‹ Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracteChapitre 35 sur 59 · ACCIDENS DE LA KERATOMIE-RECLINAISON, DITE METHODE ÉGYPTIENNE · texte numérisé non relu

ACCIDENS DE LA KERATOMIE-RECLINAISON, DITE METHODE ÉGYPTIENNE

L'opération de la cataracte est encore pratiquée en Egypte et dans la plus grande partie de l'Orient par des hommes spéciaux , qui se sont, de père en fils, livrés à la profession d'opérateurs ambulaus. La méthode qu'ils emploient de préférence, et a laquelle j'ai donné le nom de kératomie-réclinaison, s'exécute en faisant une ouverture à la partie inférieure de la cornée et en déprimant le cristallin

avec une pelite spatule d'or. Voici comment le procédé s'exécute. Je transcris les détails du Manuel opératoire tels qu'ils m'ont été transmis par mon ami le docteur Herbeer qui avait habité bien long-temps l'Orient. J'ai été heureux de rencontrer une description analogue dans les lettres écrites du Caire par le savant et spirituel secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine.

Le malade est assis sur une chaise un peu haute. L'opérateur commence par lui appliquer plusieurs tours d'une bande en linge sur le front : puis il le coiffe avec une marmite en fer, du poids de plusieurs livres : par ce moyen la tête du malade est fortement portée en arrière , et le malade pour lutter contre ce renversement, raidit les muscles antérieurs du col, ce qui donne à la tête un degré de fixité assez grand pour que l'opérateur puisse se passer d'un aide : saisissant alors une lancette à grain d'orge, il fait, à la partie inférieure de la cornée , une ponction dans le même lieu que David et à la même distance de l'union de la cornée à la sclérotique. Aussitôt que l'ouverture est faite, il présente sur le plat de l'instrument tranchant, une petite spatule en or très ductible, et l'introduit dans l'œil au moment où la lancette est retirée de la plaie. L'opérateur la dirige ensuite dans l'espace pupillaire vers la partie supérieure du cristallin, et pressant légèrement sur celui-ci, le plonge dans l'humeur vitrée.

Ce procédé est quelquefois modifié par quelques

opérateurs qui font l'incision à la sclérotique dans le lieu d'élection pour l'abaissement, proprement dit , et qui abattent ensuite le cristallin avec la spatule ou un stylet mousse, introduit comme dans le premier procédé. Cette demi-méthode est la même, à peu de choses près, que celle que les Indous mettent encore en pratique , ainsi qu'on peut le voir dans le mémoire publié par le docteur Scott(l), avec la seule différence que, lorsque le cristallin avait de la tendance à remanier, les oculistes indiens laissaient dans l'œil une petite aiguille à tête plate pour le maintenir en place.

Leâ faits avancés par M. le docteur Souty, de la marine royale, confirment l'authenticité des assertions de M. Scott, que plusieurs personnes n'hésitaient pas à taxer d'invraisemblance.

Mon ami le docteur Herbeer avait vu pratiquer le procédé que nous avons décrit plus haut, dans vingt cas et par trois opérateurs différens. Sur le nombre , il n'y eut que deux insuccès : l'un, dû à une hernie de l'iris, l'autre à une opacité de la cornée: rarement le cristallin remonte, parce quel'opérateurle tient en général très long-temps abaissé, avant de retirer sa petite spatule. Aussitôt que l'opération est faite, on réunit les paupières avec

(1) The third nomber of the journal of science and the arts , p. 68-69.

un petit gâteau de charpie, ou de filasse fine, imbibée de blanc d'œuf , battu avec de la poudre d'alun.

Burkard, qu'une fin prématurée à enlevé aux sciences, donna ensuite des détails circonstanciés au docteur Herbeer : son long séjour dans l'Orient, sa grande connaissance de la langue arabe et surtout ses fonctions religieuses l'avaient mis à même de les rendre très intéressans.

D'après ces renseignemens , et ceux donnés par l'opérateur, les accidens les plus fréquens à la suite de son procédé, étaient la hernie de l'iris, la suppuration de la plaie, le décollement de l'iris à sa partie supérieure, produite parla pression delatigedela spatule sur le bord libre de la prunelle : rarement on avait à redouter la réascension du corps opaque. Ce procédé qui montre à l'évidence que l'incision de la cornée, pratiquée sur la fin du premier siècle, par Antyllus et par Haly, fils d'Abbaz(l), s^est transmise de main en main jusqu'à nous ; ce procédé, dis-je , n'est applicable qu'à des cas spéciaux : par exemple , lorsque l'on aurait tenté l'extraction et que l'incision serait tellement petite qu'elle ne permettrait pas l'introduction des instrumens propres à la dilater : il faut y avoir recours, ainsi que je l'ai dit à la page 209, lorsque en prati-

(i) Pral. Lib. IX, c. 28. f. 1. Venet. editio 1492.

quant la pupille artificielle , le cristallin opaque ne peut être extrait par la plaie de la cornée.

METHODE DE J. GENSOUL.

On peut concevoir maitenant, quoiqu'cn dise M. Velpeau, que M. Gensoul ait tenté une méthode analogue, car son procédé ne diffère que fort peu de celui des oculistes arabes. De ce qu'il n'a pas réussi dans les mains de M. Roux , il n'en faut pas conclure que la méthode doit être rejetée. Voici du reste comment procède le chirurgien de Lyon. « Le couteau et la curette dont on se sert dans l'extraction sont nécessaires pour cette opération. Le malade et le chirurgien sont situés comme pour l'abaissement ordinaire.

« L'œil sur lequel on opère est seulement découvert, un bandeau est appliqué sur l'autre; le chirurgien tient le couteau comme une plume à écrire, de la main qui correspond à l'œil qui va être opéré. Les deux derniers doigts de cette main prennent un point d'appui sur la tempe et la joue ; une incision transversale, longue de deux lignes, est faite à la sclérotique, près de l'extrémité externe du diamètre transverse de la cornée; elle est commencée à une demi-ligne du point d'union avec deux membranes; la conjonctive oculaire, la sclérotique, la choroïde et la rétine, sont divisées dans ce premier temps de l'opération, La curette est ensuite

introduite dans l'œil, son grand diamètre étant dans la direction de l'incision. Quand la cuiller de la curette a pénétré dans l'œil, on tourne sa convexité en avant et on la. porte dans la chambre postérieure; la cavité est ensuite appliquée sur la partie supérieure de la circonférence du cristallin qu'elle déprime de haut en bas et un peu d'avant en arrière, de manière à le plonger dans la partie antérieure et inférieure du corps vitré, comme dans l'abaissement ordinaire (1). »

Le procédé de M. Gensoul, ainsi qu'on vient de le voir, n'est qu'une légère modification d'un des procédés égyptiens. Il a été heureux dans ses mains , mais ces avantages ne sont pas assez réels pour le préférer à l'abaissement, proprement dit. Quant à ses inconvéniens , ils sont les mêmes que pour les procédés que nous venons d'indiquer, et l'on doit y remédier de la même manière.

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