TS PRES DEL ÉTAIT ÉRESPE PET
192 JOURNÉES DE TRAVAIL une année, et que, malgré la paresse qui y domine tous les rangs, il ne s’y trouve ni mendicité, ni indigence, ni personne qui ressente, comme en Europe , les tourments de la faim.
Sans doute , aussi , dans l'appréciation du produit brut qu'obtient maintenant l’agriculture coloniale, entrent , avec le travail des esclaves, celui des animaux et des machines, et le montant des intérêts d’un capital immense en usines, édifices et valeur des terres cultivées. Mais presque tout ce matériel très dispendieux est exigé par la fabrication du sucre, laquelle , préciséent par cette cause, resterait en dehors des travaux de l’affranchissement. Or, toutes
les autres denrées coloniales ne demandent pour leur exploitation que des bras , quelques outils , et des moyens de préparation très simples et du prix le plus minime. Les premiers colons qui n'avaient point d’autres secours, ont mis néanmoins en valeur les îles d'Afrique «et celles de l’Archipel américain ; pendant plus d’un siècle,
ils ont tiré de leur sol de grandes richesses, sans autres édifices que des ajoupas de feuillage ou des cases de bambou, et sans autres machines qu’un moulin de bois pour égrener le coton, quelques cuves pour tremper l'indigo, un rouet pour tordre le tabac, et un glacis en terre battue pour dessécher le café. Cet exemple mémorable
TERRES DESTINÉES, ETC. 19 prouve complétement que pour acquérir par le travail leur émañcipation , les esclaves n’ont besoin que de l’activité et de la persévérance des hommes courageux, qui, les premiers, ont obtenu de ces terres fécondes la récompense de
leurs labeurs.
SECTION IE
ÉTENDUE DES TERRES QUI PEUVENT ÊTRE DESTINÉES AUX CULTURES D'AFFRANCHISSEMENT. |
Des faits numériquesnombreux et concluants, puisés aux sources officielles , établissent avec certitude que les colonies agricoles de la France possèdent une population esclave assez puissante pour remplir sa tâche actuelle et pour y ajouter un travail dont la valeur suffirait pleinement à son rachat, Il ne lui manque pour ce travail, ni la force ni le temps nécessaire; mais il lui faut de plus des terres d’une étendue et d’une fertilité assez grandes pour lui prometire des récoltes abondantes dont le prix ne fasse pas attendre trop long-temps une émancipation totale.
Ces terres existent; elles sont fécondes; on peut en disposer sans presque aucune difficulté,
et dans les justes limites du droit public. C'est
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ce qué nous allons prouver, sans autre peine que d’être obligé à des détails statistiques, qu'il est impossible d'éviter en traitant de pays inconnus et de matières tout-à-fait inédites.
Lorsque toute la science de l'Europe n'a pu encore mesurer entiérement les surfaces de la France et de l'Angleterre, et quand l'étendue de nos départements reste, en partie, incertaine, on ne peut s'attendre à trouver aux Antilles ou dans les îles d'Afrique, un cadastre qui ne laisse place à aucun doute, à aucune objection. Néanmoins, les chiffres que nous allons rapporter sont encore plus exacts que ceux de l'étendue attribuée à plusieurs États de notre continent, et qui sont accueillis sans controverse dans les ouvrages les mieux élaborés.
Division physique et agricole du territoire des colonies françaises, en hectares.
Cultures. Sayanes, Forêts. Terr. incultes. Surface — — — — des propriétés,
Martinique... 38,320 21,772 93,387 15,303 98,782 Guadeloupe. 44,745 23,789 93,141 72,838 164,513 Guyane... . 11,826 » » 103,757 115,583 Bourbon. . . 65.702 14,040 55,991 31,889 167,552
Totaux.. 160,593 59,601 102,449 323,787 546,430
En lieues carrées de 25 au degré.
Cultures. Savanes. Forêts. Terresineult, Propriétés,
Het Ole. Lait le milles LE Geill.: L ce. mill.
Martinique. 19.386 11.017 411.832 7.749 49.984 Guadeloupe. 92.678 192.034 11.711 36.837 83.960 Guyane... 6.070 ” »' 52.400 58.470 Bourbon... 33.255 7.086 928.300 16.180 84.891
Totaux. 81.380 30.137 51.843 113.166 276.596
Pour jeter sur notre sujet toute la clarté possible, nous énumérerons , dans le tableau sui-
vant, les différentes parties du gouvernement
de la Guadeloupe, qui est composé, comme on
le sait, de plusieurs îles voisines ou presque ad- Jjacentes.
