingle, au nombre de trois, placées sur les côtés du promontoire.

6° La muqueuse des trompes est rouge, boursouflée; le tube osseux fiu’elle revêt est manifestement rétréci.

7“ La chaîne des osselets est rompue ; on trouve, dans le liquide purulent de la caisse, une des branches du marteau. L’étrier est encore appliqué sur la fenêtre ovale. La fenêtre ronde est intacte.

7® Le labyrinthe nous a paru exempt d’allcralion. Les canaux demi-circulaires contenaient une sorte d’humidité rougeâtre, dernière trace du liquide limpide contenu à l’état normal dans leur intérieur. Limaçon, nerl' auditif, en bon état (1).

Le temporal gauche n'a pas été examiné.

5* Ohfervation. — Olite variolente. Un ouvrier maçon, ùgé de 23 ans, fut pris, au mois de mars 1852 , d’une variole conlluenie, avec phénomènes cérébraux graves.

Admis à rHôtel-Dieu, ce malade succombait le sixième jour de son entrée et le dixième de sa maladie.

Dans les trois derniers jours qui précédèrent sa mort, un écoulement purulent s’était manifesté par l’oreille gauche.

Oreille gauche. La dissection nous montra :

1“ Du pus brun, noirâtre, desséché et écaillé, sur les bords du pavillon et dans le conduit auditif externe.

2® La membrane qui revêt ce conduit est plus rouge, plus épaisse, se détache avec facilité.

3® La conque osseuse qui la supporte est plus injectée (canalicules vasculaires enllammés).

4® Tympan rouge-bleuàire à sa circonférence, avec une fissure centrale de k millimètres, et s’étendant jusqu’à la partie inférieure.

5® La chaîne des osselets est encore en place ; mais la longue branche du marteau, n’ayant plus de soutien, est tombée dans la caisse.

6® Mêmes altérations de la muqueuse que dans l’observation suivante : elle est épaissie, comme mamelonnée, baignée de pus. On trouve, au voisinage du promontoire, quelques débris de pustules tout à fait analogues à celles que l’on voit dans la même maladie, naître, se développer et suppurer au pharynx, sur la conjonctive.

(i) Je ihcrrluTai l’occaaion de confirmer ces lecherclies par d’aulres disseclions.

iMiiqiu'nsn de la trompe ronge, inmoOée, prrscniani égalemeni ça et. là de petites pustules comme avortées.

L’orifice iiilra-tympaiiique semble, au premier abord, comf)létemenl oblitéré; cependant, on peut y introduire le tube fin d’une seringue d’Anel.

7° La membrane de la fenêtre ronde existait encore.

8° L’oreille interne ne m’a pas ofl'ert d’altération appréciable, seulement le li(]uide de Cotigno avait disparu.

6* Observation. — Otite varioleuse. — Un jeune homme de 25 ans, non vacciné, entré à l’IIÔtel-Dieu pour une affection légère, fut pris dans les salles d’une variole confluente et succond)a le neuvième jour.

Pendant les deux dertiiers jours qui précédèrent sa mort, on avait remanjue que l’oreille du côté gauche était le siège d’un écoulement purulent.

Jepusmeprocurerlesdeuxtemporauxet voici ceque j’ai trouvé:

Oreille gauche. 1° Oreille externe : croûtes brunâtres desséchées, rappelant le pus qui s’écoulait pendant la vie.

2“ Conduit auditif : la peau membraneuse qui le tapisse est rougeâtre, plus vasculaire, avec des taches livides; elle est ramollie, plus friable, se laisse facilement déchirer.

3“ Le tympan olîre une large ‘perforation centrale, large de 5 millimètres : les bords de cette ouverture sont coupés nettement; on les dirait taillés par une sorte d’cinporte-pièce ; le ntarteau adhère encore à une petite portion de la membrane déchirée qui le supporte.

h° La chaîne des osselets est complète. La muqueuse qui les revêt est rouge, enflammée. L’étrier est appliqué sur la fenêtre ovale.

6“ La muqueuse qui tapisse la caisse est rouge, épaissie, mamelonnée, baignée de pus. Çà et là, principalement sur les côtés du promontoire, on trouve ues espèces de pustules avor-

tées, qui lappellent celles de la peau. Ou en rencontre aussi dans la trompe, qui offre, du reste, les mômes altérations : rougeur, vascularisation, épaississement.

