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cette riche production livrée sans argent en retour , toutes ces transactions insolites pour l’Europe, forment dans les colonies des habitudes inyélérées qui sont déjà nuisibles à l’économie sociale , et qui le deviendraient encore bien plus sous un nouvel ordre de choses , si l’on ne se hâtait de les déraciner, Aux Antilles, par exemple, un propriétaire ne reçoit presque jamais d'argent, et par représailles il en donne s’il se peut encore moins. Cest en quelque sorte un droit acquis que de ne pas payer ; comme on ne paie pas ses esclaves, on ne paie non plus personne autre , et ce sont deux coutumes qui se tiennent par une même origine. Aussi cite-t-on, dans chaque colonie, des dettes qui remontent jusqu'à Louis XIII, des habitations engagées pour dix fois leur valeur, et par contre, des colons héritiers de fortunes immenses dont ils ne peuvent ni disposer ni même obtenir la moindre part.
On concoit que, sous l'influence de pareils antécédents, le salaire des esclaves émancipés pourrait risquer d'être fort mal payé, et qu'il faut essentiellement créer à cet égard des habitudes nouvelles. Cette tâche serait facilitée par l'introduction des travailleurs militaires dans l’agriculture coloniale. On s’accoutumerait par eux à l'usage des salaires journaliers qui sont une
condition de l’ordre social qu'établira nécessairement l’affranchissement des esclaves.
Des considérations de la plus haute portée s'unissent à celles que nous venons d’énoncer pour réclamer cette importante disposition.
Les colonies ne sont pas uniquement des pays de production et de consommation, des entrepôts de commerce et des ports de mer; ce sont de plus, et peut-être par-dessus tout , des stations navales, des postes de guerre, des moyens d’influence politique dans des régions lointaines. Il est vrai qu'elles remplissent mal parfois cette destination ; mais c’est alors parce qu’on méconnaît les avantages qu’elles peuvent procurer. Pour assurer leur possession, il n’est aucune mesure plus facile et moins dispendieuse que de
eur former une population militaire toujours
prête à quintupler leurs garnisons. Les travailleurs tirés des troupes, et pourvoyant eux-mémes à leurs besoins par le prix de leur labeur, rempliraient complétement cet objet, et constitueraient une force permanente qui mettrait nos établissements à l'abri de lennemi quel qu’il fût. |
Ce n’est point d’ailleurs une matière de choix, si lon veut conserver nos possessions d'Outremer , Car leur population esclave s’atténuant par degré depuis l’abolition de la traite, et l'affran-
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