Etendue de la Guadeloupe et des iles dépendantes | en hectares.
Cultures, Sayanes. Forêts, Terr.incultes, Surface
= — — des propriét.
Guadeloupe pro- à prement dite.. 15,426 7,850 15,976 47,847 87,099 Grande-Terre. . 22,578 11,951 4,552 12,032 51,113
mt
Guadeloupe. . . 38,004 19.801 20,528 59,879 138,212 Marie-Galante.. 4,109 3,201 1,626 6,408 15,344 DARIES. : 7. N 162 89 192 SE 12290 Désirade, . .. 629,487 901%1%8195%%4 990 Saint-Martin. . 1,841 9241 674 2,615 5,371
Totaux.. . . 44,745 93,789 93,141 72,838 164,513
Avant de tirer de ces tableaux les conséquences quien ressortent, il faut remarquer que dans des documents publics, on ena fait une lecture inexacte. Par une méprise qui montre combien les termes statistiques les plus simples sont sujets à être compris erronément , on a confondu la surface des propriétés avec celle de tout le pays , oubliant que les cours d’eau, les routes, le domaine public, les sommets des montagnes par-delà la région des nuages , n'appartiennent assurément à personne. Le tableau suivant indiquera de combien on restreignait la surface de chacune de nos colonies agricoles.
Surface des propriétés, * Autres surfaces. Etendue totale.
Martinique. . . 98,782 98,218 127,000 Guadeloupe. . . 164,513 50,810 215,323 Guyane... . . . 115,583 124,477 240,060 Bourbon... . . 167,552 86,237 253,739 Totaux. . . 546,430 289,742 836,172
Voici ce même tableau, ‘en lieues carrées moyennes de 25 au degré.
Le. mill. L ce. miils 1. & mill, Martinique. . . 49.984 14279288 64.254 Guadeloupe.. . 83.260 25.610 108.870 Guyane... . . 08.471 62.960 121.431 Bourbon. ... 84.821 43.530 128,351
Totaux. . . 276.536 146.370 422.906
Le tableau ci-après indiquera la proportion des propriétés aux autres surfaces , calculées par chaque centaine d'hectares de l'étendue totale.
Surf. des propriét. Autres surf, Total, Martinique. . . . 77 23 100 hectares.
Guadeloupe. . . . 76 24,2: 100 Ronrbon.. 1447, 60 34 100 Termes généraux. 65 39 100
Ainsi, en dehors des propriétés, il existe, dans chacune de nos colonies, des terres dont la surface est égale :
A la Martinique, au quart de l’étendue totale de Pile;
A la Guadeloupe , dans la même proportion ;
A la Guyane, fort au-delà de la moitié;
A Bourbon, à plus d’un tiers de la surface entière de l’île.
Dans ces quatre colonies , à beaucoup plus d’un tiers de leurs territoires réunis.
Sans doute, une partie de ces terrains ne sont point propres à la culture, les uns à cause des escarpements qui les environnent et qui en défendent l'accès , les autres parce qu’ils sont enveloppés par les nuages pendant une grande partie de l’année, d’autres enfm parce qu'émergés récemment de la mer, ils nécessiteraient
des travaux considérables pour être tout-à-fait desséchés. Mais, au milieu même de ceux-là , qu’on prétendait autrefois être inhabitables , il se trouve des plateaux fertiles, des vallées admirables, et des coteaux qui pourraient, malgré leur approche difficile, donner les plus abon- ” dantes récoltes. Les hautes régions des iles tropicales passaient , il y a 4o ans, pour inaccessibles, et les habitants eux-mêmes s’en tenaient écartés. Ces préjugés se dissipent peu à peu. À Bourbon, un quartier nouveau a été fondé, il y a peu de temps, dans les Salazes, montagnes volcaniques, que des craintes singulières défendaient autrefois contre les excursions des chasseurs. À la Martinique, l'amiral Halgan a fait reconnaître le fond Chou-Palmiste , au pied des pitons du Carbet, et au lieu d’un précipice ténébreux, comme il paraît être du haut des montagnes, on a trouvé un vaste bassin dont le sol est de la plus grande fertilité. Le Matouba de la Guadeloupe , où le gouverneur possède une maison de plaisance pittoresque et salubre , est un exemple des conquêtes qu'il est possible de faire
dans la région moyenne des montagnes de nos
colonies transatlantiques.
