‹ Recherches statistiques sur l'esclavage colonialChapitre 34 sur 82 · RS · texte numérisé non relu

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Totaux . . . . 3,991 3,484 507 »

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b. BOURBON.

Populal. annuelle, Naissances, Décès. Excédant Excédant A2 desnaiss. des déc.

Totaux. . . . 5,970 3,202 2,768

Mouvements par année moyenne.

Population Naissances, Décès, Excédant Excéd.

moyenne. — — des naiss. des déc.

Guadeloupe. 3ans 20,902 Bourbon. . . 7 20,960 458 396

‘ L a Es RSS ES

Totaux . . 12ans 41,862 1,653 1,155 498

Rapport des naissances et des décès aux populations libres, blanche et affranchie.

Décroiss, ann.

Guadeloupe . 1 naiss. sur 26 h. 1 décès sur 30. 1 sur 209. Bourbon... 1 © — 95 1 — 45.1 : 55.

Moyenneann. 1 naiss. sur 25 h. 1 décès sur 36. 1 sur 84.

Ainsi, il y a 20 ans, dans deux colonies fran- Le. g Pa |

COLONIES ANGLAISES. 95 çaises, habitées par près de 42,000. personnes libres , on comptait 4 naissances sur 100 individus des deux sexes, fécondité égale à celle des pays de l'Europe les plus favorisés. Les décès étaient absolument dans là méme proportion qu'aujourd'hui ; il y en avait un sur 36 habitants libres, ce qui constitue une durée de la vie plus longue qu'en Italie. Les naissances excédaient constamment le nombre des décès, dans le rapport d'un sur 84 personnes; ce qui permettait de supposer qu'il ne fallait pas 29 ans, à la population de la Guadeloupe et de re , pour atteindre le terme de son doublement. Cet espoir est un peu moins grand aujourd’ hui, les naissances étant devenues moins nombreuses ; mais néanmoins , il n'y a rieu de comwun entre cet état de choses et celui qui résulte des mouvements de la population esclave, soit actuellement, soil à d'anciennes époques ; et il faut reconnaître qu'autrefois, comme maintenant, l'influence de la liberté, comme celle de la servitude, exerçaient la même action sur la vie humaine, et agissaient avec une puissance exactement semblable, soit à l'égard de sa durée, ou de sa reproduction.

Des faits numériques correspondants nous sont fournis par les mouvements des populations libres des colonies anglaises, à des époques déjà éloignées.

* Epoques, Popul. libres. Naissances Excédant Excéd.

LE ME L: : des naiss, des déc.

Antigues. . 1832 5,875 Barbade . . 1829 20,105 Tabago. .... 1832, 1,280 Maurice . . 1832 28,207 959

Totaux. . 5ans. 55,467 2,055 303

Rapport des naissances et des décès à la population libre.

Naissances, Décès. Accroiss. aunuel,

Antigues. . 1 sur 31 hab. 1 sur 43. 1 sur 100 Barbade . . 1 — 24 1 — 94. «— »

Tabago. . . 1 — 33 1 — 44. 1 — 198 Maurice . . 1 — 30 1 — 41. 1 — 105

Moyenne. . 1sur 27 hab. 1 sur 32. 5. 1 sur 155

Ces nombres témoignent que parmi les habitants libres des colonies anglaises, la reproduction annuelle est d’un sur 27, tandis que parmi les esclaves, elle est d’un sur 42. La mortalité est seulement un peu moins grande que dans cette dernière population; mais c’est parce qu'aux époques ci-dessus, des épidémies extraordinaires eurent lieu à la Barbade, et doublèrent pour ainsi dire le nombre habituel des décès. Dans les autres colonies, les blancs et les gens de couleur réunis ne perdirent que d’un 41° à un 44° de leur

population ; ce qui est le terme des contrées dont le climat protège le plus efficacement l'existence des hommes.

Cette multitude de faits numériques, tirés des documents officiels de la France et de l’'Angleterre, établissent que les perturbations apportées maintenant par le régime de l'esclavage dans les mouvements des popülations qui y sont soumises , existaient autrefois, comme aujourd’hui ; qu'elles sont communes à toutes les colonies des différentes puissances européennes, dans l’un et dans l’autre hémisphère ; qu’elles sont conséquemment inhérentes à l'esclavage colonial, et qu'on ne peut les attribuer à d’autres causes , puisqu'elles n’agissent point dans les mêmes lieux, aux mêmes époques, et sous l’action des mêmes agents physiques, sur les populations jouissant de la plénitude de leur liberté.