Comme dans les obsorvaiioiis prëcédenies, le siylci le plus lin ne peut pénétrer jusque dans la caisse; mais si, après avoir introduit une sonde dans la trompe, on vient à pousser, au moyen d’un petit soufilet, de l’air ou de l’eau, ces deux Iluides arrivent jusque dans la caisse. Est-ce à dire pour cela que du pus, du mucus, peuvent s’écouler par la même voie? Non, certainement ; <tar môme chez ce sujet, dont le tympan était largement ouvert , la caisse était encore baignée de pus.

6" La caisse est baignée d’un pus brun , sanieux, mêlé de sang.

7" J’ai déjà dit que la fenêtre ovale était intacte, il en est de même de la fenêtre ronde, qui offre môme sou petit tympan.

8“ Après avoir enlevé l’étrier, j’agrandis, d’un coup de ciseaux, l’ouverture de communication avec le vestibule, qui me paraît sain. Les canaux demi-circulaires, à leur face interne, sont secs, striés de ligues rouges et parallèles.

9“ Le limaçon est normal ainsi que le nerf auditif.

Oreille droite. — 1“ Méat auditif externe un peu rougeâtre. On n’y trouve cependant pas de traces de suppuration.

2® Tympan opaque : son épaisseur est augmentée, mais son tissu est plus friable, comme ramolli.

3“ Chaîne des osselets : en place l’étrier est applitiué sur la fenêtre ovale ; la fenêtre ronde est normale.

U° La muqueuse qui tapisse la caisse est plus rouge, plus vasculaire, tuméfiée; sa surface est imbibée d’un liquide brun, jaunâtre, épais, légèrement visqueux, évidemment jiurulent.

5° L’oreille iuterne était saine.

T Observation. — Otite typhoïde. — Au mois de février 1850, un jeune homme de 23 ans vint mourir à ITIêtel-Dieu, d’une fièvre typhoïde. Vers le douzième jour de la maladie, bien qu’il n’y eût pas de complication cérébrale, la surdité était devenue complète. Ce phénomène morbide ne s’était point montré tout à coup; mais les bourdonnements d’oreilles, très-intenses au début de la maladie, avaient augmenté de jour en jour et d’uiie manière notable, et le sens de l’ouïe avait fini par disparaître entièrement.

Pendant riuelqnes jours on n’observa pas de traces d écoulement pai- les niéais; mais vers le quinzième jour, depuis le commencement de la maladie, les deux oreilles laissèrent suinter un liquide purulent, brun, épais, assez abondant.

Du côté droit, le pus semblait mélangé avec du sang et sa quantité était plus considérable.

Le malade succomba à une splénisation du poumon, et je pus me procurer les deux temporaux (1) :

Oreille gauche. 1“ La conque cartilagineuse offre encore des traces de l’écoulement, sous forme de croûtes et d’écailles brunes desséchées.

2" La membrane qui tapisse le conduit auditif externe est tuméfiée ; elle présente au moins deux fois son épaisseur normale : son tissu est injecté de sang. Si l’on vient à saisir cette membrane avec une pince et que l’on exerce même une faible traction, elle se laisse déchirer avec facilité, sous forme de petits lambeaux déchiquetés.

Nous devons donc noter ici, comme dans la première observation, une infiltration sanguine bien manifeste avec un ramollissement de nature inflammatoire.

3“ la conque osseuse du conduit auditif offre des stries rougeâtres, avec des taches violacées, qui ne sont autre chose qu’un premier degré d’ostéite : canalicules osseux enllammés, taches vasculaires, naissance des bourgeons sanguins.

En raclant avec la pointe d’un scalpel ordinaire (2) la surface de ces taches, on est tout étonné de ne rencontrer qu’une pellicule osseuse extrêmement mince, au-dessous de laquelle se rencontre çà et là un petit foyer sanguin.

La couleur de ce liquide n’est pas la même dans tous les points; elle varie de la coloration noire ordinaire du sang veineux à la teinte lie de vin ou lilas, mais un peu plus

(i) Ces deux pièces ont servi à mes dénioiistralious, dans le cours public que j’ai fait en i85 r.