Admettons quela moitié, voire même les deux tiers de ces terrains nouveaux ne puissent être exploités; ce qui resterait égalerait encore l’é-
tendue actuelle des cultures coloniales, moins celles alimentaires , et suffirait de reste pour les cultures d’affranchissement.
En effet, les cultures coloniales occupent85,900 hectares, ou 43 lieues carrées moyennes , et le tiers des surfaces autres que celles des propriétés, a une étendue de 96,000 hectares ou près de 47 lieues carrées.
Toutefois nous ne regardons le recours à lemploi de ces terrains que comme surabondant, et pouvant servir concurremment avec d’autres moyens que nous allons indiquer.
Pour faire apprécier avec exactitnde les rapports existants entre les différentes parties des propriétés dont la destination est distincte, nous allons énumérer, dans le tableau suivant, - leurs proportions réciproques, dans une centaine d'hectares.
Cultures. Savanes, Forêts. Terr. inc. Surf, tot. d
Martinique. . . , 99 93 23 15 100 Guadeloupe. . . . 27 15 14 44 100
Guyane. . . . . . 10 nEA à 90 100
Bourbon, à 47,12 280 9 33 19 100 MOTAUXS 22 0 "0 11 10 41 100 Ainsi :
A la Martinique et à Bourbon, les cultures n’occupent pas deux cinquièmes de la surface
RE Re
200 | TERRES DESTINÉES des propriétés, et il y en a trois cinquièmes en bois, en savanes, en forêts et en terres incultes.
A la Guadeloupe, les cultures ne forment guère qu'un quart de l'étendue des terres, considérées comme appartenant à quelqu'un ; et à la Guyane, elles n’en constituent qu'un dixième.
Au total, les terrains cultivés sont loin d’atteindre au tiers des propriétés, et, en y joignant les savanes , elles en forment seulement deux cinquièmes.
Quoique aux colonies on donne le nom de savanes, comme en France celui de prairies, à des terres vagues et à l'état sauvage , si, néan-
moins, nous les considérons comme faisant
partie du domaine agricole, il reste encore, en bois et terres incultes , parmi les propriétés : © Ala Martinique, 38,690 hect. ou 10 7 0014
quifont à très peu près la moitié des propriétés ;
A la Guadeloupe, 95,979 hect.ou ASF SAS, qui font plus de moitié et presque trois cinquièmes des terres possédées à un titre quelconque;
A la Guyane ,103,757 hect. ou 52 ** 400%, faisant les neuf dixièmes des terrains réclamés. Les savanes et les bois sont au premier occupant, excepté dans l'ile de Cayenne et sur quelques points de la côte, à l'embouchure des rivieres.
À Bourbon, 87,810 hect. ou 44" 480", qui font plus de la moitié des propriétés.
Dans lesquatre colonies agricoles de la France, 326,236 hectares ou 165 * * qui égalent trois cinquièmes de la surface des terres réclamées comme appartenant à des particuliers.
Nous reconnaissons que dans cette vaste étendue, il y a des bois dont le défrichement serait long et difficile, et d’autres dont la conservation importe essentiellement à celle des eaux pluviales et fluviales. Mais, aussi, l’on trouve au milieu des forêts, des clairières qui peuvent être mises en valeur et donner de riches produits; et enfin, outre les bois, il n’y a pas moins de 113 lieues carrées de terrains aujourd’hui totalement incultes.
Parce que ces terrains sont abandonnés, il ne faut pas croire qu'ils soient stériles. Cest tout simplement parce que les colons n'ont pas un nombre suffisant de cultivateurs pour les mettre en valeur, ou bien parce qu'ils ne sont pas à la proximité des usines , ou bien seulement parce qu'il faudrait pratiquer des chemins pour les exploiter. |
Mais, dira-t-on, comment pourrait-on disposer ainsi de la propriété d'autrui, même pourun objet important d'utilité publique ?
