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SECTION V
MOYENS ACCESSOIRES DE FACILITER L'AFFRANCHISSEMENT DES ESCLAVES ET D'AMÉLIORER L'AGRICULTURE COLONIALE.
Il n’est sans doute point d'entreprise plus grande et plus belle que celle d’arracher des populations entières à l'ignorance et à la barbarie, et de les élever à la dignité d'homme et de citoyen. Mais il ne faut point se le dissimuler, cette tâche déjà si difficile à remplir quand il s’agit en Europe des paysans de la Corrèze ou du Morbihan, ou, qui pis est, des serfs russes ou polonais, cette tâche rencontre des obstacles bien autrement puissants , lorsqu'elle a pour objet les esclaves des colonies. Les moyens qui pourraient la faire réussir ne différent point de ceux qu'on emploie dans les pays civilisés pour améliorer les classes inférieures de la société, Ce sont: un enseignement populaire , une instruction morale et religieuse destinée à éclairer l'esprit, guider les sentiments du cœur, et for-
il y a des quantités considérables de sucres fabriqués, qui échappent à la constatation. IL est presque superflu de remarquer que dans nos calculs nous avons supposé que les sucres coloniaux avaient un prix très différent de celui qui leur est
donné aujourd’hni par cette concurrence frauduleuse.
L'AFFRANCHISSEMENT. 229 LU " \ mer le jugement. Mais, pour atteindre ce but . élevé, comment agir sur des esclaves dont la vie j k toute matérielle est absorbée tour à tour par la | = 4 fatigue du travail et l’engourdissement du repos? ù ‘4 Entre ces deux causes, dont l’une est une néces- à + sité absolue et l’autre une habitude invétérée, | : | il n’y a point de place pour une culture intellec- À tuelle ; et le nègre dans la servitude en est privé ; À. peut-être moins encore par le labeur auquel il A AR est forcé, que par le désœuvrement dont il fait Se) 4 ses . délices. Il est vrai que pour se garantir de | 3” l’oisiveté, il n’a point, comme nos artisans, F ‘| l'exemple de cette activité incessante qui agite ès à toutes nos populations. Dans nos contrées, le 4 travail est partout sans relâche et sans fin, ré- 1 4 & clamant les forces débiles de l'enfant, cour- Ë Le bant sous de lourds fardeaux la taille frêle de | &!,| FR la jeune fille, remplissant les longues veilles de pe Se l'artiste, du savant et de l’homme d’État. On : Si l'estime, on l’aime , on s'en fait gloire; et, d’une 4 Fi ares extrémité de l'Europe à l'autre, toutes les intelli- Le #4 on. ; gences s'efforcent de multiplier ses œuvres et D.
d'ajouter à ses prodiges. d be Là 2 Cet immense mouvement des capacités hu- 4
maines ne s'étend point aux iles tropicales. Leurs habitants éloignés du tourbillon des événements | du monde, favorisés par un admirable climat,
un sol fécond et une existence facile , semblent,
comme les Napolitains, ne vivre que pour le repos. C'est un besoin créé par l'habitude comme la sieste italien ne , et qui doit être aux Antilles une tradition de leurs anciens indigènes, les Caraïbes , où peut-être plutôt comme beaucoup d’autres usages, une imitation des Espagnols, dont Îles Conquistadores portèrent à Hispaniola les mœurs et les coutumes orientales de lAndalousie. Dans tout l’Archipel américain , quels que soient le rang, la race, la couleur, chacun fait du jour la nuit, et en donne une part au sommeil. L’esclave dort sur sa natte, l’affranchi dans son hamac, le colon sur son sofa; et la puissance de lhabitude est si grande, que rien n’est plus difficile que de faire autrement. L'Européen résiste d'abord, il veut se rendre le temps utile ; bientôt entrainé par l'exemple , il s'endort comme tous ceux dont il est environné, et ses journées envahies par le sommeil, sont perdues pour le travail.
L’esclave, qui, de nos jours, comme dans l’antiquité, copie les défauts de son maître et les exagère à outrance, met tout son bonheur dans l'oisiveté et déteste le travail comme le symbole de la servitude, Il remplit sa tâche avec lenteur, péniblement, et sans désir de bien faire ; il la raccourcit autant qu'il le peut et s’en dispense par tous les moyens possibles. C'est pour le
voyageur un spectacle étonnant que de voir une douzaine de nègres trainer, en s’excitant par un chant cadencé, une pièce de bois que deux ou trois de nos ouvriers porteraient légèrement sur leurs épaules.
Cette fainéantise estun fait acquis par le témoignage des chiffres officiels. Il suffit pour la constater de comparer la population attachée aux cultures à l'étendue du territoire mis en valeur par son travail.
. Voici d'abord les termes de cette comparaison à l'égard de la culture des cannes à sucre, qui donne le plus grand produit colonial, et qui maintenant est pour ainsi dire le seul objet d’un labeur sérieux.
Nombre d'hectares Nombre d’esclaves Etendue cultivée
en cannes à sucre, attachés aux sucreries, par chacun d'eux,
Martinique. . . 21,179 35,735 60ares.
Guadeloupe.. . 24,810 44,615 60 Guyanel:# ,#1:671 4,932 HS Bourbon. . . . 14,530 24,066 61 Totaux. . . 62,090 109,348 57
Les opérations industrielles de la fabrication du sucre ajoutent sans doute au travail agricole ; mais aussi celui-ci est diminué par le temps qu'exige la maturité des cannes , et qui n’est pas de moins de quinze mois ; il l'est également par
la durée pérennale: de leurs racines, qui n’exigent d’être renouvelées que tous les trois ans, ce qui dispense du travail de les planter plus souvent. Et cependant chaque esclave ne produit par son travail qu’une culture &’un demihectare, étendue si bornée que l’on ne retrouverait point une semblable tâche dans l’agriculture d'aucun pays du globe.
Les autres plantations coloniales, celles du caféyer , du cotonnier, du cacaotier et des végétaux alimentaires, paraissent absorber plus de travail, à en juger par l'étendue de la surface qu'elles occupent; mais c’est seulement parce qu’on y comprend des cultures en expectative, comme celles des jeunes caféyers , et qu’elles renferment d’ailleurs des terrains négligés ou même abandonnés. Au reste , le tableau suivant montre les faits numériques, tels que les donnent les documents officiels.
Nombre d'hectares Nombre d'esclaves Etendue cultivée
cultivés, qui y sont attachés. par chacun d'eux.