(a) Pour bien éliidicr cette altération, il faut, à l’aide d une scie tiès-fine, étroite et courte, prati<pier une coupe verticale de lu conque osseuse.

foncée , comme sanieuse en plusieurs endroiis ei d’un aspeci visqueux.

U° Le lympan a perdu sa transparence : il est plus épais (1 millimètre à peu près); sa couleur nacrée d’uu blanc bleuâtre, avec des reflets irisés que nous lui connaissons à l’état normal , est remplacée par une rougeur diffuse, violacée, noirâtre.

Après l’avoir décollé de son cercle osseux, si l’on vient à le fixer sur une plaque de liège appropriée à la dissection et qu’on cherche la toile membraneuse primitive et les trois couches régulières en lesquelles on peut la diviser , on trouve que tout est confondu; feuillets externe, interne et moyen, ne forment plus qu’une seule et même couche vasculaire; il n’y a cependant point lâ création de nouveaux vaisseaux, mais ce sont de véritables sugillations ecchymotiques, ou mieux encore, de petits épanchements de sang sorti de ses canaux.

Quand on laisse ce tympan macérer dans de l’eau distillée (l), on voit, après quelques heures, le sang extravasé sortir de ce tissu délicat et teindre l’eau en rose, avec des tons plus ou moins foncés.

Une petite quantité de fibrine reste suspendue au milieu du liquide, sous la forme d’uue peluche blanche.

5“ La cavité de l’oreille moyenne, ou la caisse du tympan, présente quelques gouttelettes de pus sanieux d’un brun foncé. La muqueuse épaissie, rougeâtre, imbibée de sang, est mollasse, comme spongieuse; or, à l’état normal, cette membrane est ténue, transparente, et tous les anatomistes ont pu suivre, à travers son tissu et â l’œil nu, les filets divergents du plexus tympanique. Ici, toute cette curieuse disposition est masquée par le gonflement de la membrane muipicuse.

6“ Osselets. La chaîne des osselets est en place; la muqueuse qui la revêt comme une sorte de périoste, présente également la môme altération. La base de l’étrier obture la fenêtre ovale. La membrane de la fenêtre ronde offre une perforation centrale.

(i) Une lie ces peiites capsules qu’on emploie pour les dessins à raquarelle, fonvienl bien pour celte expérience.

nno sorte de fissure, dans laquelle est engagé un petit eailloi sanguin.

7“ La trompe, rouge, boursouflée, présente une tuméfaction inflammatoire manifeste.

8° Mêmes lésions dans les rampes du limaçon et dans le vestibule.

On ne trouve plus de liquide dans les canaux demi-circulaires. Leurs parois internes sont finement striées de lignes rouges, que le lavage et la macération ne font disparaître que irès-imeomplétement. Dans chacun de leur renflement ampullaire, on ne voit qu une sorte d humidité rougeâtre, dernier vestige des précédentes lésions.

Le limaçon, dont la couleur normale est rougeâtre, offre une exagération de cette teinte. On peut la suivre encore sur les divisions labyrinthiques et cochléaires du nerf auditif.

Oreille droite. 1“ Même altération de la membrane du conduit auditif externe.

2° Tympan épaissi à sa circonférence et infiltré de sang.

0° A la partie moyenne, dans le point où s’insère la longue blanche du marteau, par conséquettl du côté de la face tympanique, un petit caillot sanguin, ramolli et brunâtre, de la grosseur d’une forte tête d’épingle est appliqué sur une perforation de la cloison.

Cette perforation, inégalement ronde et déchirée, a près de 1 millimètre et demi en hauteur et en largeur. Le petit caillot n adhère que faiblement; on dirait une sorte de soupape mobile, qui se déplace facilement quand on introduit par l’ouverture, sur laquelle le caillot est appliqué, le bec d’un des tubes de la seringue d’Anel.

L’intérieur de la caisse offre la même altération que du côté gauche.

Le liquide brun, sanieux, est plus abondant et plus franchement purulent.

5° La membrane ronde est encadrée dans sa fenêtre, mais elle a perdu sa transparence.

L’étrier obture la fenêtre ovale.