D'abord on ne fait aucun tort au propriétaire titulaire, puisqu'il n'utilise en rien sa propriété; ensuite, on sert bien plutôt ses intérêts par la mise en valeur de ces terrains, puisque
202 TERRES DESTINÉES | c'est lui qui doit èn définitive recevoir le prix des récoltes qu'ils produiront. Mais il y a de plus un fait qui domine , en grande partie , la question; c’est que le droit de propriété sur les bois et les terrains incultes est nul et de toute nullité. |
Il n'en est point aux colonies comme en France, où la propriété est garantie par des actes d'acquisition qui prouvent son origine légitime. La source de tous les biens fonciers d'Outre-mer est une concession du gouvernement ou une usurpation flagrante. La justification de la propriété, c’est sa prise de possession par la culture ; et lorsque l’autorité concède des terres nouvelles , elle le fait sous la condition expresse qu'elles seront exploitées dans un délai dont la durée est fixée. Faute de remplir cette condition, l'acte est annulé. C’est précisément le cas des propriétaires de terrains boisés ou en friche.
S'il en est ainsi pour les domaines concédés, à bien plus forte raison il ne saurait en être autrement pour ceux usurpés ; et il est facile de prouver qu'il y en a une grande quantité de cette espèce, qu'on s’est appropriés depuis 25 ans seulement, et qui par conséquent n’ont pas même la sanction d’une longue possession.
Cultures.
MW. artinique.
Sayanes.
Guadeloupe.
Bois en friche.
Surface totale
des propriétés.
Or, pendant cette période, il n’y a point eu de concession de terres ; conséquemment, les usur-
pations sur le domaine public ont été
À la Martinique, de. . : . . . 11,282 hect.
A la Guadeloupe, de. . . . . . 29,008
Total. . . . . . . 40,290
Si l’on admet qu’à Bourbon et à la Guyane,
ces usurpations s’élévent seulement à 10,000 hectares, on trouve qu’en vingt ans 50,000 hectares, ou 25 lieues carrées moyennes et un tiers, ont été empruntés bénévolement au domaine public, et sont possédés sans titre aucun , puisque n’ayant pas été mis en culture, le besoin de les avoir n’a pas même de motifs spécieux.
Il est évident que ces terrains doivent faire retour au domaine, à la première réquisition
légale, et qu'il ne peut en résulter aucun préju-
dice aux détenteurs, qui n’y exercent leurs droits de propriété que par l’abatis de quelques arbres ou par des excursions de chasse , et qui le plus souvent n’ont pas même visité ces grandes et belles solitudes.
En résumé , pour fournir les terrains que demandentles cultures d’affranchissement, il y a en hectares :
En dehors des propr. En hoiïs et terr. incult. Totaux.
À la Martinique. . . 28,218 38,690 66,908 Guadeiloupe.. . 50,810 95,979 146,789 Guyane.. . . . 124,477 103,757 998,234 Bourbon. . . . 86,237 87,810 174,047
Totaux. . . 289,742 326,236 615,978
Ce tableau, réduiten lieues carrées moyennes, présente les chiffres suivants :
Le. mil. Loc. mill. Le. mill Martinique.. . . 14.270 19.680 … 33.950 Guadeloupe. . . 25.610 48.560 74.170 Guyane. . . . . 62.960 51.560 114.520 Bourbon. . . . . 43.530 44.500 88.030
Totaux. . . .« 146.370 164.300 310.670
Nous montrerons tout-à-l’heure qu'il ne faut que 50,000 hectares, ou un peu plus de 25 lieues carrées, pour des cultures dont les produits suffiraient au rachat des esclaves. Or, les documents officiels établissent incontestablement que Îles
terres,en dehors des propriétés ou dont les propriétaires n’ont point pris possession par la culture, ont une étendue de 616,000 hectares, ou plus de 310 lieues; il existe donc une surface disponible qui a treize fois l'étendue nécessaire aux cultures d’affranchissement.
Il ne nous reste plus qu'à rechercher quelle doit être la destination la plus fructueuse de ces cultures, le montant de leurs produits, leur distribution par colonies, et la répartition des valeurs qui en proviendraient,
SECTION IV
Dans les îles et sur les rivages de l’Atlantique équatoriale, la terre est si féconde, le ciel si propice à la végétation, queles moindres soins donnés aux cultures sont récompensés au centuple. Ce ne sont point là les champs de notre froide Europe, qui exigent un rude travail pour obliger un hectare à donner un produit brut d’une centaine de francs ou deux tout au plus. 3
Nous allons , dans le paragraphe suivant, indiquer brièvement quelle valeur on peut attendre raisonnablement d’une pareille étendue de terre,
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