MOYENS DE FACILITER L'AFFRANCHISSEMENT
et d'activité dans leur travail. Une grande habitation en occupe 150, et produit une récolte de 40,000 arobes ou 460,000 kilogrammes de sucre brut. C’est 3,030 pour chaque ouvrier, tandis qu'à la Martinique, celle de nos colonies dont les cannes sont les plus fécondes, si l’on compte
eux esclaves par carré, chacun d’eux ne produit guère par un terme moyen, que 2,000 kilogrammes de sucre. Ainsi le travail libre donne moitié en sus du travail fait dans la servitude. Et il faut bien reconnaître que c’est lui qui est l’unique cause de cette énorme différence; car, d’après les chiffres que fournit M. Ward , l’hectare ne produit à la Vera-Cruz que 240 arobes ou 2,760 kilogrammes de sucre brut, quantité fort inférieure au rapport des terres de nos colonies, et qui manifeste dans celles du littoral mexicaln une très médiocre fertilité.
Les avantages du travail exécuté par des mains libres ne peuvent donc être contestés , et sont aussi certains dans les contrées tropicales cultivées par des populations affranchies , que dans les pays de l'Europe cultivés par des serfs émancipés.
Mais dans nos colonies, où il n’existe point , comme dans nos manufactures , de capital de roulement, on ne saurait adopter cet ordre de choses, tout favorable qu'il est, à moins que l’in+
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demnité accordée aux colons pour la valeur de leurs noirs, ne leur fournisse les moyens de payer les salaires des travailleurs, et de sortir du cercle fatal dans lequel sont renfermés le maître et l’esclave, la servitude et le travail improductif, la
routine du temps passé et les exigences du temps
présent.
En considérant que le but de ces recherches n’est rien de moins que l’affranchissement de tout un peuple, de toute une race éparse dans les colonies des deux Indes, il semble que les moyens capables de produire une telle révolution doivent participer à la grandeur de leur objet, et se rapprocher des miracles opérés par Moïse, quand il délivra les Israélites de leur esclavage en Egypte. Les investigations que nousavons entreprises, dans l'intérêt de la science économique , du pays et de humanité, répondent mal à ces idées, car elles ne nous conduisent à rien d’extraordinaire d’imprévu, de prodigieux. Les mesures qu’elles réclament sont à peine des innovations. Ce sont des moyens d'exécution très simples, sans aucune difficulté sérieuse, qui n’exigent point de sacrifice d'argent, et qui sont pour ainsi dire renfermés dans les attributions de l'autorité adminis-
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trative. Assurément on pouvait les trouver et les exposer, sans avoir eu besoin de quitter l'enceinte de la capitale; et le seul avantage que nous ayons en remplissant cette tâche, c’est de pouvoir, en nous appuyant sur une longue expérience des hommes et des choses, et sur une étude approfondie de l'état physique de nos colonies (a), affirmer que ces moyens d'exécution sont facilement praticables, condition sans laquelle les projets les mieux élaborés sont délusoires et dangereux.
Après avoir rappelé succinctement les motifs qui font de la suppression de esclavage colonial une question qu'il importe de ne pas laisser résoudre par les événements, nous récapitulerons les mesures nécessaires pour lui donner une so-
lution rationnelle qui soit favorable à tous lésin-
térêts engagés, menacés ou compromis.
L’affranchissement des esclaves est juste, utile, politique et urgent. |
Il est juste, car Dieu n’a donné à aucun homme le droit de confisquer à son profit la liberté personnelle de son prochain, d’en faire
(a) Histoire physique des Antilles, un vol. in-8 ; Statistique des colonies françaises, ouvrage couronné en 1824 par l'Académie des sciences de l'Institut ; Procés-verbaux de la Commission d’agricultare et d’indastrie coloniale, 1816 à 1821, etc.
une chose vénale, un héritage transmissible, un bétail attaché à la glèbe, un esclave enfin , c’està-dire : un être infime et dégradé, qui n’a légalement ni biens, ni volonté, ni famille, ni patrie.
Il est utile :
Aux colons, quele travail libre délivrera des entraves qu'opposent l'esclavage, ses habitudes, son ignorance, ses préjugés, ses intérêts, à tous leurs efforts pour améliorer leurs cultures, leurs fabrications, et leur propre existence civile et domestique ; | |
À la Métropole, qui est obligée de payer par un monopole onéreux la cherté du travail dés esclaves dans ses colonies;
Aux esclaves eux-mêmes, qu'il tirera de la servitude, de l’abrutissement, de l’abjection, pour en faire des hommes et des citoyens.
Il est politique, car la guerre peut donner à l'ennemi le pouvoir d'appeler les esclaves à la liberté, afin d'opérer par une révolution violente la ruine de nos colonies.
Il est urgent, car en présence de l'émancipation des nègres dans les iles anglaises, qui sont pour ainsi dire adjacentes, ce serait une funeste erreur que de croire à la longue résignation de la population esclave des colonies françaises. Mais, comme toutes les grandes entreprises,
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