En effet , ces populations se reproduisent chaque année , en tous temps et en tous lieux , comme en Europe, par 3 naissances et demie sur 100 personnes, tandis que parmi les esclaves, il s'en faut de beaucoup qu’il y en ait 2 et demie sur le même nombre.

Dans cette classe d'habitants, la mortalité excédant constamment la reproduction, il s'ensuit que la population esclave diminue sans cesse, dans toutes les colonies, depuis que la traite des

nègres ne pourvoit plus au remplacement des individus dont les décès excédent le nombre des naissances. Le déficit annuel, qui est ainsi produit, varie selon les lieux et les temps. Dans son maximum , il est à la Guyane d’un 80° de la population esclave; à Tabago d’un 75‘; à Bourbon d'un 62:; et à la Grenade, il s’est même élevé, de 1809 à 1813, au terme effrayant d’un 40°.

Ces nombres donnent la mesure de lavenir qui, au moment de l'émancipation, restait à l’esclavage dans chaque colonie anglaise , par le seul effet d’une reproduction atténuée, impuissante pour égaler le chiffre des déces. On a constamment, et jusqu'à présent, méconnu l’action de cette cause. On savait bien que la population périclitait, mais on l'attribuait à la grande et excessive mortalité des esclaves, et l’on n'avait point interrogé le nombre des naissances, dont la singulière infériorité aurait bien mieux expliqué les progrès de la dépopulation. Personne n’ignore cependant que, parmi les animaux , les espèces les plus rapprochées de l'homme, par leur instinct, perdent la faculté de se reproduire dès qu'on les prive de leur liberté. On devait donc présumer que cette stérilisation s'étend jusqu'aux races humaines qui vivent dans la servitude; et, en effet, l'esclavage se consume de lui-même, et doit s'éteindre comme l'incendie ,

quand il a tout dévoré. On dirait que Dieu n’a pas voulu qu’un si grand fléau se perpétuât , et que, pour y mettre un terme, il a changé lordre de la nature , et frappé de stérilité les femmes qui devaient l’alimenter éternellement par de nouvelles générations.

Ce n'est point la premiére fois que ce phénomène, pour ainsi dire providentiel , apparaît dans l’histoire. Les Ilotes de Sparte, qui fournirent 35,000 combattants à l’armée des Grecs triomphante à Platée, devaient former une population d’esclaves aussi nombreuse que celle de nos colonies, et elle disparut de la scène du monde, s’affaissant sous le poids de ses fers et sous le lourd fardeau de la servitude. Rome, au déclin de son empire, abandonna la culture de l'Italie à des esclaves, et quoiqu’on en vendit Jusqu'à 10,000 en un seul jour (1 1) dans les mille marchés qui les lui fournissaient, ses campagnes devinrent désertes aussitôt que la victoire eut cessé d'alimenter cet odieux trafic. Cette foule d'hommes n’avait fait que passer, sans laisser après elle aucune génération, aucune trace de son existence sur la terre.

La population de la France n’a dot que trois fois en 1870 ans, depuis la conquête romaine ; elle a donc mis623 ans à s’augmenter jusqu'au double, tandis qu’elle pouvait s’accroitre

(1) Strabon , lib, 14,

à ce point en 32 ans , en suivant l’ordre naturel, et doubler ainsi 59 fois. En s’accroissant seulement comme elle le fait maintenant, avec un degré de lenteur qui excède celui de l’accroissement de tous les autres peuples de l'Europe, il ne lui eût pas fallu plus de 375 ans pour opérer chacun de ces doublements. Si ses progrès ont exigé cinq fois plus de temps, c'est qu'ils ont été retardés par la triple période d’esclavage imposée tour à tour par les Romains, les barbares du Nord et la féodalité; et que, pendant dix-sept siècles , la reproduction n’a pas cessé d'être atténuée par le fatal régime de la servitude, quelles que fussent les dénominations de ceux qui y étaient soumis (a).