G“ L’oreille interne nous a paru saine. Les cavités labyrinthi- (|iies sans liquide aucun.

8* Observation. — Vers le huitième jour d’une fièvre typhoïde, à forme inflammatoire, une jeune fille de 16 ans fut prise de bourdonnements dans les oreilles, et plus particulièrement dans celle du côté droit. En peu de jours, la surdité devint complète de ce côté. Dans les moments de calme et d’amélioration, la malade pouvait encore entendre au moyen de l’oreille opposée.

Du douzième au quinzième jour, la maladie, de moyenne gravité, prit un caractère alarmant : il y eut du délire, puis du coma jusqu’au dix-neuvième jour, qui fut celui de la mort de la malade.

Pendant les six derniers jours, l’oreille droite avait été le siège d’un écoulement purulent assez abondant.

Le linge sur lequel reposait, pendant la nuit, le côté droit de la face, était, chaque matin, souillé dans les endroits qui avaient louché foreille d’un liquide brunâtre, quelquefois fétide, semblant tenir eu suspension quelques grumeaux de sang. Aucune tiace d’écoulement du côté gauche.

Voici ce que la dissection nous a démontré (1) :

Oreille droite. 1“ Dans le conduit auditif externe ; du pus brun, sanieux et fétide.

2® La membrane qui tapisse l’intérieur de ce conduit est plus épaisse, de couleur rougeùtre, violacée, ramollie en plusieurs endroits et décollée.

3° En la pressant médiocrement entre les doigts, on en voit sourdre un liquide dont la couleur et la consistance rappellent celui qui baiguaii sa surface.

h? Le conduit osseux qui la supporte est injecté de stries fines que le lavage et la macération ne font pas disparaître.

5“ On cherche vainement la membrane du lympan à sa place ordinaire; on ne trouve plus qu’une large perforation qui fait

(i) J’ai dissi'qué celle jiièic en présenee de M. le docteur Trunic», interne dûlingué de, hopilaux.

comiiuiniquer l’inlérieur de la caisse avec l’oreille externe. Quelques petits lambeaux déchirés lloltcni suspendus au cercle osseux tympanique qui les retient encore. Ce sont évidemment les derniers débris de la membrane que nous ne trouvons plus.

6“ La chaîne des osselets est rompue et détruite. L’étrier seul existe encore; au milieu de ces lésions profondes, il est resté appliqué sur la fenêtre ovale.

Quant ù la fenêtre ronde, sa membrane {itjjnpanum seenndarium) est aussi détruite et livre passage au pus, qui a envahi la rampe tympanique du limaçon et du vestibule.

Une question intéressante se présente ici : Quelle marche le pus a-t-il suivie pour passer de la fenêtre ronde perforée dans les cavités labyrinthiques? Un mot d’anatomie va nous donner la solution de ce petit problème.

Supposons une coupe de l’oreille moyenne : au-dessous de la fosse ovale, en arrière du promontoire, se trouve la fenêtre ronde^ qui occupe le fond d’une fossette infundibuliforme, fossette dite de la fenêtre ronde.

Ce fond présente une lamelle, partie osseuse, partie membraneuse , qui est le commencement de la cloison spirale du limaçon.

Si l’on vient à détruire cette partie membraneuse, avec une aiguille ou la pointe d’un petit scalpel, la fossette de la fenêtre ronde communique alors librement avec le vestibule (1).

C’est au-dessous de cette lame, c’est-à-dire à la partie inférieure de la fossette de la fenêtre ronde, que l’on voit la fenêtre ronde proprement dite, qui conduit dans la rampe tympanique du limaçon.

(i) Celle disposiiion est lrè<-difûci!e à comprendre sur un temporal liiimaiii et pour la première fois. Il est utile d’avoir à sa disposition, comme je le fais dans mes leçons piiblicpies ou particulières, une pièce du sipieletle artificiel imagine par M, le docteur Auzoux .Le dcvelo|ipement considérable que l’auteur a eu soin de donner à ces organes délicats, surtout la facilité de les enlever et de les remettre en place, sont des avantages qui permettent facilement d’en étudier la structure, les councxioiH, et d'en saisir le mécanisme si curieux et si compliqué.

