ÉTENDUE DE SON TERRITOIRE
La ville de Chartres est la capitale d’une province dont les habitants s'appellent Carnutes. Elle est située, comme dit César, in finibus Carnutum, à l'extrémité de la province des Carnutes. Elle se trouve au centre de la Gaule celtique, entre les rivières de Seine et de Loire, dans un territoire très fertile en blé, en vin et en toutes sortes de fruits. Elle a Paris au levant, le pays du Maine au couchant, la Normandie au septentrion et la Touraine au midi. Il fallait bien, en effet, que le pays des Carnutes fut d’une vaste étendue, puisqu'il était capable de fournir un nombre d'hommes assez considérable pour avoir eu le pouvoir de faire la guerre, de résister longtemps aux armées de César, de conquérir des pays étrangers, de s'établir en divers endroits de la terre, d'y bâtir des villes et de donner leur nom à des provinces entières, enfin de se classer au rang des peuples les plus fameux et les plus considérables des Gaules. On peut du reste se rendre compte de l'étendue de pays qu'ils possédaient par les bornes du diocèse et le ressort de la juridiction des évêques de Chartres qui s'étend depuis Maisons et Saint-Germain-en-Laye jusque près de Tours. En cet espace sont compris trois sièges présidiaux, quantité de villes fameuses et une infinité de bourgs et de villages, représentant, selon l’opinion commune, mille sept cents clochers. Cela permet d'apprécier l’étendue de la province chartraine, puisqu'il est reconnu que, lors de l’établissement du christianisme, les diocèses furent divisés selon les provinces
et que diocèses et provinces avaient les mêmes limites. Il ne faut pas omettre que la ville d'Orléans que César et Strabon nomment Genabum dépendait du pays chartrain. Genabum carnutum était le lieu où se tenaient les foires et où se faisait le trafic de tout le pays chartrain, à cause de sa position sur la rivière qui permettait le transport des blés et de toutes les autres marchandises à l’étranger, notamment en Espagne et en Angleterre.
Bien que Vigenere, qui a traduit les Commentaires de César, et quelques autres, doutent si Genabum était Gien, Orléans ou Jargeau, que ce soit l’une ou l’autre de ces villes, Genabum, située sur la rivière de Loire, témoigne toujours de l’étendue de la seigneurie des Chartrains qui s'étend bien au delà de cette rivière, allant gagner la Sologne vers le Berry; Cheverny et Chambord: étant sous la dépendance de l'évêché de Chartres et, par suite, de l’ancien territoire des Carnutes qui comprend tout le Blésois, et s'étend jusqu'à trois lieues de Tours, ainsi qu'en fait foi ce passage de Jules César, parlant des troupes qui furent de la Touraine: « Turones Carnutensium finitimi ». Les auteurs de l’histoire d'Orléans le reconnaissent, ainsi que nous l’établirons en un autre endroit. Le territoire des Chartrains s’étendait même au delà de la rivière de Loire, beaucoup de paroisses situées par delà cette rivière dépendant du diocèse de Chartres.
La ville de Chartres est assise sur une montagne dont la partie la plus considérable s’étend dans la plaine vers le soleil couchant, alors que la moindre partie regarde le soleil levant et occupe la pente de la montagne et la vallée dans laquelle passe la rivière d’'Eure qui y fait tourner plusieurs moulins.
Les rues de la ville sont, pour la plupart, étroites, principalement au centre; elles sont aussi fort peu droites, allant presque toutes en tournant, ce qui donne lieu de croire qu’elle a été disposée ainsi pour donner aux habitants le moyen de la défendre si elle venait à être surprise ou forcée par des ennemis. Les maisons y sont bâties de telle sorte que, de place en place, certaines constructions, plus avancées, commandent la rue qu’elles regardent, et cela se rencontre dans tous les quartiers et principalement en se rappro-