Enfin, pour terminer par un exemple dont les annales de quarante siècles portent témoignage , la population primitive de l’Afrique , qui est distincte et séparée de toute autre par son

type spécial, n’a jamais débordé sur les pays

voisins; elle ne les a jamais subjugués par de grandes armées, comme celles des Assyriens , des Égyptiens, des Perses, ou envahis par d’immenses transmigrations , comme celles des Scythes , des Arabes, et de ce Nord de l’Europe, que, dans leur étonnement de son effrayante fécondité, les historiens du moyen-âge ont nommé la

(a) Servi, Serviles, Serfs, Lidi, Lazzis, Tributaires, Paysans, Vilains, Mainmortables, etc, à NT TR

Matrice de l'espèce humaine. Si, par une exception unique, les habitants de la Nigritie ne se sont point répandus ainsi sur les autres régions du continent africain, c’est que l’esclavage en a toujours tari les générations dans leurs sources , et que, courbés, depuis leur apparition sur la terre, sous le joug du despotisme et sous le poids des chaines de la servitude , c’est parcimonieusement et à regret qu'ils transmettent leur existence à leurs enfants, et qu'ils leur lèguent, avec une vie incertaine, toutes les douleurs de l'esclavage, qui en abrègent encore la durée. En voyant ce fléau attaquer ainsi le genre humain dans sa reproduction , retrancher sans cesse de chacune de ses générations une multitude immense, l’arrêter dans les progres qui devraient lui faire peupler les vastes solitudes du globe, condamner tantôt un sexe au célibat, tantôt un autre à la stérilité ; exténuer par degrés les populations, en refusant de réparer leurs pertes par un nombre de naissances égal à celui des décès ; réclamer partout, pour continuer de subsister, des tributs étrangers, homicides, comme ceux du Minotaure ; traîner à sa suite l’abrutissement, les haines profondes, les vengeances mystérieuses et féroces, onest tenté de croire que l'esclavage est ce génie du mal que les peuples de l'Orient adorent et sanctifient, tant sa puissance

leur paraît redoutable ; et il semblerait que l’antiquité a voulu nous transmettre son image symbolique dans ce vieux roi divinisé qui dévorait ses enfants, et ne voulait en sacrifice, sur ses autels , d’autres victimes que des hommes.

L’esclavage a été établi et Are , dans les colonies européennes des deux Indes, par le trafic d hommes, connu sous le nom de Traite des nègres.

Au moment de la révolution francaise, ce commerce inique introduisait annuellement, dans ces colonies, 74,000 esclaves, dont presque la moitié étaient importés légalement ou illicitement dans nos établissements d'Amérique.

La traite a duré plus de 320 ans; elle n’a pas tiré d'Afrique moins de 12,000,000 de nègres , qui, vendus au prix moyen de 500 fr. chacun , ont donné au commerce des différentes puissan ces maritimes de l'Europe une valeur des six milliards au moins.

CR ce Prix que les colonies ont été peu-

ci-après énumérées.

‘Affranchis. Esclaves, Totaux,

Colonies de la France. . 35,768 275,808 311,576 — del’Angleterre. 139,815 728,805 868,620 — delEspagne . . 233,781 321,182 554,963 — dela Hollande. 12,608 72,963 85,571 — Dan.et Suède. . 3,993 4,364 8,287

Totaux . . . . 426,336 1,445,258 1,871,594 Haïti, par aperçu ‘. . . 600,000 » 600,000

Total général. . . 1,026,336 1,445,258 2,471,594

En diminuant de ces nombres la participation de la race blanche dans la procréation des individus de sang mêlé, on voit qu'il a fallu introduire dans les colonies six noirs d'Afrique pour leur donner chacun des affranchis et des esclaves dont elles sont peuplées. Cette perte de 600 pour cent a pour causes la grande mortalité des nègres nouveaux et l'impuissance des esclaves d’égaler par le nombre des naissances celui des déces de chaque année.

Le déficit produit par une reproduction insuffisante pour accroître progressivement la population esclave, ou seulement pour la maintenir stationnaire , est un fait certain dont des preuves multipliées sont acquises par les mouvements des colonies françaises et anglaises, constatés officiellement à des époques récentes et anciennes. L'infériorité notoire et considérable de la fé-

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condité des femmes esclaves est mise hors de doute, par la comparaison du nombre de leurs enfants et de celui des femmes libres. En prenant les termes extrêmes de deux colonies, la différence s'élève à moitié, car 100 femmes libres ont à Bourbon 198 enfants, tandis que 100 femmes esclaves n’en ont, à la Guyane, que 68!

Ce phénomène n’est ni récent, nitemporaire, ni local; il se produit parmi les esclaves de toutes les colonies, et on le retrouve chiffré dans les plus anciens documents, comme dans Îles plus nouveaux.

Il manifeste pleinement linfluence funeste de l'esclavage, qui tend à dépeupler les pays soumis à son joug, non pas, comme on Je croit communément, par un très grand accroissement de la mortalité, mais bien par une action aussi puis-

sante, et d'une persistance plus opiniâtre, qui affaiblit et atténue la reproduction humaine, et diminue de plus en plus chaque nouvelle génération.

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