Mainlenani, il est facile de comprendre, par ce curieux mécanisme, comment, la membrane de la fenêtre ronde étant perforée, les liquides contenus dans la caisse (pus, sang, mucus) peuvent s’introduire :

1“ Directement dans le vestibule par 1a fossette de la fenêtre ronde, et de là dans les canaux demi-circulaires ouverts dans le vestibule.

2“ Dans la rampe ou cavité tympanique du limaçon : la rampe inférieure. Mais comme elle communique avec la rampe vestibnlaire ou cochléenne supérieure, le liquide contenu dans rune ne peut manquer de refluer dans l’autre (1).

Oreille gauche. 1“ Aucune trace de suppuration dans le conduit auditif externe. La matière cérumineuse que l’on trouve à l’état normal , manque complètement ici. La membrane est sèche, lin peu plus épaisse; sa couleur habituelle, d’un blanc rosé, est rougeâtre , mais sans apparence bien dessinée de vascularité morbide. La conque est osseuse et tout à fait saine.

2“ Le tympan, encadré dans sou cercle osseux, a perdu sa transparence; il est épaissi de 1 millimètre à peu près; sa circonférence étant décollée avec soin, on aperçoit la chaîne des osselets complète et à sa place.

O® La membrane muqueuse de la caisse, plus rouge, violacée, a éprouvé un commencement de tuméfaction et de ramollissement ; une pince ordinaire, dont les mors sont médiocrement serrés, peut en détacher facilement des lambeaux. En rùclant sa surface, on en exprime un liquide brunâtre, de nature purulente, en quantité assez notable.

k° L’étrier ferme la fenêtre ovale; la membrane de la fenêtre ronde existe aussi. Aucune communication n’existait donc avec le labyrinthe.

5® Cependant, les canaux demi-circulaires étaient vides, et leurs parois finement striées de lignes rougeâtres, comme dans la première observation (1"^ Mémoire).

(i) Cnneilliier, Anal omit', I. 3.

ü" Limüçoii, nerf auditif sans aliéraiion.

9® Observation (1). — Une pelile fille de 9 ans eldemi est entrée à riiôpilal des Enfants, à la fin de février 1852 ; elle sort d’un asile où la nourriture était insuffisante : à son entrée, on eonstate un peu de bronchite avec un dévoiement fétide.

Le 12 mars, un li(|uide purulent se fait jour par l’oreille droite: il est très-abondant et fétide (injection d’eau de guimauve avec chlorure de soude).

Le môme jour, paralysie très-prononcée du facial du côté droit; surdité complète du même côté; fièvre (120 pulsations).

Quelques jours plus tard , ventre ballonné, refroidissement général, mort.

Examen cadavérique (2). — Oreille droite. 1“ Suppuration dans le conduit auditif externe.

2° La muqueuse qui revêt ce conduit est pulpeuse, ramollie, détruite par places.

3° La conque osseuse sous-jacente est injectée de stries fines, jiarallèles (canalicules vasculaires enflammés).

U° Tympan complètement détruit : on n’en trouve pas de traces.

5“ Le marteau ne se retrouve plus, ainsi que l’os lenticulaire. L’étrier est intact et obture la fenêtre ovale, sur laquelle je le conserve appliqué.

6® La membrane de la fenêtre ronde est détruite.

7“ L’enclume que je vous envoie est frappé d’ostéite et offre des points nécrosés, son périoste détruit. La surface de cet osselet est rugueuse; de petites fossettes ou anfractuosités témoignent de la perte de' substance qu’il a éprouvée.

8° La muqueuse de l’oreille moyenne, de la caisse, des cellules mastoïdiennes qui la supportent , est enflammée (vascu-

(i) Celle observation m’a élé communiquée par M. Billard, alors externe à riiôpital des Enfants. J’en ai extrait seulement ce qui se rapporte à mon sujet.

(a) M. Axenfeld, interne à l’hôpital des Enfants, me pria de lui communiquer le résultat de ma dissectiuu, et Je lui envoyai celle note.

larisalion, friabililé); toute la caisse esi baignée d’un pus abondant, ayant le caractère du pus phlegmoneux. On trouve dans ce liquide de petites esquilles de la grosseur d’une pointe d’épingle, derniers vestiges des osselets qui avaient disparu.

