DESCRIPTION DE LA VILLE
chant des portes de la ville, de sorte qu’il semble qu’elle ait été faite exprès de la sorte pour être défendue de tous côtés s’il en était besoin, les rues ne pouvant être enfilées, les habitants ayant la faculté de se retrancher en divers endroits et de pouvoir se barricader facilement sans en être empêchés, avec cette commodité de pouvoir tirer des arquebusades, ou jeter des pierres sur les ennemis, de toutes les maisons et principalement de celles qui sont avancées sur les avenues des rues presque par toute ladite ville.
Quelques-uns prétendent que la ville de Chartres a été autrefois plus petite qu’elle n’est à présent, d’autres qu’elle a été plus grande ; mais, parce que ces accroissements n’ont pas été faits du temps des anciens Carnutes, il en faut réserver la question pour l’endroit où nous traiterons du temps où 1ls purent avoir été exécutés. Ceux qui disent qu’elle a été plus petite justifient, par d'anciens titres de l’abbaye de Saint-Père-en-Vallée, que cette maison a été autrefois hors de la ville, que la porte de ce côté-là se nommait la porte Cendreuse, qu’elle était auprès de la chapelle de Saint-Vincent, qu'il en reste encore des vestiges qui paraissent avoir été des jambages de cette porte. Rouillard écrit que, pour marque de cette antiquité, les religieux de Saint-Père, le jour des Rameaux, faisant la procession, s'arrêtent à l'endroit où était cette porte dite Cendreuse pour y faire des prières, et que la procession de l’église cathédrale, qui passe aussi en cet endroit-là, fait la mème chose, mais cela n’est pas véritable, car la procession de Saint-Père ne s’arrête proche de là que pour adorer la croix qu’on appelle de Beaulieu, qui est ornée de buis pour cette cérémonie, et la procession générale de l’église cathédrale, à laquelle assistent toutes les paroisses de la ville et les autres religieux, ne s’y arrête point du tout.
Ce n’est pas que l’on ne puisse croire que cette abbaye était hors la ville, et peut-être aussi les églises de Saint-Michel, de Saint-André et de Sainte-Foy, qui sont maintenant dans l’enclos des murailles.
Pour ce qui est de la tour des Comtes, où se tient à présent la justice !, elle peut avoir eu une porte à sortir hors la ville, a été
1. Ce passage prouve que la justice n’était pas depuis dé longues années installée au palais des Comtes.
CHALLINE. — Recherches. 2
entourée de fossés de ce côté et la rue qu’on appelle à présent de Beaulieu a été nommée rue des Ecuiers, parce que les écuries des comtes de Chartres étaient en cet endroit et que leurs écuiers y étaient sans doute logés.
Ceux qui estiment que la ville de Chartres a autrefois été plus grande qu'elle n'est à présent se fondent sur un vieux livre de Saint-Père-en-Vallée, écrit 1l y a plus de sept cents ans, qui porte le nom d’Aganus mis au nombre des évêques de Chartres. L'auteur de ce livre rapporte qu'avant la ruine de Chartres causée par les guerres des Normands en 850, d’autres disent en 908 ou 911, du temps de Charles le Chauve, la ville était close de fortes murailles accompagnées de tours et de tourelles revêtues de grandes pierres, et qu'il y avait à Chartres une académie florissante en toutes sortes de sciences et particulièrement en théologie, mais que depuis elle demeura dénuée d'hommes et de biens, qu’elle devint presque champêtre, les habitants n'ayant pas le moyen de la rétablir; que cent ans après, les guerres des Normands continuant toujours, ils furent obligés de se clore du côté de la vallée et contraints de diminuer leur ville presque de la moitié, ne pouvant à cause de leur pauvreté rebâtir les maisons ruinées de ce côté, et se contentèrent de faire une muraille fort légère depuis la porte de Saint- Michel jusques à la rue de Muret qui demeura hors la ville et ne lui servit que de faubourg.
On peut même juger d’une plus grande étendue de la ville du côté de la vallée par un canal d’eau qui sort par deux endroits de la rivière à la Courtille, l’un nommé le petit bouillon qui ne passe que par une ouverture fort petite, et l’autre situé au-dessous vers la ville beaucoup plus grand, qu’on appelle les deux-pierres, où, pardessus deux écluses, l’eau passe dans un large fossé dans lequel il va joindre l’eau du petit bouillon vers le pont qui se trouve à la sortie de la Porte-Morard pour aller à Saint-Barthélemy, et de ce pont va le long de la vallée jusqu'au lieu appelé le Vieux-Trou, qui se trouve au pied des murailles de la porte dite Imbout, qui était autrefois la porte neuve d’un château que les comtes de Chartres avaient proche de là en un lieu où est à présent la place que l’on appelle le Massacre qui dépend encore du domaine du duché de