9“ L’orifice intra-iympanique de la trompe est complètement oblitéré par le boursouflement de la muqueuse.

Si l’oii fend ce tube dans toute sa longueur,*on est frappé de la rougeur et de la tuméfactioii de la membrane muqueuse qui le tapisse à l’intérieur; le scalpel, promené à sa surface, en exprime quelques gouttelettes de pus.

10“ L’oreille interne nous a présenté des altérations analogues à celles que nous avpus longuement détaillées dans la 5® obser-* vation. Les canaux ^demi-circuliires olTraiont simplement des stries rougeâtres, comme dans les 3“ et â* observations, et j'ai cru y trouver encore des traces du liquide de Colugno.

Le limaçon était complet; le nerf acoustique rotigeâtre au fond du conduit auditif interne ; on suit la plilegmasie jusqu’au gauglion géniculé du facial (ce qui explique la paralysie faciale qui s’était montrée pendant la vie).

Le temporal gauche ne m’a pas été envoyé.

10* Observation. — Otite typhoïde. — Je retrouve dans^ mes Notes de 1848, une observation, incomplète il est vrai, mais qui n’eu renferme pas moins certains renseignements utiles. Il s’agit d’une femme de 27 ans, entrée à l’hèpilal de la Charité , à la üu de septembre 1848, pour une afleciion étrangère à celle qui attire notre attention. •

D’après ce qu’elle raconte, elle aurait eu une fièvrp typhoïde au mois de juillet 1847 ; la maladie et la convalescence n’auraient pas duré moins de quatre mois.

A celte époque J c’est-à-dire au mois d’octobre de la même année, la céphalalgie, les bourdonnements et la surdité, qui avaient toujours existé depuis la fièvre typhoïde, étaient devenus plus intenses.

L’oreille droite devint douloureuse, et, quelques jours plus lard, ou en vil sortir du pus, en quantité assez abondante, et

mêlé de sang noir en grumeaux. £n môme temps, la malade crachait, mélangea la salive, un liquide fétide et ressemblant à celui qui s écoulait par 1 oreille. Cette otorrhée a duré sept mois. (Vésicatoires, cautères, séton.) Tels sont les moyens qu’on mil en usage.

L’écoulement disparut ; mais il s’est montré de nouveau à différents intervalles.

Une douleur profonde est restée dans l’oreille et dans le côté correspondant de la tête.

Quand cette malade se mouche, la bouche fermée, on n’entend pas de sifflement par l’oreille.

Mais, en examinant le tympan à -l’aide du spéculum d’Itard et d’un rayon de soleil , on pc#t constater q^e celte cloison présente une perforation à peu près centrale, de la largeur d’une grosse tête d’épingle.

Au moment où nous examinons celle malade, il n’y a pas de traces d’oiorrhée. Cependant elle est presque entièrement sourde

de ce côté : car elle entend à peine le tic-tac d’une montre appliquée sur le pavillon.

Nous trouvons ici tous les caractères d’une otite typhoïde, avec suppuration de la caisse : et, ce qu’il y a de remarquable, c’est que le pus soit resté plus de quatre mois enfermé dans cette cavité, avant de se frayer une issue à travers le tympan.

Un détail encore digue d’attention, est l’écoulement simultané par la trompe et par la caisse.

S’il m'était permis d’émettre une hypothèse, j’inclinerais volontiers à penser que la collection remplissant totalement la cavité du tambour, tout passage pour l’air était intercepté, et qu’alors les deux pressions atmosphériques , l’une à l’embouchure de la trompe, l’autre sur le tympan , se faisant équilibre, le liquide restait emprisonné, sans tendance aucune à se faire jour de l’un ou de l’autre côté.

Il est même probable, comme je le prouverai dans la deuxième partie de ce travail, par une observation empruntée à Iiard, que ce pus serait encore resté là plus longtemps, à moins que des accidents graves n’eussent nécessité l’intervention du chirurgien,

ou que le tympan se fût déchiré sous l’influence de la pression exercée par le pus à sa face interne : c’est là , en effet , ce qui doit arriver le plus souvent , comme ce fait le montre bien. Nous reviendrons sur ce point important.

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